Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Murex le 07 Novembre 2025 à 11:14:53
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Parfois en ouvrant un vieux livre qui dormait dans sa bibliothèque, on découvre un pétale de rose ou de tulipe, un pauvre pétale aux couleurs délavées, fin et fragile comme une aile d’insecte.
On ne sait quelle main féminine (car elle ne peut être que féminine), l’a glissé là comme un défi au temps.
Une jeune fille rêveuse, suppose-t-on, qui au retour d’une promenade ne put se résigner à le voir s’abîmer et disparaître dans l’humus.
Celui-là survivra, pense-t-elle, celui-là au moins sera épargné. Et il l’est en effet même si ce n’est que sous la forme d’un squelette.
Après l’avoir tourné très délicatement entre nos doigts (on le sait si fragile), l’avoir porté à nos lèvres pour un vague baiser, l’avoir humé espérant sottement qu’il ait conservé un reste de parfum, qu’en faire si ce n’est le remettre à sa place, refermer le livre et le rendre à sa nuit.
Et peut-être en vient-on à songer à cette main inconnue. À se demander si elle est encore de sang et de chair, ou bien, à l’égal de ce pétale, qu’un squelette dormant oublié sous la terre.
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Bonjour,
C'est un texte très gracieux.
L’image initiale est très réussie : le pétale comme trace du temps,.
Le rythme des phrases, alternant longues périodes et respirations brèves, installe un climat méditatif,
La métaphore finale boucle magnifiquement le texte en écho au « squelette » du pétale, correspondance subtile entre la matière et le souvenir.
On pourrait seulement relever, si l’on veut chipoter, que la parenthèse « (car elle ne peut être que féminine) » trahit un léger cliché aujourd’hui — mais dans le ton du texte, elle garde un charme suranné, presque proustien, qui participe à la nostalgie générale. D'ailleurs, personnellement j'ai longtemps cru que le mot « pétale » appartenait au genre féminin… c'est dire.
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Très beau texte. Au départ il pourrait être "écologique" ; la conservation de la nature périssant.
Puis rapidement il renvoi à l'humain, aux sentiments.
C'est une évocation aussi du temps passé.
La fragilité d'un souvenir, d'une hypothèse... La cinquième phrase contient un érotisme voilé.
Le parallèle final entre l'humain et le végétal est inattendu et d'autant plus fort.
Fugacité et décomposition du vivant.
Plus la main est inconnue plus elle fait rêver.
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Merci Hellian pour ton retour. Oui, je me suis plu à adopter un style quelque peu suranné, comme tu le dis si bien. Il me semblait convenir à ce type de douce nostalgie.
Merci LOF, j'avoue avoir été quelque étonné que tu trouves de la sensualité dans la phrase en question, mais il est exact qu'elle comporte, à le relecture, une certaine "sensualité".
De fait, il y a longtemps que j'avais l'idée d'écrire quelque chose sur ses fleurs que l'on met à sécher... en vain, jusqu'au soir où, sans doute sous le coups d'un subit accès de vague à l'âme, j'ai pondu ce poème qui à fini par me satisfaire.