Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => Salle de lecture => Théâtre et poésie => Discussion démarrée par: Plume d'argent le 08 Mai 2007 à 19:47:59
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Il est vrai que je n'aurais jamais pensé mettre cette pièce de théâtre sur ma liste de lecture en dehors du cadre scolaire mais après l'avoir lu, j'ai beaucoup apprécié. C'est le mythe bien connu d'Antigone de Sophocle repris par Jean Anouilh et qui débute après la guerre de ses deux frères pour le gouvernement de Thèbes et leur mort. Créon, son oncle, devenu roi proclame Etéocle, l'aîné, héros de Thèbes, le bon fils à qui il sera fait d'imposantes funérailles tandis que Polynice, le vaurien, le révolté sera laissé sans pleurs et sans sépultures, la proie des corbeaux et des chacals. Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera impitoyablement puni de mort. Antigone bravera cette loi et ira à deux reprises tenter de couvrir le corps de Polynice mais se fera attraper à la deuxième fois. Créon fera tout pour tenter de sauver sa nièce mais Antigone ne lui laisse d'autre choix que de la faire mourir. Une pièce tragique, empreinte de fatalité et émouvante comme on aime! ^^
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J'ai beaucoup aimé cette pièce. Je l'ai lue quand j'étais dans ma période "réécriture de mythes", en même temps que d'autres pièces de Giraudoux ou de Cocteau.
C'est tragique et drôle à la fois, c'est triste, c'est émouvant, c'est beau... ::)
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Je suis tout à fait d'accord ^^
Et quels sont les passages qui t'ont plu le plus? :noange:
Moi c'est le face à face avec Créon que j'ai le plus apprécié!
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Moi aussi j'adore cette pièce... :)
Mon passage préféré, celui qui m'a fait découvrir ce bijou, c'est entre Ismène et Antigone... Je le trouve extrêmement émouvant, d'autant plus que je l'ai vu joué (très très bien) avant de le lire. J'adore particulièrement les tirades d'Antigone sur son enfance et d'Ismène sur sa peur du supplice...
Extrait :
ISMENE
Tu es malade?
ANTIGONE
Ce n'est rien. Un peu de fatigue. (Elle sourit) C'est parce que je me suis levée tôt.
ISMENE
Moi non plus, je n'ai pas dormi.
ANTIGONE, sourit encore.
Il faut que tu dormes. Tu serais moins belle demain.
ISMENE
Ne te moque pas.
ANTIGONE
Je ne me moque pas. Cela me rassure ce matin, que tu sois belle. Quand j'étais petite, j'étais si malheureuse, tu te souviens? Je te barbouillais de terre, je te mettais des vers dans le cou. Une fois, je t'ai attachée à un arbre et je t'ai coupé tes cheveux, tes beaux cheveux... (Elle caresse les cheveux d'Ismène) Comme cela doit être facile de ne pas penser de bêtises avec toutes ces belles mèches lisses et bien ordonnées autour de la tête!
ISMENE, soudain.
Pourquoi parles-tu d'autre chose?
ANTIGONE, doucement, sans cesser de lui caresser les cheveux Je ne parle pas d'autre chose...
ISMENE
Tu sais, j'ai bien pensé, Antigone.
ANTIGONE
Oui.
ISMENE
J'ai bien pensé toute la nuit. Tu es folle.
ANTIGONE
Oui.
ISMENE
Nous ne pouvons pas.
ANTIGONE, après un silence, de sa petite voix.
Pourquoi?
ISMENE
Il nous ferait mourir.
ANTIGONE
Bien sûr. A chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre frère. C'est comme ça que ç'a été distribué. Qu'est-ce que tu veux que nous y fassions?
ISMENE
Je ne veux pas mourir.
ANTIGONE, doucement.
Moi aussi j'aurais bien voulu ne pas mourir.
ISMENE
Ecoute, j'ai bien réfléchi toute la nuit. Je suis l'aînée. Je réfléchis plus que toi. Toi, c'est ce qui te passe par la tête tout de suite, et tant pis si c'est une bêtise. Moi, je suis plus pondérée. Je réfléchis.
ANTIGONE
Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir.
ISMENE
Si, Antigone. D'abord c'est horrible, bien sûr, et j'ai pitié moi aussi de mon frère, mais je comprends un peu notre oncle.
ANTIGONE
Moi je ne veux pas comprendre un peu.
ISMENE
Il est le roi, il faut qu'il donne l'exemple.
ANTIGONE
Moi, je ne suis pas le roi. Il ne faut pas que je donne l'exemple, moi... Ce qui lui passe par la tête, la petite Antigone, la sale bête, l'entêtée, la mauvaise, et puis on la met dans un coin ou dans un trou. Et c'est bien fait pour elle. Elle n'avait qu'à ne pas désobéir.
ISMENE
Allez! Allez!... Tes sourcils joints, ton regard droit devant toi et te voilà lancée sans écouter personne. Ecoute-moi. J'ai raison plus souvent que toi.
ANTIGONE
Je ne veux pas avoir raison.
ISMENE
Essaie de comprendre au moins!
ANTIGONE
Comprendre... Vous n'avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu'on ne peut pas toucher à l'eau, à la belle et fuyante eau froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu'on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu'on a dans ses poches au mendiant qu'on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu'à ce qu'on tombe par terre et boire quand on a chaud et se baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on en a envie! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achève doucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant.
ISMENE
Il est plus fort que nous, Antigone. Il est le roi. Et ils pensent tous comme lui dans la ville. Ils sont des milliers et des milliers autour de nous, grouillant dans toutes les rues de Thèbes.
ANTIGONE
Je ne t'écoute pas.
ISMENE
Ils nous hueront. Ils nous prendront avec leurs mille bras, leurs mille visages et leur unique regard. Ils nous cracheront à la figure. Et il faudra avancer dans leur haine sur la charrette avec leur odeur et leurs rires jusqu'au supplice. Et là, il y aura les gardes avec leurs têtes d'imbéciles, congestionnés sur leurs cols raides, leurs grosses mains lavées, leur regard de boeuf -qu'on sent qu'on pourra toujours crier, essayer de leur faire comprendre, qu'ils vont comme des nègres et qu'ils feront tout ce qu'on leur a dit scrupuleusement, sans savoir si c'est bien ou mal... Et souffrir? Il faudra souffrir, sentir que la douleur monte, qu'elle est arrivée au point où l'on ne peut plus la supporter ; qu'il faudrait qu'elle s'arrête, mais qu'elle continue pourtant et monte encore, comme une voix aiguë... Oh! je ne peux pas, je ne peux pas...
ANTIGONE
Comme tu as bien tout pensé!
ISMENE
Toute la nuit. Pas toi?
ANTIGONE
Si, bien sûr.
ISMENE
Moi, tu sais, je ne suis pas très courageuse.
ANTIGONE, doucement.
Moi non plus. Mais qu'est-ce que cela fait?
Il y a un silence, Ismène demande soudain :
ISMENE
Tu n'as donc pas envie de vivre, toi?
ANTIGONE, murmure.
Pas envie de vivre... (Et plus doucement encore, si c'est possible.) Qui se levait la première, le matin, rien que pour sentir l'air froid sur sa peau nue? Qui se couchait la dernière, seulement quand elle n'en pouvait plus de fatigue, pour vivre encore un peu plus la nuit? Qui pleurait déjà toute petite, en pensant qu'il y avait tant de petites bêtes, tant de brins d'herbe dans le près et qu'on ne pouvait pas tous les prendre?
ISMENE, a un élan soudain vers elle.
Ma petite soeur ...
ANTIGONE, se redresse et crie.
Ah, non! Laisse-moi! Ne me caresse pas! Ne nous mettons pas à pleurnicher ensemble, maintenant. Tu as bien réfléchi, tu dis? Tu penses que toute la ville hurlante contre toi, tu penses que la douleur et la peur de mourir c'est assez?
ISMENE, baisse la tête.
Oui
ANTIGONE
Sers-toi de ces prétextes.
ISMENE, se jette contre elle.
Antigone! Je t'en supplie! C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. Toi, tu es une fille.
ANTIGONE, les dents serrées.
Une fille, oui. Ai-je assez pleuré d'être une fille!
ISMENE
Ton bonheur est là devant toi et tu n'as qu'à le prendre. Tu es fiancée, tu es jeune, tu es belle...
ANTIGONE, sourdement.
Non, je ne suis pas belle.
ISMENE
Pas belle comme nous, mais autrement. Tu sais bien que c'est sur toi que se retournent les petits voyous dans la rue ; que c'est toi que les petites filles regardent passer, soudain muettes, sans pouvoir te quitter des yeux jusqu'à ce que tu aies tourné le coin.
ANTIGONE, a un imperceptible sourire.
Des voyous, des petites filles...
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Oui c'est vrai que c'est un beau passage et c'est courageux de ta part de l'avoir mis(et moi en bonne flemmarde paresseuse, j'ai abondonné en voyant les longues tirades de Créon ::) )
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Tu as du courage, Mary... ::) C'est vrai que ce passage est très beau...
Moi j'aime le tout début de la pièce, le passage entre la Nourrice et Antigone.
EXTRAIT
LA NOURRICE
D'où viens-tu?
ANTIGONE
De me promener, nourrice. C'était beau. Tout était gris. Maintenant, tu ne oeux plus savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C'est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleur.
Elle va passer.
LA NOURRICE
Je me lève quand il fait encore noir, je vais à ta chambre pour voir si tu ne t'es pas découverte en dormant et je ne te trouve plus dans ton lit!
ANTIGONE
Le jardin dormait encore. Je l'ai surpris, nourrice. Je l'ai vu sans qu'il s'en doute. C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.
LA NOURRICE
Tu es sortie. J'ai été à la porte du fond, tu l'avais laissée entrebaillée.
ANTIGONE
Dans les champs, c'était tout mouillé et cela attendait. Tout attendait. Je faisais un bruit énorme toute seule sur la route et j'étais gênée parce que je savais bien que ce n'était pas moi qu'on attendait. Alors j'ai enlevé mes sandales et je me suis glissée dans la campagne sans qu'elle s'en aperçoive...
LA NOURRICE
Il va falloir te laver les pieds avant de te remettre au lit.
ANTIGONE
Je ne me recoucherai pas ce matin.
LA NOURRICE
A quatre heures! Il n'était pas quatre heures! Je me lève pour voir si elle n'était pas découverte. Je trouve son lit froid et pesonne dedans.
ANTIGONE
Tu crois que si on se levait comme cela tous les matins, ce serait tous les matins aussi beau, nourrice, d'être la première fille dehors?
LA NOURRICE
La nuit! C'était la nuit! Et tu veux me faire croire que tu as été te promener, menteuse! D'où viens-tu?
ANTIGONE, a un étrange sourire
C'est vrai, c'était encore la nuit. Et il n'y avait que moi dans toute la campagne à penser que c'était le matin. C'était merveilleux, nourrice. J'ai cru au matin la première aujourd'hui.
LA NOURRICE
Fais la folle, Fais la folle! Je la connais, la chanson. J'ai été fille avant toi. Et pas commode non plus, mais dure tête comme toi, non. D'où viens-tu, mauvaise?
ANTIGONE, soudain grave.
Non. Pas mauvaise.
LA NOURRICE
Tu avais un rendez-vous, hein? Dis non, peut-être.
ANTIGONE, doucement
Oui. J'avais un rendez-vous.
LA NOURRICE
Tu as un amoureux?
ANTIGONE, étrangement, après un silence.
Oui, nourrice, oui, le pauvre. J'ai un amoureux.
LA NOURRICE, éclate.
Ah! c'est du joli! c'est du propre! Toi, la fille d'un roi! (...) Qui est-ce? Un voyou, hein, peut-être? Un garçon que tu ne peux pas dire à ta famille: "Voilà, c'est lui que j'aime, je veux l'épouser." C'est ça, hein, c'est ça? Réponds donc, fanfaronne!
ANTIGONE, a encore un sourire imperceptible
Oui, nourrice.
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très joli comme passage ! J'adore comment Antigone parle de la nature, c'est magique.
Tu as du courage, Mary...
::) c'est pas un copier-coller qui m'a beaucoup fatiguée ! En fait, je collectionne dans mon ordi mes passages préférés des oeuvres, donc j'ai des tas d'extraits comme ça (Cyrano, Antigone, Andromaque, La condition humaine, poèmes, etc.) pour les partager avec d'autres ! ;)
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Ah, tu avais une astuce... ;) Parce que moi, ben...disons que je me suis entraînée à taper, quoi! :-°
Ca te dirait, de mettre quelques-uns de ces extraits que tu as en réserve dans des fils de discussion, comme on l'a fait ici? Ce serait sympa... ::)
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Pas de problème (à la fin de mon concours)... tu veux dire, créer des sujets pour chacune des oeuvres, c'est ça ?
De toute façon, je comptais bien les présenter, en plus ce sont des oeuvres "classiques" (du genre que je peux réutiliser en dissert de français) donc ça changera de la fantasy ! ;)
Dans le sujet de cyrano, je crois que j'en ai déjà mis...
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J'avais lu cette pièce, jadis, autrefois, en première, et j'avais été très surprise, du ton, parce que c'était indiqué avec les tragédies de Racine que j'avais lues juste avant, et le contraste, comme je ne m'y attendais pas, était assez notable. Je ne dirais pas que j'ai adoré, mais j'ai été agréablement surprise !
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je suis aussi une grande fan de cette pièce (que j'ai relu au moins 15 fois) et en particulier des face à face Antigone/Créon mais plus que tout des passages ou Antigone semble être ailleur et ou on perçoit combien les autres peuvent être prosaïque.
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Voilà mon avis de la pièce d'Antigone: Antigone me rappelle des souvenirs de cours de Français au Collège, surtout avec un de mes camarades où je faisais Créon. Cela dit quand on est dans le contexte de comparer ça à l'époque où Jean Anouil, la mit en scène pour les Allemands alors occupants. Ils en rigolaient mais cela était une sorte de Résistance pour l'auteur qui représentait Antigone pour l'occupée qui résiste et Créon pour les Occupants. Ils n'ont pas compris pourquoi mais les Français avaient compris.
J'attends nos réactions avec impatience, j'ai beaucoup aimer cette pièce pour preuve je l'es relu 5 fois. :P
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J'adore cette pièce. Même si la première fois que je l'ai lue, au collège, je l'ai trouvée barbante, je l'ai redécouverte au lycée, puis étudiée de fond en comble pendant mes TPE.
Notre sujet comparait la version de Anouilh (avec, comme a dit Coccinelle, les références à la Resistance etc) et celle de Brecht, auteur allemand, écrite à la même époque, qui avait aussi des références à l'occupation nazie. Je dois dire que c'était sympathique ^^
Le passage que je préfère, dans le face à face Antigone/Créon, est celui où Créon "détruit", "salit" le souvenir qu'a Antigone d'un de ses frères. Il se moque de la dévotion qu'elle a pour son corps et disant qu'il était un vaurien et ne la méritait pas, etc. Il est vraiment touchant, ce passage.
Sinon, la relation Ismène/Antigone aussi est très belle. En fait j'aimerais vraiment voir cette pièce jouée, un jour ^^
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J'aime beaucoup cette pièce également.
On l'a étudié en 3°, et c'était vraiment passionnant ! On a joué certaines scènes en plus, c'était sympa ^^ Et puis on a vu l'une des mises en scènes, celle de Nicolas Briançon, avec Barbara Schultz & Robert Hossein, qui est vachement bien.
J'aime beaucoup le personnage d'Antigone, sa façon de voir la vie, d'affronter son destin... ::)
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Cette pièce est, pour moi, un véritable chez d'œuvre. Bien que ce texte est une des nombreuses réécritures de Sophocle, Jean Anouilh à su rendre à cette pièce sa force et sa réflexion. Les personnages jouent un rôle, leur rôle. Ils jouent et rejouent leur vies, en sachant très bien que la fin est inévitable, que la chute est la seule issu possible. Mais chacun veut echapper à cette chute. Sauf la petite, la maigre, la noire Antigone.
Comme vous l'aurez remarquer, Je suis un vrai fan de cette pièce. Si je cevais choisir un passage, je prendrai la dialogue Antigone / Ismène, où l'on voit l'amour d'Ismène et cette relation étrange entre ces sœur, ou peut être le premier monologue du Prologue, où l'on voit que l'issu va être la mort et la solitude.
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Oui j'aime le Prologue qui donne le ton de la pièce et l'issue de la pièce (à savoir la mort d'Antigone ^^)
Et moi aussi mon passage préféré c'est le face-à-face Antigone / Créon :coeur:
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La fameux bouquin à la couverture orange, qu'on repère à des kilomètres à la ronde ^^
Oui, c'est une belle pièce, un beau personnage Antigone qui donne à réfléchir. C'était une de mes pièces préférées étant plus jeune. Maintenant mes goûts ont changé mais elle reste une pièce qui me plaît beaucoup. Cependant, la pièce de Sophocle est, pour moi, vraiment plus belle et majestueuse. A lire aussi, Œdipe-roi et Œdipe à la colonne, pour ceux qui ont aimé Antigone.
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J'ai de loin préféré l'original de Sophocle personnellement.
Anouilh m'a toujours semblé "gentil" comparer au mythe qu'il réécrivait... et à voir Antigone de Sophocle à toute sa force !
Nienna, je ne peu que te rejoindre !
(je ne sais plus par contre si j'ai lus la version de Brecht, ma mère l'ayant c'est possible, je m'y replongerai bien !)
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faudrait que je retente alors. J'avais lu la version de Sophocle et j'avais trop détesté, bon d'un autre j'avais dû lire ça pendant les vacances d'été à la plage, j'étais peut-être pas dans les bonnes conditions :mrgreen:
Par contre j'aime beaucoup la version d'Anouilh, très vivante et belle. La confrontation Créon/ Antigone est un des meilleurs passages, le dialogue avec Ismène est beau aussi (enfin je suis pas objective puisque c'est ce que j'ai représenté au bac pour mon option théâtre ^^)
Sophocle, j'ai étudié Oedipe-roi et j'ai beaucoup aimé.
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J'avais bien aimé celle de Sophocle, mais préféré celle de Anouilh à ce moment... parce que je la trouvais plus accessible, j'ai un peu de mal avec la construction classique, le choeur qui s'adresse au public etc. Faudrait peut être que je retente ^ ^
Enfin tout ça pour dire que je me souviens très bien d'une seule réplique, ("Cher Hémon, que ton père a fait bon marché de ton coeur !") que j'avais beaucoup aimée dans le contexte x)
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Oui, Anouilh, plus proche de nous, est plus simple a lire... Mais le ton et la manière pour moi font le théâtre !
J'adore lire du théâtre antique - qui gagne tout son tragique, les chœur étant narrateur ça ne m'a pas gêné mais j'ai toujours aimé lire le théâtre et voir aussi - , une fois plongé dedans je ne me rend plus compte du temps, j'ai du lire Sophocle à 12 ou 13 ans, ça commence à faire trop longtemps pour pouvoir argumenté plus avant... faudrait que je relise !
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Cette pièce est l'une de mes préférées. Je l'ai lu des centaines de fois, à voix haute dans ma baignoire...
On comprend mieux la portée du texte lorsqu'on s'intéresse au contexte dans laquelle elle a été écrite (seconde guerre mondiale, affaire des célèbres affiches rouges qui inspire l'auteur pour une ré-écriure). La pièce aborde différentes thématiques : la résistance, la loi et la morale, l'orgueil, l'adolescence...
En ce qui me concerne, mon personnage préféré reste Créon, envers et contre tout. Je le trouve d'une extrême profondeur.
Pour ce qui est de mon passage préféré, je vous en cite un bout :
CRÉON
Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et Dieu sait si j'aimais autre chose dans la vie que d'être puissant...
ANTIGONE
Il fallait dire non, alors !
CRÉON
Je le pouvais. Mais, je me suis senti tout d'un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela ne m'a pas paru honnête. J'ai dit « oui ».
ANTIGONE
Hé bien, tant pis pour vous. Moi, je n'ai pas dit « oui » ! Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, vos nécessités, vos pauvres histoires ? Moi, je peux dire « non » encore à tout ce que je n'aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit « oui ».
CRÉON
Écoute-moi.
ANTIGONE
Si je veux, moi, je peux ne pas vous écouter. Vous avez dit « oui ». Je n'ai plus rien à apprendre de vous. Pas vous. Vous êtes là, à boire mes paroles. Et si vous n'appelez pas vos gardes, c'est pour m'écouter jusqu'au bout.
CRÉON
Tu m'amuses.
ANTIGONE
Non. Je vous fais peur. C'est pour cela que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même plus commode de garder une petite Antigone muette et vivante dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me faire tuer tout à l'heure, vous le savez, et c'est pour cela que vous avez peur. C'est laid un homme qui a peur.
CRÉON, sourdement.
Oui, oui, oui j'ai peur. J'ai peur d'être obligé de te faire tuer si tu t'obstines. Et je ne le voudrais pas.
ANTIGONE
Et moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas ! Vous n'auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l'auriez pas voulu ?
CRÉON
Je te l'ai déjà dit.
ANTIGONE
Et vous l'avez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c'est cela, être roi !
CRÉON
Oui, c'est cela !
ANTIGONE
Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.
CRÉON
Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c'est assez payé pour que l'ordre règne dans Thèbes. Mon fils t'aime. Ne m'oblige pas encore à payer avec toi. J'ai assez payé.
ANTIGONE
Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !
CRÉON, la secoue soudain, hors de lui.
Mais enfin, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J'ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu'il y en ait qui disent « oui ». Il faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque parce que ça prend l'eau, ça prend l'eau de toutes parts, c'est plein de crimes, de bêtise, de misère... Est-ce que tu le comprends, cela ?
ANTIGONE, secoue la tête.
Je ne veux pas comprendre. C'est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir.
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Salut
Je l'ai lue quand j'étais dans ma période "réécriture de mythes", e
et sinon y a aussi la réécriture de réécriture de mythes, avec le Antigone de Bauchau (en prose, c'est pas du théâtre). je l'ai commencé y a quelque temps, ça a l'air pas mal, du bauchau quoi. mais ça peut donner envie de faire des reprises (beaucoup plus rares en littérature qu'en chansons, mais why not !)
j'avais lu un peu Antigone de Anouilh à une époque. je me souviens d'une scène d'apologie du barefooting (Antigone avec ses petits pieds nus dans la poussière). 8)
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Personnellement, c'est cette pièce qui m'a réconciliée avec le théâtre - que je tenais en grippe, je ne peux que l'avouer. Je devais l'avoir lue pour l'oral d'histoire des arts de troisième et, avec un énorme coup de chance, je suis tombée dessus. Résultat des courses : un 18/20, et maintenant je vénère cette œuvre. x)
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Ahhh.... Antigogne!
une pièce que j'ai lu en 5ème... C'était il y a fort longtemps! Je me souviens encore avoir appris un passage et avoir eu pour exercice de l'acclamer avec divers accents ou intonation. Ce fût une magnifique expérience et une jolie découverte.
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J'avais été fort séduit par cette œuvre pendant ma jeunesse, puis la maturité de mes lectures se faisant, je m'étais peu à peu laissé détacher de cette pièce de théâtre.
Le personnage d'Antigone me fait beaucoup penser à l'Électre de Giraudoux, mais en bien moins universel, peut-être.
Je vois maintenant notamment dans la volonté de Créon de dialoguer avec Antigone comme un réel aveu d'échec. C'est comme si cet homme qui se voyait bâtir un nouveau monde pour sa ville le bâtissait en dehors de la volonté de son entourage. Un peu comme un fou... perdu parmi les voix multiples et inquiétantes... incapable de prendre une décision sans courir la colère de son entourage.
Antigone me ferait un peu penser à ce Créon, mais dans un sens inverse. Ce serait un peu comme l'inévitable égoïsme contre l'utopie mensongère, avec un dialogue de sourds à la clé.
Je ne suis plus convaincu, aujourd'hui, avec un peu de maturité, de la légitimité d'écrire sur les dialogues stériles des égarés. J'aurai peut-être l'occasion de me replonger dans l’œuvre, et qui sait ? de mieux saisir l'intérêt d'une telle histoire.
Je n'ai jamais lu le mythe original, je ne connais que cette adaptation !