Je m’appelle Maëlchior.
Du moins est-ce ainsi que l’Hom m’a jadis nommé. Ils disaient que ce nom me conviendrait mieux que l’autre, celui que je portais avant. Ce nom que je n’écris plus, que je ne prononce plus. Qui me brûle la langue lorsqu’il remonte à la surface de ma mémoire.
Les siècles l’ont usé comme ils ont usé mes os. Ou peut-être est-ce ce lieu qui m’use, plus que le temps lui-même.
Ici, les jours ne passent point : ils tournent, reviennent, obstinément se répètent. Je ne sais plus très bien si je suis encor celui que j’étais, ou seulement l’ombre qui en demeure. Une ombre qui avance dans un temps qui n’est plus le sien.
Je t’écris depuis cette cellule de pierre, au cœur d’un ancien monastère accroché à la Montagne. Le vent y chante comme un vieil ami, ou comme un témoin qui se souvient mieux que moi. La nuit s’y installe avec une lenteur cérémonielle, rejouant un rite ancien dont le sens m’échappe.
Je ne sais plus depuis combien de temps je suis ici. Les jours se ressemblent et se dévorent les uns les autres. Ma mémoire se fissure. Non comme celle d’un vieillard qui perd la raison, mais comme une porte trop longtemps close qui grince lorsque l’Hom l’ouvre.
Certaines images reviennent avec une troublante netteté ; d’autres se dérobent, comme retenues par une main invisible.
Or surgissent des éclats. Voix. Visages. Fragments de lumière. Parmi eux, toujours le sien. Son visage revient le premier, et le dernier. Je ne sais même plus si je le cherche ou le fuis.
C’est pour cela que j’écris. Non par vanité, ni par désir de convaincre. Le Très-Haut me garde d’une telle folie. Mais parce que les souvenirs me poursuivent, et silence me pèse plus que parole.
Dans ce monde où tant de récits se contredisent, je voudrais laisser le mien : fragile, imparfait, mais véritable, autant que ma mémoire me le permet.
Je ne crains point les hommes.
Je ne crains que de trahir ce que j’ai vu.
Encor.
Lettre I
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