Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Salut lecteur !
À la base, ce texte est une réponse à l'exercice sur les phrases nominales, mais force est de constater qu'il prend une toute autre direction pour moi. Gardons en tête qu'il sort des tripes, comme précisé dans ma première introduction. Un texte très moi, comme l'a décrit Samarcande dans son commentaire. Ceux qui me lisent sauront de quoi il en retourne. Donc, si je veux bien travailler les phrases nominales, et peut-être un peu plus, je ne changerai pas cette essence particulière.
Une bonne lecture à toi !
BROKEN SURVIVORS
La porte coulissa sans bruit. Son chef entra ; elle n’osa pas. Elle savait ce qu’elle devrait affronter, cet espoir ténu entre vie et mort. Antiseptique. L’odeur lui piqua le nez, la rappela à la réalité, ni triste ni heureuse. Bien sûr, son chef remarqua. Il lui offrit sa main et son soutien pour cette épreuve. Elle la fixa, se souvint… un carnage, au milieu duquel elle s'était trouvée, et ce kuvien qui lui avait tendu la main pour la relever, elle parmi les cadavres. Elle l'avait suivi dans sa quête de justice et il l’avait intégrée à son équipe, devenue sa famille, constituée par-delà les guerres et les espèces, avec cet objectif commun. Sans qu’aucun ne s’en rende compte avant l’évidence, il l'avait conduite à lui. Lui. Ennemi intime ; amour insoupçonné. Lui qui ne tenait plus aujourd’hui qu’à un souffle.
Seul mouvement dans l’espace exigüe, leur médecin s’agita en tous sens, sans prêter attention à ses dilemmes. Bip. Elle tressauta. Elle devait entrer, devait le voir. Elle saisit l’aide de son chef, serra sa main avec force et, une fois à l’intérieur, ne put plus l’ignorer. Allongé sur un lit d’infirmerie, presque trop étroit pour le guerrier blessé, aux bandages ensanglantés. Immobile. Elle ne s’effondra pas, ne pleura pas, se rapprocha un peu plus de lui, oublia le monde, leurs peuples et leur promesse de se haïr, oublia toutes ses loyautés hormis celle de son cœur.
Elle se glissa, trouva sa place à son côté, et observa son visage tuméfié. De ses six yeux cyniques, elle n’en distingua que deux épargnés par les coups. Son sourire carnassier lui manqua soudain. Elle entremêla leurs doigts, espéra presque que ce contact le dégoûterait assez pour qu’il se réveillât d’un bond. Elle découvrit sa peau, que son propre corps refusait de toucher plus longtemps. Elle lutta, contre elle-même, contre lui, contre le destin qui les attendait, embrassa sa pommette ; et croisa son regard.
Ni colère, ni rejet. Encore brumeux, il ne lui intima pas de rompre le contact, y consentit presque, d’une caresse furtive sur son pouce. Une seconde rencontre, sans l’écho de cette guerre millénaire pour se rappeler à eux. Elle aima la texture de son bras, un chemin de minuscules écailles irisées, dont elle apprenait l’irrégularité. Ici, une plus marquée. Là, une cicatrice. Tous deux frissonnèrent de cette porte entrouverte, reflet d’un avenir ensemble. En cet instant, ils flottèrent, unis ; avant de redescendre. La haine reprit le dessus et il la rejeta de la pire de manières : en silence. Nul besoin de mots ou de gestes : juste ses prunelles amères.
Elle se redressa et fuit, disparut dans la nuit éternelle de la grande cité stellaire, déambula dans des avenues, qui se transformèrent en allées, en rues, en ruelles… elle courut autant que ses larmes s’écoulèrent, son cœur bientôt aussi aride qu’un désert. À bout de tout, elle s’effondra ici où personne ne la retrouverait, elle le savait. Personne d’autre que lui…
Des pas dans la nuit. Elle releva les yeux vers sa silhouette. Encore affaibli, il se tint droit et fier devant elle – comme le soldat qu’il était –, l’obligea à se relever – comme le soldat qu’elle était. Ils se haïssaient, autant qu’ils s’aimaient, chacun le savait et, sous l’œil complice de la nuit, choisissait. En silence, elle devina ses mots, ceux qu’il ne parvenait pas à lui avouer, qu’elle-même gardait cachés, et décida de s’accrocher à cet espoir qu’un jour, l’amour surpasserait la haine. Ils ne se regardèrent pas, ne se touchèrent pas, sur le chemin qui les ramenait chez eux, auprès de leur famille.
Salut !
Merci Robert-Henri pour ton retour !
Certes, il est fort vivant : notamment en raison de son écriture syncopée, mais j'ai peur (peut-être aussi en raison de sa longueur ?) que le lecteur désireux de disserter après coup dans le sens attendu par cet exercice ne perde un peu pied ?
Ah bon ? Mince :/ je pensais vraiment qu'on pourrait y réagir sur l'utilisation des phrases non verbales. Est-ce qu'il a ce même défaut que certains de mes Tic-Tac ? Trop émotionnellement imprégné pour que les lecteurs osent y redire sans casser cet équilibre entre émotion et travail du texte ? Parce que si c'est le cas, je me dis que si, tu peux tout à fait pointer mes phrases nominales si tu y vois des lacunes.
Merci Dot Quote pour ton retour !
prenant ce texte indépendamment de l'univers qui l'entoure, j'imagine que ma perception de celui-ci est limitée... je n'ai pas non plus trop su comment rattacher ce travail avec l'atelier, rien qu'à la question de la ponctuation, car les propositions averbales me semblent intéressantes pour aborder la thématique, mais du coup on ne peut pas parler de phrases complètes comme tu l'admets toi-même, même si du coup l'impact de ces propositions donne matière à réfléchir, notamment comme le stipule Samarcande, sur le rythme et la vitesse, le découpage de lecture, que j'ai trouvé un peu rigide...
Ce texte n'a pas d'intrigue développée à proprement parlé : il s'agit plutôt d'utiliser des dénominatifs récurrents (ici, le kuvien, qui est une race qui revient dans... quatre ou cinq textes éparses) quand je décide d'écrire des textes qui se passent dans les étoiles, sur le thème du Space Opera. Il n'y a rien à apprendre sur ces personnages qui pourrait brider ta perception du texte :) ils sont apparus pour ce texte.
Il faut que je me relise bien... quand tu me dis propositions adverbiales, je n'avais pas cette sensation qu'elles étaient aussi présentes ! Je vais aller mettre plein de couleurs sur mon brouillon, réfléchir au parallèle nominales/adverbiales... attends ! quand tu dis adverbiales, tu parles phrases basées sur un adverbe ou phrases sans verbe ?
Par contre, je veux bien un exemple de ce que tu trouves rigide, afin de voir si je peux le retravailler, ou s'il s'agit justement de ce que j'aime écrire, et donc si ce travail sera dur à aborder pour moi :)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Une bonne journée à tous !
Salut !
Merci Robert-Henri pour ton retour !
(en toute amitié, rassures toi !)
Pas de soucis. Je l'ai demandé, donc je m'y attends.
Je me rends compte ce matin que la réécriture est dure sans perdre cet équilibre émotionnel. Mais c'est peut-être parce que c'était mon équilibre émotionnel de l'écriture, que je retrouvais toute sa violence dans ma version brute et que je me suis apaisée depuis, donc mes mots me paraissent d'un coup apaisés aussi. J'en garderai les deux versions, c'est sûr. Cette seconde version, je ne la posterai pas ce matin, j'aimerais en faire quelques relectures avant, et voir si j'arrive à concilier avec vos remarques :)
En fait, je l'avoue, j'aime assez ce type de récit, pour la raison qu'il me semble bien refléter le mode actuel d'écriture. Notamment par le mélange intéressant de plusieurs caractéristiques stylistiques. Comme susdit dans mon bref commentaire, j'y vois une nette prédominance pour un style syncopé et fragmentaire, entrelacé, toutefois de moments plus fluides et l'utilisation marquée des phrases nominales (ce dernier point répond donc plutôt bien à ce qui est attendu dans cet atelier).
Je m'explique :
Pourquoi ais-je parlé de style syncopé ? eh bien, je dirai que c'est ce qui caractérise (du moins à mon sens) les extraits que j'ai répertoriés. Soit, beaucoup de phrases courtes, de propositions indépendantes juxtaposées, et un bon nombre de ruptures rythmiques qui m'ont fait ressentir ce souhait d'impact qui s'obtient par un choix de ponctuation inhabituel (lequel me semble à l'origine de cette fragmentation dont je fais état en parlant de style syncopé).
En fait, ma conclusion est que le texte même reflète le personnage (elle), à lire ton avis ici et à relire mon texte.
Typiquement :
Elle savait ce qu’elle devait affronter : l’espoir ténu, entre vie et mort. Antiseptique. L’odeur lui piqua le nez, la rappela à cette réalité ni triste ni heureuse.
Ce Antiseptique., je l'aime ici pour ça. Elle est perdue dans ses pensées et l'odeur sert de rappel qu'elle doit agir. Le second rappel, avec le médecin, pour vraiment l'obliger à entrer dans l'action, je l'aime moins, je le trouve complètement maladroit. Je l'ai retiré pour l'instant de ma seconde écriture. J'aimerais lui trouver une meilleure alternative. Ce style syncopé n'est-il pas le reflet de tout ça ? Si elle se laisse aller à ses pensées, ça commence à ralentir, mais quand le monde se rappelle à elle, qu'elle doit affronter et réagir, ça s'accélère à nouveau, entre doute et peur.
Quand j'ai écrit, j'ai vraiment eu ce visuel très cinématographique : elle, au cœur de l'image, entre l'obscurité du dehors, et une lumière blafarde de l'infirmerie, son chef lui aussi figé, qui attend sa décision car il comprend les dilemmes du binôme qui se forme sous sa protection, et le médecin qui agit en médecin de l'équipe, se fout complètement de ce qui n'est pas son patient (et le plus souvent aussi son ami).
Je vois là cette alternance rythmique chère au poète que je pense être... d'autant qu'en entrecoupant des passages syncopés par des passages "normaux" je perçois l'usage (volontaire ou involontaire ?) d'une technique qui peut s’avérer très utile contre la monotonie !
Complètement involontaire :D
Ca risque de s'en ressentir en V2, et il va falloir que je me concentre pour garder cette rythmique. J'ai déjà pas mal de points-virgules qui ont sauté :putainlafaute: (j'ai déjà envie de tous les remettre à écrire cette réponse :D)
Merci Rémi pour ton retour !
Le lecteur est en prise directe avec le perso et le narrateur passe à l'arrière plan.
Je pense qu'on peut parler ici d'un point de vue interne à la troisième personne : on n'a pas les pensées de chaque personnage, uniquement sa perception à elle. On n'est pas non plus derrière son épaule, mais directement dans ses sensations. Et en même temps, on ressent aussi un peu avec lui, même si toujours à travers son prisme à elle.
Je suis pas fan des points virgules utilisés dans ce contexte. Des virgules ou des points iraient aussi bien.
Oui, cette phrase est mal agencée, et elle me pose encore des soucis. D'où mon besoin de relecture avant de poster la V2.
Ici, les phrases non verbales mettent l'accent. Elles appuient un peu comme un zoom (pour le "lui"). Elles appuient en ne donnant que les caractéristiques clé (et paradoxales) : ennemi intime, amour insoupçonné.
J'adore ce Lui., j'en ai besoin pour ce texte, c'est presque viscéral. Mais il a tendance à disparaître dans la réécriture et ça m'énerve. Pour l'instant, en voilà le meilleur équilibre que j'ai pu trouver :
Elle le suivit dans sa quête de justice et il l’intégra à son équipe, devenue sa famille, constituée par-delà les guerres et les espèces, avec cet objectif commun. Jusqu’à lui. Lui… Ennemi intime ; amour insoupçonné. Lui qui ne tenait plus aujourd’hui qu’à un souffle.
Plutôt que dire ce que le perso comprend ou perçoit, tu donnes directement sa compréhension et sa perception.
Oui, et je crois que je fonctionne beaucoup comme ça en ce moment. J'oublie un peu le lecteur, j'écris pour les personnages, hors les personnages ont rarement besoin qu'on dise ce qu'ils comprennent. Il comprennent déjà. Je ne sais pas si c'est un plus ou non, de ne pas trop tenir le lecteur par la main. Et je crois aussi que c'est une remarque que tu as eu sur un précédent texte, un Tic-Tac sûrement, cette sensation de ne pas être tenu par la main, d'avoir une part de dits et une autre part de non-dits. Tu me diras ;)
Sitôt que j'ai réussi mes relectures, que j'ai (peut-être) remis un peu de points-virgules et de rythme, je reposte une V2. Je sais qu'on est sensé ici juste bosser les phrases nominales, mais je crois que ce texte me demande plus que ça.
Une bonne journée à vous !