T'aimer laide
Je t’écris cette lettre parce que je ne t’aime pas. Ou plus.
Mais surtout, je tape ces mots par conviction qu’il faudrait, pourtant, t’aimer.
Tu es souvent d’une laideur écoeurante – à vomir, pour être tout à fait honnête. Mais je sais que tu recèles encore de trésors, si seulement on veut bien se donner la peine de les déceler.
Par exemple, l’autre jour, Celui au doux yeux verts m’a parlé de cette femme qui dissimulait un adolescent juif dans la cabane de son jardin pendant la guerre. Il n’était pas son fils. Elle s’est pourtant démenée corps et âme quand les Nazis ont cherché à abattre l’enceinte de son jardin pour construire je ne sais plus quoi. À force de charme et d’intelligence, mais de courage surtout, elle les a persuadé d’aller voir ailleurs.
Oui, je sais, c’était il y a longtemps. Mais cette anecdote me gratifie d’un espoir essentiel pour affronter les jours sombres de ta laideur grandissante. Parce que voilà, tu es de nouveau en train de te dégrader. Si j’ose me permettre, et sans vouloir être de mauvaise foi, tu frôles l’avilissement total. Mais si je ne parviens plus à t’aimer, alors quoi ? Si moi, vivant bien, heureuse, encore, ne manquant de rien (sauf peut-être, justement, d’amour à ton égard), si moi je me sens incapable d’écarter les rideaux ostensibles de ton infamie pour libérer ne serait-ce qu’un photon de lumière claire, fraîche, immaculée, comment pourrais-je, comment feront les autres, ceux dont la chance à moins bien tourné, pour continuer de vivre, de voir, sentir, entendre ?
Il me faut de la force. Pour résister à l’abattement du fatalisme. Admettre qu’il existe des possibilités à travers lesquelles ton (notre ?) avenir n’est pas un effondrement irreversible. Car c’est seulement munie de telles croyances que je trouverai l’énergie nécessaire pour élargir la probabilité que ces alternatives adviennent.
Et puis vraiment, si je ne t’aimais pas, ne croyais plus en toi, pourquoi, oh mais pourquoi, t’avoir augmentée de deux filles adorables, dont le sort est maintenant si étroitement lié au mien, au tien, deux êtres pour lesquels je perdrais sans me débattre la raison ?
Alors je cherche, guette. M’efforce de ne pas refermer mon coeur. J’écoute, suis à l’affut de toute étincelle à laquelle m’agripper, tout phare à escalader.
Qui sait, la vue depuis là-haut est peut-être vraiment belle ?
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Oh, DLM, c'est si beau que ça m'a fait pleurer. Moi aussi je cherche des raisons d'aimer, d'ouvrir l'espace du coeur un peu plus pour écouter la fragilité cachée derrière les hurlements de ceux qui pensent disposer des choses et des gens. Et c'est parfois impossible.
Mais aujourd'hui, en lisant toutes vos belles lettres, j'ai très envie d'espérer, d'être une goutte d'amour parmi tant d'autres et de former avec elles un océan qui changera le cours des choses.
Merci :coeur: :coeur: :coeur:
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