Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Maxence le 15 Juin 2026 à 13:55:49
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Sous le bitume,
j’ai retrouvé un ticket de métro collé à une gomme fondue.
Quelqu’un avait écrit un prénom dessus… effacé par les pneus.
Sous le bitume, ça pousse encore,
mais c’est moi qui me souviens pour les décors.
Station Jaurès, un dimanche sans voix,
un chien regarde les rails comme si c’était un choix.
Les trottoirs mâchent des chewing-gums fossiles,
petites lunes noires sous les semelles dociles.
Je reconnais l’odeur d’un vieux café fermé,
celle des matins qu’on a tous ratés.
Un arbre sort d’un parking souterrain,
comme une erreur dans le cahier d’un gamin.
Et moi je marche avec cette histoire bancale,
un peu dedans, un peu hors du banal.
Sous le bitume, je marche sur ce que j’ai oublié en moi.
Sous le bitume, ça pousse encore,
mais pas comme une idée, plutôt comme un effort.
J’entends sous mes pas une mémoire fissurée,
qui refuse de se taire, de s’effacer.
Sous le bitume, je marche sur ce que j’ai oublié en moi.
Et chaque pas sur ce sol fatigué
marche sur un nom que j’ai presque oublié.
Dans l’abribus, une femme parle toute seule à son sac,
elle dit “avant” comme si c’était un endroit intact.
Les murs suintent des jours en retard,
comme des trains qu’on ne prend jamais par hasard.
Je vois un pigeon bloqué dans un escalator,
comme s’il cherchait une sortie hors du décor.
Les feux rouges hésitent avant de céder,
comme s’ils savaient qu’ils allaient trop répéter.
Sous la dalle, j’ai trouvé un vieux jouet cassé…
et une photo d’enfant sans visage daté.
Quelqu’un a vécu là, avant les voitures,
avant qu’on appelle ça “infrastructure”.
Sous le bitume, je marche sur ce que j’ai oublié en moi.
Sous le bitume, ça pousse encore,
mais c’est plus qu’une image, c’est presque un remords.
Je marche dedans sans comprendre pourquoi,
comme si la ville se souvenait mieux que moi.
Sous le bitume, je marche sur ce que j’ai oublié en moi…
et cette fois, je ne sais plus si je marche dessus
ou si ça marche à travers moi
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Maxence,
Je retrouve ici ce que j’aime beaucoup dans votre écriture : cette manière de faire surgir une mémoire profonde à partir de détails presque ordinaires, usés, abandonnés.
Le ticket de métro, les chewing-gums fossiles, l’abri-bus, le pigeon dans l’escalator, les feux rouges… Tout pourrait rester banal, et pourtant chaque image devient une trace. Comme si la ville conservait, sous ses couches de bitume, quelque chose de plus intime que ses propres murs.
J’ai été particulièrement touchée par cette phrase :
« elle dit “avant” comme si c’était un endroit intact. »
Je la trouve magnifique. Elle dit en très peu de mots cette illusion que nous avons parfois : croire que l’avant était un lieu préservé, alors qu’il est souvent déjà fissuré par ce que nous y projetons.
La fin est très belle aussi, avec ce basculement entre marcher sur ce qui a été oublié et sentir que cela marche à travers soi. Le texte commence dans la ville, mais il finit par traverser le corps.
Merci pour ce texte. Il a quelque chose de gris, de tendre et d’obstinément vivant.
Bien amicalement,
Alma
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Hello Maxence,
Votre texte est un territoire de mémoire, non pas figé, mais mouvant, fissuré, presque organique. Sous le bitume, il ne déterre pas seulement des objets : il exhume des traces, des restes, des présences minuscules qui, mises bout à bout, composent une sorte d’archéologie intime.
J’ai été particulièrement sensible à ce vers qui revient comme une respiration : "Sous le bitume, je marche sur ce que j’ai oublié en moi." tel un refrain structurant, qui serait héritier de la villanelle mais affranchi de sa géométrie, il donne au poème une profondeur singulière, comme si chaque pas sur le sol fatigué réveillait une part enfouie, un fragment de soi que la ville nous vole et conserve malgré nous.
Les images : le jouet cassé, la photo sans visage, l’arbre qui surgit d’un parking, le pigeon coincé dans l’escalator... Toutes ont cette force rare, capable de transformer le banal ou l'absurde en révélateur. Elles appuient une mémoire qui ne se laisse pas effacer, même lorsqu’elle se dissimule sous des couches de goudron et autant d’habitudes.
Merci pour ce texte, il chante la ville sur un air de faubourg que le battement d'un cœur prodigieux se plait d'accompagner.
Robert