Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par moi :)
(https://omer.mobi/soute/untitre/couverture_mus.php?s=image_anonyme_la_rage_soufle_par_sa_bouche_et_lenfer_est_dans_son_coeur._g.25433_701884-CUT&t1=L%27accident%0D%0A&t2=des+fleuves%0D%0A&a=Tic-Tac)
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Une bonne lecture et une bonne soirée !
Fille du serpent
On l’appelait l’enfant sauvage, fille des anciennes croyances, sorcière. Elle n’était rien de tout ça, mais elle préférait laisser les hommes croire. Les hommes étaient doués pour croire ; plus que pour réfléchir. Pendant qu’ils croyaient, elle courrait dans les champs et les forêts, grimpait aux arbres, respirait sa liberté. Elle connaissait les murmures de l’ancienne forêt, ceux des animaux qui s’y cachaient, des dieux qui y régnaient. Les seuls qu’elle peinait à vraiment comprendre étaient bien les hommes.
Un jour qu’elle profitait d’un rai de soleil au sommet d’un arbre, le serpent siffla. Elle atterrit face à lui, sans réveiller la forêt qui sommeillait en cette fin d’après-midi. Le serpent la guida. Les hommes le craignaient, redoutaient ses viles paroles. Elle le reconnaissait en son âme comme un guide, plus que tout autre animal de ces bois ; et son guide aujourd’hui voulait lui délivrer un message.
Ils longèrent la rivière qui dansait entre les arbres. Lorsque celle-ci s’élargit, la femme comprit que le serpent l’entraînait plus loin que le monde connu, plus loin que la protection de l’ancienne forêt. Il se figea ; elle l’imita. Écouta. L’eau qui s’écoulait sur un corps. Elle grimpa à un arbre, avança de branche en branche, jusqu’à le voir. Son teint hâlé l’intrigua, tout comme son épée incurvée, posée sur un rocher tout près de lui. D’autres soldats le rejoignirent, plus proches de ce qu’elle connaissait. Elle ne parvint qu’à peine à se détourner de sa contemplation.
Elle y pensait encore quand la nuit tomba. Pourquoi le serpent l’avait-il guidée à cet homme ? Quel message lui portait-il ainsi ? Le serpent lui contait l’avenir depuis toujours, la mettait en garde et guidait ses choix. Pourquoi cet homme-là ?
Elle rejoignit la ville par les toits, se faufila jusqu’au duché. Un corbeau coassa. Elle se tourna vers ce messager, comprit son regard, un ordre pour la ramener à la forêt, un ordre des dieux anciens. Elle secoua la tête, incapable de reculer. Le corbeau s’agita, s’envola vers la cime des arbres.
Elle entra dans la chambre par la fenêtre ouverte. L’homme dormait, paisible. Elle contourna le lit, l’observa, admira son exotisme. Elle ne connaissait rien des hommes, se moquait bien d’eux mais, lui, elle comprit qu’il hanterait son esprit jusqu’à la fin. Il ne s’agissait pas de beauté, mais d’autre chose. Comme un serpent insidieux qui se faufilait dans son âme.
Il se réveilla et, d’un bond, la saisit par les poignets :
— Qui es-tu ?
— Fille d’Obéron, lui accorda-t-elle.
— Que me veux-tu, fille d’Obéron ?
— Comprendre, sourit-elle. Le serpent est ton animal, tout comme il est le mien. Ne sais-tu pas qu’il n’est pas le bienvenu en ces terres où les hommes le prétendent coupable ?
— Leurs croyances m’importent peu.
— Alors que viens-tu faire en ces terres ?
Il resta un instant silencieux, inspira l’air qui sembla lui manquer, en proie à des émotions trop intenses. Mais les serpents n’étaient pas destinés à s’aimer pour une vie, ils n’étaient pas loups. Les serpents étaient des meurtriers silencieux. Solitaires.
Elle rit et s’évapora. Il perdit l’équilibre, ses doigts se refermèrent sur des serpents, plusieurs dizaines, qui s’échappèrent aussitôt, dispersant dans leur sillage, la silhouette d’une femme.
De retour dans son pays, il bénit les dunes chaudes. Meurtrières. Il observa le serpent venir à lui, le saluer et se souvint des paroles de la fille d’Obéron. Il avait accepté de devenir émissaire pour comprendre l’élancement qui l’attirait vers ces contrées du Nord, par-delà la mer, qui détournait même le regard de l’animal, comme une promesse ; et il l’avait trouvée, elle.
Fille d’Obéron.
Non.
Il marcha parmi les dunes, abandonna cheval et sabre, abandonna ce qui le reliait aux hommes, et s’aventura à l’intérieur du désert. Le sable l’engloutit aussitôt. Prisonnier, il s’agenouilla face à deux pupilles fendues, immenses, plus vastes qu’un continent même.
— Je l’ai retrouvée. Votre fille est au Nord, dans le royaume d’Obéron.
Le serpent siffla, creusa la terre, sous le sable, sous l’océan, pour enfin retrouver sa fille.