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Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: SunSawyer le 10 Septembre 2024 à 05:39:51

Titre: Le royaume sur la colline
Posté par: SunSawyer le 10 Septembre 2024 à 05:39:51
Bonjour,
je reviens après une petite pause.
J'espère que ce court texte écrit dans la nuit vous fera passer un joli moment  :)

Le royaume de la colline

Nous nous amusons étant gamin à repousser les limites définies par nos parents inquiets. D’abord, nous jouons petit dans le périmètre qui nous est défini par nos géniteurs attentifs. Puis, nous nous faisons des amis de toutes parts pour former un gentil petit troupeau hurlant. Avec l’âge la harde se déplace, s’éloigne toujours mugissante. Ainsi ma troupe et moi arpentions les rues de notre lotissement, roulant, glissant sur nos vélos, rollers, skateboard et trottinettes. Nous passions des heures à arracher le bitume et la peau de nos coudes et genoux, à inspecter chaque recoin de du territoire fixé par nos parents.

Après presque un an d’exploration, ayant pris de l’âge, de l’expérience dans la dissimulation et l’attention des pères et des mères s’estompant, nous nous mîmes en tête de découvrir les confins de notre domaine. Celui-ci devint trop étroit pour toute la bande, alors chaque jour, nous poussions un peu plus loin. Les frontières étaient parfaitement définies. D’un côté, la route départementale traversant la ville que nous avions pour consigne de ne point franchir. De l’autre la Seine, paisible et ennuyeuse. Nous étions comme tous les explorateurs poussés par la soif de la découverte. Nous voulions savoir ce qui se trouvait sur les hauteurs de l’autre côté de la route.

Sur celle-ci poussaient en bataille les sycomores, les cornouillers, les lilas et les ronces en d’épais taillis de sous-bois propres aux jeunes terrains laissés à l’abandon. Nous avions vu à l’école que ces petits monts étaient autrefois exploités pour leur gypse et que par conséquent la forêt était parsemée de trous et de galeries ce qui la rendait périlleuse et interdite. Ces histoires décuplèrent notre intérêt. On nous avait également raconté de nombreux récits évoquant la présence d’abondants tunnels usités pendant la guerre, Ils faisaient transiter des hommes, des marchandises, permettaient de se volatiliser aux yeux des ennemis ou bien simplement d’y dissimuler des trésors fantastiques. Nous trépignâmes à l’idée que de fabuleuses richesses se cachaient peut-être dans les excavations.

Nous nous trouvâmes un jour au pied de la butte, nous avions traversé la route non sans une crainte qui étreignait nos cœurs d’enfants. Nous crûmes que nous pouvions être découverts par un parent quelconque qui alerterait tous les autres. Nous nous cachions promptement à la vue des voitures qui défilaient sur la grande voie. Toutes ces précautions étaient bien inutiles, car on ne nous cherchait pas et que qu’aucune connaissance n’empruntait le chemin. Nous avançâmes rapidement vers le bois avec une excitation mêlée de crainte. Nous dûmes en première épreuve, passer sous une arche d’un pont ferroviaire de brique noirâtre recouverte par les mousses et les fougères.

Nous déambulâmes ensuite dans les futaies, dans une forêt semblables à celle que nous avions chez nous. Nous grimpâmes, escaladâmes pour dénicher les richesses potentielles, mais aucun tunnel, aucun trou ne fut découvert. La végétation et l’érosion avaient dû recouvrir ces précieuses caches. Dans notre ascension, nous nous retournâmes face à la vallée. Nous vîmes la Seine, les ripisylves de saules qui la bordaient, quelques villes au loin. Notre regard portait à des lieues à la ronde. Malgré notre proximité avec Paris, la vallée nous offrait des immensités de prairies et de champs. Nous n’étions cependant pas assez hauts pour percevoir les pointes des tours de la Défense à l’est.

Nous montions encore un peu plus jusqu’à découvrir sur un énorme érable une plateforme de bois ceinturant ses nombreux troncs. Elle débutait à deux mètres au-dessus du sol et l’on y accédait par une échelle de bois construite pour l’occasion. Une seconde estrade, réplique parfaite de la première se trouvait deux autres mètres au-dessus. La terrasse de bois était plus restreinte. En apothéose au sommet des deux ouvrages du bas, trônait une sorte de hutte de plaques étanches par laquelle on accédait par le bas à l’aide d’une dernière échelle.

Qui l’avait donc construit ? Comment avaient-ils fait ? Comment avaient-ils acheminé tous ces matériaux de récupération ? Comment avaient-ils procédé pour la construction ? La partie du haut demeura la plus mystérieuse car perchée au sommet, ballotait au gré du vent dans les cimes en équilibre instable. L’ouvrage du bas témoignait d’un vrai savoir-faire pour la construction et une naïveté se discernait par la construction si précaire de la dangereuse hutte. Il nous parut que ce fut l’œuvre de jeunes adultes ou d’adolescents qui s’étaient construits là une garçonnière afin de pouvoir boire, fumer ou autre chose. Nous fûmes tous impressionnés, nous sachant incapables de reproduire quelque chose de semblable.

Nous passâmes tout l’après-midi dans notre nouveau château. Je n’osai jamais monter plus haut que le premier étage ne prêtant aucune confiance aux architectes. Les plus courageux allèrent jusqu’à la hutte qui supportait nos faibles poids de gamin.
Au cours de cet été là, nous nous fîmes seigneurs de la colline. Nous ne rencontrâmes personne pour venir nous disputer ce titre. Nous n’avons jamais été pris et jusqu’à ce jour tous les parents ignorent nos pérégrinations.


La rentrée survint bien vite et nous n’allâmes plus au château. Je le contemplais depuis ma chambre qui donnait sur la pente boisée. On distinguait le sommet de la tourelle et chaque jour, je m’assurais qu’elle était bien à sa place. Seul ceux connaissant son existence et son emplacement pouvaient la distinguer des sommets des branchages. L’hiver, elle était particulièrement visible. Lors de la tempête dix-neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, je vis le toit s’arracher et notre palais se briser.
Ainsi chuta le royaume sur la colline.

Titre: Re : Le royaume de la colline
Posté par: Choumi le 10 Septembre 2024 à 13:03:06
Bonjour
Oui j’ai passé un joli moment en lisant tes souvenirs d’enfance qui ne sont pas différents des  galipettes des autres mômes que nous étions
J’ai appris ce qu’est : les ripisylves de saules
Un texte , bien écrit, léger qui fait du bien
Amicalement
Michel
Titre: Re : Le royaume de la colline
Posté par: SunSawyer le 10 Septembre 2024 à 16:59:44
Bonjour,
je te remercie pour ce retour,
les souvenirs sont venus en écrivant, je voulais au départ écrire sur le lieu, puis tout ce qui l'entourait est venue ensuite.
 :)
Titre: Re : Le royaume de la colline
Posté par: Athénaïs le 10 Septembre 2024 à 23:04:51
Merci pour ce récit touchant et nostalgique qui capture bien l’esprit de l’enfance et sa soif d’aventure. Je suis très contente de lire un texte à la première personne de pluriel et au passé simple, c’est assez rare et bien maitrisé pour le soulever. Le glissement du présent au passé est subtile, mais je n’arrive pas à savoir si cela apporte vraiment.

J'aime beaucoup que le titre fasse écho à la dernière phrase, cela clos bien cet épisode de l'enfance. On image assez bien qu'ensuite ton narrateur devient adolescent et que son monde change.

Juste une remarque qui me semble importante, tu utilises beaucoup le mot « donc » et souvent cela n’ajoute rien à la phrase. J’ai le même souci, mais avec alors ! Et il manque souvent des virgules dans tes longues phrases.

Au plaisir.

En spoiler les remarques au fil de la lecture

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Titre: Re : Le royaume de la colline
Posté par: SunSawyer le 10 Septembre 2024 à 23:23:43
 :)
Merci bien pour ce retour très pertinent, j'ai modifié quasiment tout ce qui a été relevé hormis les passages souligné que je souhaite conserver malgré la redondance.
Merci beaucoup pour cette précieuse aide!