Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par moi :)
(https://omer.mobi/soute/untitre/couverture_mus.php?s=musee-bretagne_2012-00129-CUT&t1=La+fianc%E9e%0D%0A&t2=du+m%E9t%E9ore%0D%0A&a=Luna)
Peu d'inspiration, ce texte est un gloubi-boulga d'idées à l'arrache, même le titre me paraît en décalage du reste. Je ne sais pas si j'aime ou non le rendu final...
Une bonne lecture et une bonne soirée !
La princesse et l'Indomptable
Je comptais les étoiles. Allongée dans l’herbe frémissante de la butte, enivrée par le parfum de la terre encore humide, je comptais l’immensité, cherchais à l’enfermer, même un instant, dans mon poing. Au loin, les lucarnes du château s’allumèrent de plusieurs flammes. Les femmes de chambre venaient de découvrir ma disparition et prévenaient Mère, qui ne tarderait pas à venir me chercher.
Une dernière fois, je serrai mes doigts vers la voûte, puis je me levai. L’étalon à côté de moi redressa la tête. On le surnommait l’Indomptable et, aujourd’hui, il m’emmènerait vers mon éternel lendemain. Mère n’y pouvait rien ; Père également. Je caressai l’encolure de la bête qui posa son front sur le mien. D’un seul regard, nous nous tournâmes vers l’aube qui s’annonçait. Nous ne pouvions attendre plus longtemps. Je grimpai sur son dos, m’accrochai et il cabra un court instant, comme il cherchait le bon chemin. Il lui apparut, long voile nimbant le ciel matinal.
*
« Mère,
Pardonnez-moi.
Je ne saurais vous exprimer la multitude de sentiments qui m’étreignent. Le monde est beau.
Je me trouve dans un grenier, des rats pour compagnons. Je leur laisse un peu de lait dans une coupelle, je crois que l’attention leur plait. Par-delà la lucarne, je peux entendre la mer. Imaginez-vous ? Cette immensité d’eau, qui va aussi loin que l’horizon lui permet. Plus loin encore, à en croire les marins. L’écho de ses flots se brisant sur les récifs se mêlent à la vie fourmillante qui s’anime déjà dans la cour. Les serviteurs dorment si peu. Ils viendront bientôt me chercher pour les aider.
Ce voyage m’apporte tant. Le royaume m’offre mille merveilles que je ne pouvais qu’à peine imaginer, bien que la menace de l’empire voisin nous laisse tous frissonnants. Nous continuons de vivre, je suppose, avec cette réalité. Hier, nous avons exécuté un traître ; et j’ai compris quelque chose, je crois. Cette vie volée, elle-même venue en voleuse, prête à arracher celle d’autres, sans pitié ni état d’âme. Oh Mère ! Cet instant continue de me retourner l’esprit, je le crains.
Aujourd’hui, je repartirai, sur le dos de l’Indomptable. J’ai vu mon guide, son voile éthéré dans le ciel matinal. Il me conduit vers les montagnes. En informerez-vous Père ? Certainement : je vous sais vous aimer et refuser de vous mentir mutuellement. Pourquoi même irais-je croire qu’il en sera autrement ? Cette force qui émane de vous, de chacun de vous, me manque parfois : vous Mère, Père aussi, et mon cher frère. Mon cher frère…
Peut-être le retrouverai-je bientôt. Je »
Un coup, sec, à la porte :
— Réveille-toi, gamine : les chevaux attendent leurs soins.
— J’arrive de suite !
Un court silence. Le vieux palefrenier semblait encore derrière le pan de bois. Je plissai les yeux, suspicieuse et grattai rapidement :
« Je vous aime. »
Je cachai le courrier sous ma chemise. Personne ne commentait jamais cette tenue masculine que je m’évertuais à porter. Une femme, dans un vêtement d’homme, qui se présentait femme et travaillait homme. Pourtant, ce palefrenier… j’ouvris la porte et il se trouvait là, son œil manquant, son corps marqué par la guerre, son cœur fermé, sauf en ces rares instants où il paraissait sur le point de tout me révéler.
Nous nous ressemblions : des âmes solitaires, mues par un voyage incessant, presque une quête insensée. Ce matin-là, nous restâmes, sûrement plus que de raison, figés ici, sur le seuil de la porte d’un vieux grenier d’une grande maisonnée de village. Plus bas, hommes et femmes discutaient gaiement. Le palefrenier tendit une main vers moi, paume vers le ciel, comme s’il attendait que j’y posas mes tourments.
Je lui souris et tentai de le dépasser quand un mot murmuré me figea :
— Princesse…
Je déglutis à ce titre, presque oublié.
— Princesse, répéta-t-il comme un second coup de poignard.
Je lui intimai le silence, d’un doigt sur mes lèvres, et lui tendis la missive, une requête, presque une supplique. Ce matin-là, je m’occupai des chevaux, leur prodiguai les soins nécessaires à une agréable journée, et grimpai sur le dos de l’Indomptable, poursuivant le voile éthéré qui hantait mes rêves.
*
Et le barde chanta :
« Belle princesse aux cheveux d’or,
Disparaît dès l’aurore.
Belle princesse aux cheveux d’or,
Fiancée du météore. »