Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Dian le 30 Juillet 2026 à 10:33:54
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Hercule prenant le bus est méconnaissable.
Alexandre habite une villa restée en travaux pour cause de dettes.
Orphée est un obscur trompettiste.
Neptune est un garde-forestier qui a des ennuis conjugaux.
Hélène de Troie s'appelle Hélène Détroit, elle est secrétaire dans une agence de pub.
Andromède est assistante de laboratoire.
Ulysse n'a jamais quitté sa banlieue.
Achille boite depuis son accident de scooter, et tient une cordonnerie. Il est connu de la police.
Icare pose des panneaux solaires mais refuse toujours le harnais de sécurité.
Cassandre laisse des commentaires alarmants et racistes sur les forums de copropriété.
Antigone s’occupe des formalités funéraires dans une mairie de quartier. Elle a un goût immodéré pour le rouge à lèvres noir.
Prométhée vend des briquets à l’unité derrière la gare.
Œdipe anime un club de mots croisés et évite soigneusement les questions qui fâchent – il rêve toutes les nuits de rapports intimes avec sa psy beaucoup plus âgée que lui.
Thésée s’est perdu dans les couloirs d’un grand centre commercial et n’a que difficilement trouvé la sortie malgré les indications d’Ariane.
Artémis surveille les espaces naturels sensibles et violente les campeurs sauvages qui n’obtempèrent pas.
Sisyphe conduit une benne à gravats entre la carrière et la décharge.
Hector est agent de sécurité dans un parking souterrain, il angoisse toujours avant de prendre son service (et ce malgré son courage légendaire).
Le Sphinx tient une permanence d’orientation scolaire, mais ce n’est plus lui qui pose les questions.
Charon contrôle les billets sur un célèbre ferry, son physique apoplectique et son peu d’amabilité nuisent à son avancement.
Pandore travaille au service des objets trouvés et continue d’ouvrir ce qu’on lui confie, à ses risques et périls.
Zeus est un dealer qui ne plaisante pas, rusé, vindicatif, et grand amateur de femmes (qui le lui rendent bien).
La face de la Gorgone s'est figée en gargouille.
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Bonjour Dian,
Les personnages au présent sont bien vivants et se nourrissent des personnages mythologiques dont ils partagent le nom. Comme si ces personnages mythologiques étaient sortis de l'imaginaire pour rejoindre le réel et avaient dû s'adapter au présent en perdant leurs pouvoirs. La plupart ont des vies "ordinaires" d'après la courte description.
Je ne suis pas mythologue, mais j'ai grandement apprécié ma lecture. Il me reste quelques liens à faire. Merci !
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Merci Septante de ton commentaire. On peut avoir l'impression que je déprécie les dieux grecs mais nullement. Ce sont les dieux et héros grecs qui sont rapetissés et banalisés quand ils sont placés dans le contexte réducteur et matérialiste qui est celui d'une époque culturellement décadente. Je suis néanmoins confiant dans la résilience des personnes et - plus loin - des êtres reprenant conscience de leur identité cosmique.
Amicalement
Dian
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On peut avoir l'impression que je déprécie les dieux grecs mais nullement.
Je n'ai pas eu cette impression. La mythologie grecque est très vaste. Tu m'as donné le goût d'approfondir mes connaissances de ces déesses et de ces dieux.
des êtres reprenant conscience de leur identité cosmique
Nous sommes tous des poussières d’étoiles ! Car tous les noyaux des atomes qui nous constituent ont été engendrés au centre d’étoiles mortes il y a plusieurs milliards d’années.
Hubert Reeves, 1932-2023.
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Salut Dian,
J’ai trouvé ton texte hilarant. Et pourtant si nous considérons la chose avec gravité, il n’y a pas de quoi rire. Après la fin du grand récit des Dieux et des Mathématiques, et conséquemment avec le début du nihilisme, la question est de savoir, dans cet Occident « décadent », quel genre d’existence doit-on donner à notre vie sans que l’on puisse se considérer seulement comme de simples bipèdes doués de raison ? C’est un fait que l’homme du XXIème siècle a échoué à être le gardien d’une planète conçue comme planète, dans le sens matérialiste du terme. Mais si la clé de notre « salut » ne consistait pas à parvenir à y fonder un vaste songe poétique ? Un role-playing game incarné est sans fin ? Une réalité augmentée ? C’est-à-dire pouvoir jouer librement avec les devoir-être ? Ne serions-nous pas comme des dieux créant leur propre monde ?
Merci pour cette lecture :)
Titus.
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Merci Septante.
Merci Titus de ton commentaire. Non, mon texte n'est pas un texte humoristique. "Fonder un vaste songe poétique", certainement, c'est la mission incombant à chaque individu redevenu conscient.
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Salut Dian,
Icare pose des panneaux solaires mais refuse toujours le harnais de sécurité.
Personnellement, je trouve cela comique et quelques autres phrases également.
Merci Titus de ton commentaire. Non, mon texte n'est pas un texte humoristique.
Même si ton texte n'est pas humoristique, il m'a fait sourire et Titus l'a trouvé hilarant, même s'il dit qu'il n'y a pas de quoi rire.
J'ai écrit un texte sur la dépression (Traité de versification - Une plume contre nos vers) (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=47068.0) et des passages de la première version ont fait sourire April. C'est loin d'être un texte humoristique.
Ton texte peut faire sourire et réfléchir. L'un n'empêche pas l'autre. J'ai fait les deux et je t'en remercie.
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Très joli texte, drôle, documenté. On dirait un reportage sur la banlieue. De belles trouvailles. J'adore. Pourquoi des dieux grecs ? Tu t'es amusé à chercher des correspondances entre l'histoire de ces dieux et héros et la réalité ? En tout cas c'est très réussi.
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Après une relecture, je le trouve encore mieux, mieux écrit et mieux construit que ce que pensais. Tu sembles connaître tes personnages dans les deux sens. Une mythologie urbaine. Joli essai.
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Septante, ok, c'est humoristique dans la forme, ce sont les implications qui ne le sont pas. Si Thésée réussit à se perdre dans un supermarché, si Orphée est un obscur trompettiste, si Zeus est un dealer, que nous reste-t-il à nous, les humains ordinaires ? Qu'est devenue l'espérance restée dans la boîte de Pandore ?
Merci Joel de Bretagne. Pourquoi les dieux grecs ? Parce qu'ils sont éminemment théâtraux. "Mythologie urbaine" est une expression bien trouvée.