Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par moi :)
(https://omer.mobi/soute/untitre/couverture_mus.php?s=musee-bretagne_M0212_AG-988-46-12-U-CUT&t1=La+chapelle%0D%0A&t2=des+capsules%0D%0A&a=N%27weti)
Des choses à dire, mais je préfère laisser à chacun une découverte sans interférences. Et merde... me faut un titre... pas très inspirée pour celui-là.
N'weti (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=47200.0) a désormais sa page dans les carnets de bord, avec un sommaire complet.
Une bonne lecture et une bonne soirée !
La cité du dernier repos
— Où m’emmenez-vous ?
Mon ami le mage me tendit sa main avec révérence. Quelques mèches brunes rebelles ondulèrent de chaque côté de son visage taquin. Ses pommettes, brunies par de longues journées au soleil, saillirent quand il sourit :
— Laissez-vous surprendre.
Je me concentrai sur son regard. Des prunelles magnifiques, aussi sombres qu’un ciel nocturne, de ceux qui me guidaient quand je me perdais en forêt. J’aimais ces ciels et leurs promesses. J’aimais ses promesses. Je glissai mes doigts au creux des siens et il me hissa sur l’embarcation, un navire à deux visages. À la modestie de sa forme, munie d’un seul mât et dépourvue de la moindre cabine abritée, s’opposait la richesse de ses matériaux. L’Écaille de dragon, un alliage travaillé par une poignée d’artisans dans tout le royaume. Comme pour le compléter, la coque et le mât se composait d’Os de dragon, de véritables os, arrachés à la bête mythique lors d’expéditions périlleuses.
Je m’y accrochai, pus presque en ressentir toute la puissance. Mon ami tira sur diverses cordes, les attacha à plusieurs anneaux. Il virevolta autour de moi, ses gestes sûrs, sa chorégraphie presque intime. Les premières vagues me secouèrent, plus que je n’aurais souhaité le laisser paraître. Il m’adressa un clin d’œil complice :
— N’ayez crainte, mon amie : mêmes les plus grands guerriers se retrouvent un jours maladroits face à une tempête en pleine mer.
— Je souhaite ne jamais croiser cette dernière ! lui objectai-je, ma fierté blessée.
Il rit de plus belle et se concentra sur son chemin, sa destination. Je me sentis minuscule au regard de l’immensité. La rive disparut dans la brume et j’adressai un regard inquiet à mon ami qui ne cessait de sourire.
— J’ai découvert ce lieu pendant mon enfance, m’expliqua-t-il. Déjà, je volais les bateaux des pêcheurs pour naviguer, au grand dam de mon père.
— Il voulait vous former à la magie.
— Il voulait me former à son héritage, me confirma-t-il.
— Et il y a réussi.
— Oui…
Son sourire se perdit dans des souvenirs doux-amers. Je savais qu’il aimait son père, qu’il aimait cet héritage offert, une vie confortable, loin des incertitudes de la pauvreté.
— Il savait, me confia mon ami. Il savait qu’il n’arriverait pas à m’enchaîner pleinement.
— C’est pour cela qu’il vous a offert le bateau.
— En effet.
Un cadeau, pour un jeune homme en quête d’une liberté que son nom ne lui permettait pas. Ce bateau était devenu son refuge, dès lors que la vie de Magister lui enlevait tout le reste.
— Nous y sommes.
Il jeta l’ancre, replia les voiles et me laissa découvrir. Je plissai les yeux, incapable de voir bien loin dans l’épaisseur de la brume. Mon ami m’offrit son bras pour me permettre de me rapprocher du bord de l’embarcation sans chavirer. Je cherchai jusqu’à la voir. Une bulle, fragile, flottait au-dessus de l’eau. Je la lui montrai, enthousiaste, dus m’accrocher à lui pour ne pas perdre l’équilibre, et tendis la main vers elle. Elle éclata, et un rire d’enfant s’en échappa, l’écho d’un rire, tandis que d’autres s’esquissèrent, comme autant de vies.
— Où sommes-nous ?
— À une frontière. Ici, le voile entre la vie et la mort est si ténu que l’on peut entendre les échos de vies passées.
— Cet enfant… compris-je.
— Il est mort heureux, me rassura-t-il. Un rire d’enfant peut aussi bien annoncer la mort d’un enfant que celle d’une âme heureuse, restée innocente malgré les épreuves de la vie.
» Je viens parfois pour écouter ces âmes errantes, pour réfléchir à mes propres tourments. Ici, je me sens en paix.
Soudain, je ressentis une pression contre mon esprit.
— Nous devons partir ! m’exclamai-je.
— Pour…
Il se figea à son tour et fixa un point, juste au-dessus de ma tête. Bien trop près. En toute hâte, il hissa la voile. Le navire lui répondit avant même que l’ancre ne remontât. À bout de souffle, je me recroquevillai, tremblante.
— Je ne pensais pas qu’il vous trouverait ici. Pardonnez-moi, j’aurais dû me montrer plus prudent.
Son excuse se perdit dans le tempêtement des vagues. Mon ami usa de sa magie pour commander aux flots et pousser l’embarcation. J’aurais craint que cette avalanche mystique ne brisât n’importe quelle autre coque, mais pas la sienne, protégée par de nombreux talismans et sortilèges qui fredonnaient au vent, en appelaient à sa bienveillance.
— Tu ne peux plus fuir, petite elfe… siffla une voix dans ma tête.
Je hurlai, la douleur vive causée par le démon qui se heurtait à la porte de mon esprit. Mon ami renforça la barrière autour de moi. Quand je rouvris les yeux, je la vis onduler, un arc-en-ciel de tout son savoir, des connaissances apprises sur tous les continents de notre monde. Je me rassurai : avec lui, je ne risquais plus que le démon ne me possédât.
Bientôt, je vis la lueur d’une lanterne solitaire sur un ponton au fond d’une grotte, celui-là même que nous avions quitté quelques temps plus tôt. Mon souffle se calma, comme l’eau et le vent autour de nous. Nous traversâmes la barrière de l’imposant manoir, à flanc de falaise, celui dont mon ami était le maître et seigneur.
L’intendant vint à notre rencontre. Il parut inquiet et les deux parlèrent dans leur dialecte natal, que j’apprenais encore. Mon ami me saisit par les hanches et me garda contre lui tout le temps que l’on mit à rentrer tandis que l’intendant amarrait le navire. J’aurais sûrement protesté si je n’avais été incapable de contrôler mes tremblements, si je n’avais vu la traînée de sang qui s’écoulait sur notre chemin.