Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par moi :)
(https://omer.mobi/soute/untitre/couverture_mus.php?s=pl1_37758_fnt_tr_c80ii-CUT&t1=La+temp%E9rance%0D%0A&t2=de+l%27emmerdeur%0D%0A&a=Luna)
J'ai modelé les noms et générisé les termes pour que le texte ait une essence propre, mais on va pas se cacher : mon elfe, N'weti, toussa toussa :-¬? en vrai, je le trouve cool ce texte, et j'intègre officiellement Harillen à mon lore, des semaines que ça me travaille, il est enfin temps !
Aussi, je suis allée au bout de la scène mais je la trouve incomplète. J'ai bien envie d'en faire une vraie aventure, un apprentissage pour Dirthara, même si elle ne restera pas entre le frère et la sœur au-delà de cette scène ; elle est de trop :relou:.
N'weti (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=47200.0) a désormais sa page dans les carnets de bord, avec un sommaire complet.
Une bonne lecture et une bonne soirée !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Une sensation inhabituelle
9:30 de l’âge du Dragon
Il régnait dans le village portuaire une atmosphère, lugubre. Les mâts des navires de pêche cliquetaient, seuls signes de la présence des barques au cœur du brouillard. Je m’approchai d’un étal. Le poisson éviscéré me fixait, terrifié, le couteau toujours planté entre ses chairs. Abandonné. J’inspirai. L’odeur du sang me chatouilla les narines. Je me souvenais de ce village : des gens simples, des sourires, des vies remplies et des cœurs ouverts à l’inconnu, sans jugement.
— Où sont les villageois ?
Par sa question anodine, Dirthara révélait tout. À peine plus jeune que moi, elle respirait pourtant la naïveté que je ne me permettais plus. L’humaine rêvait d’aventure, de gloire, comme celles contées par les bardes. Sa guilde l’avait mandatée pour nous accompagner et apprendre.
Harillen, mon frère, et le dernier de notre équipée, se dissimula dans l’ombre d’une maisonnée d’où il progressa en éclaireur. Dirthara se tourna vers moi, sourcils froncés :
— Où est passé ton ami ?
Agacée, je claquai ma langue :
— Cessez vos questions. Observez. Écoutez. Apprenez. Le village vous dit tout.
Je m’avançai en son cœur névralgique, où je savais trouver le reste du marché. Des fruits, des légumes, des grains. Le long du chemin qui remontait du fleuve, je remarquai. Les volets fermés. Le silence. Même mon pas me laissa un frisson, un sentiment de danger. Dirthara me suivit sans réfléchir. Soudain, je la bloquai, mon bâton contre son pied, au moment où son talon s’apprêtait à écraser une substance noire et gluante au sol.
— Observez, lui rappelai-je.
Le liquide s’imprégnait à la terre battue, prêt à nous avaler. Pour la première fois depuis notre arrivée, Dirthara observa. Je la laissai tirer ses conclusions et repris mon ascension, d’un pas lent et calculé. Elle me talonna, plus prudente, mima mon pas, esquiva le mal incrusté partout.
Je ressentais sa puissance, une force, oppressante, qui comprimait ma poitrine, réclamait ma soumission. Je nouai ma tresse en un chignon serré : je refusais d’abdiquer face à ces démons.
Je le devinai nous observer, plaçai mes protections, autour de moi, de Dirthara, d’Harillen que je ressentais toujours auprès de nous. Un ricanement. Dirthara sursauta. L’arme au poing, elle gesticula comme un enfant pris sur le fait d’une bêtise et pointa son épée vers le vieil homme, avant de la laisser tomber. Il dégageait de lui une apparente faiblesse, un leurre grossier.
L’humain, son teint noirci par la corruption et ses cheveux blanchis par l’âge, sa moustache entretenue, son costume ajusté et son port altier, laissa tomber sa tête sur le côté, désarticulé, un sourire mauvais sur le visage. Ses mains bougèrent, si vite que Dirthara ne put s’en défendre. Les bras étirés, prolongés de griffes d’ours, se heurtèrent à ma barrière, qui crépita, explosa, dans une gerbe de glace.
Dirthara passa un doigt sur sa joue où le sang coagulait autour de la plaie ouverte, et se tourna vers moi, incrédule.
— Apprenez.
Elle tremblait. L’ombre autour de l’homme s’épaissit et son corps se distordit pour disparaître dans son antre. Dirthara se ressaisit mais je ressentis. Confusion. Peur. Colère. Les émotions l’éveillèrent au combat ; à notre désavantage. Elle hurla toutes les insanités connues de cette terre et de l’outre-monde, balança ses coups sur le moindre mouvement et se dirigea droit dans un piège. L’homme n’eut qu’à lever la main. Sa magie cerna la jeune guerrière imprudente. Profitant de cette ouverture, mon sort atteint l’ennemi et ce dernier relâcha sa proie dans un mouvement de recul.
Je me dirigeai vers elle quand une flèche frôla ma joue. Un gargouillis amer. La goule ralentit son mouvement, assez pour me permettre un éclat gelé, assez pour m’éviter une blessure bête.
Apprendre, toujours. Ne jamais baisser sa garde.
Je saisis Dirthara par l’épaule et la ramenai avec moi, dessous mon bouclier reformé. Elle toussa, une main sur son cou bleui.
— Quel emmerdeur… grogna-t-elle.
— Plutôt que de l’insulter, apprenez à respecter votre ennemi autant que vos alliés. Cela vous incitera à la vigilance et vous évitera une autre déconvenue. Oubliez votre arrogance : elle ne vous permettra pas de voir un nouveau soleil demain.
Elle se figea, me fixa, cligna des yeux. Harillen apparut à nos côtés, ses flèches enchantées armées, prêt à bander son arc.
— L’Engeance a tout décimé. Tant que nous restons loin de ses échos, elle ne nous atteindra pas. Celui-là, ajouta Harillen vers le vieil homme, est possédé par un démon. Harellan, ma sœur : trouvez son nom.
Sur cet ordre simple, je me concentrai, remontai le fil du temps. Une flèche décochée. Une épée. Un rire. Trois étrangers. Le silence. Des morts. Les cris. La peur. L’Engeance.
Il n’a pas résisté.
Je rouvris les yeux, trouvai l’origine de cette voix éthérée. L’esprit prit les traits d’un jeune homme, ses mains enchaînées, liées devant ses hanches, comme un symbole à reconnaître :
— Vous êtes un esprit de Tempérance.
Il acquiesça. Nos consciences en résonnance, il me montra : cet homme voulait la force de continuer, de protéger ceux qu’il aimait de leur lente agonie. Il refusait son impuissance. Le démon lui a promis…
Un coup, porté sur le bouclier de l’esprit. Il s’évapora, sa révélation perdue dans un murmure inaudible. Harillen fronça les sourcils :
— Nous devons avancer, ordonna-t-il.
— Tu es fou ?! s’exclama Dirthara.
— Préféreriez-vous fuir ? siffla Harillen en bandant son arc après une flèche plantée dans le front décharné d’une goule. Ma sœur : avez-vous découvert son nom, sa faiblesse ?
Partout autour de nous, le monstre rit. Son assurance résonna sur le village. Je me laissai engloutir, envahir par les émotions. Comment les hommes pouvaient-ils ainsi se laisser berner par les démons ? Juste de belles paroles… si seulement je pouvais, si j’avais la force de…
Je pourrais t’apporter la puissance, susurra une voix à mon oreille. Celui-là ne vaut rien. Tu es plus puissante et, ensemble, nous pourrions réaliser toutes tes ENVIES. Tu pourrais enfin devenir assez forte pour…
— Envie, citai-je avec un sourire mauvais.
Le démon s’offusqua, envoya encore plus de goules qu’Harillen éparpilla sans peine. Avec un sort, je remplis son carquois de nouveaux projectiles. La glace s’enroula autour du cuir. Mon frère me sourit et s’élança, talonné par Dirthara.
— Ô Esprits, murmurai-je, accordez-moi votre Courage.
Le démon rugit quand une première flèche l’atteint. Un loup hurla au loin et insuffla le Courage en moi. Les yeux du démon, exsangues par la rage, sortirent de leurs orbites, tandis que son sang s’écoulait d’une plaie gelée, qu’il ne parvenait pas à refermer.
Les démons terrifiaient pour leur apparente invulnérabilité. Quiconque connaissait leur secret pouvait alors riposter. Je lançai mon incantation, protégée par mes camarades. L’épée de Dirthara tournoya autour d’elle, fendit en deux les goules qui se rapprochaient. Une ligne après l’autre, elle perçait leurs assauts. Harillen abandonna son arc au profit de sa dague et serpenta entre les corps, habile. Le froid me picota les pieds, les mains, mon corps tout entier, tandis que l’incantation arrivait à son terme. Le loup de glace, mon symbole, habité par l’esprit de Courage, apparut à mes côtés. Ses crocs de givre s’étirèrent en un sourire. Meurtrier. Harillen décocha cette ultime flèche, imprégnée de mon essence, un chemin pour le loup qui se rua sur le démon. Le corps, déjà affaibli, émit un craquement sinistre. Le démon s’évapora.
Aussitôt, le brouillard se dissipa et, au loin, une alouette.