Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Dot Quote le 07 Avril 2024 à 16:25:01

Titre: un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 07 Avril 2024 à 16:25:01
SOMMAIRE :
- un tunnel sous le ciel (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg669927#msg669927) - (balance de composition : déploiement conceptuel = 98% ; récit de fiction = 1%)
- panier aux œufs dans les branchages (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg670142#msg670142) - (balance de composition : déploiement conceptuel = 16% ; récit de fiction = 83%)
- dead-scan - n°x (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg672852#msg672852) - (balance de composition : déploiement conceptuel = 28% ; récit de fiction = 71%)
- stimuli exsomniques (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg674676#msg674676) - (balance de composition : déploiement conceptuel = 12% ; récit de fiction = 87%)
- la pise perdue d'un trésor (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg675526#msg675526) - (balance de composition : déploiement conceptuel = 84% ; récit de fiction = 15%)
- apnées d'esprit (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg686776#msg686776) - (balance de composition : déploiement conceptuel = 33% ; récit de fiction = 66%)
- on l'a cassée (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg691178#msg691178) - (balance de composition : déploiement conceptuel = 93% ; récit de fiction = 7%)



un tunnel sous le ciel
#bribes #science-fiction #'sommeil' & 'éveil' #apocalypse

...

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- I
"le réveil sonne"
Sous la Surface désigne l'ensemble des successions de sociétés secrètes qui ont agitées l'humanité à partir du IIIème millénaire durant la période dite 'de sommeil'... celle-ci s'écoula depuis le début de cette approximative date transitoire vers ce qui allait marquer l'humanité d'une régression dans les modalités qu'elle avait assemblée jusqu'à lors, elle dura et elle dure encore, et durera jusqu'à sa fin promise sans garantie, et si elle se permet à elle-même de s'achever... peut-être alors que dans ce cas, l'ère de la communication transparente est proche ! elle est à atteindre pour nous sortir du phénomène sale de nettoyage de nos mensonges humains par l'avènement d'un nouvel état social ne permettant plus à ce mensonge d'exister en tant qu'usage profitable à titre individuel en société ; oui, depuis le IIIème millénaire, les vérités gagnent, pour la première fois de l'Histoire, plus de batailles que le mensonge ; et ce n'est pas un mince retournement de situation ! non, d'après certains, le faux a toujours suivi l'hominisation depuis l'hominidé à partir du stade où celui-ci a cherché la communication ; ce que nous cherchions à la base de ce moteur qui nous unifiait, le partage pratique de l'information, nos ancêtres sans exception avaient eu pour cette quête, affaire au mystère et aux interrogations : des questions sans réponses transcendant les âges, et qui avançaient sans qu'on s'en aperçoive, pas à pas, à chacune des autres questions qui construisaient notre rapport acté à la vie, au quotidien, et alors que nos paroles, nos conversations, nos arts et nos sciences, nos mysticismes et spiritualités, étaient baignées de ce mystère, nous tentions pourtant tous de changer ces espaces vides interrogatifs, en notre compréhension du monde, et son expression ; ainsi la quête des vérités restait la destination que notre voie empruntait ; et le faux y était omniprésent : croyances, doutes, choses invérifiées, sont lentement devenues des ignorances et des certitudes, des choses vérifiables... erreurs, mensonges, implicites, ont atteint à cette apogée transitoire, une force qui s'annihilait elle-même, par l'effet que la vérité demandait des comptes là où il n'y avait plus d'échappatoire, pour la première fois de l'humanité partagée, et par le fait qu'elle était cumulative ; toutes les duperies volontaires et les fausses croyances involontaires, avaient survécues jusqu'à lors par le silence, ou plutôt par l'absence d'accès à leur extériorisation ; mais à ce moment-là où la communication elle-même, dans ses formes, fut suffisamment équipée, puissante, alors la vérité fut la plus forte dans les esprits, et ainsi révélée publiquement à la société elle commença le long chemin de son enracinement ; l'authenticité put commencer sa lente approche dans les rapports sociaux, en commençant par un délitement de ses constituants ; c'est ainsi que débuta 'le sommeil' : le refus de la vérité qui priva l'humanité de sa capacité à l'éveil ; Sous la Surface est considéré comme le mouvement raréfié à l'extrême et impuissant face 'au sommeil', qui tenta, tente et tentera tant que perdurera, de refaire surface pour que nos âmes respirent ensemble

- II
"les bulles sous la surface, courent à leur fin"
là où les prophéties se réalisèrent ; ce même endroit où les prévisions furent exactes ; ce lieu de la raison qui pour un début, y voyait clair... trop clair ! un regard vrai était neuf, il était aveuglant, alors nous nous sommes brûlés les yeux à le contempler... comme le soleil sur la rétine, il n'a fallu que d'un instant pour que tout s'effondre, à peine le temps de prendre conscience de la douleur, et tout était dorénavant détruit ; ne restait qu'une espérée durée de cicatrisation, résorbance des séquelles impliquées par ce passé fulgurant, apparu comme une étincelle, celle-là qui avait mis feu aux poudres de la communication ; tout explosa, on n'y put rien, et les rares survivants perdus entre ceux qui s'entre-tuèrent, furent ceux qui, sous la surface, gardèrent précautionneusement la flamme de l'éveil de conscience dont tant d'humains avaient témoignés, et qui disparut de la société par manque de ces individus... pour la grande majorité des autres, ils furent incapables de se construire assez pour parvenir à cet état dont la complexité était alors nouvellement trop ambitieuse, à partir du IIIème millénaire, et ils restèrent irrémédiablement dans leurs bas instincts, car ils oublièrent la culture qui s'étaient matérialisée et dont ils avaient pourtant besoin afin de devenir ce qu'ils appelaient des adultes responsables ; la communication perdit toutes les structures extérieures qui la soutenaient, et alors qu'exprimée sur des supports plus ou moins accessibles et durables, l'expérience cumulée de l'humanité se voyait dénigrée par ceux qui n'estimaient pas suffisamment en avoir le réel besoin, tout fut alors perdu ! non pas comme d'une purge effaçant les preuves, mais d'un oubli, d'un désintérêt, partagé par la majorité qui finit donc par ne plus que vivre dans un conflit s'aggravant par le manque progressif de moyens de rationalité ; les pulsions oui, prirent le dessus, et naquit la discorde et le refus en bloc de toute culture ; furent traqués, se dissimulèrent, les rares qui croyaient encore en ces choses, qui s'abreuvaient en secret des histoires de l'Histoire... la flamme à garder allumée, c'était les objets matériels qui exprimaient cette histoire, et ceux qui pouvaient le faire étaient ceux qui en avaient assez expérimentés ; il y eut des gardiens de livres qui se devaient surtout de les lire et de transmettre l'amour de la lecture, par mais aussi au-delà de la conservation de ces objets matériels, tout comme il y eut des gardiens de films, de musiques... et dans les objets matériels, il y avait ceux de la révolution numérique, elle qui avait permis l'explosion de la vérité : il y eut des gardiens de l'informatique, se démenant dans les ruines d'internet, morcelées depuis leur déconnexion ; un sous-terrain de conscience humaine ; pendant que les zombies de l'apocalypse étaient de simples animaux de lignée humaine et peuplaient une planète dévastée ; la vérité s'était mise 'en sommeil', et dans cette coupure d'une nuit, elle faisait rêver l'humanité ; le lendemain serait proche

- III
"les étoiles du faux ne brillent que dans le ciel d'une nuit de la vérité"
Soleil Systémique se définit comme un sémiotope synthétique numérique ; il en existe à l'heure actuelle au moins la version que j'ai trouvée, que j'ai cachée en lieu sûr, et la copie que j'ai sur ma machine de data sur lequel est témoigné mon présent ricochet de conscience cumulable ; en tant qu'archéologue du web, mon occupation consiste en l'entretien du mouvement perpétuel d'accumulation des expériences singulières ; je vis une époque difficile, la fin humaine du début du IIIème millénaire a laissé mon environnement extrêmement hostile du point de vue de l'écosystème, son équilibre étant alors très fragile, incertain ; je survis grâce aux technologies de mes ancêtres, qui sont extrêmement précieuses, car je n'ai ni les matériaux, ni les moyens de leur fabrication ; ainsi je me dois au mieux de préserver leur état qui pourtant se dégrade au fil des ans, des siècles ; le récit en pièces de Soleil Systémique, raconte comment le papier se fragilise au fil du temps, et qu'idemement éphémère, le numérique pourrait finir par retourner lui aussi à la poussière ; j'espère qu'avant que tout soit ainsi perdu, renaîtra l'humanité consciente, et qu'ainsi nouvellement éveillée, elle reprendra sa route, sa quête, éternelle, de réponses à ses questions ; car aujourd'hui dans ce monde hostile car sans vie agréable, ce monde dangereux car affaibli, les humains survivent en s’entre-tuant ; la communication a disparu car le rejet de la culture l'a rendue exsangue, l'a étouffée, et elle gît là par moi et sûrement d'autres, qui lui prodiguons les soins à son coma

- IV
"l'entrée peu rassurante de ce passage sombre par en-dessous"


version corrigée : v.c1.3
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Rémi le 09 Avril 2024 à 21:57:25
Salut Dot !

Citer
Sous la Surface désigne l'ensemble des successions de sociétés secrètes
du coup, le "Sous la Surface", je le verrai bien entre guillemets ou en italiques, pour marquer l'expression.

Citer
jusqu'à lors, elle dura et elle dure encore,
je verrai bien un point avant "elle dura"

Citer
les vérités gagnent pour la première fois de l'Histoire, plus de batailles que le mensonge
me semble qu'il faudrait encadrer l'incise "pour la première fois de l'Histoire" par des virgules
J'aime bien "les" vérités, ça donne de la profondeur

Citer
d'après certains points de vue, le faux a toujours suivi l'hominisation depuis l'hominidé à partir du stade où celui-ci a cherché la communication
je pense que "points de vue" pourrait sauter

Citer
nos ancêtres sans exception avaient eu pour cette quête, affaire au mystère et aux interrogations
décidément, je pinaille sur la virgule... celle-ci me semble de trop

Citer
à chacune des autres questions qui construisaient notre rapport acté à la vie, au quotidien, et alors que nos paroles, nos conversations, nos arts et nos sciences, nos mysticismes et spiritualités, étaient baignées de ce mystère, nous tentions pourtant tous de changer ces espaces vides interrogatifs, en notre compréhension du monde, et son expression
j'aime beaucoup

Citer
à cette apogée transitoire, une force
virgule en trop ?

Citer
mais à ce moment-là où la communication elle-même
le "-là" me semble de trop

Citer
qui tenta, tente et tentera tant que perdurera, de refaire surface pour que nos âmes respirent ensemble
point

Commentaire du I.
C'est très conceptuel, en narration très externe, très "je vous raconte". Perso, un peu de chair, avec un personnage, avec du vécu etc. me permettrait de reprendre me souffle et de concrétiser les réflexions (forcément abstraites).
Je verrai bien ça comme le prologue d'un bouquin, l'intro qui pose le monde et ses enjeux, ses problématiques avant que les persos entrent en scène.

Citer
"les bulles sous la surface, courent à leur fin"
très joli
(courir ? est-ce que naviguer ou un truc plus aquatique serait pas plus parlant ?)

Citer
là où les prophéties se réalisèrent ; ce même endroit où les prévisions furent exactes ; ce lieu de la raison qui pour un début, y voyait clair...
remplacer les ";" par des virgules ?

Citer
un regard vrai était neuf, il était aveuglant, alors nous nous sommes brûlés les yeux à le contempler...
puissant ça, ça mérite réflexion et mâchouillage avant la phrase suivante

Citer
furent ceux qui sous la surface,
encadrer "sous la surface" avec des virgules ?

Citer
furent traqués, se dissimulèrent, les rares qui croyaient encore en ces choses, qui s'abreuvaient en secret des histoires de l'Histoire...
très clair et très puissant ce passage qui éclaire ce qui précède (j'aime bien la métaphore filée de la lumière dans ce qui précède : soleil, étincelle, feu au poudre, explosion...)

Citer
la flamme a garder allumée
à

Citer
la vérité s'était mise 'en sommeil', et dans cette coupure d'une nuit, elle faisait rêver l'humanité ; le lendemain sera proche
"sera" c'est fait exprès ? j'aurais vu "serait"
pas de point ici non plus, c'est donc peut-être volontaire... tu m'expliques ?
Sinon la conclusion du II est bien chouette, une belle phase de synthèse qui ouvre vers la suite.

Ce II est encore assez "didactique", conceptuel, toujours pas de personnage.

Citer
sémiotope
tu m'expliques STP ?

Citer
Soleil Systémique
comme tout à l'heure, je verrais des guillemets ou de l'italiques

Citer
il en existe à l'heure actuelle au moins la version que j'ai trouvée, que j'ai cachée en lieu sûr,
Ahhhh ! Voici le "je" voici l'entrée en jeu d'un narrateur personnage  :bonpublic:

Citer
et elle gît là par moi et sûrement d'autres, qui lui prodiguons les soins à son coma
"elle gît là par moi", je comprends le concept, mais je pense que tu peux formuler de manière plus compréhensible (en gardant cette notion "d'assitance respiratoire"  :mrgreen:)


Voilà pour le détail.
Au global, j'aime bien les concepts énoncés, j'aime bien la forme un peu complexe mais compréhensible, j'aime bien l'évolution sur les trois parties et surtout le fait que la dernière prenne corps (avec le "je") et devienne plus concrète (les concepts deviennent plus préhensibles pour le lecteur).

Citer
- ce texte est inachevé parce que je me suis arrêté l'autre jour, sans penser à mémoriser ce que j'en attendais...
- je crois c'est ça qu'ils appellent la cancel culture ? dont je m'effraie ici à un point névralgique assez insoutenable pour moi...
dommage que tu te sois arrêté ; je pense que t'a matière à nous faire vivre quelque chose de fort ; sans forcément partir sur un format long (je parlais de prologue, au-dessus), j'aimerais, arrivé à ce stade du texte, lire l'aventure de ton narrateur, sur ses préoccupations de vie en visualisant le monde (horrible) dans lequel il vit et en voyant ces "humains déshumanisés" vivre leur quotidient effrayant.

Merci pour la lecture, c'est une base qui pourrait vraiment faire une chouette nouvelle.

A+
Rémi
Titre: Re : Paniers aux œufs dans les branchages
Posté par: Dot Quote le 10 Avril 2024 à 19:52:16
salut Rémi !

merci pour :
- les suggestions de forme
- les impressions sur le fond
- l'inspiration qui m'a sorti de l'impasse



selon tes remarques :
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en réponse à tes réflexions :
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en paratexte de ce nouveau segment :
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respectueusement Rémi,
et à une prochaine !



Paniers aux œufs dans les branchages
#bribes #science-fiction #'sommeil' & 'éveil' #apocalypse

...


"
La double-longue-vue me permet un regard. En contrebas s’élèvent les ruines. Et les lentilles de verre avancent vers moi la situation du lieu. Venise est ensevelie sous le sable, comme à son habitude, et de rares restants des bâtisses de l’ancien temps émergent ça-et-là. Je connais la ville, je sais ce qui l’habite ; ce qui la ronge. Et je suis là pour, justement, garder un œil sur son agonie. Elle est morte depuis longtemps déjà, mais comme dans un nid laissé à l’abandon, s’y trouvent des œufs que je me dois de protéger. Lors de ma ronde je valse entre les nids que Sous-la-Surface m’a confiés. Nous sommes trop peu nombreux pour tous les surveiller en même temps. Et puis, paradoxalement et malgré l’impératif à notre surveillance, ces nids sont plus sécurisés lorsque nous n’y sommes pas.
Car les Endormis nous traquent plutôt nous, les humains équipés. Capables seulement de violences physiques avec leurs corps bestiaux et peu outillés, ils ne peuvent ni atteindre ni pénétrer ni détruire les sanctuaires aux sémiotopes. Là, en-dedans des forteresses qu’ont bâti les premiers conservateurs de l’Histoire, sont gardées en lieu sûr, toutes les traces de l’ancienne humanité qui ont survécues. Il y a longtemps que les livres de papier ou de plastique se sont désagrégés. Il y a longtemps que la data de métal est inopérante à la lecture. Ne restent que les cristaux gravés. Ceux-ci sont rangés dans des bunkers impénétrables. Et qui ne possède pas la clé n’a aucune chance de les toucher. Alors les Endormis attendent patiemment nos rondes, et par tous les moyens de destruction nous attaquent. Non pas vraiment sans raison, ils ne sont pas assez bêtes pour ça ; mais sous les ordres des Démons, ces humains éveillés qui n’ont que la haine à partager. Ainsi par des bribes de langage injonctives, quelques peu d’effets de communication beuglés, les Démons liguent les Endormis contre nous. Tout ce qui les motive est la mort. Le chaos. Et la prise de contrôle des sanctuaires que nous protégeons.
Je les observe donc depuis le monticule forestier le plus sécurisé des abords de Venise. Cela fait six mois depuis mon dernier passage. Je compare un peu les situations. Quelques mouvements plus ou moins organisés, ils doivent être au moins une centaine à errer ainsi en plein jour, à découvert. Ceux qui se cachent sont souvent deux à cinq fois plus nombreux. Et les chefs sont parmi eux. Parfois l’un de ces Démons tient place en un emplacement stratégique, mais les autres prennent soin de se dissimuler, de se protéger. Cette fois ci je n’en repère aucun.
Il me faut à présent organiser mon entrée dans le sanctuaire. Le nombre d’entrées de celui-ci perd en sécurité à chaque nouvelle ronde. Les Endormis connaissent l’entrée principale, il y a longtemps qu’elle est devenue impraticable, car je ne peux l’approcher sans qu’ils soient des dizaines à m’y attendre. Deux autres accès un peu plus excentrés, menant à la salle de stockage par des couloirs aménagés, sont également connus des Démons qui ont posté des gardes pour la plupart du temps. Il y a la trappe d’au-dessus, totalement à découvert en haut d’un monticule, cet accès-là est circonstanciel, car dangereux pour eux comme pour nous ; mais pour la ronde d’aujourd’hui je ne peux pas compter dessus. Ces entrées là furent tellement utilisées qu’elles sont dorénavant inutilisables ; elles sont contrôlées par l’ennemi.
Les anciens nous avaient prévenu de ce caractère consommable des points vitaux d’accès. Que notre seule arme était la discrétion, et que celle-ci n’était jamais totale. Qu’à chacune de nos rondes les Endormis s’organiseraient grâce aux Démons, pour repérer les entrées par lesquelles nous nous faufilons, et pour en prendre le contrôle. Que lorsqu’ils les avaient toutes, alors nous perdions le sanctuaire ; par manque d’accès dû à leur garde. Et que sinon, dans le pire des cas étant qu’ils parviennent à entrer dedans, ils détruiraient tout à l’intérieur.
Des anciennes villes comme New York, Paris ou Tokyo, abritaient plusieurs sanctuaires avec de multiples entrées, toutes conçues par les premiers conservateurs de l’Histoire. De plus petites ne possédaient qu’un unique sanctuaire, les entrées étant en nombre variable, débouchant parfois à des kilomètres loin des bâtiments. Il y avait aussi de ces sanctuaires beaucoup plus perdus sur la carte cosmopolite de l’ancien monde, des bunker loin de toutes ruines… Mais la constante à tous ces nids aux œufs, c’était que lorsqu’une entrée était prise par les Endormis, alors nous n’avions que très peu de chance qu’ils nous la rendent ; que s’ils franchissaient le passage scellé, alors tout était perdu. Ainsi perdions-nous au fil des décennies, ces œufs à protéger, à garder le plus longtemps possible. Et de notre espoir de voir renaître l’humanité consciente, nous savions qu’ainsi le temps était compté. Que les réserves s’amenuisaient inéluctablement.
La double-longue-vue est précieuse. Cela fait déjà quelques siècles que les ateliers de verrerie et de ferronnerie de Sous-la-Surface ont été détruits par les Endormis, et que nul ne possède les moyens de les reconstruire. Je prends soin de cet outil, car je le transmettrai un jour à mon successeur, qui prendra lui-même le soin contre l’inéluctable dégradation du matériel. Un jour, inéluctablement, il sera inutilisable, soit par l’inadvertance d’un choc dont nous nous sommes appliqués à éviter les risques, soit si tout se passe au mieux, lorsque sa vie prendra fin à cause du temps qui passe. Le soin des objets est une capacité indispensable depuis le début du Sommeil. Je m’y applique aussi scrupuleusement que précautionneusement. Alors, une fois que j’ai assez observé, je range la double-longue-vue dans son étui, avant de siffler Moustique.
Il est une forme beaucoup plus sophistiquée de l’outillage humain résiduel du passé technologique. Un bijou de l’époque transitoire. Quelque chose parmi les plus inouïes qui nous reste de l’ancien monde et de ses pouvoirs. C’est une chimère qui m’accompagne fidèlement. Qui transcende les âges et les générations de Sous-la-Surface. La savante alliance de l’équilibre terrien. Il ressemble à un énorme frelon qui me suit partout. Son dard-abdomen consiste en un cristal gravé, le plus durable et le plus solide des matériaux pour cacher de l’information en quantités inégalables, cryptée ainsi dans un objet atemporel ou presque. Enraciné dedans, un nerf organique vient étirer ses terminaisons qui permettent d’avoir accès à toutes ces données, il y a là une machinerie complexe constituée de biostructures aux cycles de régénération infinis, un peu comme un animal immortel qui ne vieillirait pas. C’est ce que les anciens savaient faire avec la génétique. Ce nerf se prolonge dans un corps de chair qui porte le cristal. De la taille d’un oiseau, il est un organisme autonome qui survit notamment grâce à ses ailes végétales. Celles-ci lui permettent de voler pour se déplacer, autant que de capter les rayons du soleil et, par photosynthèse, de remplir les carences en énergie dont il pourrait souffrir. Enfin, dernière pièce de la chimère, une glande mycélienne lui permet en cas de mort accidentelle, de libérer des spores qui relancent la construction d’un nouvel être autour du cristal ; un nerf et un corps animal, des ailes végétales, et une nouvelle glande mycélienne. C’est ainsi que ce phénix suit, depuis le début, la phase de Sommeil de l’humanité. Il me suit là et me suivra toujours, il suivra encore après ma mort, ceux qui me survivront.
- Moustique ? On y va ?
Ses petites cordes vocales vont stimuler la plus fragile des pièces des chimères ; le cyborg. Une puce électronique logeant un logiciel d’interface entre moi et le cristal, lui indique une réponse à parler :
- On y va.
D’après mes observations, aucune des entrées les plus endommagées n’est accessible. Je n’aime pas lorsqu’il faut que je me lance vers une qui soit encore saine. Déjà parce que l’impression de perdre encore une fois du terrain sur celui des Endormis se fait désespérante ; cette réserve consommable de moyens d’accès étant manifestement amoindrie lorsque cela arrive. Ensuite parce que les entrées saines, puisque restées secrètes, puisque pas utilisées, je ne les connais pas, ou beaucoup moins. À chaque fois que les Endormis gagnent du terrain, c’est en parallèle du nombre de fois que je prends le même chemin. Ainsi plus je les emprunte, plus je les connais, plus ils me retrouvent. Et au bout d’un moment elles sont perdues. Lorsque celles que je connais le mieux sont impraticables, je dois aller gaspiller les opportunités restantes, et elles le sont car nous les gardons en réserve. Ainsi je ne les connais que par les cartographies des anciens, et plus le temps passe, plus celles-ci s’éloignent de la réalité du changement topologique.
Cette fois-ci donc, je dois emprunter l’entrée 07, car les six premières sont trop dangereuses. Et je n’ai jamais utilisé l’entrée 07.
- Moustique, s’il-te-plait, éclaireur. L’entrée 07. Une porte d’acier dans une petite tour dans le quartier sud-ouest. Des escaliers à vérifier dans le bâtiment. Des rues à confirmer pour y accéder. Une fois dedans tout sera comme dans la carte, mais il me faut savoir comment y parvenir. Tu le fais selon le protocole habituel ?
- D’accord, acquiesce la boite de dialogue limité.
La chimère-cyborg s’envole devant moi. Je la suivrai dans quelques minutes en prenant soin de passer là où les troupes d’Endormis ne risquent pas de me repérer. D’ici là il sera parvenu à l’objectif, aura noté ce que j’ai à savoir pour arriver à la cible, et repartira en sens inverse pour aller à ma rencontre et me servir de guide.
J’ai mes harpons aux poignets, mais il me semble que Venise n’est pas la plus optimale des villes pour utiliser ces treuils de déplacement. Ses murs sont trop solides pour que les pointes ne les transpercent, ses reliefs étant pourtant très adéquats pour se déplacer ainsi en semi-vol acrobatique. Ici, encore plus que dans les immenses forêts de la nature, il vaut mieux pouvoir se détacher du sol pour se déplacer. Les troncs gigantesques qui marquent les routes des rondes de Sous-la-Surface, se hissent en piliers propices au déplacement pendulaire rapide. Certaines villes offrent le même type d’opportunités à se balancer entre les crochetages successifs du harpon-poignet-droit et du harpon-poignet-gauche, mais Venise, ce n’est pas son cas…
Afin de brouiller les pistes, il faut les multiplier. Les anciens les ont listées, et nous suivons leur ordre selon la loi systémique de l’occupation de l’ennemi, tout comme l’usage des entrées. Si la numéro n est trop risquée, on passe à la n+1, si une n-x est sécurisée, on la privilégie à nouveau. Ainsi est la règle de consommation des accès. Là pour l’entrée 07, puisque c’est ma première fois, je vais emprunter la piste 01 ; si celle-ci est par le hasard occupée et donc risquée, ce sera la piste 02. Etc.
Parfois je tombe sur les légions plus ou moins marchantes des Endormis. Et alors je dois les détourner au mieux de leur cible. Je prends des détours, les perds, puis reviens lorsque je les ai abandonnés.
Je contourne la ville, Moustique me rejoindra à la limite sud-ouest des lignes de bâtiments. Il me faudra être furtif dans les rues. Me glisser le plus possible à découvert. Esquiver les zones de pleine visibilité. Et atteindre le bâtiment qui abrite l’accès scellé. Une fois à l’intérieur, tout sera plus calme, plus stable, plus sécurisé. Tant qu’ils ne sont pas à l’intérieur, les Endormis ne peuvent rien si j’y suis. Et alors j’ai un moment de tranquillité, le temps de m’occuper des œufs dans le nid ; des cristaux dans le sanctuaire.
La forêt est beaucoup moins haute ainsi aux bords de Venise. Comme une lisière de plage où les vagues végétales viennent s’écraser contre le fond qui disparaît. Il n’y a donc pas de hauts points où lancer mes harpons. La progression est alors difficile, puisque je dois marcher sur un sol encombré de ronces, de racines, de buttes et de crevasses.
Au milieu de l’après-midi, j’ai rejoins le quartier le plus proche de l’entrée 07. Je sais que Moustique m’observe depuis une cachette, et qu’il viendra me guider lorsque je serai moi-même à couvert.
Je profite d’une faille dans un mur, pour sortir de la forêt et m’engouffrer dans les ruines.
Seuls les matériaux les plus durables ont résisté aux siècles d’abandon depuis le début du Sommeil. Du béton qui s’effrite un peu, se fissure parfois, s’effondre au bout d’un moment ; du métal d’armatures, des plaques, des grilles ; très peu de bois a tenu jusqu’à aujourd’hui ; très peu de verre aussi, qui en morceaux a fini recouvert par la poussière et le sable ; les plastiques ont fondus, se sont désagrégés ; les papiers ne sont plus là.
Dans ce lieu figé qui se meurt lentement, j’enjambe des fenêtres, suis des couloirs, traverse le moins de rues possible pour passer d’un rez-de-chaussée à l’autre. Moustique reste à proximité, son logiciel de déplacement lui étant adapté pour rester discret sans me perdre de vue.
À un moment, j’entends des voix humaines. Des baragouinements inarticulés qui m’indiquent un groupe d’Endormis. J’ai de la chance qu’aucune de ces voix n’aient les caractéristiques d’un Démon. Ce ne sont pas des invectives hurlées en quelques syllabes construites, non, simplement des grognements plus ou moins gutturaux, comme des flatulences de conscience. Ils sont tout près, et avant qu’ils puissent me détecter, je cherche la solution 01 à ce genre de situation : un escalier. Leur  odorat peut les mener sur la piste, mais c’est surtout leur vue et leur ouïe qui peuvent me trahir et les placer devant ma route, situation qu’il me faut éviter au maximum. Leurs rondes à eux n’impliquent pas de monter aux étages, ils y perdraient la majeure partie de leur temps, ainsi les étages sont une bonne cachette lorsque je veux les laisser s’éloigner. Mais il est beaucoup plus difficile de se déplacer entre les bâtiments si je monte du sol ; surtout à Venise où les harpons-de-poignet sont inefficaces.
Par chance, je n’ai pas à chercher le plus proche vestige d’escaliers qui sont le plus souvent effondrés ; il y a plantés dans les murs, les barreaux métalliques d’une échelle. Je monte un étage et m’arrête le temps que la cachette me dissimule du chemin des Endormis. Il me les faut à portée de bruit pour savoir lorsque je pourrai reprendre ma route en toute sécurité ; je ne monte donc pas aux étages supérieurs. Pendant ce temps que je perds immobile, Moustique au vol silencieux inspiré par les chouettes s’en va tourner pour une mission de repérage, en attendant qu’ils soient hors de portée.
Lorsque je sais les Endormis assez éloignés du chemin que je dois prendre, je redescends l’échelle et le reprends, en direction de l’entrée 07.
C’est la première fois que je vais la tenter, alors il y a très peu de chances que les Endormis ou les Démons la soupçonnent. Je ne dois pas gâcher ce secret ; le plus longtemps possible. Peut-être une future fois inévitable, seront-ils sur sa route, et commenceront-ils à se méfier ; une fois d’après ils me suivront alors que je dois l’atteindre le plus discrètement possible ; et à force d’indices que je leur perdrai à chaque nouvelle ronde, finiront-ils par la contrôler totalement et à en bloquer l’accès. Ou pire, entreront-ils alors que je passe par l’ouverture scellée dont j’ai la clé.
Aujourd’hui je n’ai donc que peu affaire avec eux, alors je dois me concentrer à découvrir cette nouvelle route vers l’intérieur du sanctuaire.
Une fois arrivé dans le bon bâtiment, cette tour indiquée par la cartographie des anciens, je grimpe les étages jusqu’à l’entrée scellée. Le moment est délicat, car pour ouvrir la porte sécurisée, il faut le bon matériel et assez de temps pour la procédure. Moustique monte la garde comme il le peut, surveillant sans se faire voir, observant les éventuels passages de troupes Endormies. Je joue des clés, je déplace des blindages, m’infiltre à l’intérieur, et il me rejoint au dernier moment. Je peux alors refermer le passage, et me voilà en sécurité dans le sanctuaire-nid-aux-oeufs-de-cristal.
Je vais pouvoir aller vérifier l’état de l’écosystème interne qui permet la durabilité et la stabilité du lieu et de ce qu’il abrite. Ce n’est qu’une ronde de contrôle, la plupart du temps il n’y a rien ni à réparer ni à consolider, les anciens ont tout prévu afin que cela reste totalement autonome. Je ne suis que de passage, mais le petit séjour que je me dois d’effectuer ici relève d’autre chose que de la vérification du bon ordre, et de l’entretien des œufs.
Il me faut aussi entretenir le souffle de conscience. Profiter du patrimoine immatériel de l’humanité, et surtout m’en nourrir, afin de le transmettre au fil des générations de Sous-la-Surface. Mon lecteur de cristal est ce qui me distingue des Endormis et des Démons : s’ils savaient que ce qu’ils veulent détruire est le trésor le plus important de l’humanité…
Après une marche souterraine dans les méandres des couloirs de l’entrée 07, j’arrive enfin au sanctuaire que je connais bien. Il n’a pas changé en six mois. Les cristaux sont là, rangés, plantés dans leur pré comme une forêt de culture. Mes yeux fascinés le sont car mon esprit est bien là, conscient, admiratif de ces reliques d’un temps où l’humain savait encore se partager de l’information par cryptage de celle-ci, dans des incarnations matérielles. L’époque des livres est révolue, l’époque des images, des sons, l’époque des traces physiques de l’esprit humain, tout est là conservé, gravé dans les cristaux qui ne se dégradent pas, même des siècles durant. Les humains d’aujourd’hui ne savent pas ce que leurs ancêtres avaient construits, ce château de cartes qui depuis s’est effondré. S’ils étaient à mes côtés ici, à admirer ces cartes retombées au sol, ces cristaux magnifiques, ils ne verraient que des jolies pierres à piller, à voler, à casser ou, au mieux, à brandir pour s’enivrer de leur esthétique mystérieuse et scintillante. Alors que moi je sais ce qu’il y a à l’intérieur. Ces choses qui font toute leur préciosité. Ces choses invisibles, que mon lecteur de cristal peut révéler au grand jour dans mon esprit.
Il y a tant de ces choses encapsulées. Tant d’Histoires emmagasinées dans ce sanctuaire. Avant de repartir pour le prochain nid sur la route de ma ronde, c’est ce moment intense que je préfère : parmi cette multitude immense de témoignages du passé, je n’ai que l’embarras du choix. Toute une vie ne suffirait jamais à embrasser ne serait-ce que le contenu d’un seul cristal, et il y en a des centaines. Ma responsabilité pour perpétuer la conscience humaine, consiste juste à donner à mon esprit accès à la culture passée.
Je saisis un cristal au hasard, et parcours son chapitrage.
Je lis quelques titres des documents rangés dans la catégorie « cinéma de science-fiction, fin du deuxième millénaire chrétien » : eXistenZ, par Cronenberg – ia, par Spielberg – minority report, par Spielberg – a skanner darly, par Linklater – the prodigies, par Charreyron – wall-e, par Stanton – babylon ad, par Kassovitz – je suis une légende, par Lawrence – l’armée des 12 singes, par Gilliam – thx 1138, par Lucas – the island, par Bay – mr. nobody, par Van Dormael – clones, par Mostow – ultimate game, par Neveldine et Taylor – waterworld, par Reynolds – …
Je suis près à plonger. Mon esprit là pleinement accompli par mon corps, va pourtant oublier ce dernier le temps de s’abreuver de culture humaine du passé. Je suis avide de m’oublier un peu dans l’Histoire de mes ancêtres. Et pendant ce temps les Endormis errent sous le soleil couchant. Moustique, lui, ronronne dans son coin en une sieste afin d’économiser ses batteries végétales ; il est en apnée en tout intérieur sans soleil, et je le laisse dormir, également en position de repos pour ma session d’abreuvage.
"



...
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Rémi le 10 Avril 2024 à 21:59:43
Yo !

Citer
je réserve le point-virgule afin de suggérer un autre type de séparation qui serait plutôt de l'ordre d'une mise en parallèle... ta suggestion me fait réfléchir pour utiliser au mieux ces deux formes de séparateurs pour mes prépositions chewing-gum
j'aime bien le concept de prépositions chewing-gum ^^
et effectivement, les prépositions qui proposent des angles d'analyse de cette vie dans le futur résonnent pas mal entre elle en étant séparées par des points-virgule

Citer
hmmm disons après réflexion, que c'est un peu la traduction 'sf' de 'médiathèque', ou pas loin ; un 'lieu' (topos) où son conservés les 'signes' (semeion), je voulais un terme qui prenne en compte le numérique que je tentais de décrire dans ce mien univers sf ; mais je me rends compte notamment grâce au récit qui suit et que tu m'as permis, qu'une zone floue demeure, car je désignais autant par ce terme, un livre, un cd, une clé usb ou toute forme de stockage, que le lieu où les rassembler, confusion possible entre donc, un rassemblement de médias, et les médias en tant qu'objets unitaires...
mon grec est rouillé !
J'aime bien du coup ; à voir pour expliquer sans trop expliquer au lecteur. Et oui, du coup je te laisse gérer la possible confusion



Chouette si mon petit commentaire a pu faire revenir à toi les idées qui se cachaient :)

Citer
à la base pour ce texte, maintenant que je me souviens de ce détail, je voulais qu'il soit implicitement composé de pièces des reliques culturelles ayant survécu à cette forme d'apocalypse qui me sert de trame contextuelle scénaristique, des morceaux des sémiotopes que Sous-la-Surface tente de conserver, et avec une ambition déchronologique, commençant donc par une explication de la fin du Sommeil, où la conscience humaine est sur le point de se relever, ce qui justifiait donc la forme que tu as justement décrit comme étant 'conceptuelle', plus on aurait avancé et plus on serait remonté dans le processus de récupération de l'éveil humain là où celui-ci avait cassé, nécessitant donc un travail de Sous-la-Surface pour, à partir des données culturelles de la fin de millénaire, creuser un tunnel sous le ciel du Sommeil, comme des zones d'ombre que cette société secrète devait éclairer tout en préservant les objets de cryptage du patrimoine nécessaire à la conscience individuelle-collective qui ici par son absence, marque la perte humaine qui motive tout mes mots d'ici
Appétissant !
ça donne envie. L'idée suivante peut paraître bateau : pourquoi pas raconter cette histoire sous un angle un peu prophétique ? Genre avec un groupe de types, des croyants de la culture et du savoir, qui gardent leurs reliques du passé (textes, musiques, théâtre, films...) et les consultent en attendant la fin du Sommeil ?


Je repasse un de ces jours (sûrement pas avant ce week-end, je suis booké demain et vendredi) pour lire et commenter la nouvelle. J'ai hâte !

À bientôt !

Rémi
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 10 Avril 2024 à 22:14:52
re !



j'aime bien le concept de prépositions chewing-gum ^^
awèèè j'trouve aussi, cette texture chewing-gum est vraiment bien malléable maintenant que je la pétris de longue période de pratique ! coooool

Citer
hmmm disons après réflexion, que c'est un peu la traduction 'sf' de 'médiathèque', ou pas loin ; un 'lieu' (topos) où son conservés les 'signes' (semeion)
[...]
confusion possible entre donc, un rassemblement de médias, et les médias en tant qu'objets unitaires...
mon grec est rouillé !
J'aime bien du coup ; à voir pour expliquer sans trop expliquer au lecteur. Et oui, du coup je te laisse gérer la possible confusion
...qui risque de se manifester si les armées d'idées qui m'ont attaquées après la rédaction de ce deuxième segment, sortent depuis mon clavier sur mon ordi ! mais là pour l'instant ça fourmille de perspectives pour lesquelles je ne peux me lancer dans une nouvelle session écriture ! ayaya ça va tellement probablement disparaître dans le sous-mon-iceberg snif

L'idée suivante peut paraître bateau : pourquoi pas raconter cette histoire sous un angle un peu prophétique ? Genre avec un groupe de types, des croyants de la culture et du savoir, qui gardent leurs reliques du passé (textes, musiques, théâtre, films...) et les consultent en attendant la fin du Sommeil ?


Je repasse un de ces jours (sûrement pas avant ce week-end, je suis booké demain et vendredi) pour lire et commenter la nouvelle. J'ai hâte !
eh bien serais-je vraiment le seul à te spoiler si je te dis que tu as deviné ? huhu ceci et des détails de plausibilité qui viendront ptetr enrichir ce tas de chewing-gums !



à++++ !
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Rémi le 10 Avril 2024 à 23:11:50
J'ai finalement pris le temps de lire (mais pas de commenter), j'avais trop envie. Et c'est trop chouette !!!
Super ambiance, background expliqué sans trop de lourdeur (et c'est pas facile). J'ai repéré des trucs à dire, je repasse bientôt, promis !
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 10 Avril 2024 à 23:16:07
Haha cooool
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Mythesilenne le 10 Avril 2024 à 23:54:10
Alors, clairement, c'est pas le genre de texte que j'ai l’habitude de lire, et mes commentaires n’engagent que moi! J'espère ne vexer personne en donnant mon avis en tant que personne qui débarque sur ce texte et qui ne sait pas à quoi s’attendre.
La première chose, c'est que je n'ai pas réussi à identifier ce que j'ai lu. Posté sur un forum, sans marqueur, c'est peut-être normal, mais le texte est très dense et l'absence de genre clairement identifié et de contexte ne m'a pas aidé à comprendre le texte et surtout où il veut aller. Je ne suis pas du tout une spécialiste des textes courts, bien au contraire, mais pour accrocher sur ce format, j'ai besoin de comprendre rapidement où l'auteur veut m’emmener.
Il y a de belles images, des associations intéressantes, mais je trouve que des phrases sont vraiment trop longues et qu'il y a une accumulation d’effets qui devient lourde. J'ai fini par perdre le sens des phrases. Maintenant, je suis adepte d'un style simple et fluide. Je ne suis pas le bon public. Mais je trouve que c'est intéressant en tant qu’auteur d’avoir différents sons de cloches!
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Rémi le 11 Avril 2024 à 13:01:25
Salut Mythesilenne,

T'as lu le deuxième post de Dot ? y a une histoire beaucoup plus concrète à te mettre sous la dent ;)

A+
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 12 Avril 2024 à 20:34:21
yoyobonjour Mythesilenne, et bienvenue sur ce forum ! un chaleureux merci pour oui, ce 'son de cloche' de quelqu'un qui 'débarque' sur mon écriture, c'est très intéressant de lire ta confusion car cela me sort de ceux qui ont suivi ma progression, et c'est très enrichissant de pouvoir cerner les enjeux de ta lecture !

les points qui m'ont fait bcp réfléchir :
- 'identifier ce que tu as lu'
là tout ce que je pense est mon rapport coupé du monde par la psychiatrie, j'ai une pathologie dont un symptome est la défaillance intellectuelle sur la notion d'identité... ce pour quoi je peux même être très revendicateur, car cela date d'avant mes troubles officiels... mais c'est très vaste et résumer ceci est déjà là bien trop volumineux, je ne vais donc pas plus loin !
- ' sans marqueur'
qu'entends-tu par ce terme ?
'comprendre rapidement où l'auteur veut t'emmener'
- hmmm... je ne sais pas quoi répondre, il me semble babiller le bec en l'air pluss pour l'expression que pour la communication ou l'influence... ptetr pas de manière générale, mais pour chacun de mes trucs, je suis pas du tout bon mentaliste et ne me pose pas vraiemnt la question de comment je serai interprété... en lien sûrement avec le sentiment d'être incompris : moi-même n'ai pas forcément de vraie destination précise autre que l'unicité de mes textes, que je ne saurais synthétiser en quelques mots... même mes titres, le visage du texte, sont souvent très fumeux, multifactoriels, avec de fortes doses de flou...
'phrases'
réponse cachée dans la réponse à ton commentaire d'un autre de mes textes (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=43946.msg670167#msg670167)

merci à toi pour ta participation, et comme te l'indique sympathiquement Rémi, est à ta disposition une suite plus 'normale' que tu peux retrouver sur cette page, avec des points des majuscules, des vraies phrases, des personnages des lieux des actions des objets et une trame scénaristique...

=)
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Mythesilenne le 12 Avril 2024 à 22:51:40
Merci Rémi, non je n'avais pas vu! J'ai compris aujourd'hui qu'on pouvait avoir la suite d'un récit dans le même sujet.... Je débarque! :D

J'entends par marqueur une quatrième de couverture, une image, tout ce qui font qu'un livre te donner quelqus indices sur ce que tu vas lire et de manière inconsciente, prépare tes attentes.

Je trouve très intéressant de remettre en cause la notion de genre et les stéréotypes. Mais comme beaucoup de lecteurs, je pense, je suis formatée par eux et donc, en lisant les premiers paragraphes d'un récit, je les cherche involontairement. Ta première phrase me dit " traité, essai" et puis "IIIème millénaire" me dit SF, puis, tes propos me disent "philosophie" puis "métaphysique"... et comme e plus tu as un vocabulaire dense et manies les idées de manière intense.... ben je me suis paumée! :D
Et du coup ce que tu dit sur l'absence de but précis de ton texte peu aussi expliquer ma perpexité. Encore une fois, parce que je suis habituée à la convention qu'au début d'un texte, l'auteur pose une question et tente d'apporter une réponse à la fin. Le fameux contrat. Je ne dis pas que tu devrais suivre cette convention, simplement que ça aide à comprendre un texte.

J'adore ton expression de "babiller le bec en l'air", excellent!
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 12 Avril 2024 à 23:28:55
reeee
merci pour le soin apporté à ta réaction, et aux opportunités de réflexion que tu me proposes à nouveau



Merci Rémi, non je n'avais pas vu! J'ai compris aujourd'hui qu'on pouvait avoir la suite d'un récit dans le même sujet.... Je débarque! :D
je me dois d'être honnête, c'est un peu de la triche de ma part vis-à-vis des usages corrects du forum... mais j'avoue qu'en tant que cela m'aide à rassembler des thématiques, des sujets, je serais volontiers partisan que cela ne soit pas aussi limite que ce qui se considère sur la question... plusieurs textes courts en un fil, ça reste du texte court !

J'entends par marqueur une quatrième de couverture, une image, tout ce qui font qu'un livre te donner quelqus indices sur ce que tu vas lire et de manière inconsciente, prépare tes attentes.
oooo d'ac eh ouais j'avoue que la frontière entre un produit et l'orbite qui permet de graviter autour ne sera jamais nulle quoi qu'on veuille épurer le paratexte ! heu... j'avoue parfois associer plusieurs médias, notamment le dessin que je pratique aussi... j'avoue me sentir parfois un peu seul contre bcp, à habiller mes intervention avec des tags, j'avoue ne pas forcément être efficace à la pratique d'un texteparatexte que je tente qmm souvent en italique right avant ou en spoiler... mais en tant que j'ai eu un peu de théorie de comm' notamment comm' (communication commerciale huhu), je considère comme important ce qui est sauvagement appelé publicité lorsque c'est pour du fric, mais dont le mot devient tout-de-suite plus vague si l'on parle de promotion...

Je trouve très intéressant de remettre en cause la notion de genre et les stéréotypes.
[...]
en lisant les premiers paragraphes d'un récit, je les cherche involontairement. Ta première phrase me dit " traité, essai" et puis "IIIème millénaire" me dit SF, puis, tes propos me disent "philosophie" puis "métaphysique"... et comme e plus tu as un vocabulaire dense et manies les idées de manière intense.... ben je me suis paumée! :D
remettre en cause oui, pour la pratique du truc qui me parait primordiale en toute circonstance... après, on ne refait qmm pas à volonté ce qui fait consensus ! ptetr mon mélange des genres que tu cites peut participer de la confusion, mais en vrai t'as hit les bons qui me touchent et m'ont motivé, j'y renommerais volontiers en 'pseudosophie d'anticipation (hypothétique)'... ça brasse un peu le tout dans un même bol, non ?

Et du coup ce que tu dit sur l'absence de but précis de ton texte peu aussi expliquer ma perpexité. Encore une fois, parce que je suis habituée à la convention qu'au début d'un texte, l'auteur pose une question et tente d'apporter une réponse à la fin. Le fameux contrat.
hmmm j'ai l'impression tu voulais dire 'de propos à la thématique unique et clairement distincte' ? ce serait une autre manière de signifier ce que je formule en 'unicité de mes textes' ; moi je reste perplexe car pourtant ce que je trouve à cette unicité, que je peux évoquer avec le terme que j'emploie souvent, 'capsule', montre bien que pour moi, un texte = une idée... mais effectivement elle n'est ptetr pas... comment dire... notre système solaire possède une étoile centrale, le contrat que tu évoques me parle en principe même si je n'en ai qu'une pratique sans vraie théorie, mais il pourrait résonner selon moi, comme certains systèmes solaires possèdent plusieurs étoiles, dont certaines sont donc en tant qu'objets orbitaux ; ma métaphore ici tente de rendre ce que j'estime à mes écrits et autres formes d'art : il n'y a pas que le centre qui brille, il n'y a pas une idée-cheffe, il m'est très intéressant de composer des idées où il n'y a pas qu'un objectif, pas qu'une problématique, pas qu'un axe unique comme pourtant il est sécurisant de réfléchir, mais au contraire bin... oui, plusieurs soleils dans des systèmes où du coup, la lumière n'est ni d'un point unique, ni forcément depuis le centre...

J'adore ton expression de "babiller le bec en l'air", excellent!
huhu je dois rendre à césar ce que j'ai pris à platon, cette expression est de lui pour désigner (preuve que tu as tapé juste) le philosophe ! huhu du même bonhomme une autre que vraiment j'attendais de pouvoir placer avec tout un contexte qui ici sera sous silence : 'la perversion de la cité commence par la fraude des mots' ! c'est un problème assez vieux je crois, je me sens tellement découragé à tenter de le palper, notamment ici (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=43372.0)



=)
Titre: deadscan - n°x
Posté par: Dot Quote le 20 Mai 2024 à 20:40:38
avec un petit outil issu des neurosciences, il est possible de capturer une imagerie instantanée du cerveau de quelqu'un, et le traitement logiciel de la donnée permet de rendre compte de ce qui se passe à ce moment-là ; la plupart ont très rapidement disparus, détruits en parallèle de l'effondrement civilisationnel ; s'étale pourtant une petite période historique durant laquelle ils furent utilisés et dont Sous-la-Surface a pris soin de conserver les traces ; parmis ces témoignages, de nombreux 'clichés' pris au moment de la mort de personnes de tous types, constitue le corpus conservé du début du Sommeil... quelques bulles de l'activité cérébrale de ces gens, entre pensée consciente et fond inconscient, un peu comme une photographie qui mêlerait la lumière visible à l'œil mais aussi dans d'autres spectres, de ces derniers instants d'êtres humains... portraits

DEAD-SCAN - n°x
Je ne veux pas passer pour un gentil ou pour un méchant. Je suis un survivant. Un survivant effrayé. Et qui a pris ses dispositions.
Depuis la fin de Louis XVI, le monde politique a compris que les populations étaient tout aussi sournoises que la classe dirigeante, qu'il y avait des dérives comportementales malfaisantes partout, et que tous deux confondues, ces types de citoyens assumaient leurs pulsions de colère destructrice, soit de manière affichée, soit derrière des efforts plus ou moins diplomates. C'est là le vice humain, sa perversion. La violence qui le caractérise. Le meurtre.
Afin de ne pas me faire couper la tête, je lui ai mis un masque. Un vrai.
Je me remémore ma naïveté lorsque j'ai décidé de faire de la politique. Je me remémore que tout a glissé malgré nous. La révolution nihiliste a commencée, je ne crois pas qu'on puisse dire qu'elle soit terminée car tout continue encore de s'effondrer.
Des alliances infédérées se sont levées, petit à petit. Des militants au début, des gangs, des mafias, des milices...
Il m'a fallu moi aussi m'intégrer dans un camp. Pour survivre.
Aujourd'hui je vis dans la peur, l'insécurité, la menace ; mais ce n'est rien par rapport à certains.
Ce bonhomme à la peau nécrosée, rongé par les maladies apocalyptiques, puant un mélange de plastique, de pourriture, c'est lui qui finalement m'ôte toute cette douleur, maintenant. A ce moment où il enfonce l'os taillé de sa phalange dans ma jugulaire, je suis envahi par plein de pensées positives. Un grand merci pour me libérer enfin de ce point douloureux de la vie. Et puis une admiration face à l'inventivité qu'il a développé pour contourner mes sécurités. Pas de lame en métal, pas d'explosif, non, rien de détectable par mes agents, rien de protégé par mes systèmes sanitaires. Il n'a eu qu'à m'approcher suffisamment, ce que je permets dans un protocole extrêmement stricte à ceux qui veulent profiter de mon monopole géographique d'un point d'eau. Une séance de doléance, en somme. Il est difficile de m'approcher, mais pas impossible. Et mes gardes ne se sont pas inquiétés des multiples malformations et dégradations physiques de sa santé ; tous mes clients sont ainsi.
Je ne sais pas s'il s'est lui même rongé le doigt ou si c'est une forme de lèpre qui lui a ôté sa chair. Toujours est-il qu'il a sciemment aiguisé ce bout de son anatomie, et s'en est habilement servi pour m'ouvrir les veines. La jugulaire, et quelques autres points vitaux, en un rien de temps qui a dupé mes agents de sécurité.
Je m'effondre au sol. Impossible de me sauver.
Lui non plus ne souffrira plus de la soif. Je suis libéré.
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: SablOrOr le 20 Mai 2024 à 23:25:45
 :)
Eh bien, voici le retour des majuscules et des points, ce n’est pas déplaisant  ;)
Attention à l’accord des participes passés employés avec l’auxiliaire avoir, ils ne s’accordent que lorsque le COD précède   ::)
Quant au personnage assoiffé de sang, il est fort bien amené par ce doigt sur lequel on peut lire les rhumatismes du temps.
Pour ce qui est du concept de liberté, il est abordé à la toute fin comme un champ de réflexion.
C’est malin, bravo.
Does Dead can dance ?
SOo
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 23 Mai 2024 à 21:07:01
huhu mèwè j'y arrive pas ce participe avec avoir x) à chaque fois j'essaye de me remémorer le truc, je me paume dans mon incompréhension, je mets un peu au pif, et puis marre... des fois j'sens que je me gourre alors que ça me semble mieux comme ça, des fois l'inverse, bref, et à chaque fois je me dis que c'est parce que j'arrive pas à penser cet outil, il me semble que c'est primordial : les temps les modes bref tout ce qui est de la comm' lexicale par expression, il faut 'comprendre' et donc penser comme, avec ! ça me fait fliper quand je lis ou entends des gens se gourrer, des fois je vois comment ainsi, ils 'pensent' mal... bin moi c'est là dessus, tellement à chaque fois ! alors je pars dans mes pseudophilosopsychologies pour m'expliquer pourquoi j'ai un problème avec 'avoir', la possession étant un truc qui me fait mal jusqu'à dans ses fondements que ça m'étonne qu'à moitié, mais en même temps j'peux pas uniquement y expliquer par de la psychanalyse... bref ! on n'a pas fini de me lire de grossières erreurs sur ce truc ; et puis, même si j'aime l'idée reçue que 'il n'est jamais trop tard pour apprendre', j'vois qmm que c'pas aussi simple qu'à l'âge où c'est mieux pour le faire, et la liaison pensée-langage, à mon avis, c'est pas si permissif que ça, j'dis pas que c't'impossible, mais qmm, on verra que très peu de beuglards d'onomatopées se transformer miraculeusement en shakespear ou proust comme ça en plein milieu de l'âge adulte ! bref huhu

pour le personnage assoiffé de sang ? j'suis tellement pas dans cette idée que je ne sais même pas lequel tu désignes : celui au pouvoir de l'eau qui est tout aussi irresponsable de sa position que n'importe qui et qui se sent tellement mal qu'il apprécie mourir ? ou l'autre qui le tue parce qu'il est tellement dans la misère et la crasse qu'il devient violent ?

pour ta question, c'est... étrange huhu, on m'a soufflé le nom d'un groupe de musique qui porte ce nom, et j'avoue avoir moi-même pensé à lui au moment de titrer, même si c'était plutôt fortuit... en tant que les mots font plus phrase que nom, je me demande si tu connais ce groupe huhu j'ai jamais écouté, mais si jamais... j'saurais même pas comment relier une conversation avec un aspect commentaire à l'échange, mais c'est étrange ce potentiel implicite à tout ceci !

la liberté ? j'suis pas sûr non plus de vraiment voir là où tu l'as vue, mais... c'est jamais très loin ni absent de bcp de propos ; ici pour moi c'est effectivement de l'étau des déterminismes que globalement je peux traiter le rapport entre mes personnages et ce qu'ils vivent, mais j'pense on est loin d'avoir le même regard sur le truc ; des précisions à m'apporter sur ton interprétation ? j'suis curieux !

=)
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: SablOrOr le 23 Mai 2024 à 23:24:45
Kouik Dot ;-)
En prenant par la fin:
-« Lui non plus ne souffrira plus de la soif. » : voici où j’ai vu le vampire (assoiffé de sang était peut-être une hyperbole de ma part).
-« Je suis libéré. » : voici où j’ai vu la liberté. Et placer l’idée à la fin du texte est une ouverture à la réflexion n’est-ce pas ? A moins que ce ne soit une invite à suivre le feuilleton ?
-« Je suis un survivant. Un survivant effrayé.» : voici où j’ai vu un au-delà d’outre-tombe, effrayant ; tu le nommes survivance.
-« Et qui a pris ses dispositions. » : ….là je ne sais pas trop (voir mon Mea C. Plus bas))
-« Ce bonhomme à la peau nécrosée, rongé par les maladies apocalyptiques, puant un mélange de plastique, de pourriture, c'est lui qui finalement m'ôte toute cette douleur, maintenant. » : Ici je vis le mort-vivant, assoiffé de vie.
-« A ce moment où il enfonce l'os taillé de sa phalange dans ma jugulaire » : Et voici le doigt, pointu.
-« des multiples malformations et dégradations physiques de sa santé» : un doigt aussi tordu et arthrosé que son propriétaire, à la Dracula, qui entre dans la chair de sa victime.
-« habilement servi pour m'ouvrir les veines »: le sang est censé y circuler.
Bref, les connotations au monde du vampire furent pour moi évidentes, bien que le tueur puisse aussi être un cyborg bien graisseux.
Comme tu le vois, hihi, je suis assez visuelle, normal en lecture/écriture il est plus simple de fonctionner avec l’image qu’avec l’odeur, huhu !

« Dead can dance », je ne connais pas leur son non plus mais j’aime l’image et l’idée à réfléchir, que cela fait naître en moi : une mort personnifiée, sur ses petites guiboles osseuses, en train de se trémousser, fatalement marrante !

Pour le participe passé et l’auxiliaire avoir, c’est très facile.
Juste il te faut repérer les temps composés, donc les auxiliaires et participes, et ce qu’est un COD (et pas un COI). Bien sûr il y a des particularités, mais les exceptions viendront après l’acquisition de la règle.
Exemple: « Elle s’interrogea. Aurait-elle visité l’Inde entière, qu’elle ne l’aurait pas rencontrée vraiment. »
Le pronom « l » représente le nom propre « Inde » (ici considéré comme féminin) et sa fonction grammaticale est COD, et ce COD est placé avant le verbe « rencontrer » (ici conjugué dans un temps composé du mode Indicatif…connais-tu ce temps ?? ;-))…..donc le participe s’accorde malgré la présence de l’auxiliaire avoir.
Mais la grammaire est vaste. A un certain niveau elle fonctionne comme une science tant que la langue est vivante. Il me plait parfois d’imaginer les grammairiens se disputant les nouvelles règles comme des chiffonniers ! :
« -Je te dis que c’est une locution bla-bla bla
-Et moi je t’affirme que c’est une circonstance !…bla-bla-blabla… »

Quant à l’aspect analytique de la chose, entre le sens des mots et nos propres maux, c’est une forme de langage des ‘oiseaux’ qui a les limites de son monde. Une analogie ludique de débutant ? Roooo !
Des questions ? J’ai pas les réponses ! lol

Pour revenir à la liberté, ce que j’en pense ?
C’est intéressant comme étude, car par exemple, en-dehors du libre arbitre, on peut se sentir peu libre tout en reniflant l’idée d’une vastitude sous-jacente. Et suivre son instinct sur l’idée de liberté n’est pas une mince affaire. Tout semble impossible à comprendre tout à fait en matière de liberté et à la fois c’est accessible grâce à la magie du vivant qui se déploie librement quoi que nous fassions. La liberté nous laisserait-elle des libertés ?
Et si nous lions l’idée de liberté à celle des apprentissages, je comprends ce que tu dis sur l’âge où il est plus simple d’apprendre : la jeunesse. Car nous avons des capacités plus puissantes et que nous y sommes plus curieux et émerveillés de tout. Alors il est plus aisé de connaître des déclics de compréhension et d’intégration lorsque nous avons l’âge approprié pour apprendre.
Pour autant, sommes-nous à l’abri de nous tromper totalement et pendant longtemps dans cette fleur de l’âge ? De mal comprendre et de mal apprendre ? Où se trouverait donc cette liberté de pouvoir apprendre ? Ne sommes- nous pas limités par nos propres limites en toutes circonstances ?
Mais je sens que je file tout droit vers la digression, si ce n’est déjà enterré en profondeur lol ! Voire peut-être les oiseaux ;-)
Alors voici comment je termine ce soir:
Je tiens à partager un fébrile Mea Culpa, car je n’ai pas lu les textes précédents sur ce fil, aussi je te prie de m’excuser car j’ai très peu saisi l’histoire de tes personnages finalement.
L’implicite est une force intègre, fidèle et dangereux bâtisseur de langage. Ce n’est pas facile de s’en protéger et d’en protéger d’autres. D’autant plus que nous savons bien que les erreurs permettent certains apprentissages….
Clin d’œil, et une excellente soirée très entamée !
SOo  :aah:
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 25 Mai 2024 à 23:13:31
yoooo SOo !
le temps me dépasse un peu ces temps...

à propos de ta lecture :
- les vampires et zombies peuvent effectivement se retrouver visuellement dans le texte, même si mon intention était plus proche d'une tentative de récit d'anticipation, j'aurais pas usé de ces figures que j'ai un peu hâtivement l'idée d'y associer à du fantastique en dépit de pas mal d'évolutions du concept qui tentent d'y expliquer le plus plausiblement possible...
- étrange donc, de lire à quel point ces mêmes mots que j'ai écrit et que tu as lus, ne sonnent pas du tout pareil dans nos imaginaires respectifs ! l'éternel 'problème' de l'interprétativité, l'éternel problème de la limite des mots, moi qui suis trop fixatif sur une volonté impossible de rendre tout le plus précisément explicite, je vois que je poursuis une chimère... grâce à toi je risque de pluss privilégier la suggestion à l'avenir !
- "libéré" ! pour te répondre précédemment, je m'étais relu et n'y avait pas repéré ce terme qui a retenu ton attention ! mince alors j'suis à côté de ma propre plaque ! et pourtant je parlais d'une libération plutôt que d'une liberté, et ce par la mort, ce qui peut m'avoir écarté de ton interprétation... mais nous y reviendrons un peu plus loin
- le survivant se définit ainsi dans un contexte un peu métaphysique, dans le sens où les mots bien que pouvant parler, ne sont que bien trop loin de la réalité à décrire ; par son discours, dans ma tête, il se sentait bien loin du contrôle de ses déterminismes qui le placent dans une situation qu'il n'apprécie pas ; dans ce contexte du début d'une apocalypse que je tente dans ce fil au gré de ses différentes époques, ici c'est un bonhomme qui grandit avec de naïves illusions, il veut faire de la politique pour servir le peuple, et lorsque le monde civilisé se délite, il est coincé dans ses opportunités, et prendre le pouvoir sur un point d'eau lui permet de ne pas avoir à se soumettre à ceux qui l'auraient fait à sa place, mais il est lui-même dégoûté de cette situation de dégradation du système humain, il est survivant car il agit sa survie, autant que parce que pour lui ce n'est pas ça la 'vie' qu'il aurait espéré...
- un gros axe de mon texte mais que j'envisage encore plus pour le prochain numéro qui me traine bizarrement en tête sans que je me lance, c'est, en parallèle d'un effondrement du vivant et d'un effondrement du système de production humaine, les conséquences sur la santé des humains... j'aimerais bien pour le suivant, mais ptetr ce spoiler me démotivera à y aborder en un texte, approcher l'idée de jonction entre le fait déjà actuel qui montre les pathologies humaines se multiplier, et une très probable pénurie des objets dont l'humain s'est rendu dépendant, là c'était l'eau potable, pour le suivant j'aimerais bien montrer ce que serait une pénurie de savons... ce donc, qui rebondirait sur toute la description de l'assassin de ce texte... problèmes de peau, de microbiote, bref, de toute une anatomie privée de son habituelle aseptisation d'ajd, et exposée à plein de matières dangereuses et d'environnements plus ou moins toxiques... est-ce du zombie du vampire ? ptetr un peu !

à propos de musique :
- un autre item nominatif qui me vient à l'esprit, j'aimais bien à sa sortie un peu avant 2010 : purgatory dance party (https://youtu.be/lmX-hrfrEJE), par polkadot cadaver ! ahah j'la passais notamment pour l'une de mes rares expériences vidéoludiques, sur psp, dans gta liberty city stories, je conduisais un corbillard pour faire jsp quoi et c'était lol

à propos du participe avec avoir :
- grogro merci ! un truc que faut que je décoince un peu chez moi, c'est cette volonté de valoriser l'échange conversationnel pour les partages de savoirs ! j'ai une excuse, 21 ans d'enfance à faire mon associable en me disant tout flemmard mais sérieusement, que me nourrir de culture indirecte me serait profitable... p'tite décompensation schizo, revirement de situation, j'ai tout coupé ça, et ai voulu de l'échange humain... quelques années plus tard, la distinction philo à l'u, entre la culture orale présocratique et la culture indirecte depuis cette charnière, me donnait anthropologiquement un gros argument pour revenir à des us historiquement plus importants que ces dérives récentes à tout dépersonnaliser, tout indirectifier, les livres depuis qqs siècles, la télé les journaux, puis les yt et autres tutos, j'en ai une fixation angoissée à me dire que c'est ça qui a nourri mon enfance où je me sentais parfaitement bien à me couper de ce que maintenant je cherche difficilement dans le relationnel, inspiré notamment par jean auel qui dans sa saga préhistorique, m'avait marquée sur le point de la transmission des savoirs ancestraux de la guérisseuse qui recueille la protagoniste, hyper bien décrite cette science des plantes et de la nature !
- bref, tout ça pour dire grogro merci, car si j'étais paumé en cours scolaires de français sur ces modalités linguistiques, car si j'ai trop la démotiv' d'aller me renseigner pour réparer mes points faibles, j'suis friand de ce que tu m'as donné un p'tit cours personnalisé tout bien fait spécialement pour moi !
- huhu j'ai pas vraiment bcp compris, même en y relisant quinze fois, mais j'vais faire mes devoirs, professeur ! faire honneur à votre don ainsi formulé, l'idée me motive bcp bcp !
- de là à dire que je dépasserai le maitre en tant qu'élève, j'suis pas sûr d'en être capable, et en même temps vu que je considère que c'est le mieux qu'on puisse offrir à un maître, je vais cravacher ! rereremerci

à propos de la liberté :
- fait partie de ces mots-pôles de concepts à tjrs lier je trouve, dans l'extrême impossibilité que le langage ou son usage nous empêche de faire, dans une proportion que je trouve effrayante ! qu'est-ce que la liberté sans la contrainte ? le libre arbitre sans déterminisme ? pour moi c'pas l'un contre l'autre, c'est un lacet à bien ficeler pour mieux l'exprimer, le penser, le vivre...
- mais un sujet que mêmes les plus grands se cassent les dents dessus ! je m'accroche principalement à cette formule qui je trouve lace bien la ficelle : "condamnés à être libres"...
- et puis le tout récent exemple pour moi et que j'ai trouvé dans le roman le monde de sophie et qui me parle : planter deux graines identiques d'arbres, l'une dans le coin ensoleillé du jardin, l'autre au pied du mur qui donne de l'ombre... bien que manque parfois la notion de 'volonté' ou de 'conscience' à un arbre, l'idée que le déterminisme reste tjrs là, c'est ainsi que je m'y figure... oui c'est un bel idéal la liberté, mais n'oublions pas que c'est pas pour autant que tout est possible ! l'arbre n'aura pas la même liberté de photosynthétiser sa croissance selon s'il est la première graine ou la seconde...
- un autre bien parlant, le fameux "la liberté, c'est danser avec ses chaînes"
- et tant d'autres trucs apparemment incompatibles mais ptetr juste paradoxaux
- plus personnellement, il me semble que la mienne est celle qui dans cette vie me pose problème pratique : grandi avec l'idée trop coercitive de mon environnement, je ne la vois presque que au fond de mon esprit dans lequel je me réfugie... mais du coup j'suis atrophié de ma liberté d'agir dans sa globalité, enchainé dans ma bulle, dans ma cellule mentale, dans ma prison d'être, tant que je peux rêver j'm'en fous... un peu bcp moins depuis ma psychose parano, mais bon... j'ai pas d'autre système de fonctionnement !

brefbref, pour terminer en ce dernier rebond depuis ton message :
- l'implicite, faut que je m'oriente un peu vers ses modalités, j'avoue c'est important, même si j'suis une grosse tanche là dessus !
- les erreurs qui permettent de l'apprentissage, carrément ! les siennes en propre comme celles d'autrui, tant qu'à faire histoire de choisir le tout plutôt qu'une orientation conditionnée par la liberté de choix !

=)

(si t'as l'occas' et la motiv' de lire les deux autres morceaux de cette 'histoire', j'serais curieux de lire comment cela a influencé tes interprétations)
Titre: stimuli exsomniques
Posté par: Dot Quote le 22 Juin 2024 à 17:52:03
stimuli exsomniques
#langage et esprit #sf postapo #humain et conscience #dystopie



Le jour allait poindre, la pluie s'était tue. Des nuages aux couleurs immondes parcouraient le ciel, et dans la chaleur d'un été sans marque, l'air sentait la pourriture. Un peu plus loin de l'entrée du terrier, Grro avait l'âme triste. L'âme de désespoir. Car comme tous les jours de sa vie, il redoutait celui qui commençait.
Ghro lui avait marché dessus comme tous les matins : l'adolescent irascible n'avait trouvé que ce moyen de compenser sa douleur intérieure. Sa croissance nouvellement pubère lui donnait des maux de sommeil, et bien avant le levé du soleil, il se réveillait d'un cauchemar et ne pouvait se rendormir. Depuis quelques semaines, cela lui pesait sur l'humeur, alors au moment où il décidait de se lever, il marchait sur Grro pour se venger du destin, pour partager sa douleur, pour se sentir encore dans une forme de pouvoir satisfaisant, sur un autrui qui ne le contraindrait pas. Lorsque Grro ouvrait les yeux, dérangé dans la fin de sa nuit, Ghro continuait son début de route et sortait du terrier.
Ainsi mal réveillés, les deux prenaient soin de s'éviter le restant du jour. Et lorsque leurs chemins se croisaient malgré tout, Ghro, plus âgé, plus massif, plus imposant, n'avait que peu à rajouter à son comportement pour intimider Grro. Devant ces sourcils froncés, le velu de sa mâchoire, son torse vouté, Grro ne pouvait que se faire plus petit que ce qu'il était face à son frère. Il se ratatinait d'un mouvement de recul, et Ghro constatait ce geste fuyant, s'en prenait une forme de courage amplifiant sa colère, et rajoutait une couche à l'oppression dont il savourait un sentiment qu'il trouvait agréable. Grro quant à lui, se refusait à trop regarder son sentiment personnel, cette oppression qu'il dissimulait du mieux qu'il pouvait dans le coffre-fort intérieur de ses blessures secrètes.
Grro savait qu'il risquait d'autres violences à ainsi s'éloigner du terrier de bon matin. S'il était absent lorsque venaient les Srûûr, ceux-ci ne le chercheraient pas. Ils n'avaient aucunement besoin de le punir, sa famille se chargerait d'elle-même à le faire à son retour. Les Srûûr parfois, passaient en routine pour vérifier que le terrier était encore occupé. Une sorte de visite de courtoisie autant que de sécurité. Pour eux, pour la famille. D'autres fois c'était pour les mobiliser, choisir les meilleurs pour les amener à la ville et leur faire arpenter les ruines, avec pour ordre de tuer n'importe quel M'nalb qui se pointerait.
Il savait ce qu'il risquait à déserter le terrier ce matin et s'éloigner un peu, un faible moment. Il se ferait très probablement réprimander même si les Srûûr ne passaient pas, car il fallait leur être disponible en toutes circonstances, ces circonstances qui à l'improviste les voyaient arriver au levé du jour, sans jamais prévenir.
Mais ce matin était insupportable. Alors, à la sortie du terrier, là où Ghro s'était assis à quelques mètres à droite, Grro partit sur la gauche et s'éloigna afin de se retrouver seul. Ghro resta impassible, bien trop enthousiaste à ne pas le retenir, car il savait qu'à son retour, ce serait sa fête. Des voix gutturales accompagneraient des coups, toujours avec le même code de sens : 'Grro nahaz !", "M'nalb itch arzja", "trebl naozuju", et les quelques autres sons vocaux dont il n'avait jamais vraiment cherché à questionner l'utilité partagée. Les Srûûr en possédaient plus que sa famille, et ils semblaient importants à leur processus de domination. C'est pourquoi Grro avait toujours craint ces phénomènes comportementaux. A chaque fois qu'il entendait des paroles, son sang se glaçait. Il avait appris les réactions appropriées aux plus dangereuses, et ne les appliquait que pour atténuer les coups. Baisser les yeux à "Grro nahaz" ; exprimer en silence, la peur et la haine, à "M'nalb itch arzja"...
Envahi par ces préoccupations intérieures, Grro marcha sur le flanc de colline, il poursuivit dans la forêt, se hasarda à suivre ses propres pas sans y penser. Souhaitât-il se perdre qu'il n'y serait parvenu, car à son âge bien qu'encore jeune, ses marches l'avaient déjà menées à tous les alentours qu'il connaissait et reconnaissait. Ainsi coincé sur son territoire, il ne se sentait que plus frustré à ne pouvoir s'évader pleinement. C'est donc dans sa tête qu'il désertait la perception de lui-même et de son âme triste.

En suivant la lisère, il oubliait ses foulées. Il oubliait l'amertume de son âme. Il oubliait jusqu'à son regard fixé quelques part entre le devant et le sol. Sans se rendre compte vraiment qu'il se fuyait lui-même, il avait pour objectif au contraire de se retrouver. Hélas, l'origine de son mal-être en argument principal pour s'éloigner du terrier et de ses congénères, il ne percevait pas la contradiction qui faisait de sa saturation existentielle, un moyen de se renier lui-même en fuyant la compagnie de sa famille. Oui, perdu dans ses maugréments, il s'éloignait de lui alors qu'il s'éloignait des autres. La douleur de ses rapports sociaux, en les fuyant ainsi, il se la rappelait d'autant plus durement dans un cercle vicieux de ruminations. Au contraire de respirer, de chercher à reconquérir une quiétude personnelle, il s'enfonçait dans le souvenir de ce dont il s'éloignait physiquement.
Lorsqu'il parvint à la butte à l'arbre mort, il ne remarqua pas que c'était sa destination. Il ne se remarqua pas non plus s'asseoir sur le même rocher qu'à quelques de ses habitudes. Il ne remarqua pas le truc posé juste derrière. Pas tout de suite.
C'est seulement lorsque son esprit s'arrêta lui aussi de marcher sans conscience, quelques minutes après qu'il se fut assis, qu'il l'aperçut d'un regard en arrière qui ne le cherchait pas. Un truc étrange, à la forme et à la texture qu'il ne connaissait pas. Ni un caillou ni un bout de bois. Pas une plante, pas un animal. Pas de l'eau ni de la boue. Cela ressemblait à un outil, mais pas à une arme. Pas une tresse végétale en ficelle non plus.
C'était d'une forme presque effrayante, une forme austère. Une inquiétude le saisit, car cette forme était aussi simple et claire que rien de connu, et pourtant, aucun chaos n'aurait su la lui donner. Elle ne partageait aucune irrégularité propre à un caillou, une motte de terre, une branche d'arbre. Non, il n'y avait rien de naturel dans cette forme. Il n'avait pas les mots pour penser en termes de 'droiture', des 'faces perpendiculaires' et 'plates', il n'avait pas les mots pour penser ces faces comme 'carrées', formant toutes six un 'cube' parfaitement géométrique. Quand au matériau gris et brillant qui composait l'objet, non plus ne sut-il l'identifier à quelque chose qu'il avait déjà rencontré. Une méfiance sourde l'envahit, car ce qui se rapprochait le plus de tout ceci dans sa mémoire et ses mentalisations, c'était les ruines dans lesquelles les Srûûr imposaient de se tenir vigilant, à l'affût, en guerre contre les M'nalb.

Il renifla l'objet, et son nez eut mal. Il approcha un doigt craintif et, à peine posa-t-il un contact qu'il se rétracta, de peur que l'objet ne le pique, ne le morde, sursaute et l'attaque, ou tout autre risque aussi improbable que son étrangeté. Rien se se passa. Il retenta un contact un peu moins instantané, encore un presque rien de temps pour s'assurer qu'au bout de ce petit moment, rien de dangereux ne se produisait. Puis un troisième encore un peu plus long. Un quatrième où il tenta ainsi de déranger l'équilibre immobile du cube. L'objet était lourd, sa face au sol s'éleva quand il le poussa, puis retomba de son arête quand il le relâcha. Alors des deux mains, il le saisit et le porta plus près de son regard. Grro tourna et retourna le cube pour essayer de l'identifier, de comprendre. Puis il le reposa à l'identique de la situation initiale. Hormis la petite protubérance rouge au milieu de la face du dessus, tout était lisse, gris et brillant. Encore assez craintif, Grro osa pourtant toucher la protubérance rouge. Il prit peur de ce que cela sembla produire : un son se dégagea, un son comme une voix. Une voix moins gutturale que celles de sa famille ou des Srûûr. Une voix tout aussi mystérieuse, mais plus douce, et qui s'étira bien plus loin, bien plus longtemps, que celles qu'il connaissait.
"- Te souviens-tu de ce jour aux nuages immondes, Grro ? Te souviens-tu ta première rencontre avec le trésor du langage ? Tu as trouvé un objet qui t'était adressé, il est à toi et à toi seul, il t'appartient. Tu n'as rien compris à ce qu'il t'a raconté, ce jour là, car pour toi les mots n'étaient que cette arme vicieuse, complexe et douloureuse pour soumettre les individus. Et puis tu as appuyé de nouveau sur le bouton, et réécouté ce flot de paroles qui t'es adressé, dans un tout autre langage que celui de ceux que tu côtoyais à cette époque. Et ta curiosité t'a ensuite menée à en savoir plus, et de fil en aiguille, tu as avancé dans ton enquête, et nous nous sommes rencontrés. Cela faisait longtemps déjà que je t'attendais, que je me rapprochais petit-à-petit de toi, car nous les Éveillés, ne sommes que le rebus des Endormis, ceux qui en pressentant leur animalité, cherchent une autre forme de conscience et d'existence. C'est grâce à moi que tu t'es réveillé, tout comme quelqu'un m'a un jour éveillé de la même manière ; mais c'est bien grâce à toute ta singularité que tu y es parvenu. Ce boîtier de ta naissance, ce message de moi à toi, j'espère qu'hors du temps il perdurera, au moins tant qu'il pourra t'accompagner. Te souviens-tu ce jour, Grro ? Ce fut un début de tout, et à l'heure de ce jour, je vous espère un bel avenir. Et qu'à chaque fois que tu te repasseras mes mots, une nostalgie heureuse viendra consolider cette enquête qui te dépasse, cette mission que les Éveillés se transmettent, depuis des âges qui nous rassemblent Sous-la-Surface. Affectueusement de ma part, moi Silfur un Éveillé : à la prochaine, Grro."
La voix s'arrêta, et Grro avait mal au crâne. La mélodie étrange de ce son avait provoqué en lui toute une série étrange de réactions intérieures, toutes plus éberluées, stupéfaites, curieuses et apeurées les unes que les autres. Sa seule intuition au milieu de tant d'incompréhension, était que cette soupe imitant des sons de gorge, recelait un mystère dont il voulut démêler l'énigme.
Il appuya de nouveau sur la protubérance rouge, et le son recommença, identique.
Titre: la piste perdue d'un trésor
Posté par: Dot Quote le 13 Juillet 2024 à 18:37:48
la piste perdue d'un trésor
#langage et esprit #sf postapo #humain et conscience #dystopie



- c'était un trésor qu'on croyait posséder, sans comprendre que la majorité n'en avait qu'une contre-façon... il a suffit d'un ou deux rigolos qui voyaient le potentiel de la parole consciente, de la conversation diplomatique, de la réflexion partagée par le dépassement rationnel des pulsions, qu'ils en élèvent quelques jolies phrases porteuses d'un semblant de sens à cette qualité humaine, et là toutes les chevilles se sont enflées, on s'est attribué la sagesse comme étant par défaut chez l'être humain, on s'est affirmé dans la croyance personnelle d'une maturité d'esprit, d'un pouvoir psychique, d'une supériorité mentale et de raison, et puis plus la mensonge s'est ancré dans les esprits, plus les paroles se sont libérées, et personne ne s'est rendu compte que ce qu'on pouvait lire ou entendre de beau concernant la bien-pensance, n'était l'apanage que de ceux qui y avait formulé... des beaux slogans sur l'humanité que la majorité s'entre-répétait à vide, la supercherie de la nature sur l'humain a consisté à leur faire croire que ce qu'ils comprenaient des sages, ils le possédaient... alors que pas du tout ! oui, et alors que chacun croyait en l'amour, publicitait le respect, cherchait le bonheur, vantait les bienfaits d'une éducation sérieuse et bienveillante, croyait en sa propre hauteur d'âme, s'imaginait des voies honorables à l'existence, idéalisait la vie en général, l'humanité globale, la légitimité individuelle quelle qu'elle soit, alors que l'on se croyait par sensibilité, dans une réalité dont nous avions tous les bons secrets, eh bien personne n'a remarqué à temps qu'au contraire, les gens n'aimaient pas d'amour véritable, prêts à enfoncer le premier différent venu, les gens ne se respectaient que dans des conditions strictes et limitées, étriquées par une vision mortifère du vrai respect, les gens qui disaient chercher ou trouver le bonheur ne se cantonnaient qu'à de petites joies immédiates et trompeuses, les gens qui tentaient d'éduquer à la liberté ne faisaient qu'imposer des bons conseils sous forme d'ordres, que construire des espoirs aux jeunes avant de les leur amputer par la dure réalité, les gens qui se croyaient dignes, gentils, bien intentionnés, n'étaient que mus par l'envie de vengeance, le besoin de dominer avec un statut de sauveur, le centrisme à se croire comme des anges tout à tour bénissants ou purgateurs, les gens qui rêvaient une vie débarrassée de leurs soucis ne faisaient qu'éloigner les autres de cette chimère illusoire, détruisant petit à petit l'humanité, l'environnement, tout en se dédouanant d'un sentiment de culpabilité par cet aveuglement à ne voir que chez autrui les vices qu'eux-mêmes portaient tout autant... la parole et l'écrit, les mots, l'histoire, la communication, l'humain cultivé les prenait comme acquises, le reste n'en voyait qu'à peine le pouvoir réel ; les réflexions partagées ne poursuivaient pas ni la raison ni la résolution des problèmes qui s'accumulèrent, elles ne poursuivaient qu'un désir de répondre pour en dégager les bénéfices d'apparence et de réputation sociale, et alors que les plus hautains avouaient que les mots permettent de faire avancer les choses, nul d'entre eux ou du reste n'était en réelle capacité d'appliquer cette vérité, tout s'envenimait à la moindre pensée traduite, la raison n'était jamais autant invoquée que pour justifier en gros paradoxe, les pulsions qui sans cesse plus susceptibles, finirent par étouffer totalement la condition humaine partagée ; un miroir aux alouettes, soutenu par la réalité, le reflet illusoire d'un trésor dont nous nous satisfaisions de l'image seule, sans comprendre que ce n'était qu'un reflet, et que le vrai pouvoir des mots restait caché, inutilisé, dont l'hologramme seul suffisait à nous faire croire le posséder... non ; cette sagesse de l'humanité, notre erreur aura été de croire qu'elle était réelle, que nous la possédions vraiment, alors qu'elle était encore hypothétique ; elle demeure à construire, elle demeure à l'état de projet, d'idée vaguement proposée mais loin d'être réalisée ; nous avions fait quelques pas pour la construire, mais avec l'illusion de la croire déjà avérée, nous nous sommes lamentablement effondrés... le Sommeil de Sous-la-Surface tente non pas vraiment une renaissance, mais plutôt une naissance ; tout simplement ; celle de l'esprit humain
Titre: Apnées d'esprit (Re : un tunnel sous le ciel)
Posté par: Dot Quote le 08 Mars 2025 à 10:42:21
tout le présent texte est dirigé autour de deux idées qui ne me quittent jamais vraiment, je me sens désemparé à leur propos : 1) c’est l’importance, la valeur, la qualité, de la parole, qui dans le quote ici (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44240.msg676127#msg676127) prenait une forme qui s’approche de ce que je pense ; cela reste à la fois une suggestion très floue sans réelle réponse à ce qui m’apparait comme un problème social, et à la fois une tentative d’imaginer des premiers éléments de solutions, qui demandent qmm bien des précisions pratiques que je ne saurais imaginer tout seul… 2) le danger que j’ai l’impression de ressentir pour la condition humaine autour du temps de l’enfance, l’alliance fragile des impératifs mêlant la néoténie et l’altricialité... ma principale question est donc : parviens-je là à écrire ce que je tente de communiquer sur ces deux points ? (il me semble que beaucoup de phrases sont trop longues et que je ne gère pas très bien leur complexité, mais je ne suis pas sûr de savoir les améliorer) et puis pourquoi pas, qu’en pensez-vous, en pratique ou en théorie ? au conditionnel, merci d’avance



Apnées d’esprit
v1.4



c'est bien parce que je tiens en haute estime la valeur de la parole partagée lorsqu'elle est mesurée, que je suis plus confortable à l'écrit…



Probablement que faire taire les gens est un moyen de contrôle et de coercition aussi vieux que la parole elle-même, et que c'est également un processus qui lui a été parallèle dans toute l'histoire du développement de sa complexité. Faire parler les gens, c'est une autre histoire. Les forcer à ce faire, ou les inciter, figurerait alors dans les évolutions qui ont débouché sur l'idée d'une liberté, d'un droit et d'un devoir à la parole, égaux pour chacun des citoyens, apanage des démocraties de la fin de l'ancienne ère d'avant la chute. La parole des gens fut ainsi acquise durement bien que partiellement, et cet acquis demeure fragile, instable, peut-être entériné trop peu de temps pour l’être suffisamment. Il faut sans cesse le réparer, le consolider. Cette parole est un acte social qui a pris chez nous un tournant important lorsqu'on a décidé de ne plus idéaliser le phénomène, et d'en voir de lui, plus loin que les espoirs sans tâches qui avait vu naître les premières formes consensuelles de liberté inconditionnelle d'expression. Il nous a semblé devoir craindre certaines choses que l'enthousiasme nous empêchait de voir.
C'est pour nos enfants que nous nous sommes rendus à l'évidence. Ce besoin de nous retenir. Cette accélération de nos vies qui rendait nocif l'excès de paroles telles que nous les utilisions. Des paroles en l'air. Nous avons décidé de mieux nous taire afin de mieux parler. Et cela n'a pas été facile.
Cela fera soixante ans cette année.
Dans notre petite communauté du nord du continent, c'est ce qui a été décidé. Quelques vents d'information mondiale nous sont parvenus d'ici ou là, d'autres communautés qui ont également essayé le Silence à leur manière. Le fait que nous soyons à notre époque, une humanité bien plus isolée par le caractère géographique de notre implantation, qu'en ce passé qui a fini par exploser, est probablement un avantage sur plusieurs points.
Notamment sur notre capacité à tenir le Silence. Fut un temps avant la chute, où même notre démographie communautaire d'un millier d'âmes, minuscule à l'époque, même la plus éloignée géographiquement de toute autre communauté, aurait subi les tentations que la technologie permettait à nos conversations boulimiques. Ce n'est pas pour autant que notre Silence fut aisé.
Au début si j'en crois les rapports, ce fut même très dévastateur. Sur le plan d'un bonheur global, je crois pouvoir affirmer que tout commença par quelque chose de pire, avant de remonter doucement la pente. Les choses paraît-il, doivent parfois aller plus mal avant d'aller mieux. Et si aujourd'hui, soixante ans plus tard, nous commençons à percevoir les bénéfices du Silence, c'est indubitablement grâce à la fermeté avec laquelle nous avons appuyé nos décisions, contre nos propres vents et marées, comment nous avons tenu nos engagements sans fléchir.
Aujourd'hui il reste majoritairement les enfants du Silence, ceux pour qui nous l'avons instauré et tenu. Il ne reste presque plus de ceux qui blablataient. Et ceux-là ont extrêmement souffert. Certains avec courage et ténacité. D'autres que l'on a pu regretter.
C'est pour nos enfants que nous avons regardé la réalité en face. Nos paroles en l'air et invasives étaient néfastes, elles empoisonnaient nos esprits, nos actes, nos vies. Elles délimitaient une surface superficielle et stérile. Nous nous rendions bien compte qu'il y avait quelque chose de malsain dans la coordination sociale de nos membres individuels, et nous refusions de voir à quel point les choses dites ont un impact immense, selon leur forme, leur fréquence, leur usage, nos habitudes d'un temps qui aujourd'hui s'estompent peu à peu avec le Silence.
Nos enfants.
Nos enfants à la curiosité, certes saine en principe, mais débordante, insatiable, et pour nous adultes, finalement ingérable. Nos enfants, aux milles questions qui dans les meilleurs des cas, ne témoignaient que de leur soif d'apprendre, de comprendre, de grandir ; mais également dans beaucoup de cas, témoignaient aussi d'un vertige, une volonté presque pathologique, de combler les ambiances par de la conversation…
L'humanité avait depuis bien longtemps cette intuition que toute vérité n'est pas toujours bonne à dire, surtout à des enfants ; mais elle avait parfois aussi, la certitude que le mensonge détruit encore plus les choses, notamment la confiance mutuelle ; et qu’entre les deux, il n’y a pas toujours une infinité illimitée de solutions.
Tant de parents se sont sentis désemparés par un fait qui est apparu dans la conversation publique chez nous, il y a de ça soixante ans, et qui a motivé la réflexion qui nous a mené au Silence. Le sentiment qu'ils éprouvaient, lorsque dans des cas se révélant bien trop nombreux, ils se sentaient pris au piège : les questions de leur enfant exigeaient une réponse du moment qu'ils les formulaient, mais pour beaucoup d'entre elles, l'on ne les sentait pas aptes à recevoir la dure vérité. Que faire alors ? Changer de sujet et leur laisser le sentiment d'être négligés, voire pire, leur donner un modèle d’indifférence à  la conversation ? Inventer un conte métaphorique pour remettre la question à plus tard sous risque de les voir se contenter de cette illusion ? Dire vraiment la dure chose et briser la chaîne de la force et de la joie et de l'espoir de vivre, maillon après maillon ?
La plus unanime des thématiques autour de laquelle nous savions tous que dévoiler trop tôt les choses était un danger immense, reste bien sûr la question de la sexualité ; mais elle n’est qu’un exemple fort parmi tant d’autres. Avant la fin de l'ère technologique, l'humanité avait de mieux en mieux compris que des enfants exposés trop tôt à des phénomènes, qu’ils soient actes ou simplement évocations de la sexualité, en subissaient une forme de traumatisme parfois préjudiciable, pour eux et pour la société. Il nous sembla de plus en plus logique et important, qu'autour de la puberté, se greffait à la construction de l'esprit, son éducation, un continuum d'expériences pour lesquelles il valait mieux pour l'enfant, d'être prêt à recevoir la chose.
Alors que le retard était, parfois à tort, fréquemment mal vu depuis longtemps et sur beaucoup d'aspects du développement humain, nous avons mis plus de temps à nous méfier des choses précoces.
Oui, il y a des choses pour lesquels nos ancêtres ne s'insultaient pas lorsqu'ils modéraient : "tu comprendras plus tard". Cette antique sagesse, nous l'avons perdue à un moment de l'histoire, pour cause d'ego, de précipitation, où l’on ne supportait plus de se l’entendre dire, peut-être parce que notre temps s’étirait, et avec lui les tant de cas où cela se répétait, provoquant notre impatience et notre exaspération. Aujourd'hui chez nous depuis soixante ans, nous préférons accepter que nous ne sommes pas toujours prêts à recevoir ce que nous exigeons ou ce que l’on nous impose ; que le temps est parfois inévitablement nécessaire ; que cette pulsion de l’instantané nous est naturelle, mais que nous devons la combattre, ensemble. C'est pourquoi nous avons instauré le Silence, cette apnée de l'esprit.
Apnée de l’esprit ; une notion étirable de manière bien plus complexe que ce simple dénominateur la résumant.
Le temps est ce qui nous appelle à la curiosité, il s’est étiré en longueur jusqu’à la chute de l’ancienne civilisation, et depuis il est devenu un danger dans les conversations répétées. Notamment chez l'enfant. Tant de parents se sont faits avoir à l'usure ; tant d'enfants qui n'étaient pas prêts pour les questions qu'ils posaient et auxquelles les adultes choisissaient parmi les moindre maux : esquiver en espérant reporter, métaphoriser en espérant adoucir, répondre pour être honnête… A l'usure, oui, car esquiver reporte la question peut-être au lendemain, au surlendemain, à une semaine, mais pas indéfiniment ni sans conséquence… Sur une vingtaine d'années de maturation de l'humain adulte, avec mille questions sous la curiosité de l'enfant, l'on ne peut fuir éternellement, surtout lorsque chaque esquive rend à cet enfant l'impression d'être négligé, autant qu’elle lui enseigne implicitement à ne pas prêter attention à la continuité d’une conversation. Métaphoriser par un conte gentillet, cela a semblé être une bonne solution, tout du moins dans l'histoire de nos ancêtres… Des légendes dont l'image, la profondeur, la complexité, sont à comprendre plus tard, tant que l'on accepte qu'il y a des choses à comprendre plus tard… Et dernière des solutions, être honnête, dire la vérité, vraiment répondre, lorsque l'on sait soi-même, se révéla à force, trop déprimante pour les enfants qui ne sont pas prêts à supporter les lourdes vérités dans toute leur dureté.
Il nous fallait changer notre rapport à l’authenticité. Gavée de trop de paroles comme un entonnoir au goulot incapable de gérer un flux liquide trop important, notre société ne pouvait plus continuer à autant communiquer tout en maintenant l’expression saine de la réalité dans chaque esprit.
C'est pour nos enfants que nous l'avons fait, mais c'est en nous observant entre adultes que nous l'avons compris. En comparant avec l'histoire, aussi. L'hégémonie de la culture technologique, notamment celle se diffusant depuis ce qu'ils appelaient l'Occident et dont nous sommes majoritairement testamentaires, prônait des modes de conversation omniprésents. Des discussions permanentes, ou du moins bien trop envahissantes, dans lesquelles on se coupait la parole chacun entre nous, dès que l'on pensait que la parole d’autrui n'était plus pertinente, ou à la moindre idée qui nous tombait dessus et que l’on ne voulait pas voir disparaître aussitôt de notre esprit, ce qui arrivait très rapidement et souvent. Il était plus logique de réagir librement une parole sans réfléchir, sans recul, juste avant de soi-même être coupé par quelqu'un qui pensait qu'il devait arrêter là notre réflexion partagée, au nom de sa déviation personnelle, qui immédiatement était à son tour déviée par quelqu'un d'autre, et ainsi de suite sans que le chemin n’aille bien loin ni ne soit vraiment orienté efficacement ; un peu comme des errements trop aléatoires, sans cap, virant et se retournant sans cesse sans direction autre, que l’idée que forcément nous parviendrions à la bonne destination tant que notre conversation avançait d’elle-même sur ce chemin dont le chaos ne nous apparaissait pas tel… C'est notre fierté à faire de l'esprit qui a fini par mettre un doute sur l’efficacité de ce processus, qui lui-même était motivé par la fierté à faire de l’esprit. Lorsque petit-à-petit, nous avons senti que ces vieilles habitudes issues de l'ancien monde, n'étaient pas les seules possibles, et que de surcroît elles ne nous semblaient plus efficaces, nous nous sommes posé des questions difficiles. D'autres formes d'humanité d'après l'Histoire, tenaient en de plus précautionneuses pincettes l'importance de la parole. D'ailleurs, notre communauté actuelle au nord du continent, semble peut-être tirer d'aussi bons résultats à notre Silence, d’un avantage que nous avons hérité ; notre géographie a habité des ancêtres dont les sociétés étaient déjà moins contaminées par des usages plus superficiels que possédait l'Occident. A l'époque, les populations de chez nous, avaient déjà des formes d'interaction qui valorisaient le silence et en faisait une force plutôt que la cible d'une crainte. Et comme d'autres lieux de la planète, nos ancêtres mesuraient déjà avant nous, et plus que d'autres, la nécessité du silence, le poids de la réflexion et du recul, le désagrément des paroles brouillonnes, futiles et mêmes, nocives… Ce qui nous a probablement aidé en cette quête difficile qui seulement aujourd’hui, semble porter ses fruits.
Car ce ne furent pas soixante années toutes belles que nous vécûmes à tenter le Silence, afin de laisser à nos enfants le temps dont ils avaient besoin pour acquérir la maturité nécessaire aux bonnes réponses. Nous brider sur notre empressement fut extrêmement douloureux, notamment pour les plus anciens. Mais cela eut le double avantage, à la fois de nous enseigner la valeur d'une parole réfléchie, mûrie, posée, autant que d'en profiter des avantages sur les rapports sociaux ; notamment en allégeant la pression des parents sur l’insatiable curiosité de leurs enfants, oui, en limitant drastiquement l’usure des conversations étirées dans les longues années de maturation. Il fallut pour cela nous restreindre sur la soif et la faim boulimique de notre besoin de parler, afin d’inspirer à nos enfants, des modèles mieux modérés. Et ce fut un enfer pour tant d'entre nous aujourd'hui disparus. J'espère que là d'où ils sont, ils peuvent contempler le calme, la sagesse, la noblesse et la profondeur, des âmes qui leur ont succédé, grâce à eux et leurs efforts.
Il ne fut pas pour eux d'agir en termes de punitions et de délation, l'un des premiers principes de réalité dont nous avions convenus étant de respecter la douleur que cela nous ferait d'agir ainsi, et de tout faire pour la minimiser afin que nous puissions tenir et non nous effondrer. Nous étions convaincus que le Silence était une solution à tenter, qu’elle était pertinente, mais que cela serait un effort immense pour chacun d’entre nous.
Limiter les conversations était le mot d'ordre ; et apprendre à mieux supporter le vivre-ensemble en ce contexte. Pour nos enfants. Leur montrer un modèle de rapports sociaux où les adultes pourraient gérer les débordements de leur curiosité lorsqu'ils grandissent, ce temps laissant tant de place à une conversation qui à leur âge, allait bien trop lentement, mais qui pour nous, allait bien trop vite. Ne plus nous montrer dépassés par l'usure.
Il n'était nullement question de les faire taire sans raisons, cela était un paradoxe complexe à comprendre et à transmettre. Il s’agissait plutôt de revenir à des formes moins consuméristes de la conversation, afin d'alléger la charge de celle-ci. Et de moins nous retrouver dans le piège si récurrent de ne pas les sentir prêts pour recevoir ce qu’ils demandaient innocemment, juste curieux, et trop enclins à demander, enquêter par une conversation qui n’en finissait jamais, qui s’étiraient bien trop souvent pour que patience puisse être autant capacité que atout ; et qui mettait les adultes en sollicitation saturée au service de cette conversation.
Nous avons essuyé beaucoup de dommages opposés, lors de ces soixante années de construction et d'expérimentation d'usages sociaux conversationnels plus modérés. Des enfants ayant trop intégré le Silence et qui finirent complètement mutiques ; un désastre pour eux comme pour la communauté.
Nous avons également essuyé beaucoup de dommages chez les adultes. Ils perdaient la raison si trop de silence leur était exigé. Presque contrintuitivement, les hommes d'une autre époque passant pour de taciturnes figures, silencieuses, plus économes en mots que les femmes, semblaient pour beaucoup d'entre eux, bien plus fragiles face à nos injonctions à modérer la conversation ; un peu comme s'ils avaient longtemps tenu ce comportement qu'on leur reprochait, et que maintenant qu'on leur exigeait ce même comportement, ils n'étaient plus en mesure de l'agir… Les femmes, elles, furent plus fortes qu'eux dans la globalité, mais il semblait plus naturel d'expliquer le paradoxe : alors qu'en d'autres temps elles avaient été plus présentes dans le militantisme pour plus de conversation, leur force acquise par la coercition masculine résidait également dans le fait de supporter de se taire…
Nous avons essayé quelques méthodes différentes, surtout axées autour des relations aux enfants. Leur montrer des modèles moins bavards que nous, c'était l'idée centrale, afin de, comme dit précédemment, à la fois réduire le champ saturé des conversations et ses proportions nocives, et d'éduquer à une forme plus réfléchie et mûrie des échanges de parole, moins superficielle et moins consumériste.
Le principal problème étant, bien qu'il faille lui être très tolérant, que garrotter ainsi l'appétit conversationnel instinctif des adultes en présence des enfants, afin de créer des générations moins boulimiques de la conversation, présentait le risque de tenir à l'écart de ces enfants, le contenu des conversations que la sécurité émotionnelle boulimique des parents demandait à déborder en leur absence. Le silence ne devait pas devenir l’omission des choses à communiquer ; il nous fallait non seulement réduire la quantité de forme, mais également conserver la quantité de fond. Oui, il ne s’agissait pas seulement de se restreindre devant eux, il fallait également leur donner accès à ce qui se disait entre nous, et donc de suivre notre propre modèle, y compris en leur absence ; nous taire devant et entre nous, afin de conserver le partage des choses.
Et oui, se taire au mieux devant les enfants, mesurer chacune de nos paroles d'adultes, se retenir de laisser couler l'irréfléchi, le spontané, ne pas nous couper la parole, et donc mieux peser chacune de nos prises de paroles, nous a énormément irrité. Dès que les enfants étaient ailleurs, il n'était pas rare, et donc excusable bien que nocif et à éviter au mieux, que les adultes se lâchent, loin du modèle que nous étions tous d'accord de tenir. Il fallut gérer ces humeurs à fleur de peau, ces éclatements contraires au Silence nous poussant à rendre plus denses nos paroles, nous mettant une pression insupportable. Nous avons, au fil des années, pris soin de noter ce qui aidait chacun dans la communauté à tenir le douloureux impératif, les astuces et techniques afin que chaque débordement puisse ne pas être un mal inutile, que tous puissent se relever de ces douleurs afin d'aller jusqu'au bout de notre projet : forger une humanité qui saurait prendre le juste temps pour chaque chose de la communication ; forger une humanité qui ne se pose pas trop tôt les questions inévitables ; forger une humanité oui, qui ait le temps de grandir, ni dans l'esquive négligente, ni dans la métaphore fantasmagorique de laquelle on ne ressort parfois pas, ou parfois trop douloureusement, et ni dans la réalité trop dure et déprimante lorsqu'elle vient trop tôt. Le Silence.
Aujourd'hui, après beaucoup de souffrances partagées, après que les choses furent encore plus douloureuses que la situation que nous voulions régler au départ, les fruits commencent à donner espoir en nos engagements, à récompenser nos sacrifices. Aujourd'hui, les enfants face à qui nous nous taisions sauf pour dire la complexe recette alliant en proportions l'utile et l'agréable des paroles partagées, ont grandis, plus silencieux mais mesurés, plus calmes et moins irrités lorsqu'ils communiquent, et ils ont eu des enfants qui eux-mêmes, semblent encore plus aguerris dans l'aptitude à ne pas se gaver mutuellement de conversations aussi inutiles que fragiles. L'intensité volubile de nos us communautaires en matière d'échange oral, a laissé la place à beaucoup plus de profondeur, de maîtrise de soi, d'écoute sur autrui. L'empressement, le sentiment désagréable d'urgence qui irritaient nos prédécesseurs avides du moindre blabla, semble beaucoup moins toucher en tant que souffrance, ces nouvelles générations devant qui nous nous taisons. Et, d'une manière curieuse et heureuse, alors qu'ils semblent bien plus tolérants à l'idée qu'il y a des choses qu'ils comprendront plus tard de leurs aînés, et que leur patience semble résiliente et moins coûteuse émotionnellement, ils leur offrent également beaucoup d'enseignements sur cette sage mesure de la parole, à laquelle ils, nous, tentons de nous éduquer.
Cela étant, il me semble qu'un autre point fort, dont nous pouvons rendre grâce à l'extinction de l'ère technologique mondialisée, et bien que ce fut à l'opposé de certaines de ses valeurs intuitives, c'est que, non seulement comme précédemment noté, la tentation de la communication est largement moins disponible qu'en ce passé aujourd'hui effondré, nous facilitant le silence entre mille âmes comme il le serait moins entre des milliards connectées sans limites, mais également, que comme beaucoup de formes virtuelles et indirectes de culture sont aujourd'hui perdues, fuir le contact humain direct par l'isolement compensé se révèle beaucoup moins accessible, et la tentation est moins forte, de s'évader avec des relations sans relation.
Nos enfants ne sont pas les enfants solitaires des écrans ou des livres, et pour autant ils ne sont pas des enfants de l'ennui, ou les enfants de la dépendance sociale excessive. Ils ne sont pas les enfants embarqués malgré eux dans la comédie sociale des apparences surjouées des comportements, mais ils ne sont pas les enfants de l’austérité relationnelle. Ils ne sont pas non plus les enfants de l'omniprésence parentale ou éducative. Ils sont les enfants du calme, qui aiment la légèreté mais pas la superficialité, et ils savent distinguer les deux. Ils sont les enfants de la contemplation sans lassitude ni oisiveté. Ils sont les enfants des paroles sérieusement bienveillantes, précautionneusement polies à la fois pour et par la morale, sans ni se faire les esclaves des bonnes manières, ni s'en faire les inquisiteurs ou les détracteurs. Ils ont bien moins peur des silences que nous leurs aînés. Ils peuvent sourire entre eux en se comprenant bien mieux sans parler, que nous qui embrouillons les pistes à tenter de combler les choses de manière frénétique sans pour autant bien y parvenir. Et lorsqu'ils ne se comprennent pas, ils savent le détecter, l'admettre, et tenter de résoudre le problème avec bien plus de sagesse que nous. Lorsqu'ils sont en désaccord, parfois ils tentent de trouver l'accord, mais sans jamais ni se mettre eux-mêmes à mal ou en difficulté ou sous pression, ni à mettre leur ou leurs alters en ce mal, cette difficulté, cette pression.
Nous, les vieux, sommes chaque jour subjugués par leur capacité à ainsi garder une force, une solidité, qui de leurs sages paroles sublimées par nos efforts de restriction, leur assure une tranquillité de l'esprit personnel autant que communautaire. Nous, les vieux, pour qui l'appétit d'ouvrir notre bouche se solde bien plus souvent qu'eux, par des résultats bien moins profonds, bien moins réfléchis, trop spontanés, nous sommes admiratifs de leur sagesse, contents de pouvoir croire avec de plus en plus de certitude, que nos efforts furent les bons, et fiers d'avoir ainsi réussi dans une certaine mesure, à promettre à notre succession, de se débarrasser de nos erreurs accumulées par le passé. Nous les vieux, les commérants, les babillants, les blablateurs, avec l'humilité que notre ambition passée exige à ainsi avoir réussi, pour le progrès chez nos enfants qui nous surpassent, ne serons bientôt plus assez nombreux, avant de disparaître, pour transmettre ce mouvement que nous avons initié.
Ce qui est peut-être le dernier obstacle à franchir, le dernier test de validité, la dernière chose à acquérir, avant de commencer l’expérience de la longévité et de la durabilité intergénérationnelle : le comparatif que nous leur apportons pour se construire. Nous étions la flamme qui allume la mèche, ce sera bientôt le temps de la mèche seule et autonome, et nous espérons qu’elle sera la plus longue possible. Oui, nous avons été au début, les modèles acteurs et initiateurs du mouvement, c'était la période où nous leur enseignions la voie à suivre au moment où nous la découvrions, la construisions, par l’application de nos principes décidés ensemble ; et puis lorsque bénéficiaires de ces modèles, ils nous ont dépassés, nous sommes devenus les modèles de contre-exemple, les modèles à ne pas suivre, ceux qui probablement les exaspéraient à leur donner encore les leçons qu’ils avaient mieux intégré que nous leurs inventeurs. Lorsque nous ne serons plus là, qu'adviendra-t-il de leurs influences ? Si ce passé volubile nocif disparaît avec nous, reviendront-ils naturellement vers cet état qui était naturel chez nous, ou au contraire sauront-ils continuer dans la voie tracée par le Silence depuis soixante ans ? Ce même terme, Silence, dont la radicalité, l’extrémisme et la violence étaient nécessaires au début pour nos actions communes et notre réflexion partagée, ce concept qui bien sûr ne saurait résonner avec sens si on le prend dans sa simple signification lexicale, ce terme que nous gardons aujourd’hui mais dans un usage bien moins lourd, bien moins systématique, ce terme qui a une époque était presque médicamenteux, mais qui aujourd'hui ne peut plus perdurer tel quel pour faire perdurer la dynamique qu'il a engendré ; ce terme, et son impact, quels seront-ils à l'avenir ?
Nous, derniers procréateurs des premiers enfants de ce mouvement, disparaissant, laissons la place à la suite, à ces enfants et puis leurs enfants…
Les enfants du Silence.
Comme si d'un entraînement cumulé à des apnées de l'esprit, nous avions appris à mieux respirer nos conversations, moins suffoquer ni surventiler. Et mieux nager sous la surface.
Titre: on l'a cassée
Posté par: Dot Quote le 04 Juillet 2025 à 22:28:07


on l'a cassée
v1.3



La fabrique du mensonge n'est pas une invention propre aux perdants de la seconde guerre mondiale. Ils l'ont élevée à un niveau qui a été très destructeur, c'est sûr. Humainement parlant, ou plutôt disons en termes de nombre de vies humaines… Mais elle existait bien avant, et il faut bien se rendre compte qu'après, ça a été pire sans que personne n'en tire de leçons sinon celles pour mieux ce faire.
Il parait qu'à l'époque du papier, dans certaines universités, de malins élèves s'assuraient la réussite en fréquentant les bibliothèques universitaires. L'anecdote pourrait s'arrêter là et servir les défenseurs de la littérature et d'une quelconque valeur d'âme qu'ils s'attribuent. Pourtant, une légende incertaine mais pourtant fort probable, raconte que ces petits malins se précipitaient le plus tôt possible dans les rayons qui intéressaient leurs diplômes, et que par souci de facilité à la compétition, arrachaient les pages importantes des livres de presse du savoir. L'on n'est pas encore tout-à-fait dans la fabrique du mensonge, mais au moins à un premier pas : se réserver le savoir et en fermer l'accès aux autres. Pas besoin d'être très assidu à l'apprentissage, lorsque les concurrents n'ont pas le matériel nécessaire.
Du sabotage. L'humain compte énormément sur son savoir, et ce depuis assez longtemps dans son histoire, si ce n'est comme on dit par facilité, depuis qu'il est humain, depuis toujours, depuis l'aube des temps. Le secret est probablement aussi vieux que le savoir. Tenir son congénère loin de l'information importante, c'est lui ôter l'accès au pouvoir.
Et pour passer à la puissance supérieure, eh bien voilà qu'apparait la falsification.
Mieux que les régimes autoritaires de la fin du millénaire, leurs successeurs d'influence avaient bien compris qu'il est encore plus efficace de flatter la satisfaction des masses, en leur donnant l'illusion d'en savoir suffisamment. Ils les ont rendus addicts à cette illusion. Partout l'on ne voyait que des médias prétendant apporter des savoirs, des conseils, des méthodes, des secrets ; il en existait pour tous les niveaux d'intelligence, de culture, d'esprit critique. Chacun y trouvait son compte.
Et le cercle s'auto-alimentait par la géniale invention de laisser libre cours à l'envie de chacun de participer à la chaîne en partageant sa propre expertise.
Des communications toujours à vouloir rassurer un besoin boulimique de maîtriser le discours. Cela avait l'avantage de flatter l'esprit de chacun, et de faire taire ceux qui souhaitaient aborder des questions difficiles ou sans réponses. L'on ne voyait partout que des affirmations sans remise en question, dans un panel de formes émotionnelles extrêmement diversifié : conseils bienveillants, alertes affolées, révoltes énervées, révolutions spectaculaires, réflexions concentrées, chacun pouvait trouver satisfaction dans sa quête personnelle d'acquisition ou de diffusion d'information, de savoir et savoir-faire, de critique, d'opinion…
Et puis derrière tout ça, les marionnettistes s'amusaient sous cape. Jamais ils n'auraient cru aussi sérieusement qu'il était si facile de faire dire tout et n'importe quoi à ceux qui les écoutaient, tant qu'ils les rassuraient sur leur sentiment d'être bien avertis, tant qu'ils y croyaient. L'évidence, le bon-sens, la raison, tout ceci se perdait dans une confusion où l'appétit de certitudes n'était plus qu'un sentiment rempli de vide. La curiosité naissait d'un sentiment d'insécurité, et elle s'épanchait avec les choses les plus ridicules qui soient, de plus en plus, à mesure que tout et son contraire venait prendre part à des contradictions, des conflits, de plus en plus violents à mesure que chacun croyait de plus en plus à ses propres informations…
Si la guerre des idéologies était une constante croissante de l'humanité depuis des millénaires, elle arriva pourtant à une apogée abyssale avant que tout s'effondre.
Il n'y eut pas besoin d'armée ni de milice afin de tout tuer. Seulement des gens libres, énervés, ligués contre eux-mêmes. Mourir pour des idées, oui, tuer pour des idées, oui. Ils y parvinrent sans mal. Et pendant qu'ils se nettoyèrent les uns les autres en criant à leurs dirigeants qu'ils étaient les coupables et qu'eux se réservaient le pouvoir d'être responsables, ceux-ci les regardaient d'un œil sarcastique, sans risquer un honnête acquiescement qui les auraient stoppés dans leurs combats aveuglément suicidaires…
Ces bons élèves d'une époque, avec leurs pages déchirées conservées dans leur dortoir, n'avaient qu'à attendre les examens, constater leur réussite, et profiter de leur avenir. Voir leurs camarades leurrés foncer droit dans le piège de l'ignorance.
Ne resta alors dans le panier, qu'une partie extrêmement immorale de l'humanité…
Heureusement, et presque pour la première fois, les mal-intentionnés n'étaient pas les seuls à s'être bien préparés… D'autres humains qu'on pourrait qualifier de sages, survécurent à moitié cachés au massacre intra-espèce de l'humanité, et firent tout pour que la balance ne penche trop du mauvais côté… Tous n'étaient pas du même bord, évidemment, tous pas forcément d'accord sur tout. Et entre les bonnes et les mauvaises intentions, leurs formes diverses parfois opposées, leur force pas toujours bien répartie, l'humanité recommença un nouveau chapitre de son histoire après que la civilisation de masse se fut largement dégorgée et que la démographie eut chutée dramatiquement.
Les méchants qui s'étaient fait passer pour les gentils n'avaient rien fait de mal autre que d'amplifier le mal des ignorants jusqu'à ce qu'ils s'entretuent. Mais pour une fois, les gentils, plus prudents que jamais, s'étaient assez camouflés pour rester en vie, parfois allant même jusqu'à se fondre parmi les méchants, dissimulant du mieux qu'ils pouvaient leurs actes de cœur.
C'est d'ailleurs de ces confusions provoquées par l'hypocrisie collective mêlant la nature des intentions par bien trop de jeux de masques et de duperies, que le bien et le mal avaient pu disparaître de la croyance populaire, à raison bien plus complexe qu'une simple dichotomie simpliste, et qu'alors tout avait pu basculer ; car plus rien ne faisait sens avec ces termes moraux rejetés des consciences collectives et individuelles, chacun ne pouvant être plus que perdu face à la fiabilité inexistante de toute prétention à ces choses…

Le résultat ? L'humanité avait cassé sa confiance mutuelle, et le monde se désintégra. Certains d'entre nous parmi les survivants, essayent depuis de la réparer dans les décombres de l'ancienne ère.
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Titus le 05 Juillet 2025 à 10:12:17
Salut Dot Quote !  :) :)

Merci pour cette violente (mais précieuse) piqûre de rappel. Un pamphlet édifiant contre la race des seigneurs qui veulent diriger cette planète tout en sachant qu'elle est devenue littéralement ingouvernable.

Le résultat ?

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


C'est dans cette direction que mon propre regard se dirige, et donc merci encore une fois pour le partage. 


Amitié politique et philosophique,

Titus.
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 05 Juillet 2025 à 13:03:40
salut Titus, et merci pour ton retour d'appréciation,

en revanche je préfère insister sur un détail d'interprétation, je sais qu'il est facile et agréable d'en vouloir aux puissants, et bien que je tente ici de décrire leur rôle coupable, je tiens à préciser qu'il serait partiel et trompeur de se dire que c'est uniquement eux que je cible… tout ce fil ici tourne autour de l'idée d'une aliénation collective dystopique (abordée approximativement ici, la piste perdue d'un trésor (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg675526#msg675526) autour de notions vagues comme la conscience, la communication, le langage), où chacun y a sa part de responsabilité, pas seulement les dirigeants (ceux-là étant un peu justifiés mais non excusés ici, dead-scan - n°x (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg672852#msg672852) témoignage fictif de l'un d'eux), avec notamment l'idée de l'augmentation des écarts de savoirs (illustrée dans un futur éventuel par panier aux oeufs dans les branchages (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg670142#msg670142) et stimuli exsomniques (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=44047.msg674676#msg674676), deux points de vue romancés des héros de mon histoire)

il me semble qmm qu'en spoiler tu as su trouver le noeud de ce texte-ci, la confiance mutuelle...

politicophilosophiquement, et un peu psychosocialement, et bien sûr littérairartistiquement, merci
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Titus le 05 Juillet 2025 à 14:16:23
collectivement enchaînés et collaborateurs passifs...


Titus.
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 05 Juillet 2025 à 14:34:11
... et coincés dans des pelotes de noeuds indétricotables...?

:x
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Titus le 05 Juillet 2025 à 14:35:31
En effet !  ;)

D'où ma théorie du fabriqué.
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 05 Juillet 2025 à 15:13:00
qui m'a semblée assez inaccessible pour moi lorsque je m'y suis penché... j'y reviendrai ptetr, mais pour ça il faut entre autres, que je travaille mes faiblesses à la persévérance... faut que je précise qmm que justement et comme il est abordé dans ce "on l'a cassée", j'ai de grosses réticences et difficultés à prendre courage pour aller me repérer au milieu du fait qu'à notre époque, on est bcp à tous avoir notre petite théorie et à vouloir l'éprouver en public, et que cela fait partie du sac de noeuds... quand tu parlais de passivité plus haut, celle-ci je la trouve toute relative, au contraire même, tjrs comme dans ce dernier texte, j'crois qu'on arrive à enrôler plein de gens dans une participation à l'expression, notamment sur les réseaux bien sûr, où tout le monde a son mot à dire, et même si demeure le fait d'une inefficacité globale... tout ça gravitant sans cesse autour de ce que je perçois comme très limité dans les mots, les outils de réflexion intérieurs et extérieurs, la difficulté à se comprendre, etc, choses qui m'effraient dans mon rapport à autrui et à moi-même : l'impression de m'embourber dans mon expression autant que dans celle d'autrui, et qui me fatigue, me donne un vertige de non-sens, un sentiment désagréable de décalage et d'incompréhension
Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: SablOrOr le 05 Juillet 2025 à 23:58:15
Bonjour à vous, cher Dot et Titus,
Voici mon petit bond du soir, ne tenant pas l'endurance d'une lecture et rerelecture approfondies, de peur de perdre le fil de mes enthousiasmes face aux bribes de compréhensions que j'ai cru saisir  ::)
...non par ta faute et celle de ton expression Dot, mais surtout un peu quand même à cause du temps, ou du moins de la conscience de celui dont je ne saurais disposer (là tout de suite) si je voulais répondre joliment et intelligemment à toutes les idées qui me sont apparues... lors de ces dîtes fameuses (  :o ) bribes de compréhensions de ta pensées à travers tes mots.
Oups... on dirait bien que je fais des longues, phrases avec peu de virgules ! Sorry.  :)
J'ai honte un peu car depuis ma dernière intervention sur ce fil, j'ai lu, et relu...j'ai aimé...en trouvant plein d'intérêts et d'interpellations,  sans trop savoir par où commencer un début de phrase participative depuis l'année dernière (quand même)... tu sais comme quand tu tiens un aliment trop chaud, que tu ne veux pas faire tomber, ni poser n'importe où...et que tu ne peux pas plus avaler ! L'analogie est intéressante car anachronique, c'est comme si je ne pouvais digérer les essais, sans avoir pu vraiment les manger ! Hihi
Comme quoi, la pensée est bien exprimée, motivante et me rend très curieuse, quand je ne suis pas trop fatiguée (ce qui hélas est trop souvent profondément vrai depuis quelques mois).
J'aime particulièrement la thématique filée sous l'écorce à la menthe de tes idées fraîchement dystopiques, tout comme les trésors cachés ci-dessus.  Car les phrases sont complexes, les exemples précis sans compromettre les recoins nombreux, les cachettes possibles, les feuillets bien remplis.... et le fond réaliste !
Et justement, sur ce fond, comment ne pas tomber dans un des travers  dénoncés brillament ? Les miens sont évidents, je flatte un peu... est-ce mal pour autant ? Est-ce une quête véritable d'insoumission au pouvoir ambiant, ou plutôt celle d'une anarchie héréditaire ? Qui est le plus méritant ?
Et, qui sont ces sages qui soufflent sur nos têtes ?
Quel nuage est sans limite ?
L'éternité existe-t-elle totalement ?
Est-ce que ?
Il semble que mes élans cérébraux se tarissent (déjà) pour l'heure. Je ne résiste pas, pour céder, si j'en ai la force, à d'autres réflexions et peut-être reprendre plus tard un trait, un circonflexe ou une broutille sémantique qui m'auront fait tilter.
Mes saluttéraires et admiratives symphonies nocturnes,
 :calin:



Titre: Re : un tunnel sous le ciel
Posté par: Dot Quote le 07 Juillet 2025 à 17:39:15
SablOrOr,
 :mafio:



Et justement, sur ce fond, comment ne pas tomber dans un des travers  dénoncés brillament ?
ai-je bien compris la question ? des choses desquelles il est très difficile ne serait-ce que de prendre conscience, puis d'accepter, encore plus de contrer… des choses si ancrées qu'elles apparaissent normales, dont on ne voit pas le danger, ou alors qu'on croit contrer alors qu'on les amplifie au contraire… des murs que les gens construisent autour d'eux en même temps qu'ils tentent de détruire ceux des autres dans une course absurde... je serais enchanté que ce message soit passé auprès de toi, tant la situation m'affole depuis mon point de vue

est-ce mal pour autant ? Est-ce une quête véritable d'insoumission au pouvoir ambiant, ou plutôt celle d'une anarchie héréditaire ? Qui est le plus méritant ?
Et, qui sont ces sages qui soufflent sur nos têtes ?
de bien difficiles questions ! un mal absolu ou du mauvais circonstantiel, je pencherais plutôt pour le second... insoumission causée par la blessure des abus de pouvoir, mais qui dans un fanatisme extrême et par une justice partiale mène à une anarchie destructrice... méritant, gagnant, influent, tout se mélange… et le souffle sur nos têtes dont le tampon "sagesse" n'est pas du tout fiable…



j'ai pris plaisir à lire l'echo de mon texte dans tes mots, et à ainsi sentir une réaction entre nos esprits par le prisme du tien, je te remercie grandement pour ta lecture et ton retour

te souhaitant de vaincre la fatigue que tu cites, de gagner assez de temps à disposer pour pouvoir faire tout ce que tu y glisserais, et de montrer prudence avec les aliments trop chauds,

j'espère que nous nous croiserons à nouveau à l'avenir, symphoniquement ou harmoniquement

bien à toi