Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Guigui6w le 14 Février 2024 à 13:25:53

Titre: Voiture fantôme
Posté par: Guigui6w le 14 Février 2024 à 13:25:53
Les rayons du Soleil se réverbéraient sur le capot du moteur. Une journée de mai. Le vent faisait danser les champs de blé qui nous entouraient. Un dédale de couleurs se superposait, entre le rouge de la voiture, le jaune des cultures, le bleu du ciel et le gris de la route qui défilait. La ville n’était plus très loin. Je roulais vite.

Une autre couleur, plus subtile, se faisait remarquer. Le beige de ta peau autrefois blanche de fatigue et de maladie lorsque je t’avais rencontrée. La voiture progressait, de là où elle venait tu souriais.

Il était étrange de constater que l’amour et la haine sont les deux faces d’une même pièce de monnaie. Te rencontrer, c’était t’aimer et par conséquent te détester. Je me demandais où allait cet amour, que la voiture fuyait à toute allure, et qu’on ne voulait pas voir s’arrêter. Comme si s’en éloigner était devenu une nécessité. Pour toi, pour moi. Aimer, c’est fugace, intangible, ce n’est rien, c'est tout.

Derrière moi, le bleu du ciel brillait, à l’horizon, il ternissait. Toi, tu étais assise à mes côtés sans l’être, comme si je te voyais déjà dans le rétroviseur, comme si tu appartenais à ce monde coloré qui n’était plus mien.

Le moteur s’emballait, mes mains tremblaient sur le volant. Toi tu pleurais. Je t’avais apportée ce dont tu avais besoin, la vitalité nouvelle de tes joues, de ta peau, de ton regard, de ton être. Je t’aimais. Trois mots trop courts, trop peu.

J’étais enfin en ville. Je venais de te quitter. Je regardai le siège passager où depuis longtemps je discutai avec ton fantôme. Tu étais partie un jour de mai, ce qui me restait pour te ressentir était la haine. En attendant, je déviai de ma trajectoire.

La voiture s’écrasa contre un mur, dans un fracas aussi bruyant, que celui dont tu étais l’auteure, dans mon cœur.
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: Cendres le 14 Février 2024 à 20:28:24
Merci pour ton texte.

Ton texte est court et intéressant a découvrir.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: Marie Czarnecki le 15 Février 2024 à 09:00:22
La construction du texte est intéressante. Le jeu des couleurs qui peu à peu révèle la vérité : la passagère n'est qu'une illusion. Ainsi que la comparaison entre le crash au sens propre de la voiture et celui au sens figuré du cœur du narrateur.
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: Joachès le 16 Février 2024 à 08:14:26
Ton titre m’a interpellé et curieux j’ai voulu voir de quoi il retournait. Parce que dès que ça parle de voiture ça m’intéresse 😊.

J’ai bien aimé ta description colorée du début et l’utilisation d’un vocabulaire automobile précis. Je m’imaginais un vieux cabriolet rouge type MG B ou ALFA-Roméo  Duetto.

Petite remarque, le terme « envenime » que tu utilise pour le moteur me semble impropre. Le terme de « s’emballe » me parait plus approprié.
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: Guigui6w le 16 Février 2024 à 08:42:08
Merci pour vos retours, Cendres, Marie, Joachès. 

Cendres, j'ai volontairement laissé une part d'incompréhension sur la disparation de la femme. Est-elle partie pour un autre ? Est-elle décédée d'une maladie ? L'homme disait "ta peau autrefois blanche de fatigue et de maladie", comme si le fantôme de la femme semblait plus beige, "le beige de ta peau", que lorsque celle-ci était vivante. Mais encore une fois, je n'ai rien décidé sur la tournure des événements. Et la haine que l'homme éprouve résulte simplement de l'absence de la femme, comme dernier sentiment qui le rattache à elle.

Joachès, c'est en effet un vieux cabriolait rouge que j'avais en tête en décrivant la scène. Merci pour ta remarque, je vais remplacer "envenime " par "s'emballe".
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: Arthur Riendebeau le 17 Février 2024 à 16:51:36

Je le répéterais sans cesse, j’admire la justesse avec laquelle tu t’exprimes. Tes histoires d’amour poignantes et tragiques, tes métaphores :
"Il était étrange de constater que l’amour et la haine sont les deux faces d’une même pièce de monnaie."
Cela me fait penser au jour où Camus est mort. Je suppose que c’est l’accident de voiture ou je ne sais pas
Titre: Re : Re : Voiture fantôme
Posté par: Guigui6w le 18 Février 2024 à 10:24:13

Je le répéterais sans cesse, j’admire la justesse avec laquelle tu t’exprimes. Tes histoires d’amour poignantes et tragiques, tes métaphores :
"Il était étrange de constater que l’amour et la haine sont les deux faces d’une même pièce de monnaie."
Cela me fait penser au jour où Camus est mort. Je suppose que c’est l’accident de voiture ou je ne sais pas

Merci Someone, tes retours me vont droit au coeur. Et non je n'avais pas la mort de Camus en tête mais je comprend que tu y fasse allusion.
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: marrailla le 20 Février 2024 à 09:56:20
Merci pour ton texte qui est plaisant à lire. Il ne donne pas toutes les réponses et laisse une place à l'imagination.
Au plaisir de te lire à nouveau.
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: LOF le 12 Avril 2024 à 11:58:01

 L'amour dans son rapport au ciel et à la voiture.
 L'amour dans sa relativité.
 L'amour dans sa présence en les choses et son absence soudaine.
 Amour et haine bien sûr associés.
 Beau texte sincère, ruisselant de justesse.
 L'amour n'est jamais plus présent que lorsqu'il est fantomatique. 
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: Béatrice M le 12 Avril 2024 à 13:35:37
Bonjour Guigui6w
J'ai aimé lire ce récit cours, belle construction de l'histoire, qui laisse au lecteur le choix sur la disparition de sa femme.
J'aime cette phrase; (Il était étrange de constater que l’amour et la haine sont les deux faces d’une même pièce de monnaie.) car oui l'amour et la haine parfois se côtoient en un étrange sentiments aux vertiges du doute.
Douce journée
Titre: Re : Voiture fantôme
Posté par: Mythesilenne le 12 Avril 2024 à 23:27:28
Un texte court et efficace!
J'ai bien aimé la progression du récit, et le fait qu'on est persuadé qu'ils sont deux dans cette voiture au début.  Personnellement, ça ne m'a pas gêné de ne pas savoir pourquoi la femme est partie. Et j'ai de suite imaginé un suicide à la fin.

A l'inverse d'autres lecteurs, j'ai trouvé que cette phrase sur la dualité amour/haine est un peu cliché. Je pense que tu peux explorer cette idée sans avoir besoin de l'énoncer. Je trouve cette phrase "ce qui me restait pour te ressentir était la haine" bien plus puissante et qui pourrait presque se suffire à elle-même.