ÄrchytÄs-Löhm – Homélie sous les Ärbres-Réglisse
Laissez-moi vous conter ce matin doux-amer de ma vie, dont je ne compris la portée que bien plus tard.
Il devait être environ six heures et une aurore bénie.
Je marchai ainsi, humble et coeur léger, sur le chemin des Pierres-Chuchotées qui mène jusqu’au bosquet de Pélöniösh.
L’air respirait doucement autour de moi. Chacun des souffles du monde semblait chercher à me saluer.
La fusion m’enlaçait, je pouvais presque sentir ses bras - ces moments suspendus où je ne savais plus très bien où finissait mon corps et où commençait le monde.
Mes regards étaient ivres d’entrain.
Le ciel m’aimait, et je me laissais aimer.
La terre m’adorait, je m’abandonnais à sa délicatesse.
Au firmament, des oiseaux multicolores traçaient de larges arabesques, laissant derrière eux des filaments d’arc-en-ciel. De part et d’autre du sentier, la lumière prismatique glissait sur les dahlias géants, sur les fleurs au trésor et, dans le lointain, les cimes mauves des jacarandas palpitaient comme des flammes tranquilles.
Au fil de mes pas, la paix faisait son nid dans chaque recoin.
Tout semblait offert, simple, parfaitement à sa place.
Dans ce velours d’aube, je me sentais bien - presque trop bien.
Puis, sans aucun signe avant-coureur, quelque chose s’assombrit en moi.
Une impression étrange me traversa : je me sentis soudain… invraisemblable.
Oui, c’est cela… invraisemblable !
Comme si ma propre présence avait glissé d’un millimètre hors de moi.
Je ne compris pas d’abord ce qui m’arrivait.
Le paysage demeurait paradisiaque, presque archangélique. Et pourtant, une dissonance sourde s’insinua dans mes fibres. Le monde n’avait pas changé, mais il me paraissait soudain inhabité. Je ne percevais plus du vent que sa course sans but, de l’espace que son impassible outre-mesure.
D’où m’était venue cette mélancolie profonde ? Cette chape obsédante, tombée sur moi comme le souvenir d’un autre ciel.
Rien, dans l’air limpide, n’appelait un tel tumulte intérieur.
Rien - et pourtant tout se mit à vaciller en moi.
Je m’arrêtai, pris d’un vertige sans cause. Ma main chercha un appui. Je touchai un arbre proche, simplement pour m’ancrer, pour vérifier que quelque chose tenait encore debout dans ce monde trop parfait, trop lisse pour être vrai.
Je persistai à m’interroger. D’où affleurait cette secousse muette ?
Peut-être était-ce justement cette pureté qui me déconcertait : une lumière si nette que la moindre tristesse devenait tempête secrète.
La tête me tourna, un instant.
Tête ou monde ? Je ne savais.
Une vague de nausée remonta en moi, lente et sûre, comme une houle qui ne cherche plus de rivage.
Et puis, je la sentis glisser dans mon esprit : cette ombre fine comme un trait d’encre. D’une ténacité d’ogresse.
L’air, n’ayant plus la même ampleur, mon souffle se contracta.
Sur Ä-ÄvÄshÄn-Ä, le temps ne s’effilochait jamais. Nous vivions si longtemps que l’oubli de nous-mêmes finissait par nous tenir lieu de mémoire. Dans ce monde sans fin, les ombres de la vie ne portaient pas de nom.
Et pourtant, là, dans l’écrin de mon esprit, un écho obscur s’érigea, lourd comme un verdict : « Assez. »
Je savais trop ce que cela signifiait. Ici, la seule fin digne, la seule échappée permise, était d’aller voir PerrÄmus Böömerang - le Clown de la GÄlÄxïe du Ä-Ä-Ä - dont le Show trivial et délirant avait déjà fait basculer plus d’un immortel dans une exaltation si vaste qu’elle les avait avalés. On disait que son rire n’était pas un son, mais une faille. Une joie si démesurée qu’elle devenait centrifuge, aspirante, capable d’arracher à chacun ce qui le tenait encore au monde.
Je sentis mon cœur se gripper, d’un battement lourd, trop pâteux. Était-ce cela, avoir une idée noire ? Ce n’était pas un désir de disparaître. C’était l’appel d’un rire trop vaste pour un seul être. Un rire qui, disait-on, pouvait emporter jusqu’à la dernière étincelle de conscience.
Je restai là à écouter cette ombre - comme on écoute une vérité qu’on ne veut pas encore comprendre. Elle n’était ni violente ni pressante. Juste… possible. Et cette simple possibilité suffisait à troubler ma promesse d’éternité.
Tout cela avait eu lieu le jour de mes seize ans.
Heureusement, je n’étais pas seul.
Parvenu au bosquet de Pélöniösh, où les Ärbres-Réglisse tamisaient le soleil en nappes d’ambre, GÄbrielh ÄrchytÄs posa sa main sur mon épaule. Sa voix s’éleva - lente, profonde, polie par les Ères comme une pierre de mémoire :
- Ne te laisse jamais séduire par PerrÄmus, DrÄgo. Son rire n’est qu’un gouffre déguisé en lumière. On n’y meurt pas : on s’y défait.
Il marqua une pause, comme pour s’assurer que je l’écoutais vraiment.
- L’ombre qui t’aguiche n’appelle pas sa farce, mais ta propre clarté.
Ses paroles glissaient en moi comme une eau ancienne.
Sa main serra un peu plus mon épaule.
- N’oublie jamais ceci : sous ses grimaces éclatantes, PerrÄmus est fissuré. Ses blagues tonitruantes ne sont qu’un voile. Il rit pour ne pas entendre sa propre folie.
Il détourna alors le regard, vers les Ärbres-Réglisse qui frémissaient.
- Ceux qui s’approchent trop près de lui ne meurent pas… ils se diluent. Ce pitre grotesque n’est qu’un gouffre peint en couleurs vives.
Il inclina la tête, grave.
- Ce n’est pas un monstre, non. C’est pire. Son esprit brisé croit offrir la joie alors qu’il ne partage que son vertige. Garde-toi de lui. Garde-toi de son rire. Et surtout, garde-toi toi-même.
Il inspira profondément, comme pour accorder son souffle au monde, puis reprit :
- Aucune vie n’est réellement cruelle, DrÄgo. Chacun fait ce qu’il peut avec ses blessures, même quand elles débordent. Derrière chaque écart, il y a une peine qui tremble. Derrière chaque moquerie, il y a quelque chose qui a eu mal.
- Oui, je sais cela, lui répondis-je dans un filet de voix.
Il hocha doucement la tête, puis me sourit :
- Alors, ne te soucie de rien. Accueille tout. Rire et pleurer. Subir et exulter. Fléchir et t’élancer. L’existence n’est pas un chemin, DrÄgo : c’est une danse. Et dans cette danse, nul ne mène.
Il leva une main, comme pour cueillir un rythme invisible.
- Laisse-toi prendre par les bras d’ÄlÄnldöh. Ne reste pas en exil au bord du bal. Avance. Agrippe-toi à l’inconnu. Rappelle-toi tes sens phénoménaux, ceux dont tu as oublié la féérie. Tu contemples encore. Tu penses. Tu ressens. Tu humes. Tu goûtes. N’est-ce pas déjà assez prodigieux ?
Il se tut un instant. Le vent passa entre les Ärbres-Réglisse comme une respiration du monde, et son silence pesa plus que ses mots.
- Ô DrÄgo cœur-lié… toi dont l’élan ne s’est jamais éteint, tu es jeune et tu le resteras toujours. L’envie de danser veille encore au creux de tes pas. Alors souris, ose et danse - que ton mouvement illumine la grandeur d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä.
ÄrchytÄs se pencha, cueillit un brin d’herbe, et le tint entre ses doigts comme on tiendrait un fil de destin. Le vent le fit frémir, et il sembla écouter ce tremblement avec une attention sacrée.
- Regarde. Ce brin n’est pas seulement une herbe. Il est un fragment du Souffle-Äncien. Il naît, il ploie, il disparaît, puis renaît sans mémoire de sa chute. Il ne sait rien, et pourtant il sait tout. Il porte en lui la trace des Ères, la pulsation d’ÄlÄnldöh.
Il approcha le brin de la lumière, et une lueur verte vint le nimber.
- Vois comme il se laisse traverser par le monde. Le vent le plie, la pluie le marque, la nuit le recouvre… mais jamais il ne se défait de sa nature. Il demeure humble, et c’est ainsi qu’il survit à ce qui écrase les plus fiers. Il n’a pas de volonté, DrÄgo, et pourtant il accomplit son destin mieux que ceux qui prétendent le choisir.
Il ferma les yeux un instant, comme pour entendre un murmure que je ne percevais pas.
- Quand l’ombre te touche, ne la repousse pas. Elle n’est pas ton ennemie. Elle est la main qui te façonne. Laisse-la glisser en toi comme le vent glisse sur ce brin. Car ce qui plie sans rompre devient un passage pour la lumière.
Il relâcha l’herbe. Elle s’envola, portée par un souffle invisible, comme si le monde lui-même la reprenait.
- Souviens-toi encore de cela : les êtres les plus fragiles sont souvent les messagers des vérités les plus anciennes.
Nous restâmes là un moment, silencieux, baignés dans la lumière filtrée.
Puis ÄrchytÄs sortit de sa besace - ourlée d’or fin - un petit Brömmel-Lune, un fromage pâle veiné de reflets opalins. Nous en rompîmes un morceau chacun. Sa saveur - douce, traversée d’une pointe d’herbes solaires - semblait prolonger les paroles qu’il venait de prononcer.
Nous nous fîmes l’accolade des Frères-d’Élan : front contre front, souffle mêlé, paumes croisées sur le cœur. Un geste simple qui disait tout ce que les mots ne pouvaient pas dire.
Puis, nous reprîmes nos chemins respectifs.
Il devait être environ sept heures et une aurore finie.
En quittant ÄrchytÄs, je pensais avoir remis un peu d’ordre dans mon chaos.
Je n’entendais pas encore le murmure d’un enfant qui allait tout renverser.
Brouillon n° 7 - Titre Provisoire : Areuh = mc2
Et pour tout renverser, il commença par renverser… la dignité du récit, la gravité universelle et sa compote.
Et encore, ce n'était que l'échauffement.
Foin d'espiègleries, laissons-le s'exprimer sans plus attendre :
Je dois vous prévenir avant que vous ne plongiez dans ce qui suit. Ce texte… n’a jamais demandé la persmission d’exister. Je l’avais rangé dans la catégorie « brouillons puérils », juste entre « Tentative de poème en langue areuh », « Traité incomplet sur le pouvoir des siestes ». et « Dialogue philosophique entre deux bavoirs ».
Et pourtant, le Brouillon n°7 refuse de mourir. Il gigote. Il réclame. Il postillonne sur les pages voisines, comme s’il voulait y apposer sa signature. Il a même tenté de téter la couverture du manuscrit. Ah, je vous jure, les brouillons n’en font plus qu’à leur tête. Ils brouillent tout.
Je ne sais pas comment vous expliquer cela autrement : ce chapitre a la vitalité d’un bébé possédé par un démon de la littérature en roue libre.
J’ai essayé de le censurer. Il a hurlé. J’ai tenté de le réécrire. Il m’a lancé mon propre stylo à la figure.
Alors j’ai capitulé. Comme un maréchal congestionné qui a oublié son honneur dans la poche d’un autre.
Je vous le livre tel quel, dans toute sa fougue indomptable, son orgueil dodu, son lyrisme en pyjama de myrmidon d’une ambition déraisonnable. Si vous entendez des bruits de hochet pendant la lecture, ne vous inquiétez pas : c’est normal. Si vous percevez une légère fragrance de brocolis oubliée au bord d’une assiette, c’est normal aussi.
Et si, à un moment, vous avez l’impression qu’un pitchounet vous fixe avec l’intensité d’un prophète antique…
…eh bien, c’est que vous êtes prêts.
Voici donc, contre mon meilleur jugement, le Brouillon n°7 : Confessions d’un Poupon Hyperbolique :
Youpi, youpi, youpi !
J’ai trois mois, le croirez-vous ?
J’ai trois mois, mesdames et messieurs, TROIS MOIS, et pourtant je me lance sans complexe dans l’écriture de mes mémoires.
Mon émotion ? Je suis DrÄgo-dingo-jojo de joie. J’en pleure de folie douce et n’essuie jamais mes larmes - je les laisse couler comme des perles de lait destinées à bénir mon chef-d’œuvre naissant.
Je vous écris et je n’en reviens toujours pas. Je sautille dans ma prairie telle une puce en transe cosmique. Je n’ai même pas de prairie. Ma prairie, c’est ma table. Je vous ai bien eu, non ? Oh, vous apprendrez vite à me connaître, je suis aussi un peu prestidigitateur de métaphores.
J’explique :
J’ai découvert ce truc il y a peu - tracer des signes qui pensent à votre place - et depuis, je ne m’arrête plus. Je mâchouille mes verbes comme d’autres mâchouillent leur caillou totem. Chacune de mes phrases me semble un shot d’adrénaline astrale. Tiens ! Rien que d’écrire celle-ci, j’ai l’impression de flotter dans une aura de gloire lactée.
Ma pensée est riche et va bien au-delà de ce qu’imagineront les pédiatres qui ne sont pas encore nés - ces pauvres chéris qui, un jour, fronceront leurs sourcils en me voyant résoudre des dilemmes métaphysiques entre deux régurgitations.
Mes doigts sont à peine préhensibles et pourtant je me sens un pouvoir sans limite. Je tiens mon stylo-plume comme un sceptre miniature, un bâton de commandement royal trempé dans la bave sacrée des tout-petits. Je le serre comme si j’allais annoncer une vérité bouleversante, une prophétie lacto-sismique si puissante qu’elle ferait bafouiller les oracles et tomber les tétines des anges.
Puis je commence à rédiger. Enfin… au début, disons plutôt que je bavoche sur la page, que je déborde sur les traits, que je troue pas mal de marges. On dirait un ouragan de lait caillé qui aurait décidé de s’exprimer en calligraphie expérimentale. Bref, pour être franc, je gribouille. Mais dans mon esprit – feu d’artifice - c’est un chapitre incandescent, un témoignage brut, une confession qui, j’espère, fera trembler les générations futures.
FirminÄ, que vous découvrirez bientôt, disait de moi que j’étais encore un nourrisson des mots. Restons encore honnête : je suis plutôt une légende vivante du BA-BE-BI-BO-BU, un inventeur de souvenirs, un poète électrique de la bouffissure, du strass et des paillettes.
Attendez, ne partez pas. Ben quoi ? Mon festival commence à peine.
Regardez, je soulève mes bras potelés, je mordille mon capuchon, j’ajuste ma mèche de duvet, et je murmure à mon public imaginaire :
« Bienvenue dans la vie somptueuse et hilarante d’Ä-ÄvÄshÄn-Ä. »
Accrochez-vous, cela va décoiffer.
Promis, juré sur la tête de BÄrnÄbé, mon ours en peluche, ce héros discret qui me soutient dans mes crises existentielles : un seul cri de mon stylo sera plus chargé de réel que toute cette bimbeloterie sans queue ni tête sortie de mon imagination. Du reste, même pas besoin d’imaginer. Sur Ä-ÄvÄshÄn-Ä, tout a été déjà imaginé, sur-imaginé.
Je vais tout vous déballer :
La naissance, l’entrée fracassante de ma « planète méta chochotte » sur la scène du Ä-Ä-Ä.
Son premier cri, un hurlement digne d’un carnaval électrostatico-métaphysique, qui semblait vouloir dire : mirez comme je suis belle et affable.
Son premier rot, accueilli par une standing ovation de milliards de vanupieds.
Son premier sourire d’autocongratulation, immortalisé par l’EscÄlier qui ne mène nulle part et partout à la fois.
Ses premiers résidents, ivres de devenir plus parfaits que la perfection – qui se notaient eux-mêmes sur vingt et obtenaient toujours vingt-et-un.
Moi, un têtard des mots ? Je me sens plutôt comme un très vieux sage coincé dans un corps minuscule, obligé de redécouvrir son monde en version tactile et spumeuse.
OK, je suis minuscule, mais j’ai sans doute l’ego d’un astre. OK, je suis encore fragile, mais j’ai l’énergie d’un concert d’ÄvÄ SpielmÄcker sous lasers atomiques. OK, je suis un agneau naïf, mais j’ai déjà vécu mille vies. J’écris tout ça. Moi. Et je dois l’avouer, c’est une expérience fascinante. IRRÉSISTIBLE et FASCINANTE.
Excusez ma frénésie. Je m’emballe. C’est plus fort que moi : dès que je parle d’écriture, je crois être sur scène comme PerrÄmus Böömerang, projecteurs braqués sur mes joues rebondies, public en délire - ou en train de digérer son éternité, difficile à dire.
Redevenons sérieux une seconde. Je ne voudrais pas m’adresser seulement ux jeunes bipèdes de la Spirale-Sud, encore couverts de duvet quantique, qui liront mes mémoires en douce sous leurs draps photoniques. Ni aux mini-gourous de la Frange-Occulte, qui méditent en flottant à dix centimètres du sol dès qu’on prononce le mot « ontologie ». Je souhaiterais que mon public soit vaste. Très vaste. Intergénérationnel, interdimensionnel, inter-tout.
Il en faut pour tout le monde : pour les philosophes qui analyseront mes premiers gaz comme des axiomes existentiels, pour les mélomanes qui entendront dans mes pleurs des harmonies insoupçonnées, pour les parents épuisés qui verront en moi un phénomène du sommeil contrarié, pour les bébés eux-mêmes, qui liront ces lignes dans dix mille ans et diront : « Ah ouais, respect le type, il a osé. »
Idéalement, j’aimerais que mes mémoires traversent les âges. Qu’on les lise dans les bibliothèques-montgolfières, dans les vaisseaux spatiaux déglingués, dans les jardins mirifiques, dans les chambres pleines de soupirs des puceaux, sur les plages en feu, et même dans les salles d’attente où le temps s’étire comme un élastique épuisé.
Je veux être universel. Je veux être intemporel. Je veux être… le bébé qui a parlé à tout le monde.
J’ai des idées, des visions, des illuminations, des révélations à revendre - mais aucune patience. Elles arrivent en rafales – zip, zap, zouf - me giflent la conscience, repartent en laissant derrière elles une odeur de lait chaud et de génie frustré. Je n’ai pas le temps de les formuler : mes pensées cavalent plus vite que mes dents ne poussent. Alors je garde tout, je serre tout, je déborde. Et suis forcé de laisser filer des merveilles que je n’aurai même pas le temps de regretter. C’est ça, être un poupon inspiré : tenter de faire tenir l’infini dans un dé à coudre.
Mais trêve de paillettes et de décibels.
Il y a, derrière ma frénésie, quelque chose de plus vaste qui m’appelle. Quelque chose qui dépasse les stades, les projecteurs, les foules en délire - quelque chose qui ne se contente pas d’applaudir, mais qui écoute. Une présence ancienne, patiente, presque minérale.
Et soudain, mes phrases cessent de sautiller.
Elles se rassemblent.
Elles deviennent lourdes, comme si quelqu’un d’autre respirait à travers moi.
Alors je me tais un instant.
Je laisse retomber la poussière de lumière.
Je ferme les yeux.
Et dans ce silence, une autre voix se lève en moi - plus grave, plus profonde que tout ce que mes TROIS MOIS pourraient laisser croire.
C’est à ce moment que je vous parle autrement. Non plus comme une petite rockstar de l’écriture en grenouillère, mais comme un passeur. Un funambule entre les temps. Un enfant qui, sans comprendre comment, perçoit les frémissements d’un monde plus ancien que ses os.
Et c’est là précisément que j’ai envie de poser ma plume au rebord de votre âme.
À cet instant, mes mots changent de texture.
Ils s’allongent. Ils s’assombrissent.
Ils s’ouvrent comme une porte.
Et derrière cette porte, il y a vous...