Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Shendo le 16 Avril 2026 à 20:53:35

Titre: Chrysalide
Posté par: Shendo le 16 Avril 2026 à 20:53:35
Il découvrait la vie
Elle recouvrait la vue

Le corps est à nu
Ereinté par sa mue
La nymphe en devenir a éclot
Le bébé lâche une larme et résiste à la peau.

Il a fait froid, il a fait chaud ;
Tous deux, endormis, se disent des mots.
Blottis, cachés sous le drap blanchâtre
Survivent à chaque seconde,
Ils savent se battre, l’ont prouvé
Oui, mais…

Il découvrait la vue
Elle recouvrait la vie

Le corps est à terre,
Branché.
Lui aussi, à sa mère.

Souvent rebat une paupière,
Parfois un doigt montre la lumière.
Ces deux savants ont inventé la vie
Ils n’illusionnent rien, ni la langue
Ni le monde, ni l’attente, ni l’ennui

Ils attendent tout cela.
Depuis des heures
Peut-être des siècles
La chambre est inerte,
Vide d’homme sages
Et de sages-femmes.

On les a laissés renaître
Hélas la nymphe n’est sphinx
Le bébé est mince, voire maigre.

Il ne bouge plus
Il n’a jamais bougé
On l’a cru, au début.
Mais rien ne flotte ici,
Qu’une douleur de perdre la vue
Le corps, mort ;
La tête dans le cou :
La mère imite la tortue.

Les plis de l’enfant
Sont déjà des rides.
Sa paupière est close
Et son avenir s’estompe.

A-t-il déjà seulement pleuré ?
On ne comprend pas…
Son cœur battait !

L’homme est blême
Il est venu en train, à pied
Ou peut-être en métro.
Il effleure le lit, ses barreaux
Se frotte le crâne
Cette femme n’est pas la sienne !
Cet enfant n’est pas le sien !

Deux silhouettes l’ont amené loin,
Le couloir a la couleur du témoin :
Blanc.
Il a accepté, il le croit du moins.

L’homme n’a pas changé
Il est apeuré, n’a pas mangé
Sa barbe a poussé, sa peau a déjà vieilli.

Le drap est grisâtre
La fenêtre est ouverte
Un cocon gémit dans le lit.

Prodige de la vie !
Des larmes par million
Ont délaissé la mère
Pour un splendide papillon.
Titre: Re : Chrysalide
Posté par: Robert-Henri D le 20 Avril 2026 à 01:19:14
Bonjour Shendo,

Je viens de découvrir ce poème : alors je l'ai lu comme le récit d’une naissance traversée par la douleur et l’attente, où la vie et la mort se frôlent.

J'ai cru y voir l'image d'un couple confronté à l’impensable : un enfant prématuré, qui ne respire pas, un peu comme un espoir qui vacille, et puis la nécessité m'est venue de transformer l’épreuve en métaphore, pour pouvoir la supporter.
De cela j'ai obtenu la métamorphose — chrysalide, nymphe, papillon — cette autre manière de dire l’indicible et de donner une forme poétique à ce qui fait trop mal.
Titre: Re : Chrysalide
Posté par: Shendo le 20 Avril 2026 à 15:10:55
Bonjour Robert,

Merci pour ta lecture. C'est exactement ça.
Titre: Re : Chrysalide
Posté par: Robert-Henri D le 21 Avril 2026 à 22:53:30
 :) Comme quoi, pour faire face à l’impensable : la poésie effleure du doigt les choses tant humaines qu'inhumaines, elle écoute le silence, elle y cherche un frémissement, un signe, une vibration.