Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: WynnScribe le 17 octobre 2026 à 23:34:30

Titre: Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 17 octobre 2026 à 23:34:30
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

17 octobre 2026.

Bon. C’est parti. Dix minutes. Pas une de plus, pas une de moins. L’objectif fixé est simple, je dois poser les doigts sur le clavier et laisser couler les maux. Sans chercher à faire du beau. De toute façon, dans ma tête, ça ne forme jamais un long fleuve tranquille. Alors, autant attraper la pensée sur le vif. Une parole sincère, qui cherche juste son chemin au milieu du brouhaha. C’est parti.

Je suis en colère. Elle m’énerve. Je n’aurais pas dû m’énerver, mais c’était plus fort que moi. C’est comme au boulot : les gens qui bossent mal, je ne supporte pas. J’ai la boule au ventre, les yeux qui piquent, la cheville droite qui lance un peu. Mon chat joue avec mes pieds, sa petite patte qui vient taper ma main sur le clavier. Demain je pars en randonnée, j’ai hâte. Mais je n’ai pas fais mon sac.

Qu’est-ce qu’on met dans un sac quand on a la tête trop pleine ?

« Fait », avec un t, bon sang, pourquoi j’écris toujours « fais » ? Le passé composé ! J’ai toujours été nulle en français. Et pourtant, je vais encadrer des étudiantes cette année. Ça va être cool, mais j’espère que ça ne va pas trop me fatiguer. Elle était là, debout, à me regarder sans broncher et ça m’a gonflée. J’avais demandé pendant l’entraînement de ne pas ranger. J’aime pas quand on ne m’écoute pas, quand on ne fait pas ce que je demande.

Le sac est ouvert sur le lit, vide. Il attend.

Parfois je me sens incompétente dans mon rôle. Je fait comme si je savais ce que je faisais, mais je suis une imposteure. FAIS ! ais-ais-ait ! Je ne suis pas une vraie spécialiste, je suis juste douée avec les situations complexes, avec les gens fragiles. Mais j’ai envie d’avoir de la reconnaissance, c’est idiot. Elle m’énerve. Et je m’énerve moi-même de réagir comme ça. Peut-être que je devrais juste encadrer de loin et ne pas tout mener de front. Mais ce serait reconnaître qu’elle est plus compétente que moi. En même temps, elle a eu de bonnes initiatives. Mais elle avait la partie la plus facile.

Je jette une gourde au fond du sac. Une polaire. La gourde pour l’eau, la polaire pour le froid. Et la colère, on la met dans quelle poche ?

Purée, je n’ai pas fait mon ménage. Mais j’ai changé la litière, au moins ça. Ça me donne la gerbe. Je ne supporte pas les conflits. Comme l’autre jour, quand on m’a juste fait une remarque banale sur un document administratif, et moi j’ai flambé direct. J’arrive pas à me contrôler. Ça sort. Comme mes parents, ça démarre au quart de tour.

Mon chat me fixe. Il s’en fout, lui, du quart de tour. Il attend juste que je pose mes pieds pour s’allonger dessus.

Je n’ai toujours pas fait mon sac. Ça y est, passé composé, je te tiens ! Du coup, je vais devoir me lever tôt. Et je ne suis pas passée à la pharmacie. Et on m’a appelée pour un nouveau boulot aujourd'hui. Mon profil leur a plu, ils vont voir s’ils auraient un poste à me proposer. Bon, d’accord, on n’est pas censé travailler en plein burn-out. Et quand je vois comment je démarre avec les gens incompétents, je me dis que je ne suis peut-être pas prête, en effet. J’espère qu’ils ne sont pas pressés.

L’apaisement, on a dit.

Il me reste encore un mois et demi pour m’apaiser avant de commencer à me reconstruire. Oui, enfin, sur des fondations pas bien solides, ça risque de ne pas tenir longtemps.

Je ferme le sac à moitié, sans trop forcer. On fermera le reste demain matin. Tout ce qui déborde (le ménage à la traîne, la gestion de conflit, le syndrome de l’imposteur, la fierté mal placée), ça restera ici, sur le parquet de la chambre. Demain, il n’y aura que la cheville qui chauffe un peu, la terre sous les chaussures et le bruit du vent dans les arbres. Ça ira mieux demain dans la forêt.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: Murex le 18 octobre 2026 à 10:33:39

  Bonjour WynnScribe

  Je trouve ta démarche intéressante et j'ai bien aimé cette première bafouille. Rien de fracassant, du quotidien mais tout cela a un air de sincérité, de vécu qui fait tout son intérêt. Rien à redire sur l'écriture, toutefois je n'ai pas bien compris qui était la personne qui mettait l'auteur en colère...sa compagne ! sa mère !
  On attend la suite de ces chroniques.

  Bien à toi
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: pliplop le 18 octobre 2026 à 13:11:58
Salut WynnScribe,

L’idée des dix minutes est intéressante et j’ai envie de voir la suite sur des semaines. La narratrice a bien vidé son sac sur ce premier jour.

Par contre, moi aussi, je me suis demandé c’était qui, "elle". Avec le rangement, j’ai pensé à quelqu’un à la maison, et puis avec les initiatives, plutôt une collègue. Je sais pas trop.

Pareil pour le boulot, je me suis un peu paumé. Y a le burn-out, les étudiantes à encadrer, le nouveau poste... Du coup, j’ai pas compris si elle bosse ou si elle est en arrêt.

Et puis le coup du "fais" avec un s, j’ai cherché la faute partout ! Juste avant, “quand on ne fait pas”, il a bien son t. T’as corrigé en relisant, peut-être ?

Autre petit truc, le sac est sur le lit, et à la fin tout ce qui déborde reste sur le parquet du salon. J’ai pas capté quand elle a changé de pièce.

Côté fautes, y a un s en trop à "Mon profils". Et "ne pas tenir longuement", on dirait plutôt "longtemps".

Pour "une imposteur", c’est "un imposteur" ou "une imposteure". Sauf si c’est fait exprès pour une narratrice fâchée avec le français.

Enfin, les passages sur le sac ont l’air plus posés, comme si tu avais écrit après les dix minutes.

pliplop
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 18 octobre 2026 à 20:19:28
Merci Pliplop pour ta lecture attentive et tes remarques super bien ciblées !
En me relisant à l’instant, je me suis rendu compte que j'avais fait quelques inversions dans le texte en saisissant le brouillon, ce qui créait des ruptures et faisait que l'ensemble ne coulait plus tout à fait correctement. J'ai donc apporté plusieurs ajustements pour corriger le tir !
Pour le reste, comme le personnage et son univers se construisent peu à peu au fil des jours, c'est volontaire qu'on ne comprenne pas encore tout d'un coup. Les éléments et les pièces du puzzle vont prendre leur place au fur et à mesure dans les prochains textes. Il va falloir lire la suite pour voir le tableau se dessiner !
Merci encore pour ton retour, ça m'aide énormément à affiner le projet !
Titre: Re : Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 18 octobre 2026 à 20:21:49

  Bonjour WynnScribe

  Je trouve ta démarche intéressante et j'ai bien aimé cette première bafouille. Rien de fracassant, du quotidien mais tout cela a un air de sincérité, de vécu qui fait tout son intérêt. Rien à redire sur l'écriture, toutefois je n'ai pas bien compris qui était la personne qui mettait l'auteur en colère...sa compagne ! sa mère !
  On attend la suite de ces chroniques.

  Bien à toi

Merci Murex pour ton retour !
Je suis ravie que le ton et la sincérité du quotidien t'aient touché(e). C'est vraiment le cœur de la démarche de ces 10 minutes : capturer le brut et le vécu sans fard.
Les pièces du puzzle se mettront en place au fur et à mesure des prochains textes.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: pliplop le 18 octobre 2026 à 22:40:34
Salut WynnScribe,

Oui, là c’est beaucoup mieux, il manquait des mots lol.

J’ai remarqué, y a pas mal de “Mais” en début de phrase. J’en ai compté cinq. Si c’est voulu pour le côté pensées en vrac, oublie.

J’attends la suite.

pliplop
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 18 octobre 2026 à 23:58:03
Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

18 octobre 2026

Aujourd’hui, 21 km de randonnée. Trop fière de moi. Le souffle court, la terre humide sous les chaussures, le silence des sous-bois qui fait un bien fou. Et puis, au détour d’un buisson, alors que le groupe traçait, je suis tombée nez à nez avec la Vierge Noire, posée sur son piédestal en pierre. Piédestal. La première fois, je l’avais écrit « pied d’estale ». Nulle en français, je l’ai dit ! C’est un lieu de pèlerinage. Je ne suis pas croyante, pourtant j’ai eu ce besoin de m’arrêter là et de lui déposer mes pierres. Tout vider au pied de la statue, comme si la roche pouvait absorber ce qui me ronge.

Je lui ai tout balancé. Son regard ne me jugeait pas, lui. La maltraitance institutionnelle, le harcèlement, l’épuisement qui s’infiltre jusque dans les os. Et cette peur toxique : devenir à mon tour indifférente avec mes patients. C’est pour ça que je me suis arrêtée. Enfin, que mon médecin m’a arrêtée. Pour préserver ce qu’il me reste d’humanité.

Pourtant la flamme n’est pas éteinte. Quand je suis à la fac devant les étudiants, que je leur parle avec passion des soins ou de la recherche, je me sens à ma place, habitée, vivante. C’est pour ça qu’on choisit cette voie : pour tendre la main vers l’autre. Et me voilà à confier ça à une statue en fonte et en pierre au milieu de nulle part !

Comment ceux qui ont juré de soigner peuvent-ils devenir des bourreaux ? Comment l’hôpital, dont la mission est de prendre soin, a-t-il pu devenir une usine de fabrication de soignants malades ? Remarque, il y en a aussi, des Vierges, nichées dans les vieux hôpitaux. Sauf qu’à l’hôpital, on n’a même plus le temps de s’arrêter devant elles. C’est le même poison qu’aux entraînements : comment un encadrant dans une équipe adaptée peut-il se fermer à l’autre et laisser des joueurs sur le bord du chemin ? Ah oui, il y a ça aussi. Vu que je me suis pris la tête avec l’autre coach, on doit se voir pour « discuter » avec un « médiateur ». Pas envie. Tellement pas envie de cette hypocrisie. Elle m’énerve. J’aurais voulu lui laisser aussi cette colère-là, à la Vierge, mais encore maintenant elle me colle aux basques.

Dans des lieux faits pour abriter la bientraitance et l’empathie, on ne croise plus que des soldats d’un jeu de pouvoir dérisoire, agrippés à leur petit royaume. C’est de l’injustice à l’état brut, et cette logique de rentabilité me donne la gerbe.

On ne chiffre pas l’humain.
On ne met pas de prix sur le soulagement.
On ne monnaie pas ce qu’un sourire apporte à quelqu’un.
On ne pèse pas une présence, une écoute, un silence bienveillant.
On ne produit pas du soin comme on fabrique des objets.

Je me demande ce qu’elle en penserait, de nos tableurs et de nos ratios de rentabilité, la Vierge du bois. Dans la mécanique froide de l’institution, ce qui ne rapporte rien ne vaut rien. Nous ne sommes que des engrenages jetables. Tu ne veux plus être broyé ? Bah barre-toi, un autre rouage prendra ta place. Bon débarras.

Ah, ça y est, les jambes me lancent un peu. Ma cheville me rappelle qu’elle est là. Demain matin, groupe de parole pour la souffrance au travail. Continuer le cycle d’apaisement. Parvenir à poser les armes, désamorcer sa colère, apprivoiser cette angoisse sourde de n’être jamais assez, de ne jamais recevoir le moindre signe d’estime.

En jetant ces mots sur la page, je sens le poids glisser enfin. Faire exister cette Vierge par l’écrit lui permet de tout absorber. Ce soir, la feuille devient son piédestal. La colère, les rancœurs, la « médiation », l’hôpital, l’épuisement. Cette nuit, c’est elle qui porte le sac à ma place.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: Murex le 19 octobre 2026 à 10:08:55

 
 Bonjour WynnScribe

 J'aime ce nouveau texte, tout autant que le premier. Ça vit, c'est sincère, et tout ça avec une belle écriture (Pour quelqu'un qui se dit nul en français, c'est pas mal !); Une critique en bonne et due forme de notre société sans que cela soit pesant ou ennuyeux, pas facile comme exercice.

  Bien à toi
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: pliplop le 19 octobre 2026 à 11:12:54
Salut WynnScribe,

Ben voilà, ce deuxième jour répond à mes questions du premier ! “Elle”, c’est l’autre coach, et la narratrice est à l’arrêt.

Et puis le sac est toujours là. Il change de dos à la toute fin, cette nuit c’est la Vierge qui se le coltine.

Quelques questions :

                 1. Au milieu, la colère lui “colle aux basques”, elle arrive pas à s’en débarrasser. Et à la fin, la Vierge a tout gardé, colère comprise. Alors elle l’a lâchée ou pas ?

                 2 . “On est tombés nez à nez”, elle était avec qui ? Juste après, elle cause à la statue comme si y avait personne.

“Soignants” est peut-être un peu trop présent.

Mais sinon, j’aime bien la suivre d’un jour à l’autre, ta narratrice.

Merci pour la lecture !

pliplop
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 19 octobre 2026 à 13:51:14
Bonjour Pliplop et Murex !

Un grand merci pour cette seconde lecture et vos remarques ! Cela me fait tellement plaisir de voir que vous suivez le fil et que la narratrice vous embarque d'un jour à l'autre. J’ai quelques « journées » fictives d’avance mais cela me permet de me réadapter au fur et à mesure.

Pliplop, tes questions sont d'une grande justesse :

Merci encore pour votre présence au fil des jours, ça me donne de l’énergie pour écrire la suite !
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: pliplop le 19 octobre 2026 à 14:08:56
Salut WynnScribe,

Une petite passe oui, mais pas partout. La suite “soin”, “soigner”, “soignants” dans tout le texte rend l’obsession, et je la garderais.

Par contre, dans les deux questions, les trois “soignants” sont construits comme une démonstration, à mon avis. Du coup ça sonne moins comme une pensée qui tourne en boucle, plutôt comme un tic d’auteur. En lisant ces deux phrases, on s’arrête sur le mot au lieu de suivre la pensée de la narratrice.

En général, on évite le même mot dans deux phrases qui se suivent. Quand on veut une répétition, on la met plutôt en début de ligne, comme tes “On ne…”, ou on la fait revenir de loin en loin, comme un refrain. Là, le lecteur comprend que c’est exprès.

Un truc qui aide, c’est de relire à voix haute. Si l’oreille accroche, c’est que la répétition gêne.

Changer un seul “soignants” sur les trois suffirait, et le reste du texte garderait son effet. Par exemple, “de leurs collègues” à la place de “d’autres soignants”, sur le deuxième.

pliplop
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 19 octobre 2026 à 18:21:26
Citer
Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

19 octobre 2026

J’étais à l’HDJ, ce matin. À chaque fois que je dis à mes amis que je vais à l’HDJ (c’est comme ça qu’on dit hôpital de jour quand on est dans le milieu et qu’on a pas le temps), ils me disent « ah, tu bosses là-bas maintenant ? ». Non non, je teste la marchandise.

À l’HDJ on a un groupe de parole, et aujourd’hui c’était une nouvelle psychologue. Elle nous a dit qu’elle utilisait l’écrit dans ses séances. Du coup, le sujet a vite dévié sur nos beaux carnets achetés il y a des mois alors qu’on était plein de motivation, et aujourd’hui encore sous cellophane. Déjà, ça m’a rassurée d’apprendre que je n’étais pas la seule à avoir ces fichus calepins neufs qui prennent la poussière !
Quand c’était à mon tour de décrire mon rapport à l’écriture, mes mots étaient au départ très positifs. J’ai expliqué que je venais de commencer mon petit rituel quotidien, dix minutes par jour. Et puis j’ai réalisé quelque chose : à l’époque où je bossais, je me sentais agressée par l’écriture. Lorsque je recevais des mails ou des SMS, il n’y avait que des poignards à la place des mots. J’étais martyrisée par le « ding » de l’ordinateur et le « bzzz bzzz » du vibreur du téléphone. « Purée, qu’est-ce que j’ai fait encore ? » à chaque notification.

Face au danger, le cerveau humain a trois solutions : la fuite (et hop le téléphone à la poubelle), la sidération (« ça va ? Il se passe un truc grave ? Ça fait 10 minutes que tu fixes ton ordi ! ») ou l’attaque (« ah ouais dis donc tu as été un peu rude, dans ta réponse. Tu sais, c’est juste un travail »).
Moi, j'attaque. Sauf que je n’ai pas la défense qu’il faut derrière. Sur un terrain de handball, je fonce tête baissée vers l’équipe adverse. Je me fais tabasser dans les neuf mètres, la gardienne arrête la balle, me la renvoie en pleine face, aïe ça fait mal, mais je repars illico au front, que mon équipe me suive ou non. Au lieu de souffler, de me replacer, d’observer la défense adverse, de reprendre des forces et de bâtir une vraie stratégie, je fonce dans le tas pour essayer de mettre la balle au fond du but. Oh là, je suis partie loin sur ce coup-là.

J’ai une vingtaine de SMS non lus, et je ne sais combien de mails en attente. Je ne pense pas que ce soient des lettres piégées. Ils ne viennent pas de personnes qui voudraient (a priori) me faire de mal. Sauf que, si ça se trouve, je vais ouvrir le SMS « Votre colis a bien été livré dans votre boîte aux lettres. » et en dessous je lirai « T’es nulle, tu sers à rien, tu fais mal ton boulot, on se débrouille mieux sans toi, t’as pas fait ci, t’as pas fait ça ». Ce serait absurde, comme SMS…

Finalement, la nouvelle psychologue a repris les rênes. Elle a expliqué qu’on ne pouvait pas toujours contrôler notre cerveau face au danger, ou face à ce que notre corps pouvait percevoir comme tel. Qu’il fallait du temps, beaucoup de temps, pour s’apaiser et ne plus se sentir menacé en permanence.

Et dix minutes par jour, sur toute une vie, ça fait longtemps.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: pliplop le 19 octobre 2026 à 19:29:30
Salut WynnScribe,

Je comprends pas trop pour les SMS. On dirait une pensée du soir, au présent, et juste après on apprend qu’elle en a parlé au groupe le matin. Même chose avec le hand.

Autre question. Face au danger, tu as mis “consternation”. Moi je connais plutôt “sidération”, quand on reste figé, comme ton exemple de l’ordi qu’on fixe sans bouger. C’est voulu ?

Côté fautes, j’en ai vu deux.

“Qu’on a pas le temps”, il manque le “n’”, “qu’on n’a pas”.

“Ça va ? il se passe un truc grave ? ça fait 10 minutes”, il faut une majuscule après chaque point d’interrogation.

Dernier truc. Je sais pas ce que tu veux faire de ces textes. Un par un, ça se voit pas. Mais si un jour tu voulais les réunir, des habitudes d’écriture commencent à se remarquer. À la longue, le lecteur les voit venir, et la lecture devient plus lourde.

Les listes reviennent souvent, comme “la boule au ventre, les yeux qui piquent, la cheville droite qui lance” au premier jour. Le deuxième en a aussi, avec “la maltraitance institutionnelle, le harcèlement, l’épuisement”. Quand on aligne plusieurs éléments, chacun pèse moins. Tu peux parfois n’en garder qu’un, le plus fort, et le creuser.

Tes fins se ressemblent aussi. “Ça ira mieux demain dans la forêt”, puis “Cette nuit, c’est elle qui porte le sac à ma place”. Au troisième jour, on attend déjà la petite phrase qui conclut. Essaie un jour d’enlever la dernière phrase, pour voir si le texte tient sans elle.

Je sais bien que c’est pas facile sur un texte de dix minutes, mais ça peut devenir un exercice en plus, à la relecture.

En tout cas, on sent que tu t’investis, tu réponds à chaque commentaire. Ça donne envie de lire la suite.

pliplop
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 19 octobre 2026 à 20:12:25
Bonsoir

Merci pour ces conseils !

Pour les 3 réactions face au danger : tu m’as mis le doute donc j’ai fait mes petites recherches, ce sont les « trois F » d'après la terminologie anglo-saxonne d'Henri Laborit (le fameux !) : Fight, Flight, Freeze. La lutte, la fuite, la paralysie. D’ailleurs c’est intéressant, je viens de lire que le stress chronique se divise également en 3 phases biologiques : l'alarme, la résistance et l'épuisement. Bref, j’ai trouvé plusieurs définitions des 3F : le combat, la fuite, ou la soumission. Soit je me bats, soit je pars, soit je me fige. Face à un danger imminent ou un traumatisme, le terme exact est bien la sidération !

Je vais aussi revoir le style d’écriture pour essayer de varier un peu. Pas facile de garder la façon d’écrire de la narratrice constante d’un texte à l’autre sans que ce soit trop répétitif ou sans prendre sa place ! Et je ne sais pas du tout ce que je vais faire de ces textes ! Pour le moment, je m’amuse à les écrire.

Belle soirée
WynnScribe
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: pliplop le 19 octobre 2026 à 20:55:30
Salut WynnScribe,

Pour le style, t'inquiète pas, la narratrice garde sa voix.

C'est juste les listes et les fins à varier. Et tu le fais déjà parfois. Par exemple, “Le sac est ouvert sur le lit, vide. Il attend.” Là, y a pas de liste, juste une image.

Et si tu t'amuses à les écrire, c'est déjà ça le plus important.

pliplop
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 20 octobre 2026 à 18:37:45
Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

20 octobre 2026

Je suis assise à la terrasse d’un bar parisien qui s’appelle Le Molière. Je l’avoue, je l’ai choisi volontairement. J’ai décidé d’écrire ici mes dix minutes quotidiennes. Des gens sont en terrasse avec moi. Deux jeunes filles à ma gauche. L’une n’a pas envie d’aller à son run. L’autre hésite entre un rouge ou un blanc. À ma droite, un couple. J’entends les pompiers passer dans une rue adjacente. Et un bourdonnement de conversations inaudibles.
J’ai un peu froid, avec juste avec un pull et une écharpe. Un enfant passe et sa voix perce au-dessus du reste. Avril Lavigne passe à la radio. Quand j’étais plus jeune, on l’entendait beaucoup. Ça me rappelle des souvenirs.
Les rues grouillent de monde. Je me sens en décalage total. Eux vont travailler, et sortent entre amis. Toutes ces personnes qui vivent leurs vies tandis que la mienne est en suspens, en pause. Avec ses bons et ses mauvais côtés. J’ai enfin le temps de découvrir qui je suis en dehors de mon travail, ce qui me fait du bien, ce qui me procure du plaisir. Mais je n’ai pas l’impression d’appartenir à cette société. J’ai perdu le fils, mon regard a été de nouveau happé par le monde qui m’entoure. Deux nouveaux buveurs sont arrivés, préférant s’installer à l’intérieur au chaud. Je n’ai pas l’impression d’être faite pour le métro-boulot-dodo. Je voudrais à la fois m’échapper vers un petit village de bord de mer, et réintégrer le monde réel. Mais c’est trop tôt pour moi. Ou alors, ce n’est pas fait pour moi ?
Est-ce qu’un jour j’arriverai à retourner travailler ? À exécuter une liste de tâches ? À répondre à une quantité astronomique de sollicitations quotidiennes ? À être critiquée ? À être dirigée ? À ne pas être la seule à prendre les décisions qui me concernent ?
Retourner au travail, ce serait perdre de nouveau ma liberté. Alors que je viens de la retrouver. Et en même temps, elle fait peur cette liberté. Ne plus avoir de cadre. Ne plus avoir d’impératifs. Pouvoir faire ce qu’on veut, quand on veut.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: Joachès le 20 octobre 2026 à 19:19:18
Bonjour WynnScribe, une idée intéressante et originale. Si je comprends ta démarche, pour moi même écrire parfois sans un carnet je n’écris pas de façon aussi décousue. Peut-être serait-il intéressant que ton personnage écrive un court préambule qui explique dans quel but il écrit.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: Alan Tréard le 21 octobre 2026 à 10:13:46
Bonjour WynnScribe,


Me voici pour découvrir ce que ton texte.

Et c'est une démarche intéressante où tu essaies d'incarner un personnage dans la tourmente avec toutes ses réflexions et ses colères évoquées par écrit. Il y a des pensées profondes qui nous montrent les difficultés auxquelles sont confrontés les médecins, mais aussi la question du rapport au travail.

Ton personnage a l'air d'avoir une personnalité forte, mais est en manque d'énergie. Ça m'a fait penser au thème de la dépression, tu décris un état intérieur troublé. L'apparition de la vierge est surprenante, elle nous montre un aspect assez différent de cette narratrice et de ses aspirations. J'ai aussi pensé au thème de la solitude en te lisant qui est un sujet très douloureux...

C'est ce que je pouvais en dire aujourd'hui.


Merci à toi pour ce moment de lecture.

Et à bientôt sur le Monde de l'Écriture.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 21 octobre 2026 à 12:23:57
Merci beaucoup pour vos retours et vos lectures attentives !
En écrivant ce texte (et à travers les chapitres précédents), mon objectif est d'aborder des sujets d'actualité : la souffrance des soignants, la crise de l'hôpital public, la surcharge mentale et le burn-out. L’acte d'écrire devient un outil thérapeutique pour déposer la charge, trier le mental et apprivoiser peu à peu ce temps en suspens.
Je voulais aussi explorer la question du travail comme rôle social et vecteur d'identité. Face à ce vide, elle s’accroche à ce qu’elle peut : la Vierge Noire, la randonnée, l’écriture.
Je travaille également sur la caractérisation progressive de la narratrice depuis sa propre tête.
Merci encore pour vos analyses qui nourrissent cette traversée !
Je me note déjà précieusement vos pistes sur la personnalité forte du personnage, son manque d'énergie, le sentiment de solitude, ainsi que l'idée d'un court préambule pour expliciter sa démarche.

Si vous avez d'autres idées pour la suite, des pistes à creuser ou des fils narratifs sur lesquels il serait intéressant de tirer, ils sont évidemment les bienvenus !
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 21 octobre 2026 à 19:50:07
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

21 octobre 2026

Aujourd’hui, j’ai tellement de pensées qui se bousculent dans tous les sens que je n’arrive même pas à les aligner à l’écrit. Donc j’ai décidé de faire l’exercice des listes intuitives, pour voir si ça repose un peu le bazar.

Ce qui m’apaise, c’est :
Le silence majestueux des montagnes
Les couleurs du crépuscule qui se reflètent dans des lacs d’altitude
L’odeur des sous-bois, le parfum de chaque feuille, la respiration des arbres
Le parfum frais du linge propre
Le bercement du ronronnement de mon chat
L'enveloppement tiède de la vapeur d’un Hammam
L’odeur du papier dans une librairie, quand mon regard se promène sur le dos des livres
Les câlins refuges, ceux qui n'appartiennent qu'à certains
L'éclat de rire partagé avec un ami
Marcher sur des sentiers entourés de nature
Me glisser dans un lac canadien enserré d’érables
Inspirer à pleins poumons
La lecture d’un bon livre le soir avant de me coucher
Caresser mon chat lové sur le dos tandis que ses yeux émeraude me transpercent
Boire de l’eau fraîche pour étancher ma soif
Le réconfort d'un café fumant, enveloppée par le soleil chaud sur ma peau et le souffle de la campagne
Me revigorer sous une douche pour dénouer mes muscles après le sport
Mon chat enroulé tout contre moi
Le crépitement et l’aura de chaleur d’un feu de cheminée
Le déclenchement sec et précis de mon appareil photo
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 22 octobre 2026 à 18:10:32
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

22 octobre 2026

Tranquillité. J’ai besoin de tranquillité. Je n’en peux plus des conflits. De l’angoisse. J’ai besoin que l’on respecte ma tranquillité. J’ai besoin d’autonomie dans mes choix, de mon pouvoir d’agir, de mon espace. Ce n’est pas un besoin de tout contrôler. C’est un besoin de sécurité, de créer un environnement sûr pour apaiser une peur du vide, de l’échec ou du chaos. J’ai besoin d’un environnement prévisible, bienveillant. Je n’en peux plus de cette hypervigilance constante. J’ai besoin de préserver mon énergie.
Une voix dans ma tête qui me dit : « Si elle fait autrement, je ne peux plus prédire le résultat, je vais devoir gérer l'imprévu. » Une peur viscérale de perdre ma place, ma légitimité et la reconnaissance au sein de ma propre équipe. Comme une menace d’effacement. J’ai besoin d’avoir une place. D’appartenir. J’ai besoin de reconnaissance, de valorisation. Que mon rôle soit vu et respecté. Contrôler n’est pas la bonne stratégie. Elle ne fait que nourrir mes peurs, car je ne peux pas tout contrôler. J’ai besoin que l’équipe avance sous mon impulsion. Est-ce que c’est égoïste ? C’est un instinct de survie. C’est humain, non ? Universel ? Je ne suis pas juste une coach interchangeable. Je suis une des fondatrices de cette équipe. Une de celles et de ceux qui ont insufflé l’énergie, pris des risques et passé du temps pour créer et faire prospérer cette section. Il faudra que je précise les rôles de chacun. Et si elle s’y oppose ? Le respect de ma place de coach principale et de créatrice de cette section est non-négociable pour ma sécurité et ma tranquillité. Quel que soit sa réaction, la décision finale m’appartient. Mon cerveau anticipe automatiquement le pire des scénarios : qu’elle fasse pression sur le bureau directeur du club pour m’écraser. C’est ma section. C’est moi qui l’ai créée. J’ai le droit de décider qui y entre et à quelles conditions. Le bureau directeur le sait. Ils l’ont d’ailleurs acté en réunion cet été. Mais les gens peuvent changer d’avis, ils peuvent trahir. Je me sens piégée, à la merci du bureau et d’elle. Alors, si le bureau ne respecte pas ma position, je démissionnerai. J’ai le pouvoir de partir.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: Joachès le 23 octobre 2026 à 08:15:14
Extrait 20/10/26.

Un style moins décousue, moins nerveux et plus agréable à lire.

Une réflexion intéressante.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: Murex le 23 octobre 2026 à 11:09:47

  Bonjour WynnScribe,

  Je me permets d'apporter des modifications (nombreuses en fait, en espérant que tu me pardonnes !) à ton texte en espérant l'améliorer. Voici donc :

  "J'ai besoin que l'on respecte ma tranquillité"
  "... de mon pouvoir d'agir, de mon espace."
  " Ce n'est pas un besoin de tout contrôler"
  "J'ai besoin d'un environnement prévisible, bienveillant" tout simplement.
  "...et la reconnaissance au sein..."
  "J'ai besoin que l'équipe avance sous mon impulsion."
  "Une de celle et de ceux..."
  "...et faire prospérer cette section."
  "Il faudra que je précise les rôles de chacun."
  "non-négociable" avec un trait d'union.
  "quel que soit sa réaction, la décision finale m'appartient."
  "Quelle fasse pression sur sur le bureau de la direction du club."
  "si le bureau ne respecte pas ma position, je démissionnerai, c'est mon droit."

  En vérité  j'aime moins ces deux derniers textes, j'ai peur que tu ne t'embourbes dans ces conflits de personnes. Il faut introduire de la fraîcheur, de la fantaisie. Pourquoi, suite à un petit accrochage de la circulation ne lierait-elle pas connaissance avec un charmant jeune homme. Tout serait parfait, ça reléguerait ces soucis professionnels au second plans. Seul problème, il serait allergique au poils de chat, ce qui la mettrait, elle qui les adore, devant un cruel dilemme... à toi d'imaginer la suite. Bon, ce n'est peut-être pas terrible...

Bonne journée.
 
   




 
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 23 octobre 2026 à 19:36:26
Bonjour Murex,
Merci d'avoir pris le temps de relire mon texte et d'apporter toutes ces suggestions !
Je suis d'accord avec toi : je sens aussi que je commence à tourner un peu en rond dans cette spirale de pensées et de conflits personnels. C'est le piège de la rumination !
Pour les prochains textes, je retravaille la dynamique et je vais tenter d’explorer la rencontre avec l'autre (ou les autres). Je voudrais éviter de résoudre « magiquement » les soucis, mais offrir au personnage un miroir, un espace de décalage et l'opportunité de baisser enfin la garde.
Merci encore pour tes pistes et ton retour, cela m'aide beaucoup à nourrir et faire évoluer la suite !
Bonne journée/soirée/weekend à toi aussi.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 23 octobre 2026 à 20:00:48
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

23 octobre 2026

Je suis dans la salle d’attente de l’HDJ.
Elle parle fort. D’une voix pâteuse. Elle doit être sacrément cachetonnée. Brune avec des reflets blonds, ses lèvres du même rouge profond que sa longue robe, qui clash avec ses baskets blanches abîmées. On n’entend qu’elle dans cette salle. Telle une actrice Shakespearienne sur scène. Est-ce qu’elle veut que l’on entende tout ? Que l’on partage ses histoires de problèmes, ses drames en boucle ?
Elle m’agace. Sa voix prend tout l’air de la pièce. Elle ne laisse de place à personne. Je vois ses mains qui tremblent légèrement sur son sac, ses yeux qui cherchent nerveusement le regard des autres.
Je la connais, cette agitation. C’est la mienne.
Elle ne fait pas du théâtre pour briller ; elle fait du bruit pour vérifier qu’elle existe encore. C’est son cri à elle pour ne pas s’effacer. Sa façon de foncer dans les neuf mètres parce qu’elle a peur qu’on lui vole son terrain.
Nos regards viennent de se croiser.
Au lieu de baisser les yeux ou de me blinder comme je le fais d’habitude, je lui ai souri. Un tout petit sourire, presque invisible, mais à travers lequel j’ai voulu dire : « C’est bon, je te vois. Tu n’as pas besoin de crier. ». Un instant de complicité.
La dame au rouge à lèvres éclatant s’est tue un instant. Elle a posé ses mains à plat sur ses genoux. Le silence s’est installé, pas un silence lourd ou menaçant, mais un silence où chacun avait enfin sa place. Sans avoir à se battre pour l’obtenir.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 24 octobre 2026 à 20:55:56
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

24 octobre 2026

Les images du groupe de parole d’hier matin me reviennent en boucle.

     On était assis en cercle, dans un silence attentif. Un petit groupe : on était dix au départ, mais on n'est plus que neuf. Chacun triturait sa tasse en plastique, son écharpe, ou cherchait une position confortable sur sa chaise. C'est moi qui avais ouvert le bal, la voix hésitante, racontant comment la moindre remarque au boulot me faisait me figer sur place comme un animal surpris dans les phares d'une voiture.
      Ils m’écoutaient. Je sentais qu'ils savaient exactement de quoi je parlais.
— Ça commence comme une tempête qui me frappe de plein fouet, avais-je expliqué. Ça me laisse sidérée, mais à l’intérieur... à l'intérieur, ça s’infiltre partout. D’abord dans mon estomac qui se serre, qui brûle.
— De l'hypervigilance ? avait murmuré doucement Dimitri, le psychologue. Votre corps se met en mode survie avant même que votre tête ait pu analyser quoi que ce soit.
— Oui, avais-je repris. Ça bouillonne dans ma tête. Une vraie tornade, les pensées tournent en rond. Je me fige, je me referme. Tout devient agression. Ces émotions me bouffent toute mon énergie et le peu de sérénité qu'il me reste.
      Viviane, assise en face de moi, avait froncé les sourcils. Éducatrice spécialisée avec des adolescents de l’ASE, elle trimballe une rage sourde contre son quotidien : elle aime son métier, mais la violence de ce milieu la ronge. Très anxieuse, elle a besoin de parler, de s’épancher sur sa vie et ses problèmes pour relâcher la pression.
— Mais tu n'as pas l'impression qu'on cherche tous des armures impossibles à enfiler ? avait-elle lâché en animant ses mains. Moi j'aimerais juste... je ne sais pas, une barrière invisible. Quelque chose qui encaisse à ma place. L’institution est beaucoup trop violente.
      J'avais hoché la tête.
— C'est ça. Moi j'imagine la protection comme une bulle bleue. Sa surface est savonneuse, traversée par des reflets de lumière comme des arcs-en-ciel.
— Une bulle ? avait souri Lucie, un brin attendrie.
      Dans la trentaine, fine et grande, c'est le portrait que je me fais de la Parisienne discrète. Elle parle très doucement, le regard fuyant, cherchant la bienveillance de tout le monde en cachant parfois son visage, esquissant un petit rire discret pour désamorcer son malaise.
— Mais ce n’est pas solide, une bulle... Forcément, ça éclate, avait-elle murmuré en se ratatinant dans son écharpe.
— Peut-être bien, mais justement ! avais-je lâché dans un sourire complice. Elle est impénétrable, mais j’ai envie qu’elle soit malléable. Elle englobe mes mouvements. Elle est vivante, souple. C’est mon compagnon de route, quoi. Je lui fais confiance, et elle me connaît.
      À ma gauche, Eva triturait son mouchoir en papier. Elle doit avoir la cinquantaine. Marquée par les douleurs au dos qui la rendent toute raide, elle souffre de ce burn-out causé par l'isolement du télétravail. Elle a un besoin vital d'être entourée, de voir du monde, et parle souvent sans s'arrêter, répétant les mêmes choses en boucle à chaque interlocuteur.
— Moi, de toute façon, dès qu'on me parle un peu trop fort, je me décompose, avait-elle lâché entre deux reniflements, laissant retomber ses phrases sur ce « humaaanh » traînant, avant d'embrayer : La bulle, elle explose direct... je l’ai déjà dit à certains, mais j’ai vraiment besoin des autres. Je n'arrive pas à l’expliquer, mais c'est plus fort que moi.
     Eulalie s'était aussitôt penchée en avant, en posture d'attaque.
—  Mais ce n'est peut-être pas d'une bulle en savon dont tu as besoin ! avait-elle lancé d'un ton tremblant un peu décalé mais tranchant, presque inquisiteur.
    La cinquantaine, elle nous avait confié qu’elle était bipolaire en désinsertion professionnelle depuis longtemps. Elle garde toujours soigneusement ses distances avec elle-même, plutôt que de s'épancher.
— Il faut poser des limites claires dès le départ ! Moi je pense que ce qu'il vous faut, c'est un mur en béton qui se dresse face à la violence que l’on s’inflige les uns aux autres au quotidien. Il faut se faire respecter !
      Dans son coin, Théo n'avait pas sorti un mot. C’est le seul homme du groupe depuis qu’Arthur a décidé de ne plus venir, la thérapie de groupe était trop compliquée pour lui. Théo restait immobile, les bras verrouillés sur son torse, muré derrière sa carapace. Mais ses yeux glissaient de l'une à l'autre, traversé lui aussi par une tempête silencieuse. Il dégageait une forme d'inaccessibilité, une distance polie mais impénétrable, comme si la vie se jouait toujours derrière une vitre invisible. Impossible de savoir ce qu'il ruminait, mais ce mur-là, il le portait avec lui.
— Et pour avoir cette confiance, vous auriez besoin de quoi ? avait demandé Dimitri, ramenant l'attention sur nous avec bienveillance.
      J'avais regardé mes mains posées sur mes genoux, puis j'avais soufflé :
— J'ai besoin d’avoir confiance en moi. D’accepter mes imperfections pour ne pas qu’elles soient utilisées comme des armes contre moi. Accepter, … , de ne pas être parfaite.
      Dimitri avait incliné la tête avec un sourire approbateur.
— C'est un beau programme. Mais ne soyez pas trop exigeants envers vous-même, car on ne décide pas du jour au lendemain qu'on est protégé et en sécurité. Cela va prendre du temps avant de vous sentir de nouveau en sécurité. On ne peut pas aller plus vite que la musique. 
      Le groupe se regardait, à l’écoute. Les larmes montaient.

J’ai dépassé les dix minutes aujourd’hui, c’est pas facile d’écrire les images que je vois ! Mais j’avais besoin de garder sur papier cet échange.
Titre: Re : Laisser couler les mots
Posté par: WynnScribe le 26 octobre 2026 à 22:38:38
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

26 octobre 2026

Son regard me transperce et me fait violence. Une véritable intrusion. Même si elle parle peu d’elle, elle dégage quelque chose de très autocentré, d’indomptable, presque en insécurité permanente. Elle porte un bonnet noir qui étouffe tous ses cheveux, un pantalon cargo beige et un t-shirt de la même teinte. Par-dessus, elle garde sa doudoune noire et, sur ses genoux, son petit sac qu’elle serre entre ses mains comme un bouclier. Un jour, le psychologue lui avait doucement proposé de le poser à côté d’elle, sur une chaise ; elle avait refusé net, sans aucun échange possible.

Aujourd’hui, c’est une remplaçante qui anime le groupe, Dimitri est en congé. La psychologue nous propose un atelier d’écriture : noter une phrase ou quelques mots positifs et bienveillants sur une feuille. J’ai écrit : « Tu peux être fière de toi. »

Ensuite, la psychologue a récupéré toutes nos feuilles pour les redistribuer. Évidemment, je suis tombée sur la sienne. Au départ, elle ne voulait pas donner son mot. Elle supporte si peu qu’on lui impose une consigne. Finalement, elle a cédé. On devait rédiger un texte à partir de la phrase reçue. Pendant qu’elle écrit, je vois que les larmes lui montent et coulent.

Sur sa feuille, il y avait : « C’est une autre façon de penser. » J’ai parlé de recevoir et d’accepter l’énergie des émotions qui nous traversent, sans tout de suite chercher à coller une étiquette positive ou négative. J’ai évoqué l’idée de faire un pas de côté pour accueillir ce qui est là.

Pourtant, elle m’agace. Elle ne respecte pas les règles du groupe : elle arrive en retard, pianote sur son téléphone pendant les séances, lâche des commentaires déplacés au moment même où nous accueillons en silence l’émotion de quelqu’un d’autre.

Quand je viens à l’hôpital de jour, j’ai besoin de sécurité. De ne plus vivre dans la peur de l’autre. Retrouver la certitude que l’être humain n’est pas forcément une menace ou un danger. J’ai besoin que l’on respecte mes valeurs, mon rythme. Mais plus que tout, j’ai besoin de trouver de l’harmonie. Alors, pour essayer de penser différemment, pour ne pas exploser, je me tourne vers sa propre détresse, vers ce besoin instinctif de tout faire à sa façon. Au fond, elle doit tellement souffrir.