"J’aimerais te parler d’autre chose, journal. Du moins ne plus t’en parler chaque jour. Mais je dois bien avouer qu’il me manque. Nos échanges me manquent. Ses messages me manquent. Et j’aimerais lui manquer, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Et le pire dans tout cela ? C’est qu’une partie de moi, petite mais tenace, et qui crie, et qui hurle à l’intérieur, pense que je compte un peu pour lui. Je me berce d’illusions. Je ne suis pas encore prête pour affronter la réalité en face. Elle me déchiquette cette réalité, elle me lacère de partout. Alors je lui crie, je lui hurle d’arrêter. Je lui répète qu’elle se trompe, qu’elle n’a pas le droit de me faire cela. Je l’enferme. Je la musèle. Je me renferme. Je me rends sourde. Aveugle. Pour quelques temps au moins. Que l’on me le laisse ce temps-là, si précieux. Le temps de m’éloigner un peu de cette réalité, la regarder à distance se déchainer, agiter ses lames, ses lanières tranchantes dans le vide. Qu’elle soit apaisée quand je reviendrai l'affronter à nouveau."