Bonjour Alma,
Je dirais en premier lieu, à brûle pourpoint : bravo pour ce travail quasi titanesque d'introspection, de pose de sparadraps et de baume sur tes plaies. J'espère de tout coeur que ce désenvoûtement a porté ses fruits, et que tu es à présent beaucoup plus apaisée. De toute évidence, ce texte est une lettre farouche de reconquête de soi, pas une lettre adressée à l'autre. Elle est écrite dans une langue magnifique, très littéraire, très dense, très incarnée.
Mais (parce qu’il y a un mais), c’est aussi un texte extrêmement long, extrêmement chargé, extrêmement saturé. Pour une lettre adressée à quelqu’un, c’est presque trop. Pour une lettre écrite pour soi, c’est parfait.
En lisant ton commentaire adressé à Claudius, j'ai mieux compris ce qui me gênait au cours de ma lecture :
Cette lettre a d’abord existé dans l’adresse. Si je la publie aujourd’hui comme un texte, c’est aussi parce qu’il m’a fallu près d’une année pour la terminer. Des mois pour être capable de poser les premiers mots, puis encore des mois de reprises, jusqu’au moment où, en la relisant, il m’a semblé qu’il n’y avait plus rien à ajouter ni à retirer.
Bref, ce n’est pas une lettre écrite “à chaud”, ce n’est pas une lettre écrite “pour lui”, ce n’est même pas une lettre écrite “pour clore”. C’est une lettre écrite après coup, en réponse à quelque chose que tu n'as pas pu dire au moment où ça brûlait. Donc forcément : cela déborde, cela s’accumule, cela revient en vagues, cela redit ce qui n’a pas été entendu, cela explique ce qui n’a pas été compris, et au final cela reconstruit ce qui a été détruit. C’est un foisonnement différé. Et ce type d’écriture a une logique propre : c’est une parole qui arrive trop tard pour l’autre, mais pile à l’heure pour soi.
C’est pour cela que le texte est long, dense, saturé, somptueux, parfois excessif - mais jamais faux. C’est un texte qui porte des mois de silence, de confusion, de douleur, de lucidité étouffée. C'est une lettre si intime, si tripale - presque une pornographie de l'âme comme le disait Freud en parlant des écrits d'Arthur Schnitzler - qu'on se retrouve un peu dans la peau d'un voyeur malsain, plus que dans celle d'un lecteur empli de compassion.
Et c’est précisément là, je crois, que réside la limite du texte dans sa forme actuelle : il dit tout, absolument tout, avec une intensité qui ne laisse aucun espace au lecteur pour respirer, pour se reconnaître, pour se projeter, pour se réparer à travers toi. Ton texte est un monologue incandescent, mais il pourrait devenir un récit qui accompagne.
Si tu souhaites le publier, ou simplement le partager autrement que dans l’adresse, tu pourrais envisager de : l'alléger, de le structurer davantage, d'y introduire des points d'appui. Pas des solutions miracles, il n’y en a pas. Mais des balises, des éclaircies, des moments de recul, des phrases qui ouvrent plutôt que des phrases qui referment. Parce que beaucoup de lecteurs sensibles, qui ont vécu des histoires similaires, auront besoin de quelque chose à quoi s’accrocher : un geste, une idée, une respiration, une perspective. Et surtout, tu pourrais offrir une issue, juste une porte entrouverte : un signe que la reconstruction est possible, que la vie revient, que la confiance peut renaître autrement.
En somme, tu as écrit, selon moi, un texte nécessaire. Maintenant si tu le souhaites, tu peux en faire un texte qui tend la main. Et je crois sincèrement que tu en as la capacité.
Bien à toi !