Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: LOF le 20 Juillet 2026 à 17:35:01

Titre: 17 Juillet
Posté par: LOF le 20 Juillet 2026 à 17:35:01

                                                                        17 juillet

Entre les mots il y a la pensée du lecteur conduite par l’auteur. Le vide entre les mots crée une augmentation des mots du texte.
C’est une porte ouverte dont l’auteur a construit le cadre. C’est une porte ouverte par l’auteur qui t’emmène sur des chemins nouveaux que ta place de lecteur permet de prolonger, et d’affermir de sable, de cailloux ou d’herbes folles.
L’art pour l’auteur de ces mots consiste alors à les choisir inspirant, suggestifs, subtilement agencés pour ne pas empêcher l’air de passer, un air de liberté, de rêve, d’associations d’idées et d’images. La petite histoire du lecteur désormais rejoint celle de l’écrivain. Une rencontre se produit et nous faire dire « qu’on aime bien ». Un enrichissement par la lecture justifie son besoin et un plaisir de lecture.
L’écrivain se fait poète, il cueille le monde, ses indices, ses traces, ses signes pour les servir au plus grand nombre qui les habillera de sa chair et de son vécu.
« D’entre les mots » de Georges Jean est un marchepied constitué de ses sentiments, ses paysages personnels pour nous inviter à inventer, ressentir les nôtres. Les marchepieds de l’âme dont chaque mot est une pierre qui édifie la maison où se logera notre identité intime.
Pour permettre l’entre deux des mots, il faut d’abord les avoir beaucoup fréquenté et usé pour ne conserver que les meilleurs, les essentiels et les résistants. Il est juste qu’ils reviennent souvent ceux-là, car ils ont fait leur preuve, démontré qu’eux seuls correspondent à ceux-ci ou ceux-là. Le vocabulaire du poète est reconnaissable car il porte les stigmates de l’expérience.
Ils ne sont pas là pour divertir, mais pour donner une valeur où la variété des lectures s’exercera. Des mots-piliers, des mots-pilotis qui soutiennent notre demeure exposée aux intempéries des jours.
Titre: Re : 17 Juillet
Posté par: Cendres le 21 Juillet 2026 à 09:04:09
Merci de nous avoir partagé ton texte.

Pour le titre "17 juillet", je ne vois pas le rapport direct avec le sujet de ton récit. Peut-être que tu l'as écrit ce jour-là ?

Ton texte est un éloge de l'écriture. De l'auteur qui nous offre un voyage à travers les mots qu'il a choisi de nous faire lire.
Titre: Re : 17 Juillet
Posté par: LOF le 28 Juillet 2026 à 17:50:24

 Merci Cendres pour ton commentaire.
 Georges Jean est un auteur que j'ai découvert, (poème, essais théâtre, roman) entre recherche et pédagogie.
 Il donne à voir, sentir, comprendre, rêver...
 Dans les années 80, mais rien de vieilli, toujours d'une vivace actualité.   
Titre: Re : 17 Juillet
Posté par: Feather le 28 Juillet 2026 à 23:24:03
Bonsoir Lof,

S'inventer, se réinventer au travers de la maîtrise des mots, c'est toute la difficulté.  Comment faire pour ne pas tomber dans un formatage de la pensée ?

Bien à toi.

Mince, je viens de m'apercevoir que j'ai rebondi dernièrement par la même réflexion sur un autre texte qui soulevait, selon moi, la même problématique.

Suspendre un réel dont l'imaginaire ne saurait décrire, pour laisser opérer la magie d'une pensée exploratrice.
Titre: Re : 17 Juillet
Posté par: Alex Stan le 30 Juillet 2026 à 13:07:37
Merci Lof pour cette réflexion très intéressante, portée par une très belle écriture. Le travail de l'écrivain est finalement aussi de permettre et d'amorcer le travail du lecteur, dont la pensée propre complète l'oeuvre. J'aime beaucoup cette métaphore de "l'entre mots", comme espace où se glisse la pensée du lecteur. J'avais eu une idée un peu similaire dans cette nouvelle (L'Indicible https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44783.msg679909#msg679909 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44783.msg679909#msg679909)) que j'avais posté sur le forum. Il faudra que je me penche sur le travail de Georges Jean que je ne connaissais pas du tout. La poésie est d'après moi la forme qui permet le mieux cet "entre mots". Ton dernier paragraphe me questionne : ces mots sont-ils les mêmes pour tous (on s'aperçoit effectivement que la poésie emploie certains mots de manière récurrentes, des mots souvent flous ou conceptuels comme "infini" ce qui pourrait expliquer justement pourquoi ils laissent une place à l'esprit du lecteur : parce qu'ils ne disent pas tout).  N'y a-t-il pas une autre façon de créer cet entre-mot sans pour autant tourner perpétuellement sur le même vocabulaire ? Quel place à la singularité ? "L'entre mots" c'est peut-être aussi de ne pas tout dire, je pense à André Gide, qui refusait de décrire ses personnages, pour laisser ce travail à l'imagination du lecteur.
Titre: Re : 17 Juillet
Posté par: septante le 01 Août 2026 à 15:36:32
Bonjour LOF,

Citation de: LOF
Le vide entre les mots crée une augmentation des mots du texte.
J'apprécie cette phrase.

Citation de: LOF
subtilement agencés
Le lien entre les mots. Il y a le vide (qui n'est pas rien) et le lien.

Citation de: Alex Stan
J'aime beaucoup cette métaphore de "l'entre mots", comme espace où se glisse la pensée du lecteur. J'avais eu une idée un peu similaire dans cette nouvelle (L'Indicible...
Je n'ai pas encore lu L'indicible, mais Libre (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=47079.0), où je trouve que le vide entre les mots est très poétique.

Vos deux textes se complètent à merveille.

Citation de: LOF
Des mots-piliers, des mots-pilotis qui soutiennent notre demeure exposée aux intempéries des jours.
Je pense qu'un des mots-pilliers de ton texte est le mot "mot". On le voit trois fois dans les deux premières phrases et deux fois dans la dernière.

Ce n'est pas seulement la répétition qui fait un mot-pillier, mais aussi sa force évocatrice.

Merci pour ton beau texte et au plaisir de te relire.