Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Claude Lougarou le 10 Juin 2026 à 01:43:13

Titre: Une fenêtre sur la mer
Posté par: Claude Lougarou le 10 Juin 2026 à 01:43:13
A travers ta fenêtre tu regardes la mer,
Rectangle d'infini qui te fais t'envoler.
Tu ne sais pas la houle et les vagues amères
Corsaire immobile voguant sur ton plancher.

Tu te voyais Jean Bart cinglant sur l'océan
Mais tu n'es que terrien, tu ne sais pas le vent
Qui t'emporte plus loin que l'horizon fuyant
Ni la voûte étoilée, ni les grands oiseaux blancs.

Tu fantasmes les grains et les ciels de tempête
Tu passes le Cap Horn, ses funestes rochers,
Les hurlements du vent éclatent dans ta tête.

Mais tu es resté là, derrière ta fenêtre,
A contempler la mer. Même sans Dieu ni Maître,
Tes ailes de terrien t'empêchent de voguer*


*Merci Beaudelaire
Titre: Re : Une fenêtre sur la mer
Posté par: Murex le 10 Juin 2026 à 09:44:12

  Bonjour Claude, voilà un poème fort bien troussé où transparaît  la nostalgie de l'homme immobile, le lot de beaucoup d'entre nous. Avec en plus ce clin d'oeil charmant à Beaudelaire.
Titre: Re : Une fenêtre sur la mer
Posté par: Claude Lougarou le 10 Juin 2026 à 13:33:41
Merci Murex pour ton commentaire,

J'ai voulu en effet évoquer la frustration et mélancolie du voyageur immobile qui rêve de grands espaces et de voyages, mais qui finalement n'a pas la volonté ou l'envie de partir. J'ai pour mon grand bonheur pu franchir le pas.
Titre: Re : Une fenêtre sur la mer
Posté par: AlmaVeyre le 11 Juin 2026 à 19:10:22
Bonjour Claude,

Ce poème m’a arrêtée. Il y a quelque chose de vrai dans ce portrait du terrien qui regarde la mer et rêve de la traverser sans jamais lever l’ancre, on y reconnaît une expérience humaine très commune, et pourtant vous lui donnez une couleur bien à vous.

“Corsaire immobile voguant sur ton plancher”, ce vers-là, je l’ai relu deux fois. L’image est belle et un peu cruelle, comme il faut.

Le tutoiement fonctionne bien aussi : on ne sait jamais tout à fait si vous parlez à quelqu’un d’autre ou à vous-même, et cette incertitude donne au poème une douceur un peu mélancolique que j’aime beaucoup.

La référence à Baudelaire en fin de texte est amenée avec pudeur et honnêteté, et la clausule tient, le paradoxe final résonne.

Le souffle passe. Et c’est bien le souffle qui compte.

Merci pour ce partage.

Alma
Titre: Re : Une fenêtre sur la mer
Posté par: Claude Lougarou le 12 Juin 2026 à 01:39:35
Hello Alma, merci beaucoup pour ton retour. C'est vrai, qui n'a pas rêvé devant sa fenêtre, contemplant la mer, un paysage ou simplement sa rue. Le voyageur immobile m'a toujours fasciné, que le regard se porte à travers une fenêtre ou un bouquin. Je parle en fait dans ce poème au voyageur immobile, qui n'a pas eu l'occasion, la chance ou la volonté de s'évader vraiment.
Mais aussi, comme je l'ai écrit dans un autre poème:  "Le voyage consume le rêve".
Merci pour les compliments!
Titre: Re : Une fenêtre sur la mer
Posté par: Cyr86 le 14 Juin 2026 à 08:02:38
Bonjour,
J'aime particulièrement ces vers :
"Tu ne sais pas la houle et les vagues amères
Corsaire immobile voguant sur ton plancher."

La dernière strophe m'interpelle :
"Mais tu es resté là, derrière ta fenêtre,
A contempler la mer. Même sans Dieu ni Maître,
Tes ailes de terrien t'empêchent de voguer*"

Que veux-tu dire par là ? Les ailes de terrien ?

Cordialement
Titre: Re : Une fenêtre sur la mer
Posté par: Claude Lougarou le 14 Juin 2026 à 12:23:01
Merci Cyr pour ton retour, et pour avoir aimé le poème.

Concernant  "Tes ailes de terrien t'empêchent de voguer" c'est un clin d’œil à Beaudelaire pour le vers de l'Albatros: "Tes ailes de géant t'empêchent de marcher".
En fait cela fait allusion à celui qui regarde la mer et reste sur son plancher, les ailes de terrien peuvent le faire naviguer en imagination, lui permettent de s'envoler en rêve, mais l'empêchent de partir sur l'eau, même s'il est libre (sans Dieu ni maître). J'espère avoir été clair dans mon explication

Cordialement