À la demande de Cendres, je propose deux petits textes avec 2 persos, un chat et des phrases non verbales.
Deux salles, deux ambiances :mrgreen:
Merci de préciser en quoi les phrases non verbales fonctionnent, apportent quelque chose ou ne fonctionne pas (et pourquoi dans ce cas).
Bonne lecture !
Edmonde I
Edmonde ouvre le placard. Sort un biscuit, avale le biscuit. Dans sa petite cuisine, elle trace des huit en tournant autour de la table puis autour du tabouret. Le poste de radio crachote une vieille chanson. Quel connard ce type ! Sa voix pue la transpiration !
Edmonde passe à nouveau devant le placard. Un biscuit de plus au fond du gosier. Ses babines se retroussent. Miettes sur ses dents. Contente, la Edmonde : le vieux tocard a fini de brailler. Les infos commencent. La voix veloutée de la speakerine (oui, Edmonde utilise ce vieux mot, speakerine, et n’allez pas lui faire la remarque si vous ne voulez pas recevoir un coup bas), la voix de la speakerine, donc, résonne sur les carreaux de faïence de la cuisine. Des petits oiseaux, un chat, des paniers de fruits, des fleurs. Voilà ce que Robert avait choisi au siècle dernier. Quel goût de chiotte ! Mais Edmonde n’a jamais voulu retaper la cuisine. Pour quoi faire ? Pour plaire à qui ? Mieux vaut garder ses sous pour autre chose.
Elle croque un nouveau biscuit. La jolie voix raconte les morts de la semaine : en Afrique, à Gaza, en Birmanie. Quelle belle voix. Edmonde imagine une femme voluptueuse, brune, avec des épaules rondes, des hanches rondes, des mollets, des seins… Elle claque ses dents sur un nouveau biscuit, la salive à la bouche. Ses doigts osseux fouillent au fond du paquet. Plus rien. Va falloir retourner à l’épicerie. La guigne. La voix chaleureuse annonce les chiffres de l’inflation. Une mauvaise nouvelle sortant d’une bouche charnue… Edmonde se sent toute chose.
Edmonde II
Dix-neuf heures dix-neuf. Pluie battante. Un chat se glisse sous le platane, contourne la fontaine et disparaît. Je regarde le gris au-dessus de ma tête. Des gouttes dans les yeux, des larmes sans sel, sans angoisse. Un merle s’envole, un rouge-gorge me regarde en souriant, sautille dans une flaque. Petite boule terre de sienne qui traverse les feuilles dégoulinantes.
Lorsque je sors du village, le son lugubre de la cloche résonne, loin derrière. Un son englué dans l’eau. Un pastis trop tassé. Un alcool sans joie. Mes lèvres s’étirent, l’orage gronde, l’horizon rougeoie. Madeleine doit à présent remettre une bûche dans le feu, tisonner la braise et la cheminée crache des étincelles dans le ciel, des feux follets dansants parfumés à la résine de sous-bois.
Les frênes assoiffés ne laissent rien passer, sous leur frondaison la mousse encore sèche attend patiemment. Les chênes épais me saluent de leurs branches tortueuses. Brassées de feuilles ondulantes. La clairière s’ouvre, une biche me lance un long regard curieux puis inquiet. Dès qu’elle se met en mouvement, la harde détale. Longues pattes agiles. Bondissements de danseuses.
Derniers lacets du chemin, dernières mottes de boue accrochées à mes godillots, voici la cabane. La porte s’ouvre, les chiens s’élancent vers moi, toutes babines au vent. Ma dulcinée tient dans ses bras un petit paquet blanc de coton. Je m’approche. Gazouillis, sourires. Il a encore grandi. Edmonde embrasse ma barbe mouillée.