Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par moi :)
(https://omer.mobi/soute/untitre/couverture_ei.php?s=0801-nemetigo1449.jpg&t1=Histoire%0D%0A&t2=d%27un+excentrique%0D%0A&a=LUNA)
Petit texte solitaire, sans réelle ambition, mais je l'aime bien dans son chaos.
Une bonne lecture et une bonne soirée !
La fin des temps
L’escalier craqua. Pas un son net, qui figerait, surprendrait le délictueux avant son acte. L’escalier craqua. Un murmure, un souffle ; lent, fatigué. Le bois résista, soupira ; céda. J’avançai. Le mur tapissé du temps ne cessait de jaunir, de me rappeler cette course éternelle vers… je l’ignorais. Quelle fin, pour le temps ?
J’atteignis le palier sans vie. Un plancher fendu et une porte noircie, des plinthes brisées, et la frise ; interrompue. Sur la porte, un numéro : 10. Une enfance insouciante. Sans joie ni peine. 10. Je ne devais pas m’arrêter. Je continuai.
Les marches suivantes m’apparurent infernales. Fini l’insouciance, les jeux, les parties de cache-cache, de loup, de chat. Fini le soleil d’été. L’automne lui succéda. Le début du poids. Poids d’une vie en devenir, d’années déjà perdues sans qu’elles eussent pu pleinement s’épanouir. Regrets d’inexistant.
Sur la porte, le nombre se disloquait, incertain. Le 2 voulait s’effacer, le 6 se donner des airs de 9 ; ou le 9 de 6. Comment saurais-je ? Était-ce là ? Te trouvais-tu là ? Nos premiers regards : une rencontre au goût d’éternité. Des émois insolents, à l’encontre du temps.
Non. Je saisis la bague entortillée sur mon doigt. Une promesse. Dix ans. Je devais les vivres, continuer, alors je montais. Dix ans. Qu’étaient dix ans au regard de l’éternité ? Un battement de tes cils, par-dessus tes prunelles étoilées. Te souviendrais-tu de moi comme moi de toi ? Dix ans ; un instant. Deux temps ; même temps. Une course infinie.
Dix marches d’un vieil escalier, dix ans d’une vie. Une écharde : « Il ne reviendra pas. ». Un plancher bancal : « Tu perds ton temps. ». Une plinthe démontée : « Tu attends l’impossible. ». Bois brisé : « Ton temps est précieux. ». Rambarde tordue : « Profite de ce qu’il te reste. ».
Sur la porte, le numéro me nargua. 36 : vraiment ? Si peu ? Autant ? Un rai de lumière perça à travers le bois. Je tournai la poignée. Comme hier, cet hier d’il y avait dix ans, tu te trouvais là, nos lignes de temps à nouveau conjointes. Comme hier, ton hier, cet hier d’il y avait dix ans, tu m’observais, tendais ta main vers moi, et c’était comme si le temps lui-même s’arrêtait enfin ; pour nous.
Jamais nous n’aurions dû nous croiser, mais ne dit-on pas que l’amour transcende le temps ? Je voulais le croire. Dix ans. Tu avais réclamé dix ans, m’obliger à connaître un battement de tes cils, avant de m’entraîner dans ton temps.
Hier, j’apprenais à vivre ton rythme. Demain, j’enterrerais mon arrière-arrière-petite-nièce, l’héritière de ceux-là même qui me fustigeaient d’attendre la fin des temps.