Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est au conditionnel, contrainte proposée par derrierelemiroir :) merci derrierelemiroir ^^
Pas de rose. À la méga bourre à cause d'un problème de concordance des temps - et aussi d'un enfant malade qui n'arrive pas à dormir -, et je ne suis même pas certaine d'avoir bien répondu au défi du conditionnel. Mais j'aime mon texte : est-ce que ce n'est pas le principal ? Et demandez pas pour le titre, moi je sais pourquoi le titre.
En vous souhaitant une bonne soirée et une bonne lecture !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Mon dragon
Si je ne t’avais connu…
C’est une chanson ; je crois.
Si je ne t’avais connu… je serais retournée dans ma chambre ce soir-là. Seule face à l’orage, aux ombres de la nuit. Je me serais endormie, peut-être un peu plus vide que la veille, sûrement un peu moins que le lendemain. Je suis nulle en images, mais je sais que je le ressentirais comme ça, comme si on me retirait un peu plus chaque matin. Je me lèverais, l’esprit absent, le corps lourd de quelque chose qui, lui, n’arriverait pas à s’échapper. Je me préparerais pour le lycée : m’habiller, un EASTPAK noir sur l’épaule, un sourire.
Tu détesterais ce sourire, mais tu ne me connaitrais pas, donc tu n’en dirais rien. Ou peut-être que si…
Je me serais forcée : pour ma tante à peine rencontrée, pour mon frère, mon grand frère qui m’aime tant – que j’aime tout autant –, mon dernier pilier encore debout. Dissiper leurs doutes, conforter leurs espoirs.
J’aurais souri à Mathi, parce que sinon, mon frère l’aurait découvert. Mathi aurait sûrement plissé les yeux, parce qu’elle adore ça, de croire qu’elle peut tout voir, alors qu’en vrai… elle n’aurait rien vu. Elle aurait attrapé ma main à la fin du cours et m’aurait entraînée dans sa tornade, présentée aux autres, expliqué qu’en vrai elle s’appelle Mathilde mais qu’elle préfère Mathi, parce que ça sonne mystique ou exotique. Elle m’aurait essoufflée sans combler le vide. Et j’aurais continué à lui sourire.
Elle m’aurait demandé ma vie d’avant. J’aurais menti. Parce que je n’aurais pas pu lui dire les fissures, fissure sur le pare-brise, fissure sur le visage, fissure dans ma vie. Je n’aurais pas pu, alors j’aurais souri. J’aurais appris à connaître ses amis, sans qu’ils devinssent les miens. Ils l’auraient sûrement cru, ou espéré, mais peu m’aurait importé.
Et nous aurions continué. Est-ce que j’aurais obtenu mon diplôme ? Sûrement que non. Je n’étais pas si nulle à l’école, mais les fissures, le déménagement ; la tombe. Je n’aurais pas arrêté de me demander : « Est-ce que quelqu’un met des fleurs sur la tombe ? » et ça m’aurait hanté, comme une mouche dans le silence.
J’aurais ruminé ma peine et ma douleur.
Pas d’échappatoire.
Cette vie-là, je la continuerais, mais sans savoir trop comment, juste avec cette certitude que je la continuerais, pour mon frère ; pour elle, aussi. Je chercherais cette foutue échappatoire, écrite à l’encre de ton nom. Je creuserais l’avenir, retournerais ses jours, hurlerais ses nuits, dans le plus grand des silences. Nul doute que mon frère s’inquièterait. À quoi ressemblerions-nous… des automates, bien incapables de respirer par nous-mêmes, tout juste bons à donner le change.
Mon frère aurait deviné ce gouffre béant, ce trou noir, cette vie que je n’aurais jamais voulu continuer ; parce qu’il aurait été comme moi au fond, qu’il aurait donné le change juste un tout petit peu mieux.
La fissure. L’accident. La tombe. Deux orphelins. Le déménagement. Les inconnus. Tout recommencer. Ne plus pleurer. Garder. Sourire. Ne plus hurler. Comprimer. Avancer.
Pas avec toi. Toi, tu ne nous le demanderas jamais. Tu nous regarderas et tu nous ordonneras de hurler, hurler encore, hurler plus fort que jamais, au fond d’une forêt privée où personne ne viendra nous écouter, à en perdre la voix, à en laisser sortir ce qui est resté coincé jusqu’alors.
La fissure. L’accident de voiture. La tombe. Maman…
Tu nous ordonneras de hurler, de frapper aussi, frapper l’avenir qui nous demande de sourire, frapper ton torse ou les arbres, rendre les coups à la vie qui nous a tant pris. Tu refuseras tous nos foutus sourires, ces factices qui ne prendront pas sur toi. Toi, et seulement toi, tu nous guériras. Et pour la première fois depuis l’enterrement, je hurlerai, je hurlerai sur la vie qui m’a volé Maman, je hurlerai sur Maman qui m’a menti, qui n’a pas tenu sa promesse de toujours être là. Je me sentirai bête, si bête, si égoïste aussi, et je continuerai de hurler. Jusqu’à ce jour où, pour la première fois depuis la fissure, je sourirai, parce qu’elle se refermera vraiment ; avec toi.
Grâce à toi.
Je peux encore remonter dans ma chambre. Tu es juste un garçon un peu plus vieux, un des nouveaux copains de mon frère, un presqu’inconnu de cette nouvelle vie que nous détestons. Même si je le veux très fort, je n’y arriverai pas. Je t’observe : installé sur le canapé plutôt que rentré chez toi, surpris comme tout le monde par la tempête qui gronde dehors. Je dois retourner dans ma chambre. Une manette entre tes mains, tu défies mon frère avec l’aisance du victorieux, de celui qui sait qu’il ne peut pas perdre. Je remarque quelque chose dans son regard, une étincelle. Mon frère veut répondre à ce défi, peut-être un autre un peu différent. J’hésite, vous observe depuis l’arche de la cuisine, et prends, pour la première fois depuis la mort de Maman, une décision.
Jamais tu n’arriveras à me battre à Mortal Kombat…