Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Delnatja le 03 Septembre 2024 à 12:50:05
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Bonjour, voici ma contribution mensuelle.
Comme presque toujours, tout est parti de la première phrase, qui a engendré une vision. Ensuite, j'ai laissé les coïncidences neuronales me guider.
Bonne lecture.
J'ai arrêté de compter
J'ai arrêté de compter. J'ai essayé de ne plus entendre. J'ai arrêté de percevoir la mort. J'ai arrêté de geindre. J'ai arrêté de supplier pour que tout cela s'arrête. J'ai cessé d'espérer, de sentir, de ressentir, de vouloir faire taire mon angoisse. J'ai arrêté de vouloir comprendre à tout prix. Je me suis coupée de mes désirs, de ma conscience, de mes douleurs, ma lente agonie.
J'ai le temps contre moi. Ce temps qui s'étire pour mieux ronger mes sens et les tordre consciencieusement. Les malaxer et s'en servir pour me perforer le cœur de part en part. Je ne ressens même plus la morsure de l'hiver. Je n'ai plus faim, mon estomac est fatigué de grogner son humeur. Mes intestins n'ont plus rien de consistant à éliminer. Par moment, ma vision se brouille et la fosse, dans laquelle s'entassent les cadavres, devient floue. Je voudrais tant qu'elle disparaisse.
J'ai finalement perdu la notion du temps. Les dates n'ont plus de signification. Les jours passent et se ressemblent. Ce matin – comme tous les matins –, ils ont compté nos morts. Deux. Finalement, c'est un bon score. Au début, j'ai prié pour en faire partie et puis, j'ai décidé de laisser faire le hasard, s'il existe. Dans la matinée, j'ai suinté le quignon de pain d'hier. Ce fut rapide. Ce matin, un convoi est arrivé de l'est. Je n'ai rien vu. J'ai cessé de chercher à reconnaître quelqu'un, pour me sentir moins seule, même si nous savons tous qu'ils ne sont pas là pour longtemps.
Je ne pensais pas que des cadavres pourraient être aussi légers. Aujourd'hui, c'est Asha qui m'aide à les porter. Cela fait longtemps qu'elle ne pleure plus. Elle n'a plus rien à pleurer, et moi non plus. Tout à l'heure, lorsque la sirène hululera, il nous faudra nous regrouper pour le comptage et la douche obligatoire. Ensuite… Ensuite, nous serons triés pour les travaux de demain et peut être nourris avec de la purée de légumes, enrichie. Je ne veux pas savoir avec quoi. De temps en temps, l'un d'entre nous est prélevé. On ne le revoit jamais. Il paraît que certains sont engraissés pour servir de nourriture. Je n'y crois pas. Mais j'ai peur d'être choisie.
Je ne sais pas combien de temps, il me reste, mais une chose est certaine. Je déteste cette planète et ce qui y vit.
2024
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Coucou Mimi. Tu me connais, je suis un mec chiant. Donc, chouette texte, le ressenti de la narratrice ressort parfaitement mais là, je suis au milieu de nulle part. Sur la planète Mars, chez Ikea voire dans LMDE ? Y'a pas d'implantation pour le début par contre une "fin" qui m'a laissé un brin sur ma faim. Sinon, comme d'hab', style fluide et bonne écriture donc j'ai bien aimé. ;)
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Bonjour,
Merci pour ton texte très réaliste et poignant Delnatja.
Pour moi, nous sommes sur la planète Terre, à Bergen-Belsen.
Mais c'est peut-être aussi ailleurs ;)
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Hello Michèle
J’ai accroché sur le titre, bien trouvé, on sent la résignation, la fin, j’imagine déjà l’abandon du narrateur face à des forces obscures, brrr…
Pas déçu à la lecture, tes coïncidences neuronales sont au top, un peu court peut-être, tu pourrais dire le pourquoi, une description de la cellule, de la voisine …
C’est écrit à la première personne, ça alourdit l’ambiance encore plus.
Un bon moment.
Mic
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Bonjour Delnatja,
J'ai bien aimé ton texte qui m'a laissé entrevoir plusieurs interprétations. J'ai d'abord pensé à une personne malade, en soins palliatifs jusqu'à la fin du deuxième paragraphe. Puis, j'ai été transporté dès les paragraphes suivants dans un camp, avec des images très fortes en tête et l'horreur m'a saisie.
La dernière phrase pourrait presque me laisser penser à une autre interprétation, peut-être un univers SF à la Philip K. Dick.
Merci pour ton texte, j'aime bien qu'il soit posé là, au milieu de rien, sans contexte, laissant toutes ces interprétations possibles.
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Bonjour tout le monde et merci pour vos commentaires.
En effet, il n'y a pas d'implantation ni de temporalité et cela est voulu.
Je pense que ce genre de récit est malheureusement intemporel et universel.
Je n'ai pas résisté à brouiller les pistes avec la dernière phrase.
À chacun et chacune de se faire son propre film.
Je compte d'ailleurs proposer quelques extraits pour une pièce de théâtre.
Belle journée à toutes et à tous.
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Salut Mimi. Ah oui, là je comprends mieux mes interrogations. Là, je suis en immersion dans un polar qui sera publié (pas ici), la seconde parie de Détective, inspirée par un fait-divers arrivé durant (ou dupont) ma carrière professionnelle . Déjà 5000 mots et c'est pas fini. Alors, début, milieu, intrigue, mystère, donc voila pourquoi ton gentil texte m'a laissé dubitatif, normal. À +
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Merci pour ton texte
Tu fais une histoire dans un contexte de SF, mais avec des sentiments qui pourraient se passer n'importe où.
Ton héros est en souffrance dans sa vie. Je le voyais comme une sorte de détenue. Pourquoi pas une personne coincée dans une station spatiale a la dérive ?
J'ai imaginé cela, avec des personnes qui survivent et d'autre qui détient les ressources.
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Bonjour Cendres, merci pour ton commentaire.
L'idée de la station spatiale est intéressante, je n'y avais pas pensé.
Finalement, tu es davantage SF que moi ;)
Belle journée.
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Bonjour Cendres, merci pour ton commentaire.
L'idée de la station spatiale est intéressante, je n'y avais pas pensé.
Finalement, tu es davantage SF que moi ;)
Belle journée.
Salut Mimi. En voila une idée qu'elle est bonne ! À ajouter au Kraken pour l'étoffer.
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Bonjourno Jojo, c'est une idée, effectivement, ou alors, l'intégrer à ''Le poison de Satan''.
Belle journée.
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Hello, on sent l'univers concentrationnaire. Finalement ça fait froid dans le dos ! Texte bien construit et plaisant malgré tout. Bravo...
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Bonsoir Hars P, merci pour ton commentaire.
Finalement ça fait froid dans le dos !
C'était le but recherché, en espérant ne pas tomber dans le pathos.
C'était également un besoin de l'écrire, besoin d'exprimer quelque chose à ce moment-là.
Belle soirée.