Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, proposée par moi :)
(https://omer.mobi/soute/untitre/couverture_ei.php?s=0706-fdp-idf4289.jpg&t1=L%27amant%0D%0A&t2=des+peines%0D%0A&a=ANGE)
L'écriture a été cryptique, je continuais sans trop y réfléchir, j'avançais par instinct.
En vous souhaitant une bonne soirée et une bonne lecture !
Conduits
De l’univers, elle ne connaissait qu’un jardin. Un lieu minuscule au regard de l’immensité du ciel, qui s’étendait au-delà du dôme de verre. Dans ce jardin, les visages qu’elle croisait lui souriaient. Lui ressemblaient. Elle ne s’inquiétait jamais de rien. Ses parents l’aimaient et s’occupaient d’elle avec une sévérité bienveillante. Ils la protégeaient de l’Autour qu’elle ne connaissait pas et, jusqu’à maintenant, cette vie lui convenait.
Elle apprenait ce qu’on lui demandait d’apprendre, elle se montrait excellente dans divers domaines, apportait sa contribution à ce microcosme qu’était son quotidien. Elle ne s’était jamais posé la question de l’Autour, de ce qui s’y trouvait, tant qu’il ne rentrait pas dans son jardin.
Figée au milieu de ce lieu bucolique, la main dans celles de ses amis, de ses frères et sœurs, elle ne croyait pas possible de percer cette bulle.
La bulle perça.
Elle s’enfonça dans le conduit, traîna sa longue robe blanche derrière elle. Pourquoi portait-elle une robe, elle ne savait plus ? On le lui avait appris. Comme on lui avait appris la dizaine de boutons qui recouvraient le panneau des conduits d’eaux usées. C’était son rôle, sa vie. Apporter sa contribution à la communauté, être pour eux ce qu’ils avaient été pour elle tout au long de sa jeunesse.
Loin derrière elle, les voix de ses parents, de ses frères, de ses sœurs. Ils l’appelaient, lui demandaient de revenir, avec une sévérité bienveillante. Ils comprenaient le doute d’un jour si important sans savoir ce qui la tourmentait. Elle-même ignorait s’il s’agissait d’un tourment ou d’autre chose.
Elle se souvint de son frère, son aîné que tous regrettèrent, en un jour similaire. Lui aussi s’était retrouvé à parcourir ces conduits, disséminés sous le jardin. Les tuyaux apportaient l’air, ils apportaient l’eau, ils apportaient la vie sans que personne ne questionnât leur source. Son frère, son préféré parmi tous, avait osé poser cette question et, comme elle, en un jour aussi important, avait cherché.
Il l’appelait l’amant des peines. Un conduit sans fin, à la destination incertaine. Le conduit avalait tout, toutes les questions, le doute et la peur. Il prenait parfois la vie, et alors, son frère le lui assurait, on en revenait libéré.
Son frère n’était jamais revenu et elle ne voulait pas rentrer non plus. Elle voulait que ce tuyau l’avalât tout entière, avec ses certitudes, ses joies, ses questions, ses doutes et ses peurs. Elle continua de les parcourir, certaine de le trouver à mesure qu’elle s’éloignait des limites du jardin.
Chaque point de passage, chaque porte verrouillée derrière elle, devenait une victoire. Son voile se coinça dans l’une d’elle : elle arracha sa barrette. Son jupon suivit et les vieilles chaussures, portées par ses sœurs, par sa mère, par sa grand-mère, héritage matériel et futile.
Elle abandonna tout et lorsqu’enfin elle se sentit tout à la fois dépouillée et complète, elle le trouva. Un conduit différent, une lueur blanchâtre à son extrémité. Elle ne parla pas, ne lui exprima pas ses certitudes ni ses doutes. Elle continua d’y avancer, jusqu’à son extrémité.
Elle entendit les pales avant de les voir : immenses, leur mouvement lent et régulier. Quand elle s’y plongea, elle espéra renaître ailleurs que dans ce jardin.
Elle hoqueta. Une patte, longue, fine, flasque, s’accrocha à son bras et la remonta. La créature l’observa, aussi intriguée qu’elle, avant de repartir, par un autre conduit qu’elle n’avait même pas remarqué. Elle l’y suivit, curieuse de cette étrange bête qui se traînait sur ses tentacules, ses yeux noirs tournés vers le plafond.
Le chemin se passa dans le silence. Après encore un long moment à avancer et fermer les portes, à s’émanciper un peu plus, à se retirer des peau, des joies, des doutes, la créature l’invita dans un habitacle étroit.
Elle suivit ce nouvel hôte sans douter de son avenir qui ne serait plus jamais figé dans le jardin. Et à travers la lucarne, elle le vit : ce jardin, dans une bulle de verre, rattaché à d’autres bulles similaires, possédant chacun leur propre jardin. Captivée par l’idée d’avoir vécu dans un monde aussi petit quand le ciel était si vaste, elle se laissa surprendre par une voix qu’elle ne croyait plus entendre un jour :
— Toi aussi, tu as trouvé l’amant des peines, petite sœur.
Coucou Luna,
J'ai accroché à ce texte moi.
Le côté "abstrait", comme une bulle justement, où l'on entre sans avoir toutes les réponses, c'est un aspect que j'apprécie beaucoup. :)
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Bonne fin de journée ~