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Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Héllébore le 01 Mai 2026 à 20:10:25

Titre: Courir après les Papillons
Posté par: Héllébore le 01 Mai 2026 à 20:10:25
                                                                                                 Courir après les Papillons


Quand j’étais petite, je courrais après les Papillons.
Tout l’hiver, je me demandais où ils avaient bien pu passer. Pourquoi les Papillons disparaissaient-ils d’un coup ? Comme si un monstre s'était amusé à les traquer un à un pour les tuer jusqu’au dernier. Pourtant, chaque printemps, lorsque les fleurs commençaient à pousser et les oiseaux à gazouiller, ils revenaient toujours, invaincu et invincible.
J’étais alors soulagée, car une fois de plus, l’odieuse créature qui s’évertuait à les faire disparaître, avait échoué.
   Cette pensée était cependant de courte durée, vite remplacer par la curiosité : Qui sont ces êtres volant, fardé de miles couleurs dans le bleu du ciel ? Comment diable font-ils pour revenir à la vie à la même heure que le beau temps ? Et puis quelles jolies petites bêtes…
Pas de doute, il fallait que j’en attrape un pour le voir de plus près et pour enfin lui demander comment il fait !

   Voilà que je courais dans le champ du voisin, mes cheveux bruns emmêlés flottant dans le vent, mes pieds nus éraflés par l’herbe, mes yeux indétachables du petit point orange volant devant moi.
Je tendais la main : il étais si proche, petite flamme crépitant dans le ciel d’azur. Pourtant, jamais je ne l’atteignais.
Je trébuchais sur un morceau de terre un peu plus élevé que les autres. Quand je regardais à nouveau en l’air, plus rien.
   « Revient, revient petit Papillon » disais-je aussi fort que ma voix fluette me le permettait. Mais il était déjà bien loin, disparut sans que je n’aie pu le questionner.

   Pas vexé pour un sou, je remettais sur mes guibolles et recommençais tous depuis le début.
Chercher. Trouver. Courir. Tomber. Échouer.

   Parfois, je sautais pour essayer d’être à leur niveau, et alors c’était comme si je volais. L’espace d’une seconde, il n’y avait que le grand ciel bleu. Immense. Et je tombais vers lui. Je me croyais devenu Papillon et je me disais que c’était peut-être ça : l’hiver, les Papillons se métamorphosaient en bambins, de sorte qu’ils pouvaient rester joyeux et gazouillants toute l’année.

   D’autres fois, je réussissais à en approcher de suffisamment près pour voir le détail de leur parure. J'observais l’orange du coucher de soleil se fondre avec les traits noirs sur leurs somptueuses ailes. Des voiles si fines qu’on pourrait les déchirer en soufflant dessus. Si grandes pour un si petit corps, tous rond et en longueur. Avec plus de détails que je ne pouvais en compter, des nervures qui disparaissaient et apparaissent à l’infini. Le contour de ces grands draps de soie me faisait penser tantôt à l’ombre des collines, rondes et régulières, tantôt aux montagnes millénaires dont les coteaux se découpaient, tranchants sur l’horizon. Je pouvais les observer pendant des heures. Puis, timidement, prudemment, je m’avançais pour aller questionner poliment le souverain des cieux. Mais à peine était-il à portée de voix qu’il prenait la poudre d’escampette, décollant gracieusement dans un tourbillon d’arc-en-ciel.

   À la fin de la journée, je rentrais bredouille. Et le soir, je ne trouvais le sommeil que bien après mettre glissée dans mes draps. Quel était donc le mystère que cachaient les Papillons ? Pourquoi ne voulaient-ils pas me parler ?



   J’ai grandi. Un peu.
Les grandes personnes m’ont alors bien expliqué, calmement et posément, de manière raisonnée : on ne doit pas attraper les papillons. « Cela n’est pas bien » m’a-t-on dit. En effet, capturer un papillon serait le priver cruellement de sa liberté. « Tu ne veux pas être méchante quand même ? ». Il ne pourrait alors plus papillonner dans le ciel comme un papillon. Et s'il n’y a plus de papillons, alors tout l’écosystème est déréglé : les fleurs ne peuvent plus se multiplier – faute de transport de leur pollen – et les Mésanges ne peuvent plus se nourrir. Cela sans compter leur bien-être. Un papillon est fait pour voler libre et non pas pour être épinglé dans un terne bocal, destiner à se faire étiqueter et poser sur une étagère jusqu’à la fin des temps.
Il ne faut donc pas courir après les papillons. Cela n’est pas correct. D’ailleurs, pour résoudre le problème, il est préférable d’arrêter de regarder les papillons et de ne plus y prêter attention.

   Étant une sage fille bien éduquée, j’ai écouté. Je ne voyais donc plus de Papillons ni en Été, ni en Hiver, ni jamais. Et s’il m’arrivais d’en apercevoir un dans les fraîches journées de printemps, il me suffisais de l’ignorer et d’oublier que je pouvais m’envoler à travers champs pour tenter de le rattraper.

   Seulement voilà : j’étais aussi une enfant curieuse et têtue.
Quelques années plus tard, je me réveillais avant tout le monde et j’assistais depuis ma fenêtre, au premier lever de soleil printanier. Le rond jaune, grimpant doucement dans le ciel, répandait une lumière orangée chaleureuse, comme le feu dans une cheminée pour me réchauffer en ces matinées encore froides. C’est pour ça que je n’ai pas vu la petite chose dorée se faufiler dans ma chambre par la fenêtre ouverte.
Une fois le soleil décroché de l’horizon et les couleurs redevenues un mélange de bleu, de nuages et d’herbes, je refermais ma fenêtre et me dirigeais vers mon bureau. C’est au moment précis où je posais mes fesses sur la chaise de bois que je l’aperçois : un magnifique Papillon blanc donc le bout des ailes et l’abdomen sont dorés ! Essayant de me résonner, j’ouvris mon cahier, mais la tentation était trop forte : je m’approchais lentement, concentrée et j’abattais mes mains sur ma proie.
Loupé.
La créature, c’était dirigé vers le dehors, mais avait rencontré ma vitre, mur transparent la condamnant. Après de nombreux essais, je parvenais à refermer mes petites mains menues dessus – non sans avoir fait tomber quelques livres et laisser de grosses traces sur les carreaux.
Je n’arrivais pas à le croire ! J’avais réussi ! Je portais mes lèvres à mes mains :
« Monsieur Papillon » disais-je tout bas, malgré mon excitation, pour ne pas déranger ceux qui dormaient encore. « Expliquez-moi ! Comment faites-vous donc pour disparaître tous l’hiver ? Monsieur Papillon, pourriez-vous m’apprendre à voler un jour à moi aussi ? » … « Euh… Monsieur Papillon ? ... ».
Je desserrais mes doigts pour me rendre compte que la pauvre bête gisait sans vie dans le creux de ma paume constellée de poudre fine et pailletée.
Je posais délicatement le cadavre sur le bois sombre du bureau et l’observais minutieusement avec une loupe. C’est triste, il était si beau dans son manteau de neige brodé d’or. C’est alors que j’aperçus une irrégularité sur son abdomen. Je me rapprochais le plus possible, plissant les yeux à travers le verre grossissant pour mieux voir de quoi il en retournait.
Gravé sur sa coque de métal : « Euproctis chrysorrhoea n°040822 ».

Les grandes personnes sont des menteurs.




Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à dire si il y a des choses que je peux améliorer !
Titre: Re : Courir après les Papillons
Posté par: Cendres le 01 Mai 2026 à 21:41:44
Merci pour le partage de ton texte, qui est plaisant à découvrir.
Ton personnage nous raconte sa passion pour les papillons dont il rêve d'en capturer un jusqu'à ce qu'on explique le mal que c'est de faire cela.
La fin, je ne l'ai pas bien comprise. Le papillon était déjà fiché ? Il s'était sauvé d'une collection ? Pourquoi cette inscription et ce numéro ?
De plus, vu sa taille (30-40 mm selon google), et la grande inscription sur son abdomen, je ne pense pas qu'à l'œil nue, elle aurait pu le voir, peut être avec une loupe ?

Sinon, petite, j'en ai déjà attrapé dans mes mains. On a une sorte de matière poudreuse qui nous recouvre les doigts et nous voyons que le papillon perd ses belles couleurs sur ses ailes.
Juste cela, nous gêne à en rattraper un à nouveau. On se rend vite compte du dégât que l'on fait avec ce frêle animal (il faut le tenir d'une certaine façon si on ne veut pas le blesser.).
Titre: Re : Courir après les Papillons
Posté par: Héllébore le 02 Mai 2026 à 10:58:47
Bonjour, d'abord merci beaucoup pour le commentaire, ça fait toujours plaisir d'avoir un retour !

Pour la fin, les papillons ne sont pas réel : c'est bien une coque de métal. Les papillons sont en fait des machines crées par les grandes personnes dans des usines.
Oui effectivement, avec une loupe ce serait mieux, et la poudre c'est une bonne idée aussi.

Bonne journée ! ;)