Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Titus le 24 Juillet 2026 à 15:45:04
-
Plus peut-être que les autres poèmes que j’écris, je ne suis pas sûr pour celui-ci. J’ai l’impression qu’il est trop embourbé. N’hésitez pas à me faire signe pour me donner votre avis. :)
Titus.
* * *
Le Premier Monde, où tout est jeté dans tout,
Nul ne peut le nommer ni l’atteindre,
Car il règne avant et après le temps,
Et – l’Autre – est le résultat de tous les récits.
Haut, cependant, est le statut du presqu’un être :
Lui qui bégaye, témoigne et signe son trop de réalité.
-
Bonjour Titus,
Même si le Monde Premier m'échappe comme le commun des mortels, je ne trouve pas le poème trop embourbé. J'aime bien la cosmologie et la cosmogonie (récit mythologique qui décrit ou explique la formation du Monde, selon Wikipédia).
Je saisi moins la fin du texte :
Haut, cependant, est le statut du presqu’un être :
Lui qui bégaye, témoigne et signe son trop de réalité.
presqu’un être = La créatrice ou le créateur du monde ?
Lui qui bégaye = J'ai lu que Moïse était bègue selon l'histoire biblique
Nul besoin de m'expliquer tout de suite. On peut laisser à d'autres d'interpréter le poème.
Bonne journée
-
Bonjour septante,
Je te remercie pour ton retour. J’ai toujours peur, comme tous ceux qui écrivent je pense, de « rater » un poème. Et peut-être est-ce une bonne chose de « rater » quelque chose : cela nous invite à chercher toujours.
Pour répondre à ta question, le « presqu’un être » est une formule de mon cru pour désigner l’être humain, ni jamais achevé, ni jamais identique à lui-même.
J’ignorais que Moïse était bègue. Par contre, ce que j’essaie de dire dans tout ce que j’écris, c’est le fait inquiétant qu’il n’y a plus de Tables de la Loi. Merci donc d’en avoir parlé : cela contribue à donner une dimension plus large à ce poème qu’il n’avait pas jusqu’alors.
Amitiés :)
Titus.
-
Bonjour Titus,
Ton poème est loin d'être raté, je le vois comme un fragment d'une pensée philosophique cherchant à définir un absolu. Peu importe l'interprétaion, les mots résonnent.
Amicalement
Dian
-
Bonjour Dian,
Merci pour ton retour !
comme un fragment d'une pensée philosophique cherchant à définir un absolu.
C'est exactement cela ! Et y échouant...
Amicalement :)
Titus.
-
D'accord avec Dian. Les mots résonnent. J'ai tout de suite été attiré par le titre.
Lui qui bégaye
Dans le sens l'humain qui répète les même erreurs? Comme l'histoire qui bégaye?
J’ignorais que Moïse était bègue.
Je viens de lire https://fr.wikipedia.org/wiki/Bégaiement#Personnalités_bègues (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bégaiement#Personnalités_bègues)
Ils reprennent une interprétation que j'ai lu ailleurs. Moïse y apparaît en premier.
Par contre, ce que j’essaie de dire dans tout ce que j’écris, c’est le fait inquiétant qu’il n’y a plus de Tables de la Loi.
Sans entrer dans tes croyances, pourquoi est-ce inquiétant et que veux-tu dire par Tables de la Loi?
Présentement, je me sens agnostique. Impossible de savoir.
La nuit de feu - Éric-Emmanuel Schmitt
À cet instant, je ne suis pas rien, plutôt presque rien. Un "presque", voilà ma condition. Presque un être. Presque un néant. Ni l’un ni l’autre, mais une angoisse hybride.
Parfois, je vérifie sur un moteur de recherche si ce que j'écris a déjà été écrit. Des idées semblables germent dans différents cerveaux. Ton « presqu’un être » est différent de celui d'Éric-Emmanuel Schmitt, mais je peux établir des ponts entre les deux.
Nul besoin encore une fois de répondre à toutes mes questions. C'est intéressant de pouvoir discuter avec un auteur.
-
Bonjour septante,
Permets-moi de commenter ton retour que je trouve de haute volée.
Dans le sens l'humain qui répète les même erreurs? Comme l'histoire qui bégaye?
Dans le sens que l’être humain, le presqu’un être essaie en vain de témoigner de sa propre réalité, un trop de réalité qui l’excède et provoque son bégaiement. Mais ce trop de réalité est aussi un peu de réalité quand notre époque voudrait le réduire à un ensemble de données.
Sans entrer dans tes croyances, pourquoi est-ce inquiétant et que veux-tu dire par Tables de la Loi?
C’est le fait inquiétant qu’il n'y a plus de récit commun, après l’échec du grand récit des Dieux et des Mathématiques.
La nuit de feu - Éric-Emmanuel Schmitt
À cet instant, je ne suis pas rien, plutôt presque rien. Un "presque", voilà ma condition. Presque un être. Presque un néant. Ni l’un ni l’autre, mais une angoisse hybride.
J’ignorais qu’Eric-Emmanuel Schmitt avait déjà inventé cette formule. « L’angoisse hybride » dont il parle me paraît très proche de ma conception du presque-monde – presque-monde qui naît de la tension entre le Sacré et l’Abîme. Qu’est-ce que j’appelle Sacré et Abîme ? Le Sacré, c’est l’immédiat qui donne tout, où tout communique avec tout, et qui, cependant, n’octroie pas sa bénédiction – qui se retire aussitôt dans l’Abîme. Continuellement le Sacré jaillit, tiré par l'Abîme. Continuellement le Sacré, en se distinguant de l’Abîme, fonde le presque-monde. Continuellement l'Abîme saisit le Sacré et abolit toutes choses. C'est une vision que j'ai eu et que je travaille dans un essai, mais je reste profondément agnostique quand il s'agit d'écrire des poèmes, quand je m'efforce à créer du réel (« la poésie est le réel véritablement absolu » / « plus c'est poétique, plus c'est vrai » selon Novalis).
En tous cas, c’est un plaisir d’échanger avec un lecteur comme toi, aussi précis et détaillé. Je te remercie beaucoup.
Amicalement :)
Titus.