Maintenant tu es un homme
Ouvre la porte. Avance lentement. Ecoute les craquements du parquet sous tes semelles. Extirpe les mains de tes poches. Avance. Regarde aux fenêtres les lourds rideaux qui bougent. Avance. Renifle une vague odeur de violette. Vois le vernis qui illumine les lattes du parquet. Entends piailler les passereaux dans les arbres. Avance avec respect sur le parquet. Ne rouspète pas contre le vacarme des chariots qui roulent dans le couloir. Arrête-toi seulement à un mètre du lit. Récite-toi une prière. Imagine une rivière coulant autour du lit. Tu ne dois pas traverser la rivière. Regarde sur le lit le corps allongé. Regarde comme il ne bouge pas. Regarde les doigts croisés sur le ventre de la femme dans le lit. Aime son visage. Découvre que tu n’es pas seul. Touche le rayon de soleil qui éclaire le corps. Raconte à la femme ce que tu ne lui as jamais dit. Traverse l’eau de la rivière autour du lit. Penche-toi sur la femme. Ecoute là. Sa respiration silencieuse. Caresse une mèche de ses cheveux blancs. N’enlève pas la bague dorée à son doigt. Entends le cliquetis du lit métallique. C’est le corps qui bouge en dedans. Ne t’évade pas vers le ciel à travers la fenêtre. Reviens. Sur elle. Reviens au lit du dernier voyage des vivants. Pose tes yeux sur ses yeux. Accompagne leur paix. Ne dis pas la solitude où tu vas être maintenant. Chante une chanson comme elle faisait autrefois. Ne fait pas attention aux vilains plis du drap qui enveloppe son corps. Il est si minuscule aujourd’hui son corps horizontal. Ne renverse pas le brin de violette dans un verre sur la table de nuit.
Puis dresse-toi sur la pointe des pieds, (tu n’as que douze ans). Incline-toi, bascule, chavire, plonge sur le dôme de son front. Laisse un baiser. Répète doucement « adieu grand-mère ». Oublie le froid, la pâleur jaune. Maintenant tu marches dans la rivière qui entoure le bateau du lit. Tu es grand. Tu connais l’heure finale des humains. Accepte le vent qui remplace le gazouillis des oiseaux. Arpente le parquet. Referme la porte. Suis les couloirs où roulent les chariots au secours des vivants qui vont s’éteindre. Sois un homme et comprends les infirmières.
Merci pour ton texte.
Il me fait penser a ton précèdent, "Impératif" rempli d'ordre.
La fin nous dévoile la sujet Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Sinon, l'écriture (c'est un avis personnel sur le style) :
"Fais ceci , fais cela.... bla bla et tu deviendras un homme(je suppose un adulte), car ce que je dis fera de toi un grand."
Ca me fait penser aux adultes qui font des sermons, mais en sont eux même le contre exemple ^^