Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Rémi le 20 octobre 2026 à 20:32:46

Titre: Place de la République
Posté par: Rémi le 20 octobre 2026 à 20:32:46
Parce qu'il peut se passer des choses tendres, douces et belles, place de la République à Lille et ailleurs.
Parce que j'avais envie d'un peu d'humanité.
Parce que les enfants c'est trop cool.
Parce que j'ai rien posté en section textes courts depuis des années.
Parce que ce texte me semble donner de la matière à analyse, à commentaire ; y a des trucs à dire, j'en suis sûr.

J'ai pas de projet pour ce petit truc, c'est juste un petit caillou tout rond avec lequel je joue dans ma poche, alors si vous voulez m'aider à le polir et le faire à ma main...

(pistes de commentaire : le point de vue / la façon de présenter qui parle / le rythme des phrases / la composition - rythme des paragraphes / le non-dit)




Place de la république


— Oh ben dis-donc, il fait peur le Monsieur !
Fantine regarde cet homme, au milieu de la place de la République. Seul au milieu de rien, avec une barbe énorme, il regarde le ciel, les bras tendus au-dessus de sa tête.
— Mais non, il a l’air trop cool !
Fantine voit son petit frère s’élancer vers ce type bizarre. Elle l’attrape par la manche, l’arrête de justesse.
— Titouan, t’es fou ! Tu vois pas que le Monsieur, il doit être super dangereux ?
Titouan se secoue, se dégage de l’étreinte de sa grande sœur qui tenait sa capuche.
— N’importe quoi, il est trop cool je te dis.
Titouan se balance d’un pied sur l’autre, Fantine serre les bras contre son corps et les deux regardent le type avec sa grosse barbe. Les bras toujours en l’air, il marmonne pour lui-même des paroles inaudibles. Puis, il plie les genoux, ses fesses touchent presque le sol, il se déplie d’un coup et son corps décolle tandis que de sa gorge sort un cri de joie. À nouveau sur ses pieds, on entend son petit rire satisfait.
— Tu vois, il est trop cool !
Fantine passe ses bras autour de son petit frère et fronce les yeux.
— Il est bizarre, quand même.
Elle pose son menton sur la tête de Titouan, scrute le bonhomme. Il a sorti de sa poche un briquet et l’actionne devant son visage. Sans aucune cigarette à la bouche, il regarde les étincelles jaillir, puis la flamme, et son sourire s’agrandit.
— Tu veux pas qu’on aille lui dire bonjour ? demande Titouan.
Fantine regarde à droite et à gauche. L’immense place de la République est presque déserte. Une femme en tailleur se presse vers le métro, un jeune homme promène son chien sous les tilleuls et un papi, au loin, jette des miettes de pains aux pigeons qui virevoltent autour de lui.
— Allez, on y va !
— Je suis pas sûre, répond Fantine. On doit prendre le bus dans vingt minutes si on veut rentrer à l’heure à la maison.
— Justement, vingt minutes, c’est large ! On peut juste lui faire un petit coucou !
Sans se précipiter, Titouan se dirige sereinement vers le gars à la grosse barbe. La main de Fantine se déploie lentement, s’ouvre mais n’attrape pas la capuche. Son petit frère s’approche du mec bizarre et s’arrête à quelques pas de lui. Le type se tient tout droit. Et puis se penche, jambes toutes raides, en envoyant sa main gauche vers son pied droit. Il se redresse et pratique le même mouvement en symétrie : main droite vers le pied gauche. Et il continue, alterne les moments où il se redresse et les moments où il se penche. Et chaque fois qu’il est debout, à la verticale, son visage respire harmonieusement et un grand sourire se déploie d’une oreille à l’autre.
Titouan approche encore un peu. Fantine reste figée. Titouan se met à courir autour du bonhomme qui rigole, tourne la tête, tourne sur lui-même, s’esclaffe, tourne encore comme un derviche, et Titouan accélère. Lui aussi se marre et le gars commence à avoir du mal à suivre, à perdre son équilibre, jusqu’à ce qu’il se retrouve sur les fesses, les yeux emplis de tournis en soupirant de bonheur. Fantine n’entend pas l’échange entre le type et son petit frère. Elle fait un petit pas timide dans leur direction. Titouan sort un truc de sa poche et le tend au type. Fantine ne voit pas de quoi il s’agit. L’homme regarde l’objet dans le creux de ses grosses paluches. Son regard émerveillé se relève et se pose sur Titouan. Une larme coule sur sa joue. Malgré la distance, Fantine voit clairement la petite goutte. Elle se décide à s’approcher, comme conduite par une intuition. Lorsqu’elle arrive près de son frangin et du gars à grosse barbe, elle entend les derniers mots que l’homme prononce.
— …longtemps que j’avais pas vu une aussi belle bille. Trop bien pour ma collection.
— Tu peux la garder, dit Titouan.
Une nouvelle larme coule sur la joue du bonhomme. Il a l’air assez vieux, vu de près. Il range la bille dans sa poche, regarde sa montre et dit :
— Je vais devoir y aller, Maman m’attend.

Alors, Fantine et Titouan regardent le monsieur, sa grosse barbe et son pardessus qui s’engouffrent dans l’escalier de la station de métro.
Titre: Re : Place de la République
Posté par: Alan Tréard le 21 octobre 2026 à 09:58:06
Bonjour Rémi,


Je viens de découvrir ton texte avec un plaisir certain.

J'ai tout de suite pensé à un mime quand j'ai vu le personnage à barbe. Tu sais, ces artistes de rue qui font sourire et s'amuser le passant avec un art hors du commun. Ça dynamise les villes avec une touche de poésie, c'est adorable.

En ce qui concerne le récit, je trouve que tu t'en sors bien, tout le récit est tel un savant mécanisme où chaque élément a sa place.

Je reviens sur le détail :
Citer
Puis, il plie les genoux, ses fesses touchent presque le sol, il se déplie d’un coup et son corps décolle tandis que de sa gorge sort un cri de joie.
Ici, l'utilisation du terme « décolle » est, il me semble, métaphorique. Pourtant, je n'ai pas bien saisi s'il faisait un saut en l'air ou s'il relevait simplement son dos.

Citer
Sans se précipiter, Titouan se dirige sereinement vers le gars à la grosse barbe.
Il me semble qu'il y a une redite entre « sans se précipiter » et « sereinement », les deux signifiant la même chose.

Citer
Et puis se penche, jambes toutes raides, en envoyant sa main gauche vers son pied droit.
Ici, intuitivement, j'aurais peut-être précisé « se penche en avant », mais pas sûr que ce soit nécessaire.

Citer
Et chaque fois qu’il est debout, à la verticale, son visage respire harmonieusement et un grand sourire se déploie d’une oreille à l’autre.
Le sourire est déjà évoqué précédemment, tu pourrais peut-être diversifier le vocabulaire des expressions faciales ou bien employer des comparaisons ?

Et voici pour les éléments du récit, le déroulé de l'action, que tu pourrais éventuellement développer. Ce sont les idées qui me sont venues en te lisant.


Merci à toi pour ce moment de lecture.

Et à bientôt sur le Monde de l'Écriture.
Titre: Re : Place de la République
Posté par: Aponiwa le 21 octobre 2026 à 16:00:22
Salut Rémi,

Chouette, un texte de toi à lire !  ^^

Citer
Fantine regarde cet homme, au milieu de la place de la République.
Je sais pas pourquoi, le cet passe pas pour moi. L'homme ?
Bon, sinon, j'aime bien ce prénom, Fantine. La maman de Cosette dans les Misérable. Triste destin.

Citer
Elle l’attrape par la manche, l’arrête de justesse.
— Titouan, t’es fou ! Tu vois pas que le Monsieur, il doit être super dangereux ?
Titouan se secoue, se dégage de l’étreinte de sa grande sœur qui tenait sa capuche.
Je buggue... Elle le tient par où au final ? 

Arrivée à ce moment du récit, j'ai un doute : où sont les parents ? Ils ont l'air jeunes ces bouts de choux, pour être seuls...

Citer
Fantine serre les bras contre son corps
Citer
Fantine passe ses bras autour de son petit frère et fronce les yeux.

Citer
— Je suis pas sûre, répond Fantine. On doit prendre le bus dans vingt minutes si on veut rentrer à l’heure à la maison.
OK, donc ils sont seuls.

Ayé, tout lu.

sur le non-dit : on comprend vite qu'on a affaire à un sans abri, un type qui a perdu la boule puis finalement petite scène de tendresse à la fin.

rythme : je trouve l'exposition (où les enfants se posent des questions) un peu longuette par rapport au reste. Le cœur de ce texte est, je pense, l'interaction entre Titouan et ce marginal. J'aurais vu plus de phrases courtes au dernier paragraphe (mais j'aime bien les phrases courtes) : "Titouan se met à courir autour du bonhomme qui rigole, tourne la tête, tourne sur lui-même, s’esclaffe, tourne encore comme un derviche, et Titouan accélère." genre là...

la façon de présenter qui parle :
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Seul au milieu de rien, avec une barbe énorme, il regarde le ciel, les bras tendus au-dessus de sa tête.
— Mais non, il a l’air trop cool !
Ici je bugge mais c'est juste que je ne vois pas qui parle avant. Juste un détail.
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— Tu vois, il est trop cool !
pareil ici
Sinon, OK pour moi.

le point de vue : j'ai du mal à dire si je suis Titouan ou Fantine. Mais le point de vue de la narration, c'est encore un gros mystère pour moi ! :)

Merci pour ton texte ! :)






Titre: Re : Place de la République
Posté par: Basic le 21 octobre 2026 à 18:36:35
B'en chouette ce texte poilitique qui n'en est pas un.

Des bricoles sur le début

— Oh ben dis-donc, il fait peur le Monsieur ! (je voyais Fantine plus agée pour cette formulation
Fantine regarde cet homme, au milieu de la place de la République. Seul au milieu de rien, avec une barbe énorme, il regarde le ciel, les bras tendus au-dessus de sa tête.
— Mais non, il a l’air trop cool !
Fantine voit son petit frère s’élancer vers ce type bizarre. Elle l’attrape par la manche, l’arrête de justesse.
— Titouan, t’es fou ! Tu vois pas que le Monsieur, il doit être super dangereux ?
Titouan se secoue, se dégage de l’étreinte de sa grande sœur qui tenait sa capuche (la manche ou la capuche?).
— N’importe quoi, il est trop cool je te dis.
Titouan se balance d’un pied sur l’autre, Fantine serre les bras contre son corps et les deux regardent le type avec sa grosse barbe. Les bras toujours en l’air, il marmonne pour lui-même des paroles inaudibles. Puis, il plie les genoux, ses fesses touchent presque le sol, il se déplie d’un coup et son corps décolle tandis que de sa gorge sort un cri de joie. À nouveau sur ses pieds, on entend son petit rire satisfait.

B