Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: LOF le 27 Août 2026 à 11:26:00
-
Ecrit à partir de 12 rimes imposées.
Mots calcinés
Tous mes mots ont cramé dans la gueule de l’incendie.
Dans l’histoire je ne connais plus terrible ravage.
De mon expression il va y avoir pénurie.
De la beauté et de l’amour je n’en décrirai plus les rivages.
C’est par la possession des mots que j’en disais l’excellence.
Je sombre dans un mutisme comateux.
Exprimer mes sentiments par les mots c’était mon opulence,
Et pour réparer ce désastre nul rebouteux.
Me reste à vieillir comme un bibelot vert de gris,
Sans sur le chemin trouver d’alchimiste
Qui en lumière transformerait mon avenir aigri,
Et du monde me donnerait une vision animiste.
L’incendie un jour s’éteignit après une diluvienne pluie.
Du ravage je cherchais à retrouver les mots.
Pénurie fut le premier qui s’imposa maladroitement.
Rivages désolés bordaient mon cerveau grillé.
L’excellence à présent me parut impossible à atteindre.
Le comateux en moi maintenait sa torpeur.
L’opulence des idées n’était plus qu’un rêve lointain.
Un rebouteux je consultais pour guérir mon aphasie.
Vert de gris était devenu tous les mots de ma mémoire.
L’alchimiste Rimbaud seulement,
Aigri il n’était point, parvint à revigorer ma conscience malade.
Animiste je devins malgré la brûlure du monde.
-
Bonjour Lof,
Bravo pour ce texte qui me semble semble effectivement puiser dans un imaginaire rimbaldien qui fut pour lui, celui du langage brûlé, de la perte des mots, puis de leur retour comme une "illumination" quand s’estompe l'odeur de l’absinthe.
Pour moi, ce "feu" que tu évoques, me semble davantage symbolique qu’historique : il témoigne cependant d'une crise intérieure, une rupture, d'un silence forcé par le retour de la désillusion.
On sent l’influence, mais aussi l'expression d'une possible dérive plus personnelle, comme si tu avais voulu rejouer la scène à ta manière... Et c'est peut-être cette tension qui donne sa couleur au poème.
-
Merci infiniment pour vos commentaires qui éclairent le sens de ce poème
-
J'aurais bien aimé lire le texte sans les contraintes. Profiter de ton flow et de tes images. Rimbaud le méritait. Tu as une belle ecriture.