Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes mi-longs => Discussion démarrée par: Safrande le 24 mars 2024 à 22:27:18

Titre: Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 24 mars 2024 à 22:27:18
Salut tout le monde !
Pour vous présenter un peu le bordel, il s'agit du premier texte d'un livre (une espèce de journal plutôt) plus grand et fragmentaire autour du même univers, du même personnage. Ce texte étant l'ouverture, l'exposé de plein de thématiques qu'on retrouvera tout au long de l'ouvrage, j'ai besoin de vos retours pour savoir en gros ce que vous avez saisi de la situation concrète du perso, et au contraire ce qui vous échappe - il y a des choses qui sont naturellement insaisissables, puisque je ne dévoile pas tout dans le premier texte, mais je veux m'assurer que ce soit les bonnes ^ ^
Et globalement si vous avez des remarques précises/concrètes pour améliorer la compréhension/la clarté du texte j'suis preneur. Les fautes ça va sans dire - vous allez être servis  ;D

Bonne lecture !

L'épigraphe du livre sera une phrase de notre ancien camarade Keanu/Forêt

Texte n°1
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Texte n°2
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Texte n°3
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Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Beglous le 29 mars 2024 à 19:45:43
Bonjour Safrande,

Je te fais un retour sur le début seulement, pour le moment (me suis arrêtée au cimetière).

Ce qui me plaît, c'est l'expérimentation dans ton écriture, que je découvre (cela me rappelle cependant beaucoup la vidéo que tu avais postée).
Mais comme toute expérimentation, ce qu'elle gagne à oser, elle peut le perdre en compréhensibilité.
Je ne vais pas m'avancer sur l'histoire pour l'instant - dans l'attente de lire l'entièreté, mais avant cela il y a des choix que j'aimerais interroger.
La ponctuation, principalement.
Je la trouve étonnante, imprévisible et je n'en comprends pas la logique.
Je ne doute pas qu'il y a cependant une recherche consciencieuse la concernant ; et je serais vraiment curieuse de te lire à ce sujet.

Ce que j'apprécie, ce sont les fulgurances poétiques dans le texte, l'approche rugueuse de l'écriture très portée sur le sensitif. J'apprécie aussi le déroulé associatif qui restitue bien à mon sens, les impressions que peuvent déposer en nous la mémoire, et notamment la mémoire de l'enfance.
Mais,
je trouve qu'il y a parfois une tendance à complexifier plus que nécessaire le discours. Là aussi, cela me poste question. Je me demande ce que tu veux produire comme effet sur le lecteur et ce qui motive ton geste narratif. Je crois que lorsqu'on expérimente ainsi, on le fait pour une raison, ce n'est pas par hasard que l'on tord la langue, que l'on propose un système complexe et original d'imbrications.
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 29 mars 2024 à 22:49:46
Salut Beglous, merci beaucoup pour ton retour  ;D

Pour ce qui est de la ponctuation, son imprévisibilité est sans doute dû à mon goût pour l'organicité, je sais pas trop ; c'est aussi le fait qu'elle soit taillée pour la voix - le texte globalement est fait pour la voix, il respecte la respiration et ménage la langue, bien qu'il soit incompréhensible à voix haute (c'est paradoxal). J'ai passé des millier de fois (j'exagère à peine) le texte au "gueuloir", mais au gueuloir moderne : non seulement je le lit à voix haute, mais aussi je m'enregistre pour pouvoir m'écouter, et j'ajuste à petites touches certains rythmes, certaines mélodies qui me semblent fausses.

Citer
ce n'est pas par hasard que l'on tord la langue
Ouais pour moi c'est l'enjeux principal de la littérature : je ne souhaite pas être un conteur, quelqu'un qui intéresse surtout par le récit (ce dont je suis à peu près incapable, et que j'apprécie par ailleurs), je cherche aussi un travail de la langue, je souhaite une approche formelle qui transcende en quelque sorte des histoires/des expériences à priori banales et mille fois expérimenté par tout le monde, en les restituant par exemple au plus proche de mes sensation, de ma sensibilité, de mes dédales mentaux (ou d'ailleurs à l'inverse de ma sensibilité, de mes sensation, de ma morale), pour leur donner un caractère "unique". Bon tout ça est bien prétentieux mais c'est bien des choses que je "cherche", que je "souhaite", c'est un idéal que je suis encore loin d'atteindre  ;D

La complexification du discours est multifactorielle je pense. Il y a le fait que ce soit le premier texte d'un livre qui sera énorme je pense, qui traitera toujours du même personnage et du même cadre, et qu'il y a ce désir de jeter le lecteur dans le bain, comme au beau milieu d'une histoire, d'un état d'esprit, avec un personnage dont on comprend les tenants et les aboutissants au fur et à mesure de la lecture - à mesure qu'on lit les textes ça sera moins obscur, la situation se fera nette, on apprendra des choses sur lui par les souvenirs qu'il évoquera, etc. Il y a le fait que je voulais faire un tour d'horizon des thématiques qu'on retrouvera disséminé plus en détail dans le reste du livre - mes autres textes partent moins à droite à gauche et se focalisent sur un unique objet en général, et sont beaucoup plus court. Il y a aussi le fait que c'est mon premier "vrai" texte dont j'suis content, et qu'il porte encore la marque de mon désir d'impressionner, tare qui s'estompe avec le temps, comme celle de la peur de lasser, et qui est aussi responsable de la complexité du truc. L'alambiqué des phrases, le flou que peut créer la complexité du récit sont surement dû à mes lectures de Faulkner ou Simon, que j'adore mais dont j'ai pris les défauts sans les qualités qui vont avec  ;D Et en vrai y'aurait tellement d'autres facteurs qui font que le discours est complexe, mais peut-être une réponse golmon et un peu provocatrice serait de dire "la vie c'est pas simple"  :D Non mais ouais j'ai ce désir de faire cohabiter des paradoxes, des sensations, de les exprimer clairement si elles sont claires, confusément si elles sont confuses, dédalement si elle sont dédaleuses  ;D

Mais du coup c'est vrai que vos retours me sont précieux justement parce que j'ai conscience que tout n'est pas clair, et j'aurais besoin de remarques précises pour améliorer tout ça, pour faire un peu de jour, en m'indiquant un passage dans une phrase, une situation que vous comprenez pas, le choix d'un mot qui n'est pas clair, etc - bien qu'il y ait des choses, comme je l'ai dit dans la présentation, qui sont volontairement insaisissables pour l'instant.

Merci en tout cas de l'intérêt que tu portes au texte, à plus  ;D
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Basic le 30 mars 2024 à 07:35:34
Bonjour safrande

autant te l'avouer je ne suis pas fan d'auto fiction ( si ce n'en est pas, ça le fait), ce type de littérature me laisse un peu à côté. Toutefois j'ai lu ton texte ( pour l'instant, un morceau) avec curiosité.
Je t'ai mis quelques notes. Bon, j'espère que ça peut t'accompagner un peu

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B
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 30 mars 2024 à 12:11:28
Salut Basic, merci beaucoup pour ta lecture, du temps que t'as pris pour te plonger dans le texte  ;D
Ouais c'est de l'auto fiction - le curseur est quand même plus à la fiction qu'à l'auto : ce perso n'est pas moi heureusement. C'est marrant que si ce n'en est pas ça le fait pour toi, alors qu'à priori ça ne change rien sur le papier ?

Pour ce qui est des crochets ils ont bien une signification, toutes mes "expérimentations" (sauf peut-être l'histoire des pronoms, j'y reviendrai) ont une intention en général - mais c'est vrai que dans ce texte leur accumulation leur donne un côté gratuit, un côté "je vais t'éblouir avec mon laboratoire".

Je met ce segment sous spoiler car il révèle certaines de mes intentions, et si quelqu'un s'aventure à commenter je voudrais savoir ce qu'il a compris sans les avoir lu au préalable  ;D
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Citer
pas trop compris ça « il doit penser de nous » ainsi que la majuscule à Cet
J'ai supprimé ce passage, trop de retour me l'ont signalé et le tient m'a décidé - je sais pas trop pourquoi j'y étais attaché en plus, il n'apporte pas grand chose. Et majuscule à "Cet" ça indique l'entrée d'une parole, je ne met pas de guillemet, c'est un truc que je fais tout au long du texte - j'ai piqué ça à Simon, à Beckett, beaucoup le font.

Citer
que par mes excrétions et ma sudation réunies ( j’ai eu un souci avec nous, on, je… )
Au lieu de mettre "; on pleura" vers la fin, qui peut être assez ambigu, j'ai mis "je pleurai".

Citer
ici, apparaît un autre perso « le garçon »… purée je ne l’ai pas vu arriver
Ouais la brutalité des introductions à certains sujet est voulue, j'aime bien "jeter dans le bain"  ;D

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(on dit glands pour un pin?). ( du coup c’est un chêne)
Haha t'es le premier à avoir remarqué ça j'suis content  :D Effectivement le narrateur inverse tout, je voulais rendre l'espèce d'embrouillement dans ses images ; c'était un petit jeu avec le lecteur aussi, une tentative d'humour - parce que jusque là personne n'en a parlé mais : est ce que vous avez un peu sourit ? J'avoue que c'est un des but du texte aussi...

Citer
voit nous sommes fouichus ( bug ou pas bug?)

Ouais c'est volontaire, parce que juste après je dis qu'il met sa langue dans mon nez, donc c'est la retranscription de la parole quand une autre bouche vient l'attaquer  ;D

Citer
comme il est souple ou rapide...
C'est pour ça que je précise après "on aurait dit" : "et son pénis tout droit dans mon nez on aurait dit n'est-ce pas tellement"

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le coup tendu ( bug :cou tendu?)
Ouais bug ici, c'est bien "cou"

Et globalement merci pour les fautes  ;D
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Basic le 10 avril 2024 à 10:26:20
Bonjour Safrande,

un peu la même impression... parfois l'écriture m'intrigue, parfois elle me laisse dubitatif ( ces histoires d'effets)... je peine aussi avec le sujet, les intèrêts du narrateur ( après on peut commenter quand même)

donc des trucs sur cette deuxième partie

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B
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 10 avril 2024 à 23:34:26
C'est gentil à toi de t'accrocher Basic, d'autant que tu n'as vraiment pas l'air emballé  :D

Pour ce qui est des intérêts du narrateur, c'est à peu près normal qu'ils soient flous pour l'instant - et comme je l'ai dis dans mon post initial, ça me serait d'une grande aide que vous me faisiez un petit topo sur ce que vous avez compris ou croyez comprendre de la situation du perso, en très gros quoi, grossièrement. Le sujet, "l'intrigue", y'en a pas vraiment je crois, ou y'en a plein, vu que le livre sera une espèce de journal ; je ne cherche pas vraiment à "conter" une histoire ; et le vagabondage entre les différents thèmes fait parti de la démarche, ça sert un peu à montrer le désœuvrement, l'errement du perso. Bon dans tous les cas ça passe pas j'ai l'impression  :D

Citer
( dans l’inaction par rapport à la statue ce n’est peut-être pas nécessaire, par rapport à une personne oui, alors déplacer « dans l’inaction)
J'ai pas compris ta suggestion ici ?

Citer
( est-ce le nous singulier ? Alors figé)
C'est un choix à faire : est-ce que pour le "nous" qui désigne le narrateur il faut que je conjugue à la 1ère personne du singulier, ou est ce que faire ça va encore plus embrouiller le lecteur et lui faire croire en plus que je sais pas conjuguer la 1ère personne du pluriel ? Perso je me suis dis que ça allait plus embrouiller qu'autre chose, du coup j'ai laissé les conjugaisons tranquilles - après dis moi ce que t'en penses ?

Citer
j’aime bien le début par exemple ici, puis après ça s’entasse et pour moi, ça bug

Sans plus de détail sur pourquoi ça bug, je vais pas pouvoir faire grand chose. Pour moi tout est oké, c'est peut-être l'omission du nom vers la fin : "car il m'appartenait et donc, comme nous l'avons (je parle ici du contrôle : "comme nous avons le contrôle de mes gestes", mais le nom vient après, c'est un truc que fait pas mal Proust ou Simon, mais peut-être qu'ici ce n'est pas bien fait) de mes gestes, nous avions le contrôle sur ce qu'il était/allait devenir." - c'est peut-être aussi que le temps n'est pas le même : comme nous l'avons de mes gestes, nous avions le contrôle etc, car je ne peux pas dire "comme nous l'avions de mes gestes", car le perso a toujours le contrôle de ses gestes à l'heure actuelle. Mais je reconnais que c'est tordu, c'est le genre de réflexions alambiquées que fait souvent Faulkner, dont je raffole, et qui je trouve collaient bien à la bizarrerie du personnage, et en même temps ça capte bien quand même une sensation intime que j'avais quand j'étais petit, que je contrôlais la vision que j'avais de mon environnement aussi facilement que n'importe quels gestes de mon corps, comme si mon environnement n'en était qu'une extension, et que je pouvais jouer avec aussi bien que je jouais avec mes jambes, mes doigts, etc - mais y'a peut-être une couille dans l'exécution.

Citer
ça change de temps dans la même phrase par ex ici

Oui ici je me demandais si c'était grave ici, si c'était choquant ; c'était pour éviter la lourdeur de l'imparfait, mais je vais m'y résoudre  :D

Citer
et cette perspective, bien qu'elle m’envoûtât, m'apaisât et d'autres folies, me plongeait (plongeaient) dans de vives réflexions.
Je ne crois pas ici, parce que je parle bien de la perspective qui, bien qu'elle m'envoute, m'apaise (et d'autres folies), me plonge dans de vives réflexions. 

Merci en tout cas de prendre le temps !


Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Basic le 13 avril 2024 à 05:45:16
Bonjour,

comme je te le disais je suis resté certainement trop à côté du texte. Les "thèmes" (peut on parler de thème) abordés par le narrateur me laisse un peu  froid dirons nous.
Le personnage :disons que dans le format ( on est sur le forum, sur peu de texte mais quand même déjà un peu) : donc on est en compagnie de ce perso et disons que... il nous raconte des morceaux de vie assez glauques tout en étant pas non plus des aventures... qu'est ce qui crée l'empathie ( pour ce perso, je ne sais pas si il peut y en avoir) ou l'intérêt que le lecteur peut avoir à le suivre dans ces pages.... plus largement quel intérêt un lecteur peut avoir à suivre un perso négatif : la fascination pour le trouble, le style de la narration. Tu as choisi une narration première personne, donc encore plus compliqué. Une narration hachée, par bonds, qui se complique d'effets d'oralisation ( liés au perso, j'imagine ): crochets, pronoms personnels, ellipse, changement de temps... ça fait peut-être un peu trop. Il y a des éléments qui pourraient certainement être intéressant à garder même à épaissir. Je sors de la lecture avec une sorte de sentiment de répulsion (le perso ne m'est pas sympathique, bon, pas grave pas nécessaire, mais j'ai du mal à attraper quelque chose, à être intrigué)
Toutefois, je crois que l'on peut faire un peu de compagnie même si on est pas emballé. Entre nous, heureusement qu'on le peut. C'est ce que j'ai essayé.
Donc essentiellement sur la narration.
Elle m' a laissé perplexe parfois, plu à d'autres
l'exemple que je te donnais :  Dans mon enfance les endroits ou les lieux m'appartenaient, les endroits étaient d'autres lieux, n'étaient pas juste des lieux mais ce que nous voulions qu'ils fussent : et si je ne voulais plus que Saint-Jean, mon village, fût ce que j'avais convenu qu'il été ( était), nous le modifiions, car il m'appartenait et donc, comme nous l'avons de mes gestes, nous avions le contrôle sur ce qu'il était/allait devenir.
Je trouve la première partie très chouette, très juste (celle que j'ai soulignée), ensuite, la répétition de la forme sonore ( st jean fut ce) le gonflement de la phrase par une tentative d'explication compliquée m'a noyé.

Dans l'inaction par rapport à la statue, ( j'y pense à l'instant) . C'est un peu comme si on disait comme une statue immobile... ça peut avoir un effet comique cette évidence, mais ici, je ne sais pas trop.

C'est un projet ambitieux, pas facile du tout. Je pense qu'il faut le tester avec un maximum de lecteurs. Je suis certainement trop "classique" , trop normé.

B
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 14 avril 2024 à 00:28:44
Merci beaucoup Basic d'être aller au bout, malgré le manque d'affinité avec le touti...
Ma réponse sous spoil pour éviter de dévoiler aux potentiel prochains lecteurs, comme j'ai besoin de savoir ce qu'ils ont compris...

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Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Beglous le 21 avril 2024 à 12:05:28
Bonjour Safrande,

J'ai poursuivi ma lecture jusqu'à "pas de déchet" pour le moment.
(j'en profite pour souligner 'déchet' au singulier, s'il n'y en a pas).

Je vais reprendre tes réponses à mes premières interrogations.

Citer
Pour ce qui est de la ponctuation, son imprévisibilité est sans doute dû à mon goût pour l'organicité, je sais pas trop ; c'est aussi le fait qu'elle soit taillée pour la voix - le texte globalement est fait pour la voix, il respecte la respiration et ménage la langue, bien qu'il soit incompréhensible à voix haute (c'est paradoxal). J'ai passé des millier de fois (j'exagère à peine) le texte au "gueuloir", mais au gueuloir moderne : non seulement je le lit à voix haute, mais aussi je m'enregistre pour pouvoir m'écouter, et j'ajuste à petites touches certains rythmes, certaines mélodies qui me semblent fausses.
Ton texte je le lis à voix haute. Je ne le fais pas toujours, mais quand un texte me résiste un peu c'est ma façon de l'apprivoiser. Et bien même ainsi... il me résiste :D Quand tu dis qu'"il respecte la respiration", que c'est "taillée pour la voix" et en même temps "incompréhensible à voix haute", je crois que l'essentiel est dit. Cela me donne l'impression d'une tentative organique avec une approche hautement intellectuelle. Donc une contradiction. Si ça résiste c'est peut-être que toi, dans ton approche d'écriture, tu es aussi entré en résistance quelque part, en un endroit qui te concerne et qui t'appartient, je ne vais donc pas aller plus loin mais disons que ça m'éclaire.
De fait, cela m'amène à envisager ce texte comme une partition, un peu comme ces partitions d'écriture musicale contemporaine. Cela dit, ces partitions offrent généralement une grande liberté de lecture et d'interprétation, tandis que ce texte-ci a plutôt tendance à rétrécir la focale, à se concentrer sur des détails, à entrer de plus en plus loin dans le dédale logique de son protagoniste - ( [ { . } ] ) -
Si c'est bien de cela dont il s'agit, je t'encourage alors à aller encore plus loin. Sans demi-mesure peut-être. Mais alors, il me parait essentiel que la lecture à voix haute soit interprétable et pas rigidifiée par le système de ponctuation et de respiration proposé. Je laisse ouverte cette réflexion bien sûr, elle n'est pas très claire dans mon esprit, mais c'est ce que m'évoque ta tentative telle que je me la représente.
 
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Il y a aussi le fait que c'est mon premier "vrai" texte dont j'suis content, et qu'il porte encore la marque de mon désir d'impressionner, tare qui s'estompe avec le temps, comme celle de la peur de lasser, et qui est aussi responsable de la complexité du truc. L'alambiqué des phrases, le flou que peut créer la complexité du récit sont surement dû à mes lectures de Faulkner ou Simon, que j'adore mais dont j'ai pris les défauts sans les qualités qui vont avec  ;D Et en vrai y'aurait tellement d'autres facteurs qui font que le discours est complexe, mais peut-être une réponse golmon et un peu provocatrice serait de dire "la vie c'est pas simple"  :D Non mais ouais j'ai ce désir de faire cohabiter des paradoxes, des sensations, de les exprimer clairement si elles sont claires, confusément si elles sont confuses, dédalement si elle sont dédaleuses  ;D
Oui, je suis d'accord avec ton analyse, je trouve que cela se ressent ce "désir d'impressionner" dans la "complexité du truc". J'ai ce travers aussi. Peut-être que tu ne le vois pas ainsi mais je pense que c'en est un. Je travaille beaucoup à m'en défaire comme on ôterait un habit qui a servi autrefois mais qui empêche désormais plus qu'il ne libère. Très simplement, pour moi, cette surenchère de complexité à différents niveaux (du mot à l'articulation globale du propos) fait que je ne me représente pas, mentalement, visuellement, le contenu. Généralement quand je lis, je vois, j'entends, je sens mon pouls battre en écho à celui du texte, ma pensée parfois le devancer ou à l'inverse se faire surprendre. Dans le cas de ton texte, tel qu'il se présente aujourd'hui, j'ai l'impression de gravir une montagne hors d'haleine. Il y a parfois des moments où je peux me poser, où quelque chose de concret, de tangible apparait. Je ne parle pas de la corporéité ni des de ses fluides qui sont convoqués un peu à outrance, pas de ce concret-là, mais bien des instants où je me figure le bonhomme, son rapport au monde, ses bouées psychiques. Dans un rapport au corps, je dirais que l'écriture est dans une forme de contrainte et de contraction, il y a peu de relâchement, de détente, de souffle justement, de lieux, de figures, de mots qui nous reposent. Je ne crois pas que l'écriture gagne à être une ascension perpétuelle, une astreinte à s'élever. Tomber, s'arrêter, ces instants que l'on laisse s'installer, même s'ils peuvent paraître plats, banaux, dépourvus de singularité, c'est eux le bol d'air. Je crois qu'ils sont à voir comme une autorisation, pour reprendre ton terme que je trouve très éloquent, une autorisation "à lasser". Un délassement.

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Mais du coup c'est vrai que vos retours me sont précieux justement parce que j'ai conscience que tout n'est pas clair, et j'aurais besoin de remarques précises pour améliorer tout ça, pour faire un peu de jour, en m'indiquant un passage dans une phrase, une situation que vous comprenez pas, le choix d'un mot qui n'est pas clair, etc - bien qu'il y ait des choses, comme je l'ai dit dans la présentation, qui sont volontairement insaisissables pour l'instant.
Je suis bien incapable, au vu de ma compréhension du texte, de te donner ce que tu demandes, des précisions sur des passages en particulier. C'est l'articulation de l'ensemble que je discute, tant que cela n'est pas clair pour moi je ne trouve pas de sens à rapprocher ma focale.

à bientôt pour la suite de ma lecture et pour la continuité de l'échange si tu le souhaites.
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 21 avril 2024 à 18:10:40
Salut Beglous, merci beaucoup pour ce retour riche et fourni  ;D

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Si ça résiste c'est peut-être que toi, dans ton approche d'écriture, tu es aussi entré en résistance quelque part, en un endroit qui te concerne et qui t'appartient, je ne vais donc pas aller plus loin mais disons que ça m'éclaire.
Oui y'a peut-être une contradiction entre mon désir de faire de la musique (j'suis un musicien frustré) et d'exprimer quelque chose de précis. Comme tu l'as remarqué, le texte offre peu de place à la libre interprétation des lecteurs, c'est quelque chose dont j'ai horreur ; j'suis content que tu aies été sensible (du moins que tu l'aies remarqué) à l'enfoncement dans la logique du perso, comme dans un monde qu'on ne comprend pas toujours mais dont on devine qu'il est régit par des lois logiques.

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Si c'est bien de cela dont il s'agit, je t'encourage alors à aller encore plus loin. Sans demi-mesure peut-être. Mais alors, il me parait essentiel que la lecture à voix haute soit interprétable et pas rigidifiée par le système de ponctuation et de respiration proposé. Je laisse ouverte cette réflexion bien sûr, elle n'est pas très claire dans mon esprit, mais c'est ce que m'évoque ta tentative telle que je me la représente.
On m'a déjà fait cette suggestion, d'aller plus loin dans mon délire, mais j'avoue que malgré l'hermétisme de mon texte, il y a quand même un désir d'être compris - et j'offre malgré tout quelques clefs de compréhension dans le texte en lui même (enfin je crois : il me semble qu'il est possible de comprendre sa situation, son état d'esprit, etc). Je veux pouvoir être un minimum suivable, je refuse l'abstraction, le concept, j'ai, malgré mes partis pris formels et stylistiques, le désir d'écrire un truc concret. Et d'ailleurs je crois que mon texte est déjà bien "sans demi mesure" pour perdre à peu près 98% des gens à qui je l'ai fait lire, donc aller encore plus loin (chose que j'ai fait avant mais dont j'ai un peu honte maintenant) et je suis tout seul  :D

Citer
Je travaille beaucoup à m'en défaire comme on ôterait un habit qui a servi autrefois mais qui empêche désormais plus qu'il ne libère.
Oui totalement. Déjà rien que dans mon deuxième texte, j'ai laissé tombé les crochets [...], les variations de mots (ex : "où je peux me coucher/étaler nos jambes"), et globalement le changement de sujet incessant. Après, je suis quand même attaché à une certaine complexité du propos, à l'idée de tout dire dans les détails ; je me méfie de la simplicité, d'une certaine simplicité pour être exact, la simplicité "vulgaire" comme disait Simon, celle qui n'est pas le fruit d'une réflexion profonde si bien assimilé qu'on arrive à en extraire l'essence en quelques mots ; et quand bien même, cette simplicité là je m'en méfie aussi, car sa concision nous fait passer à côté de subtilités parfois jouissives ; de plus en plus je comprend que rien est "simple", rien est "évident", et peut-être qu'il y a un désir d'illustrer ce sentiment dans ce que j'écris, j'en sais rien... Dans tous les cas oui, y'a un équilibre à avoir que je n'ai pas encore trouvé !

Citer
Très simplement, pour moi, cette surenchère de complexité à différents niveaux (du mot à l'articulation globale du propos) fait que je ne me représente pas, mentalement, visuellement, le contenu. Généralement quand je lis, je vois, j'entends, je sens mon pouls battre en écho à celui du texte, ma pensée parfois le devancer ou à l'inverse se faire surprendre. Dans le cas de ton texte, tel qu'il se présente aujourd'hui, j'ai l'impression de gravir une montagne hors d'haleine. Il y a parfois des moments où je peux me poser, où quelque chose de concret, de tangible apparait. Je ne parle pas de la corporéité ni des de ses fluides qui sont convoqués un peu à outrance, pas de ce concret-là, mais bien des instants où je me figure le bonhomme, son rapport au monde, ses bouées psychiques. Dans un rapport au corps, je dirais que l'écriture est dans une forme de contrainte et de contraction, il y a peu de relâchement, de détente, de souffle justement, de lieux, de figures, de mots qui nous reposent. Je ne crois pas que l'écriture gagne à être une ascension perpétuelle, une astreinte à s'élever. Tomber, s'arrêter, ces instants que l'on laisse s'installer, même s'ils peuvent paraître plats, banaux, dépourvus de singularité, c'est eux le bol d'air. Je crois qu'ils sont à voir comme une autorisation, pour reprendre ton terme que je trouve très éloquent, une autorisation "à lasser". Un délassement.
J'aime beaucoup tout ce que tu dis là, c'est assez révélateur. J'ai envie de dire, tout dépend de ce que t'attend quand tu lis ? J'avoue que dans mes lectures je ne cherche pas spécialement à ce que mon pouls "batte en écho" avec celui du texte. En art en général j'aime être bousculé, j'aime vivre une expérience singulière, et ce qui me semble "une montagne hors d'haleine", si je sens une réelle intention derrière, me stimule, semble comme un défi - ça a été le cas avec Simon, vraiment difficile d'accès, mais la beauté de sa langue m'a maintenu avec lui, et ça a été le cas avec Proust aussi, vraiment rude au début, mais si on s'accroche, si on s'adapte à son monde, on découvre une profondeur analytique incroyable.
J'aime beaucoup ce que tu dis et ce que tu as capté sur la corporalité de l'écriture, qu'il y a peu de relâchement, de détente, c'est absolument vrai. Y'a quasiment rien de "naturel" aussi, tout est absolument artificiel, construit de toute pièce, avec beaucoup de sueur. En fait c'est surement dû à mes gouts : j'aime, en littérature comme en musique, qu'il n'y ait rien de trop, que tout serve à quelque chose. Je dégraisse systématiquement, parce que quand je vois dans un livre ces fameux passages "bol d'air" ça a tendance à m'ennuyer, j'ai presque la sensation que ça m'infantilise aussi, que ça ne fait pas confiance à ma curiosité, à ma capacité à m'investir pour comprendre - c'était pas mal le cas avec Kafka. Je suis attaché (pour l'instant) à l'idée de remplir l'espace - Bach aime bien ça en musique aussi  :D Ca vient peut-être de la poésie que je pratiquais avant, et dont j'ai gardé le frénétique soupèsement de chaque mots, de chaque vers. J'aime cette idée d'un objet plein, qu'on peut tourner dans tous les sens sans y voir quelque chose de superflu, un objet quasiment impossible, à cause de sa densité, à saisir en un regard - pour ça aussi que je tend à faire des textes beaucoup plus court : la longueur de celui ci était une erreur, autant pour le lecteur que pour moi, pour le lecteur car revenir en arrière lui coute, revenir au début est quasiment suicidaire, et pour moi car j'ai passé un an sur ce texte, à m'en rendre fou :D Aussi  je ne m'autorise pas à garder quelque chose que j'estime avoir moins de matière que le reste, il faut toujours que ce soit un minimum profond ou original ou drôle, etc ; il faut toujours qu'à chaque phrase je donne quelque chose, je surprenne, je nourrisse (et je comprends que ça puisse être indigeste) ; j'ai horreur des mots pour rien, des banalités qu'on entend tous les jours, des poncifs ; mais tout ça c'est peut-être un manque de confiance en moi-même et dans le pouvoir des mots, y'a un équilibre qu'il me faut trouver. Quoi qu'il en soit, toutes ces "tares" tendent à s'effacer avec le temps ; ce texte date d'il y a deux ans maintenant, et celui que j'ai fini en mars dernier a déjà bien évolué sur ces points, enfin je crois...
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Beglous le 26 avril 2024 à 16:21:07
ça y est, tout lu !

Je vais d'abord revenir sur ton précédent message.

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le texte offre peu de place à la libre interprétation des lecteurs, c'est quelque chose dont j'ai horreur
J'ai pas compris dans quel sens il fallait l'entendre.

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un monde qu'on ne comprend pas toujours mais dont on devine qu'il est régit par des lois logiques.
A mon avis c'est le principe d'un récit introspectif ; c'en est même tout l'intérêt : un chemin profond vers l’altérité.

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On m'a déjà fait cette suggestion, d'aller plus loin dans mon délire, mais j'avoue que malgré l'hermétisme de mon texte, il y a quand même un désir d'être compris - et j'offre malgré tout quelques clefs de compréhension dans le texte en lui même (enfin je crois : il me semble qu'il est possible de comprendre sa situation, son état d'esprit, etc). Je veux pouvoir être un minimum suivable, je refuse l'abstraction, le concept, j'ai, malgré mes partis pris formels et stylistiques, le désir d'écrire un truc concret.
Je parlais de la ponctuation. On sent bien que tu la tritures, que tu expérimentes quelque chose avec, et je pense que tu vas affiner ça avec le temps, que ça va se préciser. Si je comprends bien, tu le lis d'une certaine façon, tu t'enregistres même pour voir comment ça rend à l'oreille, au souffle, mais as-tu demandé à quelqu'un d'autre de le lire à voix haute, de le lire ainsi en le découvrant ? Est-ce-que cela rend ainsi que tu souhaites l'entendre ?

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tout dépend de ce que t'attend quand tu lis ? J'avoue que dans mes lectures je ne cherche pas spécialement à ce que mon pouls "batte en écho" avec celui du texte. En art en général j'aime être bousculé, j'aime vivre une expérience singulière, et ce qui me semble "une montagne hors d'haleine", si je sens une réelle intention derrière, me stimule, semble comme un défi - ça a été le cas avec Simon, vraiment difficile d'accès, mais la beauté de sa langue m'a maintenu avec lui, et ça a été le cas avec Proust aussi, vraiment rude au début, mais si on s'accroche, si on s'adapte à son monde, on découvre une profondeur analytique incroyable.
Certainement, les attentes diffèrent et c'est heureux. Je ne saurais pas vraiment dire ce que j'attends car il me semble que cela évolue avec le temps long et le temps court, et que parfois, dans un détour, je rencontre quelque chose que je n'attendais pas et qui me plaît beaucoup alors qu'il peut arriver aussi que je sois déçue là où j'avais placé mon attente. Je réagis donc à la résonance, ce que j'exprimais plus physiquement par un pouls qui bat en écho. Peut-être, enfin c'est ce qui m'effleure en te répondant, réagit-on à une rencontre littéraire ou artistique un peu comme nous réagissons à une rencontre humaine et sensible.

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quand je vois dans un livre ces fameux passages "bol d'air" ça a tendance à m'ennuyer, j'ai presque la sensation que ça m'infantilise aussi, que ça ne fait pas confiance à ma curiosité, à ma capacité à m'investir pour comprendre - c'était pas mal le cas avec Kafka. Je suis attaché (pour l'instant) à l'idée de remplir l'espace
C'est étonnant cette lecture du "bol d'air" que tu fais, cette sensation d'en être "infantilisé" alors que, si j'interroge sur un versant logique, n'est-ce-pas dans le vide qu'une question peut émerger, dans un silence qu'un regard peut s'exprimer, dans l'espace que l'on peut se déplacer et donc dans un creux que la curiosité peut s'épanouir ?
Peux-tu développer concernant Kafka ?

Pour le reste, ton analyse de ta démarche, de ta recherche narrative, il me semble que tu cernes les choses très justement, et que cela t'appartient, c'est ton cheminement, je crois que ça a à voir avec le rapport intime que chacun entretient avec l'écriture et la lecture.

Pour en revenir au texte en lui-même, j'ai reconnu le dernier paragraphe comme étant celui lu dans la vidéo postée il y a quelques temps sur le forum. Et cela me conforte un peu plus dans l'idée qu'il y a encore quelque chose à affiner entre la ponctuation telle que tu l'écris et telle que tu te la représentes (ainsi que tu parlais dans la vidéo). Le souffle que tu avais dans la vidéo, cette pente un peu inexorable qui donnait au tout une allure un peu hypnotique où la confusion sujet-objet, la perte de la référence initiale puis son retour - comme ces aperçus que l'on perd et retrouve dans les chemins vallonnés - passaient très bien, donnaient un rendu très particulier qui m'est resté.

De ton texte, ce qu'il me reste ce sont des éclats bruts, un paysage très morcelé, fait de confusions, passé-présent, eux-moi-nous-lui, confusion de sensations, de tout cela je garde une impression positive, c'est un portrait inattendu, intéressant à bien des égards.
L'intrication fond-forme fonctionne bien, à mon sens, dans les paragraphes plus longs, où l'on peut se permettre de s'enfoncer ; où à un moment donné ou à un autre, on va finir par revenir au premier lieu. Il y a comme ça des paragraphes entiers de circonvolutions. La cohérence de l'ensemble finit par donner, malgré l'étrangeté, une familiarité, ce que j'ai pu ressentir au fil de mes lectures.

Concernant ce que j'ai compris. Pas grand chose certainement. Un type, plus ou moins jeune c'est selon, se raconte dans un territoire physique qui semble avoir fusionné avec son territoire psychique. Il me paraît quelque peu esseulé, sans repère stable, un peu rendu à lui-même et à ses pulsions. Pointe parfois une forme de dérision, un décalage. Me reste une sensation de boue, comme s'il était souvent à ras de terre. Autour de lui gravitent des personnages, mais qui restent un peu flou, comme dans une zone périphérique de sa focale, ou alors vus en gros plan avec des zooms sur des endroits du corps.

Voilà :)
à bientôt !

Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 30 avril 2024 à 01:26:57
Salut Beglous !

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le texte offre peu de place à la libre interprétation des lecteurs, c'est quelque chose dont j'ai horreur
J'ai pas compris dans quel sens il fallait l'entendre.
Dans le sens que je n'aime pas laisser à chacun une vaste fenêtre d'interprétation. C'est des trucs assez précis que j'ai envie de faire passer, j'écris de sorte à être toujours au plus près de ce que j'ai envie de dire ; j'aimerais que ce que j'écris soit un resto où j'ai choisi consciencieusement mes ingrédients, que j'ai ensuite non moins contentieusement agencés, pour offrir aux clients une jolie expérience (qui n'empêche en rien une interprétation différente de l'intention de base), et non pas un resto où j'ai effectivement bien choisi mes ingrédients, mais où je laisse aux clients le choix de les combiner, de les agencer comme ils veulent, selon leur goût, leur envie/leur besoin du moment.

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mais as-tu demandé à quelqu'un d'autre de le lire à voix haute, de le lire ainsi en le découvrant ? Est-ce-que cela rend ainsi que tu souhaites l'entendre ?
Oui j'ai déjà essayé, avec mon frère, mais c'était catastrophique, les causes étaient multifactorielles, mais la principale était que c'était en lendemain de cuite  :D Mais comme je l'ai dis, je pense qu'il n'est pas fait pour être lu, pour être compris (encore moins pour être découvert) à voix haute, il a juste été taillé à voix haute. Je crois que j'ai juste envie qu'on sente sourdement une espèce "d'oralité" quand on lit en voix de tête, du moins un rythme qui n'est pas celui de la pensée, mais de la voix, avec toutes les contraintes qu'elle a et que n'a pas la pensée ; j'ai envie que le rythme soit régit par une certaine matérialité, une certaine corporalité, comme ne pouvant pas dépasser certaine limites du corps, alors même qu'on est dans une espèce de "courant de conscience", d'où le paradoxe. Mais je crois aussi qu'il y a certain partis pris qui ne marchent pas, qui sont juste loupés, faux, pas encore abouti, et de plus en plus je m'en rend compte.

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Peut-être, enfin c'est ce qui m'effleure en te répondant, réagit-on à une rencontre littéraire ou artistique un peu comme nous réagissons à une rencontre humaine et sensible.
Ah c'est vrai que je n'ai pas vraiment ce rapport à la littérature, et plus globalement à l'art. J'ai l'impression que les textes, par exemples, sont des objets longuement réfléchit, pensés, sous pesé, qu'ils sont donc plus profonds que ce qu'une personne physique est capable de nous faire ressentir avec ses simples gestes et sa parole, mais aussi moins sincère est spontané, dénaturant en grande parti ce que l'auteur est réellement, non seulement par les moyens largement codifiés et restrictif de la langue, mais aussi parce qu'un auteur n'a comme matière première que lui même, son vécu et ses connaissances, et que pour les rendre lisibles et compréhensibles ils doit au bout d'un moment les travestir un peu, les rogner, les étirer, comme dans une musique on enlève certaine notes, on en modifie d'autres pour la rendre plus harmonieuse et cohérente. Je prends toujours une œuvre (film, musique, sculpture) comme un objet que quelqu'un a façonné, et je la juge selon des critères esthétiques et expressifs, et ce n'est pas différent avec un texte, quand bien même il doit composer avec les éléments les plus intimes de son auteur.

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C'est étonnant cette lecture du "bol d'air" que tu fais, cette sensation d'en être "infantilisé" alors que, si j'interroge sur un versant logique, n'est-ce-pas dans le vide qu'une question peut émerger, dans un silence qu'un regard peut s'exprimer, dans l'espace que l'on peut se déplacer et donc dans un creux que la curiosité peut s'épanouir ?
Oui tu as raison, sur ce point j'ai encore du boulot à faire je crois, un équilibre à trouver, parce que je ne peux pas nier l'importance et même presque l'obligation de ces "bol d'air". Mais ce qui bloque encore chez moi c'est plus quelque chose d'ordre psychologique, je ne m'autorise pas, je ne fais pas confiance à une phrase plus faible qui pourrait potentiellement reposer le lecteur, c'est plus fort que moi pour l'instant. Ca vient peut-être aussi de ma façon de lire (qui elle même est régit par une de mes névrose : la peur de perdre mon temps) : je ne sais pas lire distraitement, sans avoir un regard aigue et intransigeant sur ce qu'il se passe dans l'écriture, sans faire 3 annotations par page ; la lecture me demande un effort, donc je vais être intransigeant avec un texte, et si j'ai envie de lire ça veux dire que je suis prêt mentalement à plonger en entier dans ce que je lis et à m'investir le plus que je peux, parce que certes c'est plus difficile et couteux (en énergie, en temps) que de regarder un film ou d'écouter de la musique, mais c'est aussi (j'en ai la sensation) plus profond et marquant. Du coup ça fait que les ventres mous de certains livres, qui sont sensé reposer un peu le lecteur, vont vite m'ennuyer, parce que je les goûte non pas avec l'espèce de soulagement après l'effort avec lequel on devrait les prendre, mais avec une attention aigue, une absurde envie de me nourrir. Pour ça que j'ai aimé Vies minuscules de Pierre Michon par exemple : c'est toujours fort, c'est toujours tendu, pas un mot plus faible que l'autre, c'est toujours plein de matière à nager dedans. Enfin bref, peut-être que ça éclairera sur le pourquoi qu'on ne respire pas dans mon texte ^ ^

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Peux-tu développer concernant Kafka ?
En gros, chez Kafka j'ai la sensation qu'il y a trop souvent cette volonté d'être explicite deux fois, qui alourdit sensiblement son récit. Exemple dans le Procès, il dit : "... il ouvrit l'album, le feuilleta un peu, mais dût bientôt cesser, car l'obscurité était devenue telle que, relevant les yeux, il put à peine distinguer un seul détail dans la nef latérale toute proche". Là déjà en elle même je trouve la phrase assez lourde, on comprend que le reste de la cathédrale est obscure si déjà il n'arrive pas à voir les photo de l'album, mais encore ça passe, c'est rien de méchant, mais deux phrases plus loin il recommence : "... K aperçut, pas très loin derrière lui, un grand sierge [...] Si beau que cela fut, c'était tout à fait insuffisant pour éclairer les retables, qui pour la plupart étaient accrochés dans les ténèbres des autels latéraux, cela ajoutait même aux ténèbres". Et là je trouve ça vraiment lourd inutilement, explicite pour rien, et c'est le genre de trucs qui m'agace dans la lecture, qui me donne la sensation de tourner en rond, de perdre mon temps (parce qu'encore il ferait quelque chose de cette obscurité, il la traiterait poétiquement ou en ferait un objet d'étude ça serait oké, mais là c'est juste des phrases pour poser le décor - et il le fait pas mal de fois ; dès fois on a surtout la sensation que c'est un manque de relecture, de débroussaillage, et au vu de l'histoire de ses textes c'est pas étonnant, ayant quasiment tous été publié à titre posthume, en l'état je crois ; puis c'est aussi peut-être la faute de la traduction, ça se peut ^ ^).

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Pour en revenir au texte en lui-même, j'ai reconnu le dernier paragraphe comme étant celui lu dans la vidéo postée il y a quelques temps sur le forum. Et cela me conforte un peu plus dans l'idée qu'il y a encore quelque chose à affiner entre la ponctuation telle que tu l'écris et telle que tu te la représentes (ainsi que tu parlais dans la vidéo). Le souffle que tu avais dans la vidéo, cette pente un peu inexorable qui donnait au tout une allure un peu hypnotique où la confusion sujet-objet, la perte de la référence initiale puis son retour - comme ces aperçus que l'on perd et retrouve dans les chemins vallonnés - passaient très bien, donnaient un rendu très particulier qui m'est resté.
Et du coup en voyant le texte écrit tu n'as pas ressenti l'intention que je mettais à voix haute dans la vidéo, tu n'as pas eu cet effet "hypnotique" que te donnait la vidéo en lisant le texte ? Comment tu traduirais le rythme du texte de la vidéo toi ? Plutôt avec des points que des virgules ? Parce qu'il y a à prendre en compte aussi que, dans un texte, n'importe lequel, toutes les virgules n'ont pas forcément la même valeur, on le vois bien avec certain interprètes : parfois c'est aux mots eux mêmes, c'est à ce qui est en train de se dire qu'il faut se fier pour trouver le rythme, c'est le ton du moment qui le défini, c'est inquantifiable et vivant ; je ne considère pas la ponctuation comme une science exacte, comme quelque chose de mathématique, comme si chaque point ou chaque point virgule avaient la même valeurs, comme chaque crochet ou chaque blanche en musique.

Très content de ton retour global, de lire que malgré l'étrangeté, la cohérence de l'ensemble finit par donner une certaine familiarité, c'est rassurant, et c'est l'effet que je cherche. Incroyable ce que tu dis de la fusion du lieu physique avec le lieu mental du perso, c'est des choses que je développe plus tard dans des textes que j'ai écrit plutôt récemment, cette espèce de corps avec le lieu, à quel point le lieu influence le corps et inversement, je ne pensais pas que c'était déjà palpable ici. Ta sensation de boue et de raz du sol est vraiment heureuse aussi : dans mon deuxième texte j'écris : "... c'est dans la reptation qu'on jubile", coïncidence ?
Je me demande si t'as compris que l'endroit dans lequel il erre est aussi le/les villages où il a passé son enfance et où il a vécu les trucs qu'il raconte ?
J'aime bien ce que tu dis de ses "pulsions", ça renvoit à une espèce d'animalité que j'ai aussi développé dans mon deuxième texte, et qui fait partie du personnage - et la cause se trouve justement dans l'esseulement, le manque de repère, de stabilité. Et très content que t'aies compris une certaine dérision, un certain décalage, enfin ! Parce qu'avec les absurdités que le perso peut débiter je me disait que l'humour allait être palpable mais c'est tellement pas le cas, on prend tout au premier degrés la plupart du temps, je dois avoir un problème de curseur, ou ce n'est pas assez ahurissant pour qu'on comprenne que c'est du second degrés  :D

En tout cas merci pour ce retour riche (qui m'a fait bavarder) et sensible (qui fait chaud au cœur)  ;D
À plus !
Titre: Re : Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Beglous le 05 mai 2024 à 16:35:54
Salut Safandre :)

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Comment tu traduirais le rythme du texte de la vidéo toi ?
Excellent !
Je me suis prêtée à l'exercice (à l'oreille donc, à partir de la vidéo que tu avais postée :)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Et sinon,
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J'ai l'impression que les textes, par exemples, sont des objets longuement réfléchit, pensés, sous pesé, qu'ils sont donc plus profonds que ce qu'une personne physique est capable de nous faire ressentir avec ses simples gestes et sa parole
Je ne partage pas cet avis :)
J'accorde au vivant beaucoup de profondeur et de richesse, c'est en cela qu'il s'agit de sources d'inspirations.

C'est plus clair pour moi, avec tes explications, ta façon d'aborder la lecture et l'écriture. Je trouve très intéressant comme tu l'analyses. Cela vaut pour toi, je ne pense pas que c'est une expérience généralisable, en tout cas personnellement je ne me reconnais pas dans cette approche, mais cela se tient et je te remercie pour tes éclaircissements. Je pense que j'aurais de terribles migraines si j'abordais la littérature à ta façon :D

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Parce qu'il y a à prendre en compte aussi que, dans un texte, n'importe lequel, toutes les virgules n'ont pas forcément la même valeur, on le vois bien avec certain interprètes : parfois c'est aux mots eux mêmes, c'est à ce qui est en train de se dire qu'il faut se fier pour trouver le rythme, c'est le ton du moment qui le défini, c'est inquantifiable et vivant ; je ne considère pas la ponctuation comme une science exacte, comme quelque chose de mathématique, comme si chaque point ou chaque point virgule avaient la même valeurs, comme chaque crochet ou chaque blanche en musique.
Tout à fait d'accord avec toi, cela dit je ne considère pas avoir une maitrise parfaite de la ponctuation et peut-être qu'un spécialiste ès-rythmique-syntaxique tiendrait un autre langage. Mon retour était subjectif - que peut-il être d'autre - entre ma perception de la vidéo et celle du texte. Je ne sais pas être plus précise malheureusement. Il me semble que tu as lâché en cours de route l'utilisation des crochets. Je suppose qu'au fur et à mesure tu enlèveras ce que tu estimes superflu. Disons que selon moi il existe peut-être une contradiction entre ton désir de précision et densité et ton usage de la ponctuation qui, à mon sens, ôte parfois au texte sa teneur, tend à le morceler (ceci amplifié par les associations incluses dans le discours). Mais, je le répète, je considère cela comme un travail d'expérimentation, de jeu avec la langue et donc comme positif.

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dans mon deuxième texte j'écris : "... c'est dans la reptation qu'on jubile", coïncidence ?
Il suffit de lire entre les lignes ;) (même si tu n'apprécies pas la liberté de mouvement chez le lecteur, en fait je crois que c'est inévitable)
Plus sérieusement, ravie que ce retour te soit positif et bienheureux. Pour moi c'est une écriture de l'archaïque et c'est une 'matière' à laquelle je suis très sensible.

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Je me demande si t'as compris que l'endroit dans lequel il erre est aussi le/les villages où il a passé son enfance et où il a vécu les trucs qu'il raconte ?
Oui, je l'avais en filigrane.

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très content que t'aies compris une certaine dérision, un certain décalage
Yep, alors j'irais pas jusqu'à dire que j'ai ri aux éclats, mais j'ai eu par endroits ce sourire qui me connecte à l'autre - le narrateur en l’occurrence.
Pourquoi c'est pas mieux saisi ? Difficile à dire. Spontanément ce qui me vient c'est les méandres syntaxiques qui personnellement me demandaient beaucoup d'efforts rien que pour suivre le déroulé et donc ne me rendait pas forcément disponible pour vraiment apprécier les particularités du bonhomme, et parce que ses autres particularités, disons-le ainsi, peuvent davantage surprendre, saisir, faire plus forte impression et donc recouvrir la part humoristique.

à bientôt Safrande :)
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 05 mai 2024 à 22:43:12
Ah ouais je vois pour ta vision du rythme, c'est éclairant... Décidément, l'intention que j'ai au moment de l'interprétation, et la ponctuation que j'ai mis en conséquence, est bien éloigné de comment tu la perçois  :D À part le début, qui est un peu morcelé, y'a un désir de faire une parole rectiligne, un flux qui suit sa marche, comme s'il était inarrêtable (mais sans doute que je l'interpréterais différemment aujourd'hui, en y mettant plus d'intention, en étant moins robotique, mais non moins monotone), et d'après ta retranscription (sauts à la ligne, points, quadratins) tu ne l'as pas perçu - si c'est bien une retranscription de ce que tu as entendu, et non la façon dont tu l'agencerais. Bref c'est intéressant comme exercice, et merci de t'être prêtée au jeu  ;D

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J'accorde au vivant beaucoup de profondeur et de richesse, c'est en cela qu'il s'agit de sources d'inspirations.
Ah mais qu'on soit d'accord : tout pareil ! Je dis simplement que les objets qu'on peut façonner, les textes qu'on a mis des années à écrire et qui résultent parfois de décennie d'expérience, de vécu et d'histoire qu'on a condensé en quelques pages, sont à la fois peut-être et logiquement plus profond (en tout cas mieux "dit", pensé au "plus juste") que ce qu'une discutions de vive voix peut produire - parce qu'il n'y a pas les barrières et les impératifs que peuvent être certains codes sociaux (éviter de parler de sujets tristes, bizarres, capter l'attention, parler pas trop lentement, faire attention à l'autre, bien paraitre : toutes ces choses qui nous empêche d'aborder un sujet de façon aussi profonde que dans un texte, qui empêche (et c'est juste normal) l'introspection et donc le lent tâtonnement (comme celui du bébé qui essaye de marcher) en nous même et les non moins lente découverte qu'on peut y faire -, mais aussi moins authentique car tout ce travail (dans une œuvre) de transmutation, de peaufinage, d'élagage, de condensation dénature en grande parti l'auteur - faire de l'art c'est toujours un peu mentir, illusionner, comme disait Pessoa, qui pour faire comprendre à ses lecteurs un sentiment inexprimable (à moins d'utiliser un langage que lui seul comprendrait) choisit un sujet qui parle à tout le monde et qui se rapproche le plus de ce qu'il ressent : la nostalgie de l'enfance perdue.

"Le mensonge est simplement le langage idéal de l'âme ; et de même que nous nous servons des mots, qui sont des Sons articulés de manière absurde, pour traduire en langage réel les mouvements les plus subtils et les plus intimes de nos émotions et de nos pensées (que les mots, bien entendu, ne pourrons jamais traduire) – de même nous nous servons du mensonge et de la fiction pour nous comprendre les uns les autres, alors que nous n'y parviendrions jamais par le seul canal de la vérité, pure et intransmissible. L'art ment parce qu'il est social." Fernando Pessoa, Livre de l'intranquillité.

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Cela vaut pour toi, je ne pense pas que c'est une expérience généralisable, en tout cas personnellement je ne me reconnais pas dans cette approche
Huhu, je n'ai jamais prétendu que tout le monde avait ou devait avoir cette approche de la littérature, miloudiou !

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Tout à fait d'accord avec toi, cela dit je ne considère pas avoir une maitrise parfaite de la ponctuation et peut-être qu'un spécialiste ès-rythmique-syntaxique tiendrait un autre langage. Mon retour était subjectif - que peut-il être d'autre - entre ma perception de la vidéo et celle du texte.
Je ne veux pas m'avancer mais, même si, comme avec la syntaxe, y a des règles et des choses évidentes à ne pas faire, je crois qu'il n'y a pas non plus de règles qui ne soient pas un peu malléable concernant la ponctuation ; chacun selon sa sensibilité placera ses virgules à des endroits différents sans que l'un ait plus raison que l'autre.

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Il me semble que tu as lâché en cours de route l'utilisation des crochets. Je suppose qu'au fur et à mesure tu enlèveras ce que tu estimes superflu.
Oui effectivement j'ai lâché mes crochets - j'ai fondu leur contenu au reste du texte et il me semble que ça n'est pas choquant.

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Yep, alors j'irais pas jusqu'à dire que j'ai ri aux éclats, mais j'ai eu par endroits ce sourire qui me connecte à l'autre - le narrateur en l’occurrence.
Pourquoi c'est pas mieux saisi ? Difficile à dire. Spontanément ce qui me vient c'est les méandres syntaxiques qui personnellement me demandaient beaucoup d'efforts rien que pour suivre le déroulé et donc ne me rendait pas forcément disponible pour vraiment apprécier les particularités du bonhomme, et parce que ses autres particularités, disons-le ainsi, peuvent davantage surprendre, saisir, faire plus forte impression et donc recouvrir la part humoristique.
Oui je vois ce que tu veux dire, à mon avis t'as raison ; y'a tellement d'informations dans la tempête que t'entends pas forcément le gars qui fait sa blague  :D C'est noté ! En vrai je pense qu'il sera quasi impossible de remanier ce texte en profondeur, je pense qu'il restera un peu chaotique et irrespirable dans sa nature même (comme l'est une naissance si on veut faire de l'interprétation de comptoir) ; je peux agir sur des détails encore pour minimiser les dégâts mais ça va être dur  d'aller plus loin - ça serait remplacer les colonnes qui le soutiennent, et j'ai pas la force de faire ça. Mais ces remarques me seront précieuses pour mes prochains textes, je les aurais en tête pendant l'écriture - même si je cherche quand même une écriture dense, complexe, c'est ça qui me plait.

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même si tu n'apprécies pas la liberté de mouvement chez le lecteur, en fait je crois que c'est inévitable
Ah mais bien sûr et c'est super comme ça - j'ai été "victime" d'une interprétation éloignée de ce que mon texte voulais faire passer, et en vrai je comprends absolument l'intérêt que ça a, c'est assez génial  ;D Comme dit un camarade, une fois qu'on donne un texte il ne nous appartient plus ! Seulement quand même j'ai à cœur qu'on comprenne ma démarche - parce que si j'ai sans cesse besoin de l'expliquer ça tombe à l'eau, c'est comme une blague qu'il faudrait expliquer : c'est que ça marche pas !

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Pour moi c'est une écriture de l'archaïque et c'est une 'matière' à laquelle je suis très sensible.
Ah oui "archaïque" ? Dans le sens que ça a l'air d'être quelque chose "d'ancien", que l'écriture a quelque chose des coutumes qui ne sont plus d'usages ?

À plus Beglous, trop cool de discuter avec toi  ;D
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: ZagZag le 26 juin 2024 à 21:18:23
Salut Safrande, pour le moment j'ai lu jusqu'à "On quitte Laveyssière. Nous allons à Saint-Jean-d'Eyraud"

Quelques brefs commentaires au fil de la lecture

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et la porte extérieur de la salle de bain
extérieure il me semble

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Je me suis fait charger par un sanglier. On pensait que les chasseurs le tenaient en joue, alors je ne m’inquiétais pas. Ils sont venus me ramasser en bougonnant : après mon idée qu'ils nous sauvent de la charge, c'était mon idée seconde, quand je me faisais charger, qu'ils nous relèvent. Le monsieur étendu au soleil continue à me fixer. Je me demande ce que ça veux dire
Un peu dur à suivre ce paragraphe, de même que les phrases précédentes sur le monsieur étendu au soleil, jusque là le texte se suit à peu près bien malgré les formulations un peu alambiquées, là j'ai eu plus de mal

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Quand on sera défunt, je veux qu'on m'incendie, après m'avoir vidé bien entendu, pour être sûr que nous soyons défunt – comme il faut être sûr que je le sois, avant de me vider. On jettera mes cendres du haut de Saint-Jean, où de mon vivant nous indiquerons, avec un panneau, quelle prairie je veux féconder – et pour la commodité de mes convives, d'où les cendres s’envoleront le mieux. Un tombeau domine déjà celle que je convoite, devant l'église ; ils ont eu l'idée avant moi, mais nous au contraire du tombeau, nous serons libres et volatiles : au lieu de la contempler, nous peuplerons la prairie, j'éprouverai la fauche, nous sécherons avec le foin, sous la canicule, on me roulera dans diverses bottes, qu'on enverra dans maintes étables, où des vaches/des chevaux, pourquoi pas des hommes, nous avaleront (nous vomiront, nous pisseront dedans), me digéreront, et l'on finira dans des crottins pailleux – puis je ne connais pas le cheminement du crottin
Là aussi j'ai un peu décroché. J'aime bien " On jettera mes cendres du haut de Saint-Jean, où de mon vivant nous indiquerons, avec un panneau, quelle prairie je veux féconder" pourtant, l'idée et la phrase. Le paragraphe est un peu plus abstrait que le reste, disons

Voilà, sinon je trouve ça vraiment bien écrit, je n'ai pas relevé grand chose parce que le style est assez homogène, la plupart des formulations me conviennent voire me plaisent. Au niveau de la clarté je n'ai pour l'instant pas de problème fondamental, le texte est assez abstrait, on reste assez lointain du personnage, mais c'est un contrat que je suis prêt à passer avec le texte en tant que lecteur. En terme de préoccupations du narrateur ça sonne un peu comme du Molloy de Beckett, en plus bitable aha. Je précise que je ne suis d'ailleurs pas le lecteur le plus friand de textes dans le genre, je me déconcentre facilement sans histoire/propos, mais là ça a plutôt fonctionné pour moi
La typographie m'a un peu questionnée au début mais on s'y fait, les points qui manquent en fin de paragraphe (même si j'ai du mal à en saisir le sens, il y a des points ailleurs) et les citations au milieu des phrases (là ça se justifie plus clairement, pour rester dans le flot du narrateur)

À bientôt pour la suite !
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 27 juin 2024 à 22:48:15
Coucou Zag, content que tu sois passé  ;D

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Un peu dur à suivre ce paragraphe, de même que les phrases précédentes sur le monsieur étendu au soleil, jusque là le texte se suit à peu près bien malgré les formulations un peu alambiquées, là j'ai eu plus de mal
Hmm, je comprends pas trop pourquoi c'est dur à suivre ? Peut-être qu'il faudrait que je précise que le "monsieur étendu au soleil" est un chasseur ? Ou c'est la soudaineté et la violence (raconté comme s'il s'agissait d'une histoire lambda) de l'événement qui déconcerte un peu, qui parait surréaliste ?

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Là aussi j'ai un peu décroché. J'aime bien " On jettera mes cendres du haut de Saint-Jean, où de mon vivant nous indiquerons, avec un panneau, quelle prairie je veux féconder" pourtant, l'idée et la phrase. Le paragraphe est un peu plus abstrait que le reste, disons
Oui y'a peut-être un emballement (qui se voulait humoristique) mal dosé ? Et je vois pas trop l'abstraction dans ce paragraphe, puisque j'essaye surtout de relater le cheminement des potentielles cendres du narrateur dans une prairie ? Mais surement que j'ai loupé un truc - d'ailleurs je me demande si le "celle", dans la phrase "Un tombeau domine déjà celle que je convoite" ne mindfuck pas un peu ? Je l'avais mis pour éviter la répétition de "prairie", mais je me demande si ça ne prête pas plutôt à confusion ?

T'as touché tout pile dans le milieu du centre en citant Molloy de Beckett, c'est une de mes principale source d'inspiration  ;D Quant à l'abstraction je ne comprends pas trop, dans quoi tu la situerais : dans les intentions du narrateur, dans sa situations, dans ses pensées ? Car c'est vrai que j'essaye d'être le plus terre à terre possible dans ce qui est raconté, d'être concret, justement de m'éloigner d'une certaine abstraction du propos - ce qui, je le conçois, n'empêche pas un certain hermétisme notamment à cause de la forme, du manque de contexte général, et peut-être de l'improbabilité de la situation.
Pour ce qui est de l'omission des points en fin de paragraphe (normalement elle est systématique (sinon c'est que j'ai pas fait exprès), à part au dernier paragraphe), c'était une tentative de ne pas nettement découper les paragraphes, de faire comme s'ils étaient effectivement séparé mais en même temps fondus les uns dans les autres, comme si à chaque fois ils restaient un peu en suspend, mais j'ai l'impression que ça ne marche pas bien, d'après les retours que j'ai.
Et les citations en milieu de phrase dont tu parles - ce truc là - sont les quadratins ?
En tout cas cool si t'as aimé alors que t'es pas forcément le public de ce genre de textes, t'arriverais à mettre un mot sur ce qui t'as fait rester - histoire que je comprenne et travaille d'autant plus ces points, pour me rendre un chouilla plus accessible ?
À plus  ;D
Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: ZagZag le 30 juin 2024 à 01:21:26
Coucou, me revoilà !

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Hmm, je comprends pas trop pourquoi c'est dur à suivre ? Peut-être qu'il faudrait que je précise que le "monsieur étendu au soleil" est un chasseur ? Ou c'est la soudaineté et la violence (raconté comme s'il s'agissait d'une histoire lambda) de l'événement qui déconcerte un peu, qui parait surréaliste ?
Oui par exemple, j'avais pas du tout compris que le monsieur étendu était un chasseur  :huhu: mais c'est peut-être ma faute aha
Mais oui je dirais que c'est ce que tu décris qui m'a un peu fait perdre le fil à ce moment, la soudaineté et la violence de l'évènement. Après je comprend le but de la manœuvre et ça se défend, mais du coup peut-être (en tout cas pour moi) qu'il faudrait clarifier plus le passage pour se permettre ça, moins de périphrases,décrire la séquence d'évènement plus précisément (le narrateur est au sol d'un coup) etc. mais sans perdre la soudaineté c'sts pas évident. Et à la relecture à froid (donc sans le contexte, et donc avis à moduler) la phrase
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après mon idée qu'ils nous sauvent de la charge, c'était mon idée seconde, quand je me faisais charger, qu'ils nous relèvent.
me paraît vraiment difficile à saisir en première lecture

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Oui y'a peut-être un emballement (qui se voulait humoristique) mal dosé ? Et je vois pas trop l'abstraction dans ce paragraphe, puisque j'essaye surtout de relater le cheminement des potentielles cendres du narrateur dans une prairie ? Mais surement que j'ai loupé un truc - d'ailleurs je me demande si le "celle", dans la phrase "Un tombeau domine déjà celle que je convoite" ne mindfuck pas un peu ? Je l'avais mis pour éviter la répétition de "prairie", mais je me demande si ça ne prête pas plutôt à confusion ?
ah ouais j'ai pas vraiment perçu le côté humoristique ! mais j'ai tendance à toujours prendre les pensées des personnages très au sérieux, et à avoir du mal à imaginer que l'écrivain lui se moque un peu (il n'y a rien derrière le narrateur dans mon imaginaire en quelque sorte). Le "celle" est en effet assez perturbant, la prairie n'étant pas vraiment le substantif qui ressort de la (longue) phrase précédente. Pour le côté abstrait, ce n'est peut-être pas le bon mot, mais le narrateur se projette très loin dans ce paragraphe, enfin j'avoue que le cheminement des cendres dans la prairie c’est un peu abstrait pour moi quand même aha
Mais tout ça est à prendre avec des pincettes !

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Et les citations en milieu de phrase dont tu parles - ce truc là - sont les quadratins ?
je voulais parler des dialogues introduits par une majuscule

un retour sur le reste du texte, puis un avis plus général ensuite

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des images de derrière la clôture
j'aime bien le choix de ces mots, les images derrière la clôture, au delà de prosaïquement ce que ça veut dire dans le contexte

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Dès fois les conditions m'empêchent de nous punir
des

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je faisais pareil à cet age
âge

Mon avis n'est pas si différent de celui que j'ai donné à l'issue de la lecture de la première partie, quoique j'ai eu un petit plus de mal à rester de dans, mais on peut sans doute y compter mon état de fatigue et l'écart entre mes deux lectures. C'est bien écrit, c'est pour ça que je n'ai pas vraiment fait de remarques sur la forme, parce que c'est selon moi déjà assez abouti et cohérent tout au long du texte de mon point de vue
En fait, je retrouve ce que je conclut en général de la lecture de ce genre de textes ; passé le moment esthétique de la lecture, j'ai du mal à savoir quoi en retirer. Par exemple, Molloy m'a finalement assez peu marqué, j'en garde peu d'images, son style est un souvenir assez flou... Il y a quelques jours j'ai terminé un bouquin de Quentin Leclerc que tu as peut-être lu, La ville fond (ou que je te conseille de lire, alors, parce qu'à mon avis ça peut nourrir ce que tu fais), dont la façon de narrer est un peu dans ce style mal défini auquel j'identifie ton texte (et que je vais essayer de décrire un peu plus ensuite), et même si j'ai eu de nombreux moments de jubilation littéraire en le lisant (il y a beaucoup d'expérimentations et de trouvailles à mon sens), j'ai mis du temps à le lire, et je ne sais pas ce qu'il m'en restera dans quelques temps. Un autre de ses livres que j'avais lu il y a peut-être un an, avec ce même style en plus light, Rivage au rapport m'a plus marqué, parce qu'il y colle une esthétique et un récit polar avec des imageries complotistes et actuelles, et le mix est bien trouvé. Donc bon je dirais que pour moi il me faut un peu plus que la narration d'évènements qui arrivent à un personnage qu'on a du mal à situer, ça devient vraiment intéressant quand c'est utilisé pour se mixer à d'autres choses. Mais je comprends parfaitement que ce soit pas le projet ici !
Et donc, pour m'expliquer sur le mot abstrait que j'ai utilisé pour décrire ton texte, alors que c'est vrai que c'est une description très terre à terre de ce qui se passe, je trouve justement que c'est ce parti pris qui rend le résultat abstrait. Dans le sens où en tant que lecteur on a très peu d'éléments auxquels se raccrocher, puisque tout est mis à distance et sur un même pied d'égalité par la narration (c'est ça le point commun entre Molloy, Quentin Leclerc et ce texte), dans une grande fluidité de la narration. C'est quand même très épuré ! (et c'est ça pour moi l'abstraction) les lieux sont décrits de manière assez générique (ce qui n'empêche pas d'avoir des descriptions intéressantes), les actions de même, c'est la structure des phrases et le choix des mots qui font vraiment la spécificité du texte, plutôt qu'un ressenti du narrateur, la force des actions, etc. Le narrateur s'implique très peu. Désolé c'est sans doute un peu brouillon comme description aha, mais c'est une tentative d'explication de mon ressenti d’abstraction, pas une critique de cette manière de faire que je trouve intéressante et légitime
Et après y avoir réfléchi, en fait ce qui m'a fait rester dans le texte, je pense que c'est la violence. Elle est partout dans le texte, dans la façon d'être au monde du narrateur, et on garde quand même des images en tête mine de rien (les maillots de bain, le ragondin).

Voilà j'espère que mon retour t'es utile, surtout

Titre: Re : L'aller retour !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 02 juillet 2024 à 02:56:03
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Oui par exemple, j'avais pas du tout compris que le monsieur étendu était un chasseur  :huhu: mais c'est peut-être ma faute aha
Ouais je pense que je vais le préciser, pour rendre le truc encore plus clair.

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Et à la relecture à froid (donc sans le contexte, et donc avis à moduler) la phrase
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après mon idée qu'ils nous sauvent de la charge, c'était mon idée seconde, quand je me faisais charger, qu'ils nous relèvent.
me paraît vraiment difficile à saisir en première lecture
C'est vrai que c'est une petite pirouette temporelle et syntaxique... J'suis attaché à l'espèce de flegme qu'elle traduit pour l'instant (en racontant le truc au passé, juste après que ça se s'est produit, comme si de rien n'était) ; je réfléchie dessus quand même, voir si je ne trouve pas une solution.

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ah ouais j'ai pas vraiment perçu le côté humoristique !
Ah ! c'est le grand malheur de ma vie littéraire - prendre au premier degrés ce qui est au second  >< Je pensais qu'avec le "puis je ne connais pas le cheminement du crottin" c'était assez explicite  :D En fait j'ai essayé de faire de l'humour surtout avec la relative "débilité" du narrateur dans ses cheminements de pensée tordus et ses actions par moment incompréhensibles, en décalage - genre il enlève son pull par les jambes soudainement on sait pas pourquoi, il s'allonge sur une tombe okalm, son délire infantile avec les pâquerettes, etc.

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Le "celle" est en effet assez perturbant, la prairie n'étant pas vraiment le substantif qui ressort de la (longue) phrase précédente.
Ouais je vais le changer, je vais me résoudre à la répétition !

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je voulais parler des dialogues introduits par une majuscule
Ah oui je vois, c'est juste un truc que j'ai piqué au nouveau roman, j'aime bien l'effet de continuité du flux (comme tu dis) que ça produit. D'ailleurs j'ai récemment lu un livre de Kaoutar Harchi, et elle ne s'embête même plus avec une majuscule : ni guillemets ni majuscules, simplement "il/elle dit" suivi du dialogue ^ ^

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j'aime bien le choix de ces mots, les images derrière la clôture, au delà de prosaïquement ce que ça veut dire dans le contexte
Cool si ça t'a plu  ;D J'aime bien cette trouvaille aussi, ça traduisait bien l'incomplétude des images, la barrière frustrante, comme une barrière morale de propriété privé, qui me séparent d'elles.

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Donc bon je dirais que pour moi il me faut un peu plus que la narration d'évènements qui arrivent à un personnage qu'on a du mal à situer, ça devient vraiment intéressant quand c'est utilisé pour se mixer à d'autres choses. Mais je comprends parfaitement que ce soit pas le projet ici !
Oui oui je comprends ton point de vu et le goût d'inachèvement ou de gratuité (d'osef) que peuvent laisser ce genre de lecture. Tu vois au contraire de toi j'ai été marqué (sans doute à vie) par Molloy, et j'ai trouvé fascinant et vraiment drôle à quel point il arrivait toujours à ne rien dire (comme la phrase de Renard : "- Oh ! Il est très fort, celui là ! - Ah ! Pourquoi ? - Il ne dit jamais rien.), à constamment tourner autour du sujet, à parler de la ficelle de son chapeau plutôt que du meurtre dramatique, soudain et injustifié qu'il vient de commettre, à annoncer une tentative de suicide dans une subordonnée, etc. Puis oui le véritable sujet du truc, ici, ça reste l'écriture... Mais quand même, il ne faut pas aller trop vite en besogne ; je crois que je le mentionne au début mais : ce texte n'est que le premier d'un journal qui sera beaucoup plus gros, où je ne vais pas me contenter de faire de la langue avec juste une série d'événements et un personnage (d'ailleurs il me semble qu'il n'y a pas que ça dans ce texte, il y a des bases de souvenirs qui commencent à raconter ses histoires, il y a de l'introspection, j'espère (et j'essaye) un peu de poésie, d'humour - f'in y'a la tentative de définir quelqu'un, sa sensibilité, ses dédales mentaux, etc., mais oui je le conçois : pour l'instant on reste assez factuel et en surface d'à peu près tout), y'aura des rencontre qui vont modifier son environnement, ses conditions de vie, sa perception des choses, y'aura tout plein "d'études" (que j'essaye de rendre poétiques) un peu névrotiques et obsessionnelles des lieux notamment, du souvenir, etc., et tout ça avec un même personnage, avec les mêmes lieux qui vont s'enrichir, se préciser, se cartographier jusqu'à la macroscopie à mesure des textes et devenir pour le narrateur, à force de souvenirs, d'habitudes, de cohabitation, presque mythologiques. Mais bon tout ça c'est pas pour tout de suite et ça se construit petit à petit  :D

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C'est quand même très épuré ! (et c'est ça pour moi l'abstraction) les lieux sont décrits de manière assez générique (ce qui n'empêche pas d'avoir des descriptions intéressantes), les actions de même, c'est la structure des phrases et le choix des mots qui font vraiment la spécificité du texte, plutôt qu'un ressenti du narrateur, la force des actions, etc.
Oui je vois bien ce que tu veux dire ! Pour l'épuration dans les descriptions et dans les actions, ça fait parti de la nature de ce texte en particulier, dont le but est de jeter dans le bain, de faire un tour d'horizon des lieux, tout est aussi succin et rapide que la balade du narrateur !
J'suis assez contents que tu dise que c'est avant tout la structure des phrases et le choix des mots qui font la spécificité du texte parce que c'est bien là dedans, et non dans quelques événements ou ressentis originaux, que je mise tout - j'suis pas vraiment un imaginatif, un penseur, et c'est surtout dans le travail de la phrase que je sens que je m'exprime.

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Et après y avoir réfléchi, en fait ce qui m'a fait rester dans le texte, je pense que c'est la violence. Elle est partout dans le texte, dans la façon d'être au monde du narrateur, et on garde quand même des images en tête mine de rien (les maillots de bain, le ragondin).
Oké je vois - les retours que j'ai eu jusqu'à maintenant étaient plutôt dubitatifs sur cet aspect, le trouvant plutôt injustifié et gratuit. T'as raison elle est partout dans le texte cette violence, j'suis content que tu l'aies ressentie - c'est marrant que tu cites les maillots de bains, image qui pope comme ça random  :D

Merci beaucoup pour ta lecture et ton retour en tout cas, c'est vraiment généreux de ta part, et oui ça m'a aidé  ;D
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 09 juillet 2024 à 00:55:21
Aller deuxième fournée !

Il s'agit du deuxième texte du livre, cette fois beaucoup plus court, comme le seront les autres globalement ; là encore même perso, même décors, ça sera toujours comme ça... J'ai besoin à peu près des mêmes choses en type de retour : est-ce que ça marche, est-ce qu'on comprend quelque chose, qu'est ce que vous en pensez globalement...
Comme d'hab j'suis près à retravailler le truc, y'a des choses qui me gênent déjà mais j'attends de voir vos retours  ;D

Bonne lecture !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Aponiwa le 09 juillet 2024 à 12:34:23
Hello Safrande,

Je ne crois pas t'avoir déjà lu. Je me laisse donc guider par ma curiosité.

Pour la première partie :

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Ce n'est pas un jour où les nuages font des rides, comme celles muqueuses et régulières, un peu inquiétantes, de la paroi vaginale
OK, dès l'intro on a quelque chose de pas banal!  :D
Techniquement, je vois pas où sont les plis dans un vagin, mais bon, admettons...

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À l'endroit où nous gisons l'herbe est devenue chaude
J'aurais mis une virgule après "gisons"

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L'équidé hoche la tête
Lequel? L'âne ou le poney?

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il fait Oui continûment
Pas de guillemets pour "oui"?

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a le poids d'un bébé j'imagine
Pas de point?

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Je t'ai donné beaucoup d’indices me dit-il
Pas de guillemets... Bon, j'imagine que c'est ton style d'écriture qui veut ça!

Citer
Pareil quand s'accouplent les enfants.
Pas compris la référence...  :???:

Citer
à l'ombre d'un pin dont les glands nous tombaient dessus
Si c'est un pin, ce sont des pommes de pin qui tombent, non?

Bon, tout lu!

Ton écriture est étonnante, foisonnante, avec de belles images mais il est difficile de trouver un fil rouge au récit. Je comprends la démarche, écrire tes pensées comme elles te viennent. Pour moi, les défauts de ponctuation rendent la lecture moins aisée (mais j'aime bien quand c'est bien rangé, perso). Le récit perd en cohérence quand tu tu perds dans des explications que l'on peut comprendre avec beaucoup moins de mots. Après, j'imagine que les répétitions sont voulue, non?

Du coup, je suis mitigée. Je trouve sympa ces tranches de vie mais elles gagneraient peut-être à être réorganisées et racontées plus simplement.

Merci pour ton texte ! :)
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 10 juillet 2024 à 20:01:05
Coucou Aponiwa, vraiment merci d'avoir pris le temps de me lire et de me commenter  ;D

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Techniquement, je vois pas où sont les plis dans un vagin, mais bon, admettons...
Mais si, la parois vaginal est pleine de petites rides, de ridules (des motifs comme ceux du sable sous l'eau à cause du courant), qui ont diverses fonctions... Au pire google image  :D

Citer
J'aurais mis une virgule après "gisons"
T'as raison, je prend ! C'est un passage que j'ai modifié y'a pas longtemps, et peut-être pas avec l'attention rythmique qu'il fallait, merci du coup d'œil !

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Lequel? L'âne ou le poney?
En fait, à la relecture je me rend compte que c'est peut-être pas très clair mais : il n'y a qu'un seul animal, qu'un seul équidé, et le narrateur ne sait pas si c'est un cheval ou un âne ou un poney, du coup il alterne, pour au final, par lassitude on peut dire, parler d'une notion qui les regroupe tous, l'équidé. C'était une manière d'humour, pour commencer à montrer le "décalage" du perso. Mais j'ai modifié, ça sera peut-être plus clair comme ça.

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Pas de point?
Oui ! si tu remarque j'en met jamais à la fin d'un paragraphe. Je voulais que ça est une sorte d'incidence sur le rythme, une manière de suspension, d'inachevé, et de fondu avec le paragraphe suivant. Mais ça a surtout une incidence sur la compréhension je crois, ça n'a pas tellement l'effet voulu.

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Pas de guillemets... Bon, j'imagine que c'est ton style d'écriture qui veut ça!
En vérité c'est plutôt commun, le nouveau roman et les éditions de minuit globalement font comme ça, et j'aime bien cet "effet", cette impression qu'on ne sort jamais du flux. Et comme je disais à Zag, j'ai même lu un livre qui ne s'embête plus : pas de guillemets, pas de majuscule, juste "il/elle a dit" + ce qu'il a dit, et puis basta - et ça marche bien aussi  ;D

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Pas compris la référence...  :???:
En gros le narrateur fait référence à sa propre expérience qu'il globalise "aux enfants" en général, à savoir que quand il était petit, et qu'il s'est passé des trucs avec le "garçon", ça s'est fait de façon machinale, inconsciente, sans savoir ce que ça voulait dire. Ça a l'air aussi d'une petite remarque obscène, et ça l'est en partie, le narrateur n'a rien de spécialement séduisant ni de particulièrement moral...

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Si c'est un pin, ce sont des pommes de pin qui tombent, non?
Oui j'ai tenté un petit jeu pour rendre la confusion des souvenirs du narrateur, au début il dit "à l'ombre d'un pin dont les glands nous tombaient dessus", alors que des pins c'est des pignes qui peuvent tomber, et juste après il dit "à l'ombre du chêne et [...]les pignes, quand elles visaient bien, tombaient dans les assiètes" alors que d'un chêne c'est des glands qui peuvent tomber. J'aime bien aussi l'espèce d'arbre chimérique que recomposent ses souvenirs confus, un arbre fluide, qui d'ailleurs pour lui au départ aurait pu être dans la maison "Nous déjeunions sur une table je crois, à l'ombre d'un pins dont les glands nous tombaient dessus. La table n'était pas dans la maison"

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Je comprends la démarche, écrire tes pensées comme elles te viennent.
C'est pas vraiment le but je crois. Y'a effectivement un parti pris de vouloir faire un monologue intérieur, de sauter d'un sujet à l'autre comme peut le faire la pensée quand elle divague, mais comme je l'ai dis y'a aussi la tentative de mettre en place un perso, des souvenirs, des lieux, etc., puisque c'est le premier texte d'une longue série avec ce perso, ses histoires, son quotidien, ses pensées, etc.

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Pour moi, les défauts de ponctuation rendent la lecture moins aisée (mais j'aime bien quand c'est bien rangé, perso).
Pour moi parler de "défaut" de ponctuation c'est un peu sévère (y'a des partis pris c'est sûr), mais vas y je prends  ;D

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Le récit perd en cohérence quand tu tu perds dans des explications que l'on peut comprendre avec beaucoup moins de mots.
La cohérence, je pense que tu l'as remarqué, n'est pas vraiment dans les habitudes du perso ^ ^ Quand au fait de se perdre dans les explications, de faire des digressions, ça fait parti intégrante du perso et de l'écriture, qui se veut complexe par moment, foisonnante comme tu dis, multiple.
Quand tu parles de répétitions, elles sont voulue ça dépends lesquelles - y'en a que j'ai peut-être zappé. Mais sinon oui j'aime beaucoup les répétition, et en général elles sont mise en évidence quand elles sont voulues.

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Je trouve sympa ces tranches de vie mais elles gagneraient peut-être à être réorganisées et racontées plus simplement.
Justement : l'effet recherché est l'inverse de l'organisation, c'est la divagation, l'errement, à l'image des conditions matérielles et mentales du perso. Quant à la simplicité je te l'accorde : ce texte en manque. Mais je suis attaché à une écriture ramifiée, organique, tout ça ; c'est pas au point ici, mais de plus en plus je me structure, je pars moins dans tous les sens, j'enlève les effets gratuits, les choses inutilement complexes - déjà les autres textes se concentreront sur un sujet précis globalement, une scène, une pensée. Raconter l'histoire de manière simple, claire et factuelle n'a pas de sens pour moi, car je ne cherche pas à faire un témoignage, qui serait franchement osef, y'a rien de spécialement intéressant à raconter, mais à me servir de ce témoignage comme d'une matière première pour travailler la langue, la forme, le ton, etc. Il y aura même plus tard des textes plus analytique, sur le souvenir, les lieux, des trucs plus romanesques, quand le perso raconte ses souvenirs, ses rencontres, des tentatives de saisir des impressions, une intimité mentale et corporelle, etc...

Merci beaucoup pour ta lecture en tout cas, ça fait zizir  ;D
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: ZagZag le 11 juillet 2024 à 12:15:41
Salut Safrande, me revoilà pour la suite !

Citer
pour appâter les chats dirait-on, dans un langage de moineau trisomique.
la comparaison me paraît un peu inutile, même venant du narrateur, elle apporte pas grand chose autant s'en passer je dirais

Citer
Mais la dame heureusement n'a pas toutes ces attentions. Elle en a eu je m'en souviens, un matin où, en ouvrant l'église,
je me suis souvenu à ce moment là qu'il créchait dans une église, c'est peut-être judicieux de le rappeler brièvement un peu plus tôt

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on est pour lui, en fin de compte, une espèce d’hébergement à sa taille, dont les murs vivants l’emmitouflent, se rétractent
j'aime bien

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Après le sureau a fini, mais pas l'habitude
j'aime bien aussi

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je vais à Laveyssière, c'est inéluctable, ça vient de la préhistoire, la mienne, et à tous les coups, à mon insu, je reviens
j'aime bien l'idée qu'il doive y retourner, on sent effectivement venir les aller-retour

Bon on sent déjà le délitement du récit, il ne se passe pas grand chose, on est beaucoup dans les pensées du narrateur. Disons qu'on en apprend moins que dans le texte précédent, et que là j'ai plus de mal encore à en garder quelque chose, mais je verrai par la suite, j'imagine. Dans le premier extrait, on avait vraiment ces aller-retour qui structuraient le récit, là on est un peu plus laissé sans filet en quelque sorte, avec des pensées beaucoup plus brutes et juxtaposées.
Le rapport au chat est pas inintéressant.
L'écriture me semble un peu moins inventive que précédemment, on est beaucoup dans les incises, les précisions, etc. peut-être un peu trop et d'un autre côté les structures de phrases varient moins (en tout cas c'est l'impression que j'ai eu).

À bientôt pour la suite !
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 11 juillet 2024 à 17:27:09
Coucou Zag, merci encore pour ton passage  ;D

Citer
la comparaison me paraît un peu inutile, même venant du narrateur, elle apporte pas grand chose autant s'en passer je dirais
Oh y'a pas beaucoup de chose utile dans ce texte, j'ai même essayé d'enlever tout ce qui aurait pu l'être  :D Non mais sinon j'aimais bien l'image, je trouvais ça drôle d'imaginer qu'un oiseaux "trisomique" puisse produire, au lieu de ces chants mélodieux, des clappement, des bisous. Aussi j'aime bien l'image rigolote et un peu moqueuse que ça donne de la femme philanthrope. Et enfin j'aime bien le fait que les chats soit attiré par ces sons bizarre d'oiseaux produit par une bête de 58kg. Mais après je comprends que ça ne puisse pas fonctionner, j'vais réfléchir dessus.

Citer
je me suis souvenu à ce moment là qu'il créchait dans une église, c'est peut-être judicieux de le rappeler brièvement un peu plus tôt
C'est normal, il n'y avait pas besoin de s'en souvenir plus tôt. En fait on part de l'église, et le sujet, le lieu se métamorphose, devient "la chambre", puisque les habitudes de la dame de l'église rappellent au narrateur celles de sa mère quand elle venait dans sa chambre ; s'ensuit une longue phrase qui s'enfonce dans des descriptions maternelles un peu fantasmés, et après on rémerge, on revient à la réalité, à l'église, à la dame. Je voulais que ça est un peu cet effet qu'on retrouve souvent dans les morceaux de jazz, où le thème est négligemment joué au début, comme par obligation, pour poser les bases harmoniques, et ensuite il est déstructuré, varié, défiguré tout le long, pour être repris à la fin alors qu'on l'avait oublié, que les jeux des musiciens sont parti si loin qu'on ne le reconnaissait plus. F'in bref c'était l'idée quoi...

Citer
Bon on sent déjà le délitement du récit, il ne se passe pas grand chose, on est beaucoup dans les pensées du narrateur. Disons qu'on en apprend moins que dans le texte précédent, et que là j'ai plus de mal encore à en garder quelque chose, mais je verrai par la suite, j'imagine. Dans le premier extrait, on avait vraiment ces aller-retour qui structuraient le récit, là on est un peu plus laissé sans filet en quelque sorte, avec des pensées beaucoup plus brutes et juxtaposées.
Après, venir lire ces textes en espérant y trouver du récit, c'est comme espérer trouver des dragibus en ouvrant des m&m's  ;D Comme je l'ai dis, le sujet principal reste l'écriture, quand bien même il y a un perso, une situation, etc. Je pense que ce texte (sur le plan narratif) montre un peu les conditions matérielles d'existence du narrateur, peut-être un peu ses sentiments par rapport aux figures parentales, sa relation avec le chat, mais pas beaucoup plus - et accentue son côté névrotique et suicidaire à la fin aussi. Vu que le livre sera fait de plein de petits textes, il y aura des événements et des infos disséminés par ci par là, mais sur un texte isolé on en trouvera que peu, c'est sûr. J'ai du mal à être d'accord sur le fait que rien ne structure le texte ici, puisque tout du long les motifs du chat s'intimisent, et ceux des fusils s'intensifient - ne se voyant, au début, en partie qu'à travers la dilatation des pupilles du chat, et devenant menaçants et paroxystiques à la fin.

T'as raison pour l'écriture, elle est plus sage ici, plus raisonnée, moins multiple ; je crois que j'ai voulu faire un peu plus dans la comparaison, dans l'image, dans l'intimité du narrateur, de ses sensations, chose que je ne me suis pas trop permis dans le premier texte. C'est vrai que je fais pas gaffe aux structures de phrase, j'ai pas remarqué qu'elles se répétaient dans ce texte, j'vais aller voir ça...

Merci beaucoup pour ce retour encore une fois ! (Et la suite c'est vraiment pas pour tout de suite, peut-être dans 1 ans ? - j'espère avant quand même)
Bye  ;D
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Esmée le 12 juillet 2024 à 16:42:57
Bonjour Safrande,

Je viens de finir, en plusieurs fois, la lecture de ton long et dense texte. Je ne pensais pas que j'irais au bout mais en fait, il plane suffisamment de mystère sur la vie de ce je/nous pour que j'ai eu envie d'en savoir plus. Je n'en ai pas su plus mais j'ai aimé avancer dans cet univers. J'ai apprécié la contradiction entre le cadre très simple, la campagne, la rivière, les petits villages, et le flot incessant et complexe des limbes de son esprit.

Au bout de quelques lignes m'est venue en tête la BD Blaast de Manu Larcenet. Je ne sais pas si tu connais cette œuvre mais j'y ai retrouvé un (anti)héros marginal, seul dans la nature, torturé par un passé lourd qui a probablement abîmé son esprit au point de le rendre simplet/débile au sens premier du terme. J'y ai vu aussi un parallèle entre dessin et écriture brute, floue tout en étant très précise sur certains points, sombres avec des moments de grâce, avec parfois une urgence dans le besoin de décrire telle ou telle scène.
J'y ai retrouvé aussi les traces d'une histoire pesante, voire sordide, qui se dévoile petit à petit, qui nous donne envie de tourner la page/lire le paragraphe suivant.

J'ai aussi été très sensible au passage des deux garçons à l'étage, cherchant la bouée (ou les palmes ? je ne sais plus). J'ai souvent cherché comment écrire ce désir brut, immaîtrisable, et qui doit rester caché. Tes quelques lignes m'ont beaucoup parlé.

Je n'ai pas lu dans le détail tous les échanges que tu as eu ici mais j'ai cru comprendre que ce texte était le fruit d'un travail de longue haleine, et qu'il y aurait une suite ou tout du moins des textes autour. Bravo d'avoir tenu le coup et d'être arrivé au bout, et bon courage pour la suite.

NB : je n'ai vu qu'après l'écrite de ce message qu'il y avait une suite. Je m'en vais la lire mais ce commentaire n'en tient pas compte
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 16 juillet 2024 à 00:13:17
Coucou Esmée, merci beaucoup pour ta lecture et ton chaleureux commentaire !

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Je n'en ai pas su plus mais j'ai aimé avancer dans cet univers.
C'est exactement le genre d'effet (ou alors de lecteur : ça vient peut-être du lecteur) que je recherche : qu'on reste là non pas pour les potentiels événements ou révélations qui vont arriver, mais parce que "l'atmophère" (composée du narrateur, de sa façon de dire, son environnement) nous plait, nous parle.

Connais pas Manu Larcenet, mais effectivement ça pourrait me parler - et ça doit sans doute être aussi grandement inspiré de Beckett, d'après la description que tu m'en fais. Les mots que tu utilises me réjouissent assez, parce qu'il semble qu'ils captent bien mon intention - floue/précis, sombre/moment de grâce, urgence : ça capte bien comme j'essaye de montrer les paradoxes, de jouer avec les contrastes  ;D
Et t'as raison : l'histoire est pesante pour le narrateur (tout n'est pas dit encore, loin de là), et c'est en parti cette histoire et ses conséquences sur sa vie qui justifie son caractère "simplet".

Content que le passage des palmes avec le garçon t'ait plu, en général il revient souvent dans les avis. Cette façon d'écrire je l'ai piqué en grande partie à Simon, dont j'vais lu "La route des Flandres" pas longtemps avant de pondre ce passage. Ce motif du garçon, cet amour juvénile et défendu, cette découverte précoce de la sexualité, seront des thèmes centraux dans livre, même peut-être les thèmes centraux et desquels découleront un peu tous les autres. J'ai au moins une vingtaine de texte sur le garçon, des choses plus analytiques, des choses émotionnelles, des questions, etc, et c'est ce qui me fait le mieux écrire, il me semble.

Et oui effectivement j'ai mis un an à écrire ce texte, parce qu'il a été le terrain de tous mes doutes stylistiques, celui sur lequel s'est le plus métamorphosé, en évoluant entre chaque paragraphes (et donc en détruisant l'unité du texte que j'ai dû reprendre à zéro au moins 6 ou 7 fois), ma façon d'écrire, jusqu'à ce qu'elle devienne suffisamment convaincante et cohérente à mes yeux. Maintenant j'écris beaucoup plus facilement et plus vite, parce que j'ai trouvé une espèce de "méthode" (non seulement stylistiquement, mais aussi purement matériellement), ce qui n'empêche en rien la difficulté d'écrire - mais elles ne se trouvent plus dans la source même de l'écriture, dans ses fondements, ce qui était d'une angoisse absolue : je peux en quelque sorte me concentrer sur autre chose maintenant, me fabriquer mes difficultés ailleurs  ;D

Merci beaucoup pour ton passage en tout cas, et à bientôt !
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: tentacule_du48 le 11 septembre 2024 à 18:26:19
Bonsoir !!!

en fait après avoir lu tout ça, le premier texxte en fait, hhh, je me suis demandé si je suis devenu un vrai poète par accident ou si j’ai simplement trop regardé des documentaires sur les cimetières à 3h du matin...hohoho, entre les enfants qui dessinent sur des vitres et les vieilles dames qui discutent avec des médecins invisibles, oui je pourrais croire que tu raconte des scènes de vie ordinaires... mais non non en fait, je préfère tordre la réalité jusqu’à ce qu’elle crie "pitié". C'est un peu comme demander à une araignée de jouer du piano, c'est fascinant...

en fait encore je me suis aussi demandé à quel moment exact les banalités du quotidien deviennent-elles une tragédie ???... et juste peut-être que c'est quand un simple verre d’eau devient une quête épique pour survivre à l'ennui mortel... ou peut-être quand les gens commencent à ressembler davantage à des statues qui perdent progressivement leur humanité...???

en fait , tu vois !!! la vieillesse est-elle juste une série de petites morts silencieuses ??? et genre les rides ne sont-elles pas des cicatrices du temps qui nous assassine lentement ??? normal genre, et du coup le vrai terrorisme n'est-il pas celui des pensées inutiles qui nous tombent chaque jour ??? je pourrais sérieusement se demander si les vraies armes de destruction massive ne sont pas ces petites conversations inutiles ???
et genre si l’ironie ultime, c'était de vivre une vie absurde tout en essayant de lui donner du sens ? comme ces médecins qui soignent des maladies imaginaires dans ton texte... et là, et si le train de nos vies était en fait coincé sur un escalator en panne ???

en fait, j'aimerais bien que tu creuses cette idée  dont les personnages deviennent des symboles du vide existentiel, genre avec des exemples, tu vois !
et les jeux entre le réel et l'imaginaire, et comment cela déforme notre perception...
 
un jour, j'ai voulu expérimenter l'absurdité de manière concrète... du coup j'ai pris une fourchette pour manger de la soupe... pas très efficace, mais ça m'a permis de comprendre à quel point on peut faire des choix absurdes juste pour voir si l'univers réagira. et Spoiler alert : il ne réagit pas.


 :noange:
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 14 septembre 2024 à 02:31:26
Coucou tentacule, moi qui te lit depuis que t'es arrivé, et qui voulais te commenter depuis un bout de temps (pas la dispo en ce moment), c'est toi qui ouvre le bal finalement  ;D

Merci déjà pour ta lecture et ton com, c'est généreux de ta part !

J'crois t'as bien capté l'esprit du texte, le fait qu'effectivement les pensées du narrateur son plutôt destructrices - dans mon deuxième texte j'évoque ce phénomène, je parle des pensées comme d'un "geôlier détenu", je dis qu'elles sont "recluses, invasives et despotiques" -, ou l'absurdité qui règne un peu partout, à travers le regard, les pensées ou le comportement du narrateur - j'aime (et suis plutôt convaincu par) ce courant de l'absurde, son esthétique qui je trouve peut amener à plein de trucs drôles, poétiques, profonds (y'a qu'à voir Beckett...), en plus de l'avoir ressentit et de le ressentir encore (bien que d'une façon moins dramatique, plus créative/récréative) dans ma chair.

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en fait, j'aimerais bien que tu creuses cette idée  dont les personnages deviennent des symboles du vide existentiel, genre avec des exemples, tu vois !
et les jeux entre le réel et l'imaginaire, et comment cela déforme notre perception...
Alors je crois que ça sera pas trop le projet, je fais pas tellement dans le symbolisme, enfin je crois : il y a certes une introduction à un monde un peu absurde/surréaliste (le narrateur, les personnages qu'il croise dans le lieu, ceux dont il parle au passé - mais qui n'ont rien de spécialement absurde je crois), mais tout ça sera amené à se "crédibiliser" à mesure des textes, à perdre une certaine abstraction à mesure que les motifs/les souvenirs s'approfondissent, se creusent, se révèlent, s'objectivent plus ou moins. Mais le vide existentiel est toujours présent, c'est plus un "état d'esprit", un "ton", qu'un réel sujet sur lequel je vais écrire.
Mais pour ce qui est du "jeu entre le réel et l'imaginaire", effectivement, tout au long du roman j'aimerais bien garder cette tension fantasmagorique, que le tout ait une espèce de goût d'irréalité, sans jamais que ce soit confirmé pour autant, sans jamais qu'il y est de résolution pour l'un ou l'autre, pour le réel ou l'imaginaire. C'est quelque chose que j'avais trouvé fascinant chez Kafka, et qui permet des scènes fécondes et dont j'aime beaucoup l'étrangeté - comme chez Gombrowicz.

Pour ce qui est d'expérimenter l'absurdité de manière concrète, du coup... il suffit de vivre  ;D Mais anecdote, le cinéma du narrateur avec ses pâquerettes, c'est un truc que j'ai fait pour de vrai, et qu'on a théorisé avec un ami : j'aimais bien effeuiller un par un les pétales d'une pâquerette (ça me détendait à l'époque, et ça demande du calme et de la finesse dans les doigts), et je lui ai demandé comment on pourrait faire pour avoir une preuve qu'on effeuille un à un les pétales d'une pâquerette (l'histoire d'avoir un historique de ce que j'avais effeuillé, pour le fun), et il m'avait trouvé cette solution de l'aiguille, qui est vraiment pas con je trouve, parce que comment enfiler des pétales sur une aiguille si ce n'est qu'en les effeuillant un par un  :D Enfin bref, mais ouais faire des actions absurdes comme ça c'est cool je trouve - j'aime bien celle de Perceval dans Kamelott aussi, pécher avec un caillou, ou plus littérairement celles (nombreuses et fascinantes) qu'a théorisé Pessoa dans son Livre de l'intranquillité, petit exemple :

"Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d'un lieu d'où personne ne vient, vers un lieu où personne ne va. Que j'aimerais consacrer ma vie à la construction d'une route commençant en plein milieu d'un champ, et allant se perdre au beau milieu d'un autre ; une route qui, prolongée, aurait son utilité, mais qui resterait à jamais, sublime, une moitié de route."

À plus  ;D
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 03 décembre 2024 à 18:27:24
Aller, mon petit dernier, un peu plus abstrait que les deux autres, mais il sera important pour la suite ; comme d'hab les mêmes demandes : est ce que vous arrivez à voir quelque chose dans ce texte, est-ce que malgré le flou et l'abstraction y'a quelque chose qui ressort ? Il y a une ambiguïté trouble aussi tout du long du texte, je voudrais savoir si elle est seulement visible, ou au contraire trop marquée, trop indécente : j'ai conscience de la sensibilité du sujet, c'est pas mon souhait de franchir certaines lignes. Remarques sur le style aussi, est-ce que ça fait bien passer l'idée, l'état d'esprit du texte, etc... F'in globalement est-ce que vous avez passé une bonne lecture quoi. C'est un texte court, comme celui d'avant, plus court encore.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: nicolaskuhn le 19 décembre 2024 à 00:35:20
Salut Safrande,
Je commence par le début. Voici quelques commentaires :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Plus que Claude Simon, j'ai pensé à Beckett en lisant ce début. J'avoue que quelques passages ont résisté à ma compréhension. Mais pas tant que ça. Par contre, je ne suis pas convaincu par l'intérêt de l'usage du "nous" pour le "je". Je n'y trouve pas de sens. à plusieurs endroits, par curiosité, j'ai remplacé par des "nous" par des "je" et je trouvais que ça fonctionnait mieux, sans perdre l'originalité du style. ça fonctionne aussi mieux avec "on" plutôt que "nous"... Il y a déjà suffisamment de procédés qui complexifient la compréhension pour ajouter celui-là (à mon goût).

Quant au vagin de l'incipit, je n'en vois pas non plus la nécessité après lecture de ces 13 premières pages. Je trouve que le premier paragraphe du roman est important parce qu'il oriente la lecture de la suite. Personnellement, j'y cherche une sorte de clé - d'autant plus quand le système d'écriture est aussi original et inhabituel. Là, dans les 13 premières pages, je ne vois pas d'écho à ce vagin inaugural et ça me donne l'impression qu'il est lâché comme ça de façon gratuite...

Mais bon, il faut que je lise la suite pour en dire plus que ces quelques bribes...
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: nicolaskuhn le 19 décembre 2024 à 11:27:33
Je poursuis ma lecture, bien attrapé par l'écriture et l'univers.
Et la poursuivant, si le Molloy de Beckett continue de voisiner quelque part dans mes évocations personnelles, je me remémore également de plus en plus le Jérôme de Jean-Pierre Martinet. C'est sa solitude - voire sa déréliction - mais aussi sa noirceur, son inquiétude, ses penchants pour la mort, qui m'y font penser... L'humour (noir) également.

Quelques commentaires :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: marécage désolé le 20 décembre 2024 à 12:21:46
pareil que nicolas, je trouve ça très (trop, hélas) beckettien. il faudrait avoir le courage de se détacher des maîtres anciens et de faire sa propre soupe. désolé de dire ça aussi sèchement, je ne trouve pas d'autres mots.
Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 22 décembre 2024 à 19:29:25
Hello nicolasskuhn, merci beaucoup pour ta lecture et ton investissement  ;D

Effectivement Beckett est un auteur que j'affectionne particulièrement et qui m'a donné beaucoup d'élan dans l'écriture.
Ce truc du "nous" j'suis assez d'accord je crois, même dans les textes d'après je l'abandonne à peu près totalement, et comme toi je trouve que "on" marche mieux. C'est un tic que je fais assez naturellement quand j'écris, et je n'ai pas trouvé de justifications conceptuelles, juste "c'est". J'aime surtout l'impression de  multiplicité que ça donne au narrateur, cette impression d'être peuplé dans la solitude, et les recours sonores que ça offre. C'est un des rares truc que je laisse à la libre interprétation du lecteur.

Effectivement l'incipit est assez gratuit, j'aime pas trop les incipits, j'aime bien justement casser l'ouverture qu'on a tendance à fétichiser par un truc random - ce qui est aussi, en soi, une manière de mettre en valeur l'incipit, dans sa volonté de vouloir le saboter. Une manière que j'aime bien par exemple c'est les ouvertures de Brian Eno, le compositeur, qui jette l'auditeur dans sa musique comme si on la prenait en cours de route, sans intros, sans expositions longues et fastidieuses, et c'est un peu l'idée ici. On est tout de suite jeté dans les réflexions absurdes du narrateur, ses cheminements de pensée tordus et parfois indécents ou improbables. C'était ça l'idée en gros ^ ^

Pour répondre dans le détail :

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Je trouve qu’entre le nous et le on, il faudrait choisir – ou alors il faudrait les mettre en exergue de façon plus marquée pour que le lecteur les identifie comme un système et non comme une erreur
La répétitivité du procédé, sa constance sert justement à son identification - je ne me vois pas trop assister le lecteur en marquant les pronoms ; les questionnements sur certains choix stylistiques font partis de l'expérience de lecture (après au lecteur de décider s'il supporte de ne pas tout comprendre au premier texte, et de voir l'œuvre, à force de fréquentation, de macération, à force de petites infos distillées à mesure des textes, et qui n'en sont pas l'objet central, se clarifier peu à peu). Après j'suis d'accord que y'a des moments c'est maladroit, et que comme tu dis certains "nous" pourraient facilement être remplacé, pour que ça paraisse plus naturel.

Citer
J’ai beau m’y être pris à plusieurs fois, je n’ai pas pu comprendre ce paragraphe
Oui là typiquement j'ai tenté un rythme à la Claude Simon, avec tout plein de parenthèses etc. Le narrateur parle de "l'aventure" Saint Jean d'Eyraud, la "période" Saint Jean d'Eyraud qu'il perçois seulement comme une espèce de tension dont on comprend que la cause était son frère, en particulier les violences que son frère lui faisait subir - et par les impressions il lui semble que la tension est tellement omniprésente et sous jacente partout qu'elle imprègne la matérialité de la maison. F'in en gros c'est ça l'idée du paragraphe, c'est de traduire des impressions.

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je trouve ce paragraphe réussi – j’ai tout compris ! Et l’absence de ponctuation a du sens : vitesse, absence de respiration – par contre, je trouve « fouichus » inutile
Oui en général on aime bien ce paragraphe, cool si tu l'as aimé aussi  ;D T'es le deuxième qui me parle de "fouichus", j'vais me résigner à l'enlever, j'me rend compte que ça mindfuck plus qu'autre chose.

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ouh ! Pas mal ça : si je comprends bien la maternelle = la mère ? Dans ce cas, je verrais bien le mot revenir avec ce sens et remplacer plus loin celui de mère
Oui c'est ça ! Je sais pas si je redis la "mère" plus loin ? En tout cas oui ça pourrait être une idée !

Citer
les cailloux de Molloy, le retour
Oui c'est effectivement mon inspiration (à peine caché) pour ce passage, qui revient tout au long du texte et montre le désœuvrement du narrateur, et ça capacité à se "fabriquer" des petites aventures, des petits objectifs à partir de rien.

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beuark… je me passerais bien de cette image dégueu – je préfère encore les chiures et les merdes… Peut-être mon côté végétarien…

Original d'être d'avantage dégouté par ce qui sort du nez que par ce qui sort du fondement  :D

Citer
bien trouvé!
Oui c'est un ami qui m'a permis de trouver cette solution, on y a réfléchit pendant des jours bien sérieusement ^ ^

Citer
Je ne crois pas que les tirets quadratins soient nécessaires pour le dialogue ici
Oui j'suis d'accord, c'est aussi un truc qui me gênais, j'vais juste mettre des points à la place.

Citer
bien campée l’histoire tragique de cette araignée
Oh cool que t'es réussi à la savourer  ;D

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Je poursuis ma lecture, bien attrapé par l'écriture et l'univers.
Et la poursuivant, si le Molloy de Beckett continue de voisiner quelque part dans mes évocations personnelles, je me remémore également de plus en plus le Jérôme de Jean-Pierre Martinet. C'est sa solitude - voire sa déréliction - mais aussi sa noirceur, son inquiétude, ses penchants pour la mort, qui m'y font penser... L'humour (noir) également.
Connais pas du tout Jean Pierre Martinet, mais effectivement les qualificatif que tu lui prêtes sont absolument dans mes intentions d'écritures - et cool que t'es capté l'humour noir/absurde, souvent on passe à côté.

Merci aussi pour les fautes, comme dans le titre même du deuxième texte ^ ^

Citer
vaginalement? puisqu’il semble que le narrateur ne fuie pas la sensualité habituellement
Oui c'est vrai... à réfléchir...

Merci encore pour ce retour !

@marécage

Ouais j'ai conscience de l'influence que Beckett a sur mon écriture, sur "l'esprit" des textes, et je comprend le reproche. Après, pour défendre mon bout de pain quand même, j'ai envie de dire que toute écriture prend ses racines dans une autre (je ne conçois pas une écriture détaché de toute influences, faire "sa propre soupe", être son propre puit et initiateur d'une écriture nouvelle par la seule force de son intériorité est à mon avis une vision fantasmé de l'écriture - je sais pas si c'était ta take, mais ta critique laconique et sans plus d'explications m'a fait penser à ça), dans "d"autres" écritures même, comme je pense que c'est le cas ici ; ça m'étonnerait que Beckett écrive des trucs comme le dernier paragraphe de mon premier texte, par exemple, ou des choses aussi charnelles et imagées que mon deuxième texte, et ça c'est parce qu'il n'y a pas que du Beckett dans ce que j'écris : je m'arrange avec l'influence d'autres auteurs aussi, du Simon parfois dans la longueur et le rythme des phrases, du Proust dans l'approche du souvenir et la restitution de certaines impressions, le format fragmentaire et à peu près diaristique, le courant de conscience qui au final est moins Beckettien que Joycien ou Faulknérien, ou la musicalité de la phrase qui chasse le plus possible les rimes, les assonances, les allitération, les r, les s, que j'essaye plutôt d'emprunter à Flaubert - et oui je peux entendre que tout ça n'est pas encore suffisamment digéré (je dirais qu'il faut laisser le temps à l'écriture : déjà dans le deuxième et troisième texte Beckett est beaucoup moins présent (remplacé par d'autres auteurs j'en conviens), et ça va aller en se mélangeant d'autant plus par la suite), mais je pense aussi que "l'œuvre" a une direction assez personnelle, assez viscérale quand bien même elle use d'influences extérieures. Aussi, et c'est un autre débat (et c'est pas pour justifier les influences trop marqués de mes textes dont je suis moi même conscient et que j'ai envie de mieux fondre, de mieux faire mien), mais de remarquer les influences d'un livre (ou même d'un groupe, d'un compositeur, pour parler musique) ne me gêne pas si la force expressive et la qualité esthétique est au rendez vous - je ne place pas l'originalité de l'écriture ou de la musique comme critère numéro un pour la juger, sinon je n'aimerait pas autant Simon qui atteint des trucs sublimes, mais qui a presque tout pompé à Faulkner, ou Ravel qui a beaucoup prit à Debussy, Radiohead à Pink Floyd/Beatles/Can, etc.
Mais oui oui, j'suis d'accord que le début de ce journal montre presque ostensiblement ses influences Beckettiennes, c'est presque de la provocation, avec ce perso marginal, bête, scato, qui se réfugie dans des pensées et des rites infantiles, ce ton indifférent, cet humour absurde, cet environnement stérile, cette dégradation du corps. Mais c'est le point de départ, tout ça évolue déjà dans les deux autres textes et va continuer à se métamorphoser, et y'a déjà les prémices d'obsessions plus personnelles concernant le lieu, le souvenir, les impressions, etc.

Merci à vous deux en tout cas, à plus  ;D



Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: marécage désolé le 23 décembre 2024 à 16:53:38
salut safrande,

j'espère ne pas t'avoir froissé par mon précédent message, en effet trop lapidaire, bien que je ne veuille en réalité lapider personne, bien sûr. tes arguments sont très raisonnables et l'on sait depuis longtemps que le pastiche, les citations et emprunts et transpositions sont des moyens d'expression légitimes en littérature, ne devant pas être confondus avec le vulgaire plagiat, bien que la distinction soit parfois difficile.

tu écris :


Citer
je ne place pas l'originalité de l'écriture ou de la musique comme critère numéro un pour la juger

alors oui, en art rien ne nait de rien et on trouve toujours des continuités avec le passé. d'où l'absurdité apparente de l'idée d'originalité. peut-être le mot singularité conviendrait mieux. mais comment définir cette singularité, où son absence ? c'est peut-être ce que la critique devrait essayer de faire. en tout cas je pense que l'artiste lui-même peut n'en être pas conscient et ne pas savoir l'expliquer rationnellement.

il faut aussi savoir que chaque lecteur aura une réception/perception différente de l'œuvre en raison son bagage culturel et de sa personnalité et que si quelqu'un ne comprend pas ou n'aime pas, il y a très peu de chance de le faire changer d'avis en lui expliquant qu'on a voulu faire ceci plutôt que cela. en général, je n'aime pas les artistes qui "ratissent large" ou qui postulent à l'universel. ce qui plait soit disant à tout le monde ne plait en vérité authentiquement à personne.

Titre: Re : Sans titre encore !(explicite/violence/sex)!
Posté par: Safrande le 23 décembre 2024 à 23:39:38
Salut marécage ! Pas de vexation t'inquiète, juste j'suis naturellement bavard par écrit, d'autant plus quand il s'agit de parler de mes textes et de les défendre, j'suis un vrai marchand de poisson  ;D

Comme je te dis, j'ai conscience de la justesse de ta critique, d'autant que je sais que tu es un lecteur de Beckett, je suis moi même un lecteur de Beckett, on va pas faire semblant que ces textes sortent de nul part !
Et du coup moi j'trouve ça cool que tu fasses cette remarque aussi "radicalement", parce que jusqu'à maintenant on me disait que ça ressemblait plutôt "vaguement" à Beckett, alors qu'au fond de moi je me disais que ça ressemblait beaucoup quand même, mais vu que tout le monde semblait s'accorder sur le fait qu'on le sentait pas tellement, je me disais que c'était moi qui en faisait un peu trop - tu sais la vieille capacité bien pratique pour pas se remettre en question de se mentir à soi même  ;D
Du coup oui ça me pousse pour les prochains textes à faire attention à ces vieilles manies, ces espèces d'habitudes presque systématiquement beckettienes, même si au final, assez inconsciemment, elles se résorbent d'elles mêmes par une sorte de digestion, grâce au temps, à la pratique, à la prise de recul sur mes "maîtres", que je relis souvent et dans lesquels je vois trop bien ce que je leur ai inconsciemment piqué. J'suis malgré tout vraiment attaché à cet esprit absurde, à cet humour du malheur, de la marginalité, de la précarité, c'est un truc qui chez Beckett fait trop écho en moi, et c'est un truc qui m'inspire trop pour que je puisse m'en détacher (comme l'exploration des souvenirs et des impressions que m'a appris Proust), faut juste que j'essaye un peu mieux de me l'approprier, de le faire "à ma sauce"  ;D