Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: prune le 26 Août 2025 à 08:55:56
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Un jour que je causais avec un hérisson
Qui me rendait visite après que la minuit
Eut sonné ses deux fois aux poids du carillon
Nous fûmes dérangés par un étrange bruit.
Le hérisson courut à la porte d'entrée,
Introduisit l'intrus dans le jardin d'hiver
Au grand dam de mon chat qui miaula, gêné
En maudissant la nuit féline pas mémère.
Quand l'orage éclata et qu'un rhinocéros
Vint se réfugier et protéger sa corne
En compagnie d'un loup détrempé jusqu'à l'os
Il apparut à tous qu'on dépassait les bornes.
Un oiseau de malheur tout de feu revêtu
Se fracassa le bec en percutant la vitre
Et c'est mon colibri qui opéra à cru
Alors qu'un mien goupil rieur faisait le pitre.
Je ne sais plus très bien combien dura la pluie.
J'affirme haut et fort sur la tête du veau
Que jamais on ne vit tant de castors ravis
Et de loutres de mer s'ébattre au caniveau !
Voilà, tu la connais l'histoire anthologique
Où l'humain fit la bête au risque des étoiles
Qu'un trou noir avala, glouton comme une bique
Nous plongeant dans le noir, d'un noir suçant la moelle.
L'aurore aux doigts de rose estompa le tableau
Et chacun repartit aux occupations
Qui siéent à la prose édulcorant les mots
D'un quotidien léger exempt de passions.
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un poème de bonne facture, en équilibre entre la fantaisie débridée (le bestiaire délirant) et la profondeur poétique (la fin cosmique, l’image du trou noir, puis le retour au quotidien).
Il y a du surréalisme joyeux (on pense un peu à Prévert pour le mélange des animaux et des images absurdes) et du cosmique sombre (le trou noir, la nuit engloutissante).
Un poème qui illustre parfaitement ce que peut être la poésie : un lieu où l’impossible se mêle au réel, et où l’on passe du rire au vertige le tout avec une belle maitrise prosodique qui fait de ce texte une indéniable réussite.