Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: prune le 17 Septembre 2025 à 09:02:44
-
L'homme est un loup pour l'homme et je sais des barzoïs
attendant de ma part qu'on sonne l'hallali
afin de l'égorger dans sanglante partie
où l'effluve se mêle à mon eau de monoï.
Quel fier lévrier russe et digne du Bolchoï
poursuivant l'Ysengrin dont l'étoile pâlit
devant ces canidés avant toute ordalie
chantée par le trouvère en belle langue d'oïl !
Ô toi le loup trop lourd qui toujours nous rabaisse,
attention à mes chiens quand détachant leur laisse
je libère l'ardeur vers quoi tend leur duo.
Je veux de l'amour fou, pas d'ersatz romantique,
car le féminicide — aux dires du bourreau —
ne serait que le fruit d'un amour pathétique !
-
J'aime beaucoup.
(Et pourtant je refuse la phrase introductrice, fruit des guerres de religion, mère du libéralisme, qui ne veut voir en l'homme qu'un atome, un isolat, mauvais par nature.)
-
Images fortes : le barzoï, l'Ysengrin, le monoï — tout cela crée un bestiaire et des repères sensuels qui accrochent l'imagination.
Contraste des registres : l'alliance du vocabulaire ancien (« trouvère », « langue d'oïl ») avec des mots contemporains (« féminicide ») crée un effet de choc utile — il interroge le lecteur.
Rimes et sons : tu tiens un beau schéma rimique et beaucoup d'allitérations (l/l, r/r) donnent du mordant à la diction — ça sonne.
Ton ambigu : l'ambivalence (désir / violence) est bien rendue — le poème met le lecteur mal à l'aise, et c'est souvent le but d'une pièce de ce type.
À mon tour de kiffer...
-
Hé bé ! Voilà un texte fort ! il m'a entrainé à cogiter sur : "vers quoi peuvent conduire les pulsions destructrices" qu'elles soient publiques ou privées. Le fait est qu'ainsi révélées on peut penser qu'elles proviennent d'une même nature humaine faillible et souvent tragique, qui toutefois ne doit exclure l'idée de ses origines...
Et puis, qu'elle soit le fait d'États ou d'individus, la violence, en raison de ses multiples formes, nous conduit à autant de réflexions. Ainsi, on pourrait interpréter cet ardent poème à l'infini : l'image du "loup trop lourd" peut faire surgir moult critiques envers la force oppressive de l'être qui cherche à dominer. Cela pourrait même faire écho à la situation au Proche-Orient, où la violence est souvent liée à des dynamiques de pouvoir, d'oppression et de lutte pour la dignité. De même que la mention du "fier lévrier russe" autant que celle du "Bolchoï" , qui par delà l'aspect allégorique, voire même celui "sournois", peuvent faire penser à une certaine fierté nationale capable de dérives toxiques.