Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Claude Lougarou le 10 Juin 2026 à 01:48:20

Titre: Ma Reine de Saba
Posté par: Claude Lougarou le 10 Juin 2026 à 01:48:20
Te souviens tu Samra, de ce train, « La fleur rouge »
Partant de Djibouti jusqu’à Ali Sabieh ?
Éthiopienne sauvage, un air de majesté
Semblait t’envelopper toi fleur de la Mer Rouge

Fille pleine de noblesse, que d’autres ne voyaient pas
Tu étais noire et belle tu étais Reine et fière
Tes parfums embaumaient le vieux wagon de bois
Myrrhe, encens ou ambre ? Je ne m’en souviens guère

Je t’avais surnommée la Reine de Saba
Quand je te l’avouais tu éclatas de rire
D’un rire frais et doux léger comme un zéphyr
C’est à cet instant là que mon cœur chancela

Tu m’avais envoûté, ton aura de mystère
Flottait comme un mirage dans le wagon de bois
Ta longue robe bleue si fine et légère
Laissait imaginer ton corps miel d’acacia

Tes bras, tes mains ton cou étaient revêtus d’or
Bagues et bracelets illuminaient ton corps
Je t’ai dit, j’aimerais être ton Salomon
Tu me dis en riant, ça fera cent moutons

Belle fille chrétienne, tu étais franche et libre
Ne portais pas de voile, tes cheveux noirs, brillants
bouclaient sur tes épaules avec des reflets cuivre
Accessible, avenante des yeux sombres et francs

Tu incarnais l’amour, pas un amour lubrique,
L’amour de Salomon,  du Cantique des Cantiques
Un amour sensuel de baisers et caresses
Un amour de poètes un amour de Déesse

Tu évoquais tout ça magnifique Éthiopienne
L’amour et la beauté, les caresses et parfums
A la fin du voyage, ma main tenait la tienne
Nous étions toujours deux, mais déjà bientôt qu’un

Nous nous sommes revus chez toi à Djibouti
Dans la petite pièce qui était ton abri
Déesse de l’amour, princesse sans couronne
Tu m’as donné ton corps et ton cœur de lionne

Tu m’as offert ta chair tes seins ronds et ambrés
Ta rose du désert à la toison bouclée
Tes bras de miel noués serrés autour de moi
Et j’ai redécouvert le plaisir dans ta voix

Samra tu m’as permis de retrouver l’amour
Pas un amour tronqué un véritable amour
Une fille chrétienne n’est jamais excisée
Et ton corps a rimé avec le verbe aimer

Tant de filles ont souffert dans la corne d’Afrique
Tant de filles ont pleuré un amour impossible
Je ne voulais aimer ces filles magnifiques
Vendant un corps brisé devenu insensible

Nous nous sommes aimés puis un jour séparés
Tu rentras au Harar et moi dans ma contrée
Je me suis demandé après t’avoir quittée
Étais tu bien réelle, ou t’avais je rêvée

Aurais je imaginé ton corps souple et ambré
Tes yeux noirs et brillants de Khol bleu habillés
Tes lèvres douces et chaudes à l’odeur de café
Ta nuque délicate tatouée au henné


Non je n’ai pas rêvé, et j’ai toujours gardé
Le vieux poignard Afar que tu m’avais donné
Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Murex le 10 Juin 2026 à 10:03:34
 
  Reboujour  Claude, je trouve cela excellent ! Un régal de lecture où je ressens la même touche de nostalgie que dans ton autre poème "une fenêtre sur mer". Il est possible que les puristes trouvent à redire quand à la forme de certains alexandrins, mais personnellement, je m'en fous. C'est du vécu sans doute et quel dépaysement !

  Bien à toi
Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Claude Lougarou le 10 Juin 2026 à 13:25:28
Merci beaucoup Murex, (Très beau coquillage par ailleurs, ou peigne de Vénus)

Merci pour ton commentaire, oui on me reproche parfois un manque de rigueur dans les alexandrins, mais comme j'aime à le dire, je préfère le fond à la forme. Je privilégie l'émotion par rapport à la technique, si un mot me semble juste, je le garde même si il a un pied de trop. C'est mon défaut. Je suis heureux que mon poème te plaise, c'est vrai je suis souvent dans la nostalgie, et oui, c'est du vécu Samra la jolie Éthiopienne fut mon amoureuse il y a longtemps...et j'en ai gardé un très doux souvenir.
Merci encore
Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Robert-Henri D le 12 Juin 2026 à 11:42:16
Hello,

Murex à raison, le fait de mêler du "semi libre" à des alexandrins n'est en rien gênant !

Ainsi, on ne peut qu'aimer la façon dont tu fais affleurer la lumière, les parfums, les couleurs ! C'est comme si tout un voyage renaissait sous nos yeux.
À te lire posément, j'ai tout de suite su que Samra n’est pas seulement un souvenir : elle demeure en toi ! c'est une présence, une aura, un souffle.

De fait, ton poème a quelque chose d’envoûtant, presque musical.

 Ami poète, je te souhaite une excellente journée.
Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: April le 12 Juin 2026 à 14:30:52

Bonjour Claude,

Citer
“Nous nous sommes aimés puis un jour séparés
Tu rentras au Harar et moi dans ma contrée”

Votre poème me fait penser à :

“… Ils reprirent alors chacun leur chemin
 Saluèrent la providence en se faisant un signe de la main …

et puis

… Il rentra chez lui, là-haut vers le brouillard
 Elle est descendue là-bas dans le Midi …”


Robert-Henri a raison, votre texte est envoûtant, presque musical et aussi très sensuel, il m’a fait penser à l’intemporel Michel Fugain
Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Robert-Henri D le 12 Juin 2026 à 17:47:05
Il y a de ça, April, et peut-être aussi que l'on retrouve dans ce récit la nostalgie lumineuse de « Sodade » de Cesária Évora, et cette façon de dire l’absence sans jamais sombrer.
Il y a aussi, dans la dignité de Samra et dans la manière dont l'auteur la pare à merveille, une parenté avec « Raoui » de Souad Massi, où la voix raconte un passé qui continue de vibrer dans le présent. En fait, tout est fait pour nous inviter à quitter " l'Hexagone" pour mieux s’imprégner de la subtile douceur africaine, enveloppante et noble, qu’on entend dans « Kalabancoro » de Richard Bona, comme si la mémoire elle-même devenait un chant.
Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Claude Lougarou le 13 Juin 2026 à 00:55:52
April,

Merci pour ton commentaire, j'avoue avoir été loin de Fugain quand j'ai écrit ce poème. Chacun peut en effet trouver et ressentir ce qu'il veut dans un texte, mais mon histoire a quand même duré plus longtemps que celle de Fugain, quelques mois, mais c'est vrai, c'était une rencontre due au hasard, une si jolie rencontre. La différence étant peut être que les personnages de Fugain n'ont pas eu le temps de tomber amoureux dans cet espace de temps fugace. Merci d'avoir aimé ce poème.
Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Claude Lougarou le 13 Juin 2026 à 01:05:26
RHD, merci pour ton retour,
Que de belles références et comparaisons pour mon humble texte. Les Ethiopiennes avaient très souvent une grande prestance, elles étaient souvent habillées d'or et de bijoux et étaient également souvent belles avec des traits fins et un regard fier. Samra, correspondait tout à fait à ce portrait, l'Afrique participait aussi à ce charme envoutant et j'y ai succombé avec délices. Merci encore
Titre: Re : Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Robert-Henri D le 13 Juin 2026 à 09:06:25
RHD, merci pour ton retour,
Que de belles références et comparaisons pour mon humble texte. Les Ethiopiennes avaient très souvent une grande prestance, elles étaient souvent habillées d'or et de bijoux et étaient également souvent belles avec des traits fins et un regard fier. Samra, correspondait tout à fait à ce portrait, l'Afrique participait aussi à ce charme envoutant et j'y ai succombé avec délices. Merci encore

 
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Titre: Re : Ma Reine de Saba
Posté par: Claude Lougarou le 14 Juin 2026 à 12:28:46
C'est vrai, les rencontres et les relations avec des femmes d'autres pays et de cultures différentes ouvrent le cœur et l'esprit. S'y ajoute le charme de l'exotisme et de la beauté différente de ces femmes.