Lundi
C’est la rentrée, j’ai travaillé toute la journée, et maintenant je rentre, à contresens de cette rentrée. Peut-être que je cherche une sortie ? Je suis fatiguée. “Boulot-métro”, c’est fait, et il y a encore plein de choses à résoudre avant le “dodo”.
Je ne veux rien résoudre ce soir.
Sur mon chemin, j’aperçois un banc en bois. Il se tient bien droit comme il faut, un bon citoyen qui répond présent tous les jours, un symbole de stabilité. Puis-je lui faire confiance ?
Si je m’assois un peu, je ne ferai rien d'autre pendant ce temps.
Cinq minutes. Pourquoi pas ? Mais si je m’assois sans rien faire, que vont penser les passants ? Que j’attends quelqu’un ?
Je m’assois.
Je ne fais rien. La honte. La vie passe.
Cinq minutes de ma vie. J’attends quelqu’un ? Ou non ? Si ?
De temps en temps, une personne passe devant, ça me crispe. Que pensent ces gens ?
Cinq minutes.
Il ne s’est précisément rien passé.
Je me lève et je rentre chez moi.
Mardi
Je passe devant le banc. Je suis une femme respectable, je rentre chez moi après une journée de travail respectable.
Comme dans un film, je me vois faire demi-tour et m’asseoir sur le banc.
Et si les gens qui passent me prennent pour une folle ? Celle qui est là tout le temps.
Je prends le téléphone, en faisant semblant de travailler. En réalité, j’ouvre et je ferme nerveusement des applications.
Cinq minutes. Je range le téléphone. Je n’ai rien vu de ce qui s’est passé autour de moi. Rien. Où sont passées cinq minutes de ma vie ?
Bon, je rentre chez moi.
Plus jamais.
Mercredi
Non mais, et puis quoi encore ?!
Mon banc est occupé : il y a une dame habillée toute en blanc, maquillage, coiffure, qui est assise sur … mon … banc !
Tant pis pour elle, je m’assois à côté. Ça m'énerve !
La dame sort un sandwich de son sac et s’apprête à le manger. Je ne la regarde pas, elle me dégoûte. Je ne supporte pas le bruit du papier dans lequel ce sandwich est enveloppé et je ne supporte pas cette dame non plus.
Le froissement du papier m’irrite.
Je me concentre sur une autre dame, qui est en train de s’approcher avec un charmant petit yorkshire tenu en laisse.
Je fixe ce minuscule chien avec toute l’intensité dont je suis capable. Il me regarde, on se regarde.
Si j’avais une queue, je l’aurais remuée vigoureusement, mais comme je n’ai pas de queue, je me contente de faire un de mes plus beaux sourires à la dame qui promène son chien.
La vie est plutôt belle, finalement.
Jeudi
Je m’assois sur le banc, presque automatiquement.
J’ai décidé de ne plus sortir le téléphone et d’attendre un signe.
En face, à l’autre bout de l’avenue, une ambulance est en train d’emmener quelqu’un.
Une vieille dame l'accompagne. Elle m'aperçoit et se dirige timidement vers moi :
— Madame, est-ce que vous avez une heure ? Mon compagnon et moi, on doit se marier en urgence car nous ne sommes pas mariés et lui… il n’est pas en très bon état, vous comprenez ? Pouvez-vous être notre témoin ? La mairie est au courant, ils nous attendent à l’hôpital.
Je voulais un signe et, apparemment, il suffisait de demander. En voici un.
Je me lève et je me dirige vers l’ambulance où le futur jeune marié m’attend aussi. La dame me remercie. L’élu municipal et ses pouvoirs confirmés par son écharpe tricolore, avec glands à franges d’argent, attend effectivement à l’hôpital pour une célébration d’un mariage in extremis. L'agent d’état civil nous fait signer les papiers, avant que le jeune marié ne soit transporté au bloc. La jeune mariée l’attend, devant.
Je rentre à pied et, cette fois, je m’abstiens de m’asseoir sur mon banc.
Le signe reçu a été très clair.
Le signe de quoi ? Pas si clair finalement.
Je réfléchis en marchant.
Vendredi
J’hésite avant de m’asseoir cette fois.
Pas d’ambulance en vue, les voitures roulent normalement.
Il faudrait que je passe voir ma jeune mariée d’hier, pour prendre des nouvelles de son mari.
Elle s’appelle Gisèle.
Gisèle Martin. Madame Martin. Monsieur et Madame Martin.
Je souris.
La dame avec son yorkshire est à l’approche.
Je me transforme mentalement en chien, je remue la queue et je participe au cérémonial traditionnel de rencontre.
La dame me raconte que c’est une chienne, qu’elle s’appelle Umi, qu’elle a trois ans et qu’elle est têtue.
J’ai le droit de câliner Umi. Elle remue la queue.
La vie est belle, décidément.
Ce serait bien si les gens avaient eux aussi un cérémonial de rencontre, utilisable à tout moment, dès qu’on aurait envie de faire connaissance avec quelqu’un.
Ce serait tellement plus simple.
À la maison, je me renseigne sur les prénoms des chiens LOF. Effectivement, comme les lettres W, X, Y et Z sont exclues du système et qu’on est en année B, Umi a trois ans.
Sur cette information utile, je commence mon week-end, en laissant le banc vacant jusqu’à lundi prochain.
La suite
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A suivre
(Suite)
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A suivre
Coucou,
Les retours sur la semaine 1 sont unanimes, donc je vais la laisser tranquille ! :)
Cependant, je ne peux m'empêcher de les comparer, et ta deuxième semaine est moins tendue. Tu restes drôle dans le ton, et ton écriture est douce.
De manière générale, te lire m'a donné envie de faire une pause, de trouver un coin où poser mon royal postérieur et observer les gens vivre.
Petit coup de cœur sur Umi, j'espère qu'elle dépassera la fiction et deviendra réalité. :p
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Petite critique : "Demain c'est un autre jour" sonne un peu cliché. J'aimais bien le rythme style journal intime de la première saison de la vie de Marine.
J'attends la saison 3 avec impatience !
Bisous,
A.