Salut,
Un moment que je n'étais pas revenue par ici, c'est intimidant...
Introduction : ce texte s'intègre aux aventures de mon elfe N'weti (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=47200.0), une Fan Fiction dans l'univers de Dragon Age et qui s'étend sur deux des jeux de la licence. Il n'y aura pas forcément besoin de lire le pavé que j'ai mis en lien pour comprendre ce texte-ci, je mettrai les quelques mots clefs dans un glossaire en spoiler. Si j'en rate, dites-moi, que j'ajoute. J'ai écrit ce texte, à la base pour exprimer un racisme culturel lié à l'univers où évoluent les personnages, notamment mon elfe, avec différents points de vue. Je voulais essayer de mettre des mots, de me rendre compte, de ce que mon elfe pourrait subir... et je me suis perdue dans les émotions d'une mère, personnage central de ce texte.
Corrections : l'orthographe, la conjugaison, la syntaxe, ce qui semble utile de relever. J'aimerais aussi savoir si le racisme reste bien exprimé, pas trop flagrant, mais pas forcément noyé dans le reste non plus, parce que ça restait mon intention de base.
Ce que j'aimerais ne pas toucher : le discours en général, cette politesse, peut-être particulière, dans la narration et entre les personnages. En ce moment, j'ai besoin de cette écriture.
Ma musique à l'écriture : Phillipe Describes Isabeau (https://www.youtube.com/watch?v=7JimoSOM6zs).
Une bonne lecture,
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
N'weti : mon elfe ; elle avance à travers divers chaos et essaye de garder sa ligne de conduite, même s'il lui arrive d'avoir des choix difficiles ; assez dure à décrire, elle est l'héroïne du jeu ; dans l'univers, les elfes et les mages sont très mal vus, les premiers sont des sauvages barbares, asservis depuis des siècles, les seconds sont des dangers ambulants, contrôlés par l'ordre religieux principal du continent ; N'weti est les deux et arrive à rester libre, toujours mobile, jamais d'attache, elle se faufile, avance dans le monde, un peu à sa guise ;[/justify][/spoiler]
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
17/09 : Première correction finie.
18/09 : relecture et affinage finis.
Les émotions d'une mère
Les couloirs de la maisonnée ne résonnaient plus des rires d’enfants. Dame Olivia, le visage las, y erra seule, perdue dans ses réflexions. Elle se souvenait d’années heureuses ; ses trois garçons s’amusaient alors, donnaient bien des difficultés aux servantes et se cachaient sous ses jupons, leurs méfaits accomplis. Ses triplets, si petits, si chétifs. Elle les chercha un instant, crut entendre à nouveau leurs chamailleries et leurs adorables querelles. Ne lui restaient que les souvenirs ; et le silence.
Des éclats de voix à travers la grande baie vitrée.
Dame Olivia releva les yeux, curieuse, et s’approcha. Décorée de lourdes tentures en velours, une suite de fenêtres longeait la façade ouest du manoir, baignant l’intérieur d’une lueur crépusculaire. Dame Olivia frôla le verre, d’un doigt si tremblant qu’elle se rétracta, retourna dans l’ombre du rideau, là où elle espérait que personne ne la verrait. Juste au-dessous d’elle, le long de l’allée en gravier blanc qui reliait le manoir au jardin, se promenaient ses bébés. Ils avaient tant grandi, étaient devenus des hommes fiers, le dos droit, leurs armures rutilantes, mains sur les pommeaux.
Entre eux, deux dames.
L’Impératrice Célène aimait ce jardin, appréciait y profiter d’un thé doux en compagnie de Dame Olivia, au cœur du labyrinthe de haies et des roses. Il était devenu le havre dans lequel elle s’éloignait des responsabilités qui lui incombaient. Visite après visite, Dame Olivia remarquait sans mot dire la fatigue toujours plus marquée sur le visage de son amie.
Aujourd’hui, la guerre se trouvait à leurs frontières quand elle ne se montrait pas intestine. L’un des fils de Dame Olivia, Julius, offrit son bras à l’Impératrice qui l’en remercia.
Elle reprit sa conversation et, depuis sa cachette, Dame Olivia observa l’autre femme. Elle portait l’armure avec aisance et gardait la tête haute, parlait sans paraître intimidée par le titre de son interlocutrice. Dame Olivia retint son souffle quand ses deux fils intervinrent dans le débat.
Par sa taille, Alexandre dominait le reste du groupe. L’étrangère ne bomba pas la poitrine comme Dame Olivia voyait parfois certains agir avec son garçon, intimidés par sa carrure. La femme se tourna vers lui, le fixa d’abord en silence, puis, dans le plus grand calme, prononça des mots qui semblèrent atteindre le soldat, le noble, l’homme plus qu’aucun autre discours. Celui-ci s’apaisa et retrouva sa place, un pas derrière la femme.
Dame Olivia plissa les yeux, fixa les oreilles pointues de l’étrangère ; celles d’une servante, d’une esclave. Les Elfes que Dame Olivia côtoyaient ne se permettraient jamais l’affront de disserter avec un Humain, surtout un aristocrate ; le contredire encore moins. Dame Olivia se rembrunit, méfiante. Elle n’arrivait pas à croire qu’un Elfe pût prétendre à la noblesse qui semblait pourtant émaner de cette femme.
Soudain, un éclat de magie. L’Impératrice rit, l’Elfe rougit, recula, juste assez, se retrouva captive de l’ombre d’Alexandre. Elle ne s’offusqua pas de sa protection, leva un regard attendri ; et la mère comprit, son cœur déboussolé à cette révélation.
Surprise d’entendre des pas derrière elle, Dame Olivia se retourna vers l’escalier en colimaçon à l’extrémité du couloir. Césarius, le dernier de ses bébés, apparut, un sourire radieux sur son visage :
— Mère ! Le temps est magnifique ! Ne voulez-vous pas profiter d’une balade dans le jardin ?
— Césarius ! s’enthousiasma Dame Olivia embrassant son fils qui l’avait rejointe. J’aurais peur de vous déranger en plein conseil de guerre, ironisa-t-elle.
Le chevalier rit. Il tendit son bras à sa mère, cala son pas sur celui, plus tranquille, de Dame Olivia. Arrivés à la première marche, il la rassura :
— Vous ne nous dérangez jamais, Mère. Vous êtes ici chez vous, maîtresse de la maisonnée. Nous profitons seulement du calme de vos jardins pour permettre cette rencontre.
À chaque instant qui la rapprochait de l’Elfe, Dame Olivia hésitait un peu plus, son regard perdu dans les broderies de ses souliers ou le frottement de ses jupons sur le dallage en pierre. Elle s’arrêta, demanda :
— Votre frère, Alexandre, aime-t-il cette…
— N’weti ? Oui. répondit Césarius sans hésiter. Pourquoi cette question, Mère ?
Dame Olivia ne répondit pas de suite, hésita à mettre des mots sur l’élan qui enflait en elle. Elle n’avait pas élevé ses fils, des garçons nobles, pour apprendre par la suite qu’ils s’amourachaient d’une simple servante. Elle se rappela le soulèvement de ces oreilles pointues, durant lequel était mort leur père et lutta pour contenir la colère qui émergea à ces souvenirs.
Enfin, elle osa observer Césarius, remarqua son regard perdu, adouci, son sourire discret et sa fossette marquée. Elle l’observa et comprit combien ce qui lui paraissait normal, une hiérarchie apprise, ne l’était plus pour eux. Elle hoqueta dans un soupir :
— C’est une Elfe.
Le visage de son fils se ferma, un court instant, et elle redouta de le perdre, de les perdre tous les trois, à cause de cette maudite Elfe. Elle tendit la main vers lui, voulut toucher sa joue. Césarius s’adoucit :
— Oui Mère, c’est une Elfe, énonça-t-il avec autant de douceur que s’il expliquait à un enfant.
» Nous l’avons rencontrée il y a de nombreuses années, durant la guerre de l’Enclin. Nous nous sommes éloignés de notre régiment, seuls, égarés, poursuivis par l’ennemi. Nous avons trouvé refuge dans le village où sa Guilde officiait.
» Cette Elfe, insista Césarius, nous a accompagnés durant ces semaines d’incertitude. Elle n’a jamais jugé ni nos oreilles aplaties ni la bêtise consternante de nos propos à son égard. Avec son frère, ils nous ont épaulés pendant les batailles, ont veillé nos arrières.
» Sans mot dire, elle a pansé nos blessures – avec des bandages, rendez-vous compte, Mère ! – jusqu’à ce que nous l’autorisions à user de sa magie pour les refermer.
» Elle s’est toujours montrée respectueuse de notre peur de la magie. Une peur fondée sur notre éducation et plusieurs expériences de batailles, d’adversaires acharnés. Elle était une Elfe, une mage, comme tous ceux que l’on nous apprenait à combattre.
» Pour nous, elle était comme eux, elle devenait eux.
» Et pourtant… je remarquais sur son visage combien notre méfiance la blessait. De nous trois, Alexandre a été le premier à l’autoriser à exprimer cette magie qu’elle nous cachait. Ne le répétez pas, mais je le jalouse un peu, rit Césarius, j’aurais aimé être ce premier. Venez la rencontrer, Mère. Nul doute qu’elle vous étonnera.
Dame Olivia redressa les épaules, se força à avancer :
— Des Elfes ont trahi ma confiance, rappela-t-elle.
— Des Humains également, rétorqua Césarius avec douceur. En voudrez-vous à tous les Humains ?
— Des Elfes ont tué votre père.
— Des Humains ont tué le vôtre. Mère, nous pourrions débattre ainsi pendant des heures. Pour chaque méfait commis par un Elfe, un Humain l’aura également commis. Je n’arrive plus à juger une personne sur ses origines, je me concentre sur ses actes.
Dame Olivia sourit :
— Voilà un conseil bien judicieux.
— N’weti nous l’a appris, lui expliqua Césarius. Nous avons été bêtes. Père vous manque beaucoup, à vous aussi, n’est-il pas ? reprit-il après un instant de silence.
— Et mes trois petits garçons ne viennent plus me rendre visite, s’esquiva Dame Olivia. Ils trouvent du réconfort dans d’autres bras, le taquina-t-elle.
— Vous avez raison : Mère, nous pardonnerez-vous cette absence ? Les guerres n’attendent jamais.
Césarius soupira et réitéra sa demande :
— Voyez au-delà de l’Elfe, de la mage, que présente notre amie. Apprenez à la connaître et vous comprendrez combien vous vous trompez sur elle.
Ils sortirent du manoir, s’arrêtèrent un instant sur le pas de la porte. Le crépuscule aveugla Dame Olivia. Par-delà l’horizon, derrière les jardins et les vastes champs environnants, le soleil terminait sa course, apportait une teinte orangée aux haies de roses qui enveloppaient le kiosque près duquel le groupe les attendait.
Julius se retourna le premier. L’Impératrice suivit son mouvement. Par son sourire chaleureux, celui d’une amitié précieuse, elle appela la Dame à les accompagner. Dame Olivia retint un frisson d’amertume au regard de l’Elfe, hésita, s’accrocha à son fils et s’avança vers elle.