Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: LOF le 13 Avril 2026 à 09:58:49
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La prise de sang
Il y a une ombre qui plane entre nos semblables.
C’est celle de la discorde souvent irrespirable.
On se dispute à cause de vérités chimériques.
Chacun a raison d’une façon empirique.
Lui est Jacobin, l’autre est Girondin.
Pourtant un petit mélange dans le même bain
serait peut-être un peu plus malin.
L’histoire a bien essayé de ces modérations.
Elle en a fait des modèles dans ses institutions.
Mais rien à faire il faut se quereller,
jusqu’à parfois forcément s’égosiller.
On placarde des affiches partisanes sur les murs,
qui conduisent bien sûr à nous casser la figure.
Autour de la table, au repas du soir,
au dessert, ça se termine toujours dans le désespoir.
Dans les rues se rassemblent des foules
dont les idées provoquent de méchantes houles.
Et aussi il y a des pays entiers qui envoient
contre d’autres pays des avions qui se déploient
pour laisser tomber des bombes meurtrières,
quand ce n’est pas la dissuasion nucléaire
qui intimide les gouvernants qui ont le dernier mot,
en les obligeant temporairement à faire le gros dos.
Même sur les océans profonds et immenses
on lance des vaisseaux pour calmer la démence
sur la terre ferme. Mais il y a parfois des occasions
où les différences bellicistes font place à l’union.
C’est étrangement à l’occasion d’une prises de sang.
L’infirmière, l’aiguille de sa seringue, brandissant,
nous demande gentiment de tendre le bras,
et aussi docilement de fermer le poing sans embarras.
Elle cherche en chacun de nous la veine la plus visible,
pour y planter l’aiguille et prélever ce qui nous rend indivisible ;
le sang, l’hémoglobine, ce ruisseau intérieur qui donne
à tous communément la vie et qui nous ordonne
de ne pas l’empêcher de nous irriguer de la tête au pied.
Ce ruisseau fabuleux n’a pas de loi, à part celle de l’amitié.
Nous voilà donc à égalité, tous allongés, le poing fermé, le bras tendu,
non vers les foudres du ciel, mais vers la main menue
de l’infirmière qui extrait notre sang rouge,
pour l’analyser et nous guérir de tout ce qui bouge
en nous de malade, malsain avec malveillance,
et y substituer le grand remède de l’Indulgence.
C’est lui seul qui fera entendre un chant choral de paix,
sous le soleil unique à qui on doit le respect.
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dans ce texte vous ne faites pas semblant
c'est un véritable coup de sang et une
prise de conscience
:mafio:
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Merci Kerdrel pour ton commentaire.
Oui, l'infirmière et prise de sang deviennent très symboliques.
Rapport aussi entre dehors et dedans. Le monde et soi.