Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, donnée par BeeHa :) merci BeeHa ^^
(https://zupimages.net/up/24/08/8w8x.jpg)
Une fois n'est pas coutume, je vais juste vous laisser découvrir l'histoire.
Une bonne lecture et bonne soirée !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Je reviens sur ce texte : comme dit en commentaire, j'ai essayé d'y travailler un style verbal que j'aimerais appliquer à un autre texte. Est-ce que ce style fonctionne déjà ici ? Qu'est-ce qui serait à retravailler ? Est-ce qu'il y a des tips et astuces que je pourrais découvrir pour m'aider ?
Des marshmallows au coin du feu
On était tous assis là, installés autour d’un feu, à manger des marshmallows grillés ; une bande de copains perdue au milieu des bois, le pick-up de Joshua garé quelques mètres plus loin. Tous ces arbres, leurs ombres alignées nous enfermait dans l’un de ces nombreux campings en plein-air du pays. Je crus voir un lapin, peut-être un renard, s’approcher du feu avant de repartir dans la nuit.
Pas de vent dans les branches et trop d’étoiles dans le ciel pour les compter. Une ambiance à la fois tranquille et terrifiante, à mi-chemin entre la romance pour ados et le film d’horreur. Jessica se blottit un peu mieux dans les bras d’Alix. Joshua replaça une bûche qui crépita, dévora cette nouvelle offrande. Sa sœur Sydney s’approcha un peu de moi, comme une enfant qui réclame son histoire du soir avant de dormir.
Je m’éclaircis la gorge pour plus de mystère :
« J’ai grandi dans une petite ville, pas loin d’une immense falaise. Et quand je dis immense, je veux dire IMMENSE : on y voit même pas la mer en bas. C’est souvent que des fous viennent s’y jeter, qu’on retrouve leurs corps coincés dans les filets des pêcheurs. Tout le monde là-bas a déjà vu au moins un de ces morts.
— Toi aussi t’as déjà vu un cadavre ? sursauta Sydney.
— Ouais, quelques fois… « Des pantins cassés, complètement désarticulés, à l’intérieur comme à l’extérieur » a expliqué le curé. Mais ça l’a jamais empêché de leur montrer le chemin vers la lumière.
» Et un jour, j’ai vu ce type. Il pleuvait à fond, y’avait de l’orage et tout. On y voyait pas grand-chose en fait… mais je suis sûre que je l’ai vu ! Il est resté là sans bouger, juste au bord de la falaise. La tempête était flippante, c’était limite elle envoyait les voitures à l’autre bout de la ville. Et il est resté là. Il avait les bras tendus, là, mimais-je, comme la statue de Jésus à…
— À Rio, compléta Joshua pour moi.
J’acquiesçai et continuai :
— J’étais assise sur une des banquettes du bar. J’allais toujours là-bas après l’école pour attendre mon père. La vieille Nancy, Nancy la folle comme l’appelaient les adultes, s’est assise à côté de moi, a regardé la falaise curieuse. Je lui ai raconté pour le type et quand j’ai voulu lui montrer, il avait disparu. D’un coup, la pluie s’est arrêtée et c’est comme si rien s’était passé.
— Putain ! s’exclama Jessica. C’est pas une histoire flippante, ça ! C’est juste un malade qu’a pas osé sauter. Il a dû choper une sacrée crève ! ricana-t-elle pour cacher ses tremblements.
— Il est revenu, répliquai-je pour le plus grand plaisir des copains. Pendant des jours et des jours, je l’ai vu comme ça : chaque fois, l’orage, la pluie qu’on y voit, et ce type, les bras écartés comme s’il attendait un truc. Et chaque fois, Nancy arrivait, écoutait mon histoire, et lui était plus là, et le soleil revenait d’un coup.
» Et puis un jour que Nancy était pas là… putain, j’ai flippé ! Je vous jure : j’ai flippé ! Lui, il était encore là ! Je l’ai pas lâché des yeux, j’en avais marre de passer pour une menteuse ! Déjà, mes parents, et même Karen qui bossait au bar, personne voulait me croire à part la vieille Nancy. Mais elle était pas là… hoquetai-je. Il a attendu et c’est comme si j’avais attendu avec lui. Il a pris la pluie et j’ai senti des gouttes me tremper partout, les cheveux, le visage, et même sous les vêtements. L’orage, je l’ai entendu comme si j’étais dehors. Le vent m’a fouetté la tronche, j’ai vraiment cru que j’étais qu’une poupée. Un pantin désarticulé…
» Je sais pas comment l’expliquer, mais je me suis sentie vivante. J’étais là à regarder ce type se prendre la tempête en pleine tronche, et je me suis sentie vivante : mon cœur a tambouriné si fort que j’ai cru devenir sourde, mon sang s’est propulsé partout dans mon corps pour le réchauffer. Vivante j’vous dis ! m’exclamai-je à bout de souffle.
» Et d’un coup, tout s’est éteint ! Les lumières du bar, les lampadaires dehors. Une coupure de courant, ils ont expliqué… J’y voyais plus rien et ça m’a mise en pétard ! Parce que j’en avais marre, tout le monde me disait que je mentais, et moi, je mentais pas !
» Et là, un éclair est tombé là où était le type. Ça a même pas duré une seconde. L’éclair est tombé, il a tout éclairé, et le type était là, juste devant moi, de l’autre côté de la vitre : son visage collé au mien, ses mains à plats sur les miennes. J’vous jure, j’ai jamais hurlé aussi fort que ce jour-là.
» Mais le pire, c’était ses yeux : là, au milieu de son visage déformé par la tempête, deux pupilles rouges comme le Diable ! Le Diable, putain ! Je suis sûre, j’ai vu le Diable ! Karen l’a vu aussi, j’en suis sûre ! Elle a hurlé aussi et ça a brisé le truc. Il s’est tourné vers elle, l’a fusillée du regard et, dans un éclair, il est reparti.
» Tout s’est arrêté après : la pluie, l’orage, c’était fini. Dans le ciel, un grand soleil et même un arc-en-ciel et c’est comme si ce type avait jamais existé. Et mes parents on déménagé ici, et me voilà à me rappeler ce moment que j’aurais préféré oublier, tout ça pour vos conneries d’histoires qui font peur…
Je tremblai : de froid, de peur, de rage ; de me rappeler tout ça. Je ne leur racontai pas qu’on avait retrouvé Karen étendue par terre, morte ce jour-là. J’en avais fait des cauchemars jusqu’au déménagement et j'avais jamais osé remettre les pieds là-bas. Sydney me serra contre elle et je reniflai sur son gilet qui sentait la fleur pendant que Joshua nous enroulait dans une couverture qui traînait à côté. Soudain, Jessica hurla. C’était bizarre de me rendre compte qu’un silence dans la forêt pouvait raconter : plus de grillons dans les fourrés, plus de hiboux en haut des arbres. Plus rien. Jessica et Alix fixaient un point juste au-dessus de moi, terrorisés. Un éclair illumina le ciel et une pluie glaçante me coula dessus.