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Bonjour
Il y a un peu plus d'un an, je postais ici mon premier texte, émue et fière. Les retours m'ont beaucoup aidée, inspirée et j'ai enfin pris le temps de retravailler cette histoire. Ponctuation, tirets cadratins, phrases bancales et précisions de contexte, j'ai essayé de le rendre plus clair et, j'espère, un poil moins froid ! J'ai même changé le titre, qui ne me satisfaisait que moyennement.
Pour vous redonner quelques éléments de contexte, je suis partie d'un personnage secondaire d'une histoire plus longue que j'ai en tête, et j'ai voulu creuser sa situation particulière. J'ai rajouté quelques éléments de contexte par rapport à la première version mais sans trop en dire non plus, le "pourquoi on en est là" n'étant pas le propos.
Par contre, j'ai dû supprimer la première version, sinon le post était trop long, je pense. Ca ne fonctionnait pas à la publication. Si besoin, je pourrais la remettre en spoiler mais je ne sais pas trop comment faire.
Bonjour,
C'est avec une certaine appréhension que je poste ici mon tout premier texte. Cela fait très longtemps que je n'ai pas soumis à la lecture d'un autre un texte de fiction. Il s'agit d'une courte nouvelle, que j'ai écrite à partir d'un personnage secondaire d'une autre histoire plus longue que je n'arrive pas à avancer.
J'avais envie de voir quelque chose aboutir et j'ai décidé de partir de ce personnage, ce qui m'a permis de le construire au fur et à mesure et de poser des éléments plus concrets de mon projet. En d'autres termes, c'est un peu une fiche perso mais en prose ;D
Attention, un court passage peut choquer la sensibilité des plus jeunes.
Je suis preneuse de vos retours sur la cohérence de l'ensemble et sur les dialogues qui sont encore ma bête noire. Plus globalement, tout retour sur ce texte sera bien sûr apprécié !!
J'espère ne pas m'être trompée de catégorie. Si c'est le cas, je changerais avec plaisir.
Bonne lecture
Mon nom sur la liste
I -
Assis dans la salle d'attente, je scrute depuis plusieurs minutes les pales du ventilateur qui tournent sans agitation. Autour de moi, les chaises installées le long des murs sont vides. Sur la table basse au pied cassé, plusieurs prospectus officiels rappellent les démarches administratives qu’on peut faire sur place. Je les regarde sans les voir. Il n’y a pas d’horloge dans la pièce, comme si on voulait masquer toute trace de l’attente ou du temps qui s’écoule. Au bout d'un long moment, mon nom est appelé. J'entre dans la petite pièce que je connais bien, avec ses murs d’un beige poussiéreux, une affiche délavée sur les techniques de préservation de l’eau et la petite fenêtre qui donne sur la rue, deux étages plus bas. Je m’installe face au bureau d’un blanc douteux. Si la pièce n’a pas changé, la personne devant moi en revanche est plus jeune et moins assurée que les fonctionnaires auxquels j’ai affaire d’habitude. La jeune femme regarde son écran d’ordinateur et demande :
— Nom, prénom ?
— Goya, Eduardo.
— Nationalité ?
— Chilienne.
— Date de naissance ?
— 17 décembre 2000.
— Destination souhaitée pour le vol ?
— Santiago, Chili.
— Nombre de demandes préalables ?
— 26.
A ma réponse, elle arrête de pianoter et lève les yeux vers moi. Elle fait ce qu’elle peut pour rester présentable mais son chemisier froissé et les perles de sueur sur le haut de son front la trahissent. L’air de mai est déjà terriblement lourd dans son bureau mal aéré.
— La vache ! Mais vous faites votre demande depuis combien de temps ?
— Depuis le début, depuis 18 ans.
— Et vous n’avez jamais été sélectionné par le programme ?
— Non.
— Ben, c’est vraiment pas de bol quand même ! Enfin, vous avez du mérite de continuer à demander. Allez, courage, cette fois, ce sera peut-être la bonne.
Cela fait un bon paquet de fois que mon entretien de demande de vol vers mon pays d’origine se termine par cette petite phrase. J’ai appris à ne pas y attacher trop d’attention et à renvoyer un signe poli au sourire un peu peiné de l’employé de bureau qui me reçoit.
J’ai répondu aux dernières questions, donné tous les documents nécessaires en me demandant encore une fois pourquoi ils ne gardaient pas tout ça dans leurs archives ou dans un cloud comme à l’époque. Peut-être une façon de décourager quelques candidats de plus. Puis, je me suis levé pour aller reprendre le car vers mon village. Au moment où j’allais partir, la jeune femme m’a interpellé :
— Ah, monsieur Goya, attendez.
Je me suis retourné tandis qu’elle refermait sa gourde d’un geste sec. Elle avait à peine eu le temps de boire une gorgée d’eau et essuyait un filet d’eau le long de sa lèvre.
— J’ai une notification sur votre page. Il semble que vous ayez une lettre qui vous attende au service courrier. Deuxième étage, couloir D, porte 34.
Surpris et intrigué, je suis allé chercher mon pli. Je n’ai pas reçu de lettres depuis des années, encore moins de mails. La lettre venait de mon pays. Je l'ai ouverte en tremblant un peu, entre excitation et inquiétude. Son contenu m’a plongé dans une confusion brumeuse.
Par la fenêtre du car, sur le chemin du retour, je regarde le paysage sans le voir, cette lettre serrée fort dans ma main. La climatisation fonctionne mal, mais en ce tout début de l’après-midi, il n’y a pas grand monde pour s’en plaindre. Mes mains moites commencent à faire déteindre l’encre du papier blanc.
Le car roule en silence, nous passons le long des champs de maïs et de panneaux solaires. Il ne va pas vite. Personne n’est pressé et vu l’état de la petite route, il vaut mieux éviter de prendre trop de vitesse. Le soleil est haut dans le ciel et les nuages sont absents depuis plusieurs jours. Devoir s’arrêter pour changer une roue sous ce cagnard, ce serait internal. Autrefois, quand le revêtement de l’autoroute n’était pas complètement défoncé, le trajet se faisait en une demi-heure tout au plus entre le centre-ville et le village. Mais personne n’a entretenu l'autoroute et maintenant, il faut au moins le triple,
Au loin derrière les champs, j’aperçois les trois tours de récupération d’eau qui indiquent ma destination. Encore un petit quart d’heure et je serai rentré. Combien de fois ai-je fait ce trajet ? Vingt fois ? Trente fois ? Cent fois ? Depuis le blocage des trajets aériens, depuis que je suis coincé ici, les années semblent avoir passé comme des siècles et je suis perdu dans ce temps arrêté.
A la descente du bus, Leslie est là, comme à chaque fois. Elle a interrompu son boulot en cuisine pour m’accueillir et faciliter mon retour. Ça me soulage d'avoir un peu de compagnie pour rentrer, même si je n'ai pas envie de parler. En plus, je l'aime bien, Leslie. Du haut de ses vingt ans, elle ne dit pas grand chose mais elle sait capter les besoins des autres et se décarcasser pour leur rendre la vie plus douce. Quand elle ne tend pas la main pour vous aider à vous relever, elle s’assoit à vos côtés pour vous prêter une oreille.
— Salut Eduardo. Alors, demande envoyée ?
— Eh oui, une fois de plus. Ne dis rien, s’il te plaît
— Mais je n’allais rien dire, répond-elle d’un sourire malicieux. Sinon t’annoncer que nous mangerons des galettes de maïs avec de la salade ce soir. On sera nombreux, il y a pas mal de réservations.
Nous marchons en silence vers le centre du village. A cette heure, les enfants comme les parents finissent la sieste avant de reprendre leurs activités d’extérieur. Peut-être que ceux qui bossent en intérieur ont déjà repris, à la blanchisserie par exemple. Avec la climatisation et le linge frais qui circule, c’est plus facile.
Nous pénétrons dans le bâtiment central. Autrefois, c’était juste la mairie. Les gens y venaient pour faire une demande de papiers, pour se marier devant un élu qui les connaissait à peine ou pour râler après un trou dans la chaussée, rien de plus. Avec la mise en place de notre petite communauté, il y a bientôt quinze ans, c’est devenu un lieu de vie, d’échanges, un lieu central où l’on discute des réalisations à venir, où l’on célèbre ensemble les moments de joie comme les grandes peines, où l’on peut même, parfois, entendre un concert. Une partie du lieu a été aménagée en un grand espace de repas, une sorte de cantine pouvant accueillir tout le monde.
Leslie marche d'un pas déterminé jusqu'à la cuisine, son repère, d'où elle sort tous ses trésors des multiples placards et dessertes qui s'y trouvent.
Sur le grand plan de travail en inox, au centre de la pièce, s’étalent les caisses remplies d'épis de maïs en train d'être égrenés pour ce soir.
La jeune fille ouvre un petit placard en bois dans un coin de la pièce, s'agenouille pour fouiller à l'intérieur et finit par en sortir un sachet de papier qu'elle pose devant moi avec un grand sourire.
— J'ai réussi à en récupérer un peu, je les ai mis de côté pour toi, explique-t-elle en ouvrant le sachet. Je me suis dit que ça te ferait du bien après cette matinée de démarche.
L'odeur suave du café emplit mes narines et m'apporte un peu de joie.
— Va t'asseoir si tu veux, pendant que je le prépare, reprend Leslie, le moulin à café dans la main.
Je continue vers la grande salle à manger et m’installe à une table, celle qui est un peu devenue la mienne au fil des ans. Après un temps, c'est un café bien fort que Leslie pose devant moi en s'asseyant à son tour pour me regarder le boire.
Je déguste sans un mot en scrutant le liquide noir. Je ne veux pas croiser le regard de Leslie, ses yeux verts toujours plein d’espoir. Elle est toujours si enthousiaste quelle que soit la situation, alors que moi, je suis tellement résigné. Sans ses encouragements, j’aurais abandonné depuis un bout de temps. Mais elle est là, à chaque fois, à chaque demande et son énergie m'empêche de baisser complètement les bras. Elle ne peut pas me comprendre, mais elle me soutient et cette présence-là, à ce moment-là, est précieuse.
— Je dois retourner en cuisine, Eduardo, annonce-t-elle en posant sa main sur mon avant-bras. Allez, ça va aller. Il faut y croire. Toujours. Ça va arriver.
— T’as raison, Leslie, je le sais bien. Mais c’est dur. De plus en plus dur.
— Il n’y a pas de raison que ça n’arrive pas. A chaque sélection, il y a des milliers de personnes qui peuvent prendre l’avion. Un jour, ce sera ton tour.
— Mais ça fait 18 ans que j’attends, Leslie. Tu sais ce que ça représente, 18 ans ? C’est presque ton âge. Je m’acharne depuis des années, j’ai fait 26 demandes et toujours sans succès. Si ça ne marche pas cette fois-ci, j’arrête, c’est définitif.
— Tu dis ça à chaque fois depuis que je te vois t’inscrire, répond-elle en se levant dans un rire salutaire. Allez, je retourne nous faire un repas, sinon j’ai trente-huit personnes qui vont râler ce soir !
Je finis ma tasse dans le calme de la salle à manger commune. Plus jeune, j’aimais tellement boire du café, sous toutes ses formes. Expresso, café frappé, afogato, l’amertume qui me tapissait la bouche à chaque fois m’emplissait de satisfaction douce. Celui-ci a un goût de passé perdu.
Je repense à la lettre dans ma poche, dont le papier gondole à cause de la moiteur. Ma gorge se serre comme rarement. D’un geste brusque, je repousse la chaise et me lève. Il faut que je vois Julia.
II -
Je traverse la rue principale au moment où les enfants retournent à l’école après la sieste. Ils sont une dizaine, joyeux, vifs, à courir et chahuter sur le chemin. Je me demande comment ils peuvent avoir tant d'énergie et être si insouciants alors que le monde est devenu si inquiétant et avec si peu de perspectives. Mais ils n’ont jamais connu que cette vie-là, comment pourraient-ils regretter un monde moins chaud et plus connecté ?
J’arrive en bas de l’immeuble de Julia et grimpe l’escalier qui mène à sa chambre. La porte est grande ouverte, essayant de capter le moindre souffle de vent. Julia est devant sa toile, un pinceau à la main. Ses lourds cheveux noirs sont relevés haut sur la tête et elle ne porte qu’un débardeur et un short de toile, que des gouttelettes de peinture ont tachés à de multiples reprises.
Je m’appuie au chambranle pour la regarder en silence. Sa chambre est grande, avec trois hautes fenêtres sur la façade est. Le lit au centre, posé contre le mur du fond et les draps en pagaille. Sur des chaises, des vêtements froissés, des livres de toutes sortes, trois ou quatre gourdes émaillées et partout des cahiers ouverts avec des bouts de texte, de dessins, d’idées griffonnées à la va-vite ou bien détaillées minutieusement. Face au lit, les tableaux déjà peints ou en cours d’achèvement et sur le chevalet, celui qui a sa faveur ces jours-ci. Depuis la porte, je vois mal ce qu’il représente. De toute façon, je sais que quelque soit mon interprétation, elle trouverait à m’en expliquer autre chose.
Elle a du me voir arriver dès le début, mais elle me laisse le temps de faire le tour de son univers en apposant encore quelques traces de couleur. Puis elle m’interpelle :
— Alors, revenu de ton périple à l’administration centrale ? Tu n’as pas été happé par la machine ? demande-t-elle en riant.
Elle comprend à mon air renfrogné que je ne suis pas d’humeur. Je m’approche d’elle, la gorge encore nouée malgré la satisfaction de la revoir.
— C’est une de ces fois où tu reviens plus triste que nourri d’espoir, j’ai l’impression, dit-elle en posant son pinceau.
— Je me sens tellement fatigué, Julia, tellement désemparé.
Je pense à la lettre dont je voulais lui parler, mais je ne sais par quels mots commencer.
Je m’approche un peu plus. Sur la toile, un cheval d’or semble se débattre dans une mer déchaînée, pleine d’écume argentée. Julia se colle à moi, sa main caresse ma joue puis elle m’embrasse profondément. Le contact de son corps m’apaise un peu. Je pose mon front contre le sien, respire plus doucement.
Sans plus de mot, Julia s'agenouille devant moi, défait ma ceinture. Mon souffle s'interrompt au contact de ses lèvres.
Déstabilisé, je dois m'appuyer sur le tabouret à côté de la toile. Ma main s'écrase sur la palette de peinture. Des tâches épaisses de bleu, de doré, d'argenté maculent mes doigts. Quand Julia se relève, elle observe ma main tachée, la saisit doucement et appuie son visage à l'intérieur. Je ferme les yeux.
Cela a toujours été ainsi entre nous. Pas de sentiment, pas de fidélité mais une réponse charnelle tendre et délicieuse à nos plus sombres malheurs.
III -
Je suis rentré chez moi rapidement. J'avais besoin de retirer cet ersatz de costume porté uniquement pour paraître digne auprès des services de l'administration.
J'ai ré-enfilé mon bermuda et un t-shirt élimé encore à peu près présentable. Je suis assis dans mon éternel fauteuil au milieu de ma chambre et je regarde sans le voir mon costume qui gît en boule au sol.
Ma tête est vide. Ou plutôt ma tête est tellement pleine d’un marécage d’idées poisseuses et n’arrive pas à y voir clair.
J'ai quitté mon pays il y a dix-huit ans, en 2026 ou 2027, je ne me souviens plus très bien. Je fuyais une femme que je n'aimais plus et un destin que je n'avais pas envie d'embrasser, assoiffé de voyages, de rencontres, de liberté. Le monde ne tournait déjà pas bien rond mais je ne voulais pas m'en rendre compte. Peut-être que le début de ma jeunesse, fauché par des mois de confinement plusieurs années auparavant, m'avait laissé un vide, ou une envie débordante d'aventures, de découvertes, d’ailleurs.
Je suis parti sans me retourner, sans regret, jusqu'à la nouvelle épidémie, celle qui a une nouvelle fois tout bloqué. Frontières fermées, vols interdits, monde en sursis.
Mais à l’inverse du covid de 2020, rien n'est revenu à la normale. Les dictatures étaient plus fortes, les catastrophes plus nombreuses, les États plus méfiants. Après quelques mois de crise absolue s'est mis en place ce système débile de tirage au sort pour les vols long-courrier. Cent mille places à chaque fois, à une fréquence que personne ne comprend. Vous vous enregistrez sur la liste, et vous attendez que votre nom sorte. Pas d'autre solution, point de non retour atteint. Ce fut le choc. Des scènes extrêmement violentes ont eu lieu au moment des premiers départs. Des gens se précipitaient par dizaines dans les aéroports et sur les tarmacs, la réponse des autorités était sanglante.
Puis, au fil des mois, des années, on s'est résigné, on a accepté ce bête système de loterie. Le nombre de demandes est resté très élevé pendant quelques années puis n'a cessé de diminuer. Aujourd'hui, les avions sont tout juste remplis. La résignation l’a emportée, le monde a changé.
J'étais en France à ce moment-là, je n'ai pas quitté le pays depuis. J'ai tenté à chaque fois d'avoir une place, j'ai toujours fourni le plus sérieusement possible tous les documents nécessaires, mais jamais mon nom ne s'est trouvé sur la liste.
Ce n'est pas tant que je voulais retrouver les miens mais l'idée de ne plus jamais retourner dans mon pays me paraissait angoissante. Comme si le fait de ne pouvoir le faire rendait encore plus forte l’envie de rentrer.
J’ai continué à voyager, ou plutôt à errer sur les routes jusqu’à ce que je rencontre Thibaud, dans un bar bordelais, un de ces endroits cachés où on pouvait encore écouter de la musique live. Il m’a eu à la bonne et m’a tout de suite parlé de la communauté où il vivait, à quelques kilomètres de là. En moins de dix jours, j’étais installé dans cette chambre et on m’avait trouvé un rôle comme mécanicien. C’était il y a quatorze ans.
J’en suis là de mes réflexions, à ressasser l’historique de mes demandes de vol, à me demander ce que j’ai bien pu faire pour ne jamais, jamais être choisi. Je voudrais rester prostré sur ce fauteuil jusqu'à ce que le monde finisse de s'effondrer mais Julia frappe à ma porte.
— Eduardo, c'est l'heure d'aller manger.
Je sais qu'elle ne me laissera pas rester seul, qu’elle va rester plantée sur le seuil de la porte jusqu'à ce que je me lève pour l’accompagner. Elle a refait son chignon haut sur la tête mais ses cheveux indomptables continuent de s'échapper et de former une auréole noire et vaporeuse autour de son visage. Elle a troqué les vêtements recouverts de peinture pour une robe verte à fleurs que je lui ai toujours connue.
— Allez, debout. On y va.
Nous nous sommes assis à une des petites tables du fond de la salle à manger commune, où Thibaud nous a rejoint comme il le fait quatre soirs par semaine. Autour de nous, les tablées sont nombreuses, les conversations se multiplient et le bruit permet de masquer notre silence.
Leslie et ses acolytes s'activent à droite à gauche pour le service, faisant circuler des plats remplis d'épis de maïs ou des carafes d’eau, rapportant les plateaux laissés sur les tables par les familles ayant terminé leur repas plus tôt.
— Tu finis pas ton assiette ? m'interroge Thibaud.
— Non, vas-y. Je n'ai pas très faim.
Je lui tend mon plat d'un geste lent. Attentive à l'incompréhension dans le regard de Thibaud, Julia précise :
— Eduardo est allé déposer sa demande de vol aujourd'hui.
— C'est pour ça que tu tires cette tête depuis le début du repas ?
— Oui. Ça me décourage un peu plus à chaque fois.
— Mais pourquoi tu t'entêtes à demander à la fin ? T'es pas bien ici ? Franchement, tout est facile, tellement plus simple qu’avant. On vit tous ensemble, chacun a une place, on fait pousser ce qu'on mange, on construit ce dont on a besoin, on n'a plus d'inégalité, tout le monde a un toit. T'as pas beaucoup d'amis mais c'est que tu parles pas beaucoup non plus. Et puis, t'as Julia. Tout le monde sait que c'est toi qu'elle préfère.
Julia esquisse un demi sourire d'aveu.
— Je suis bien ici, c'est pas le problème. Je voudrais juste revenir chez moi, retrouver mes racines. Je suis parti il y a dix-huit ans. Dix-huit ans, tu te rends compte de ce que ça représente ? Je suis parti pour des raisons pas forcément valables, je te l'accorde. Mais je pouvais pas savoir que le monde changerait à ce point ! Qu’on vivrait toutes ces crises, toutes ces violences ! Je pouvais pas savoir que toutes les liaisons aériennes seraient coupées comme ça, d'un coup. Qu'on serait obligé de passer par ce logiciel à la con pour espérer avoir un vol. Ça fait 18 ans que j'attends que mon nom sorte ! Et ça me tue d'aller de refus en refus.
— Tu connais mon point de vue sur la question, mec. Pour moi, t'es hors jeu. Je sais pas pourquoi mais je suis sûr qu'ils t'ont black-listé. Arrête de t'acharner, tu t’en porteras mieux.
— Ne lui plombe pas le moral comme ça, Thibaud. Ce n'est pas le jour, intervient Julia d’une voix posée.
— Leslie dit qu'il faut insister, que la sélection est complètement aléatoire et qu'un jour mon nom sortira.
— Mais qu'est-ce qu'elle y connaît Leslie ? me coupe Thibaud. Elle a jamais quitté la ville. C'est une gosse, elle a l'âge d'être ta fille.
A ces mots, la colère me saisit. Je balance le plateau devant moi et me lève violemment. Deux verres se renversent. L’eau se répand sur la table, sur leurs jambes, sur le sol.Je me mets à crier :
— Tu peux pas comprendre, Thibaud. C’est tout ce qu’il me reste, cet espoir. Rentrer, retrouver mon pays, ma maison, mes origines. Toi, t’es né à 50 km d’ici, t’as jamais voyagé à plus de 200 bornes. T’étais avec tes parents quand ils sont morts. Les miens, ils sont morts sans savoir si j’existais toujours, j’étais trop loin, trop seul. Alors oui, s’il ne me reste qu’un stupide algorithme auquel m’accrocher, je m’y accroche.
Tous les regards de la salle se sont tous tournés vers moi, même Leslie au loin. Je tourne les talons, franchit la sortie de secours et presse le pas. Dans l’air chaud du soir, j'entends Julia derrière moi. Sa main attrape mon bras, me retourne.
— Eduardo, attends. Ne pars pas comme ça. Tu sais qu’il dit ça pour te secouer, te remonter le moral.
D’un geste sec, je m’arrache de son étreinte.
— J’ai pas besoin de ses commentaires, j’ai pas besoin qu’on me remonte le moral, de quelque façon que ce soit. Je veux juste….
Ma voix tremble.
— Je veux juste qu’on me laisse tranquille.
Partir vite. Retrouver mon appartement, mon fauteuil, mes illusions. Je sens sur mon dos le regard vexé de Julia. Dans ma poche, mon poing serré froisse un peu plus le courrier reçu ce matin.
IV -
Voilà cinq jours que je n'ai vu personne. Ni Julia, ni Leslie, ni Thibaud. Personne. Voilà cinq jours que je me terre au fond de ce garage sombre, au milieu des outils poisseux et des appareils en panne, à peine éclairé par une ampoule led qui semble avoir fait son temps. Cinq jours que je m'acharne sur le moteur de ce camion que je devais réparer avant d'aller déposer ma demande. Cinq jours que la panne me résiste et que je peste dessus comme si j'étais en plein milieu du désert et que ma vie en dépendait.
L’enjeu n’est pas si vital. Nous avons un autre camion dans le village qui nous permettra d'aller refaire nos réserves le moment venu. Mais c'est mon exutoire, et les mains dans la graisse noire, je préfère râler après les boulons et les courroies plutôt que de trop penser.
Dans le brouhaha de la radio, j’entends bien quelques bribes de nouvelles : baisse de concentration de CO2, apaisement des tensions entre la Scandinavie et le Canada, diminution de l'humidité en zone tropicale, possible augmentation du nombre de vols long courriers… je préfère ne pas y prêter trop d'attention.
Après une nouvelle tentative sur le moteur, je m'installe derrière le volant, tourne la clé. Rien. Le camion toussote, suffoque et s'éteint. Je sors en rageant et jette au sol la clé à molette.
— Fais attention, tu vas blesser quelqu'un, m'annonce une voix sur le seuil du garage
— Aucun danger, il n'y a personne qui vient par ici.
Je me retourne en réalisant l'absurdité de ma réponse et observe la silhouette à l’entrée du garage. C’est Julia qui est venue jusque-là, dans une tentative ouverte d’apaisement.
J'attrape mon t-shirt, coincé dans la poche arrière de mon pantalon, et l'utilise pour éponger la sueur et la crasse de mon visage. Puis je m'approche de ma visiteuse.
— Qu'est-ce que tu viens faire là ? J'aurais aimé avoir un ton plus accueillant.
— Je viens voir si ce camion va finir par redémarrer, me répond-elle les mains dans les poches arrières de son short
— C'est bien possible, si je ne finis pas par l'exploser à coups de marteau !
J'entortille mon t-shirt entre mes mains, droit devant elle. Ses yeux se plantent dans les miens. Aucun de nous deux ne sait comment agiter le drapeau blanc de la réconciliation. Je voudrais lui parler de cette nouvelle arrivée par le courrier reçu à l'administration, mais la honte, le regret, la peur de sa réaction bloquent les phrases que je formule depuis des jours dans ma tête.
— Il faut que tu me parles, Eduardo. Que se passe-t-il ? Ça fait cinq jours que tu te terres ici, je ne sais pas si tu dors, si tu manges, si tu bois. Je sais que c'est toujours pesant pour toi cette attente, mais c'est la première fois que je te vois réagir aussi durement.
Son air est déterminé et elle attend des réponses. Elle est tellement belle, son chignon noir haut sur la tête, ses yeux clairs résolus. Je voudrais la prendre dans mes bras, sentir sa peau soyeuse et oublier tout contre elle les tumultes moroses de ces derniers jours. Mais sans que je m'y attende, c'est ma réponse qui vient finalement :
— J'ai une fille, Julia. Les mots ont jailli dans ma bouche, imprévus, directs. J'ai une fille, elle m'a écrit, je ne savais rien d'elle avant cette lettre mais j'ai une fille. Chez moi, au Chili. Elle s' appelle Alba, elle vient d'avoir 18 ans, elle a le droit de demander un vol et elle veut venir en France pour me retrouver.
Les yeux de Julia s'ouvrent plus grand à chaque phrase que je prononce.
— Je ne savais pas que sa mère était enceinte quand je suis parti. On était fâchés, on ne s'est plus parlé puis tout a été coupé. Je ne savais pas qu'elle existait. J'ai jamais voulu d'enfant, jamais envisagé ce que ça ferait d'être père. Mais maintenant que je sais qu'elle existe, je pense à toutes ces années qui se sont écoulées sans que j'ai rien su de sa vie, à tout ce que j'ai manqué et, ça me tue, Julia, ça me tue.
Les sanglots éclatent finalement. Je ne peux plus retenir la colère et la tristesse qui m'ont envahi depuis ce courrier. Je tombe à genoux sur le sol poussiéreux, la tête dans les mains. Mon corps est secoué de violents sanglots et de regrets. Julia s'agenouille face à moi. Elle me serre contre elle. Je pleure par saccades au creux de son cou.
Les larmes s'apaisent après plusieurs minutes. Julia défait son étreinte. J'ajoute les larmes au cambouis et à la sueur sur mon t-shirt.
— Je regrette tellement de choses maintenant, Julia. C'est pour ça que je voudrais encore plus rentrer chez moi. Pour la voir, la connaître. Je sais bien qu'elle a encore moins de chance que moi d'avoir un vol.
— Je comprends, répond-elle dans un souffle. Je comprends aussi à quel point c'était dur de m'en parler. Elle passe ses mains autour de mon visage et dans mes cheveux. Puis elle prend mes mains dans les siennes.
— On va trouver une solution, j'en suis sûre. On va te faire rentrer chez toi et tu vas la rencontrer, ta fille.
La conviction dans son regard pourrait presque me redonner espoir. Je sens ma respiration qui s'apaise. Un profond soulagement me gagne petit à petit.
Alors que le silence s'installe, de petits bruits se font entendre au fond du garage. De minuscules sons, aigus et répétitifs. Je me lève et me dirige vers la source du bruit. Sur une étagère remplie de bazar, derrière une caisse à outils, je découvre dans un carton trois petits chatons terrorisés. A leurs côtés, leur mère n'a vraisemblablement pas résisté à la mise à bas, ou à la sécheresse et la chaleur de ces derniers jours. Je prends les chatons dans mes bras, les enveloppe comme je peux dans mon t-shirt sale et me retourne vers Julia.
— Des chatons ! Ce sont de tout petits chatons, Julia.
Elle me regarde puis se penche sur les petits corps dans mes bras, l’air attendri.
— Il faut que j'aille trouver Leslie. Elle aura bien du lait dans sa cuisine. Il faut nourrir les petits chats.
- V -
Leslie a trouvé un peu de lait et une petite gamelle. Les trois chatons ont bu avidement. Assis par terre dans ma chambre, Leslie et moi les regardons dormir sur le vieux t-shirt qu'ils ont adopté sans hésitation.
— Merci pour le lait, Leslie. Ils en avaient bien besoin.
— Ils ont eu la chance de tomber sur toi, ces trois-là.
Leslie m'impressionne toujours par son art de voir le positif et le beau dans tous les événements. Elle est arrivée très jeune dans notre village, avec ses deux petits frères. Ils étaient déjà là quand je suis arrivé à mon tour.
Ses parents avaient sans doute senti venir les bouleversements du monde et avaient fait le choix de la vie en communauté plutôt que l'isolement survivaliste. Notre village multiforme, fait de personnages hétéroclites mais tous convaincus qu'il fallait s'en sortir à plusieurs, était en pleine émergence.
Depuis, ses parents sont décédés, ses frères sont partis sur les routes mais elle est restée avec nous. Depuis, elle a imprimé sa marque d'optimisme sur le village, en prenant en charge l'intendance de la cuisine collective. Et une fois de plus, elle a usé de son talent et de sa magie pour trouver de quoi nourrir ces chatons et même le vieux caractériel colérique que je suis.
— Je suis désolée pour ta fille, Eduardo. J’espère que tu vas enfin être sélectionné cette fois, reprend Leslie après un temps.
— Julia dit qu’elle a peut-être une solution pour moi..
Leslie me regarde d’un air sceptique et inquiet :
— Qu’est-ce qu’elle a derrière la tête, encore ?
— Je ne sais pas. Elle m’a dit de la retrouver ce soir chez elle pour m’expliquer.
— J’espère qu’elle ne va pas te proposer des choses complètement insensées.
Les bras étendus sur les genoux, je penche la tête en arrière.
— Je suis prêt à tout, tu sais, Leslie.
— Je te comprends mais tu dois faire gaffe. Tu sais que si tu te mets dans l’illégalité et que tu te fais prendre, tu seras grillé pour toujours.
Je souris en entendant une de ses expressions alambiquées dont Leslie a le secret.. “Si tu te mets dans l’illégalité”. Elle a tellement suivi les règles toute sa vie qu’elle craint de se faire prendre même en le formulant de manière directe. Je sais bien qu’elle a raison et que je risquerais gros à faire quelque chose d’illégal pour trafiquer le logiciel et faire sortir mon nom. Ou pire, à prendre la place d’un heureux élu. J’ai toujours évité ne serait-ce que de suggérer cette idée et de commencer à chercher des possibilités pour frauder. Mais au fond, je n’avais pas de réelles raisons de rentrer jusqu’alors, si ce n’est une envie incertaine et mal formulée de retrouver ma terre et mes origines. Aujourd'hui, il y a au moins une personne qui souhaite me revoir dans ce pays si lointain.
Leslie se lève et passe ses mains sur ses cuisses pour défroisser son pantalon. Son devoir l’appelle en cuisine et elle ne voudrait pas être en retard sur le repas à venir. Elle me laisse seul, en compagnie des chatons endormis.
— Il va falloir que tu leur trouves un nom.
— Je vais y réfléchir. Merci encore, Leslie.
J’ai fini par gagner mon lit, après avoir calé mon réveil pour être à l’heure au rendez-vous nocturne fixé par Julia. J’avais besoin de dormir, le sommeil est venu en un instant. Un sommeil lourd mais agité, empli de sensations désagréables, de bruits d’avion, de soleils en feu, de mains tendues attendant en vain qu’on les saisisse. Le réveil sonne depuis plusieurs minutes quand j’émerge enfin, j’ai l’impression d’avoir remonté depuis une vase dense et profonde. Dans la salle de bains, je me passe la tête sous l’eau, puis je me change entièrement en cherchant comment reprendre prise sur la réalité. Quand j’arrive devant chez Julia, quelques immeubles plus loin, cette sensation épaisse et désagréable me colle encore à la peau.
Étrangement, sa porte est fermée, ce qui n’arrive pratiquement jamais. La musique résonne fort derrière cette porte. Elle a mis un vinyle d’un rock cinglant et colérique vieux d’au moins 50 ans, et a monté le volume. Je toque un moment avant de pouvoir entrer.
Les rideaux de ses grandes fenêtres sont tirés sur la nuit tombée depuis un moment et seule une petite lampe est allumée. Julia craint visiblement d’être vue ou entendue, à tel point que c’en est presque ridicule.
Elle a poussé le chevalet dans un coin et fait de la place sur la table en empilant cahiers et livres. J’aperçois contre le mur, la toile du cheval dans la mer agitée en train de sécher. Trois chaises sont installées autour de la table, l’une est occupée par un homme que je ne crois pas avoir déjà vu ici ou dans le village. Trois verres sont aussi posés, entourant une bouteille de whisky, peut-être une des dernières bouteilles de Lagavulin qui existe. Je me demande bien ce que Julia a dû faire pour obtenir une telle bouteille, et surtout pourquoi elle a tenu à ajouter cet élément à cet étrange rendez-vous. L’homme me regarde fixement d’un regard clair et métallique. Son crâne rasé brille dans la faible lumière.
— Assieds-toi Eduardo, me demande Julia. Elle remplit mon verre, puis celui de l’homme devant moi et le sien. Vas-y, bois.
Elle me montre l’exemple en vidant son verre d’un trait. J’aurais aimé déguster ce liquide qui vaut plus que de l’or aujourd'hui, mais je comprends à son regard résolu que je n’ai pas le choix. Je bois d’un coup sec. Le whisky me tapisse la bouche, je fais durer le plaisir quelques secondes, avant de l’avaler finalement. La brûlure de l’alcool dans mon œsophage et l’odeur tourbée dans mes narines m'enivrent un peu.
— Je te présente Tom. Il est arrivé ce soir de Bordeaux, il a des choses à te dire.
— Et qu’est-ce qui lui vaut la chance de pouvoir savourer son verre, à lui ?
Julia me foudroie du regard et Tom sourit en me toisant.
— Ecoute-le, Eduardo, au lieu de faire le malin.
— Je peux te garantir une place dans le prochain tirage des longs courriers, si tu as vraiment envie de partir.
— Et qu’est-ce que je te devrais en retour ?
— Julia a déjà participé à une partie des frais, pour le reste…
Il pousse devant moi un morceau de papier. Je le saisis en regardant Julia. Droite sur sa chaise, elle soutient mon regard plein d’interrogations. Je sais peu de choses de Julia, mais je ne peux pas ignorer qu’elle sait jouer de ses charmes pour avoir ce qu’elle veut, et que cela lui a ouvert un vaste réseau plus ou moins proche de la légalité. J’ouvre le papier plié en deux, lit le montant indiqué. Ce n’est pas loin d’être tout ce que je possède. Peut-être même faudra-t-il que je vende les derniers objets précieux qu’il me reste.
— Il me faudra aussi tes empreintes, et un échantillon de salive. Pour l’ADN. Tu devras venir avec moi à l’administration, pour finaliser l’enregistrement. Evidemment, on ne passera pas par la grande porte.
— C’est quoi, les chances de succès ?
Tom me répond d’un rire hautain. Je m’en veux déjà d’avoir posé cette question.
— Qu’est-ce que tu crois ? Que t’es le premier étranger black-listé à vouloir rentrer chez toi ? Tu crois que Julia serait allée dégoter un débutant pour s’occuper de toi ?
Un long solo de batterie énervé me laisse patienter quelques secondes.
— Et qu’est-ce que je risque ?
— Tu ferais mieux de demander ce qu'elle, elle risque, lance Tom en montrant Julia du menton. Parce qu’une fois que tu seras parti loin d’ici, il n’y a plus qu’elle qu’on pourra accuser de trafic et de fraude.
Julia ne bouge pas d’un cil, le visage fermé. Elle ressert une dose de Lagavulin à chacun. Je suis de plus en plus mal à l’aise.
— Mais si tu veux vraiment savoir ce que tu risques : plusieurs mois de prison, des travaux d’intérêt général pour rembourser l’amende que tu n’auras plus les moyens de payer, et plus aucune possibilité de candidater aux vols long-courrier bien entendu.
— Je dois te répondre quand ? Il me faut un peu de temps pour avoir cette somme.
— Quand tu dois me répondre ? reprend-il avec son ton sarcastique. Tu crois que ça m’éclate de faire des heures de bus sur une route merdique pour venir au fin fond de la campagne, dans votre communauté déjantée, dans laquelle il faut faire des pieds et des mains pour rentrer ne serait-ce qu’un soir ? Tu me réponds ce soir et je viens te chercher deux jours avant l’annonce des candidats pour ma petite manip à l’administration. Si t’as pas l’argent, tu ne viens pas et tu attends comme tous les autres demandeurs en espérant que ton nom sorte.
Julia intervient alors :
— Tom, tu peux nous laisser un petit instant. Eduardo a besoin de réfléchir.
Elle sort de sa poche un paquet de cigarettes. Tom s’en saisit et se dirige vers la fenêtre la plus éloignée. Je le regarde agir comme s’il était chez lui, dégager le rideau, ouvrir la fenêtre, s’accouder à la balustrade. Il allume la première cigarette en regardant au loin. Julia m’attrape la main et je tourne mes yeux vers elle.
— Eduardo, tu sais que tu n’auras pas plusieurs occasions. Si tu veux vraiment rentrer chez toi, c’est maintenant.
Je saisis sa main à mon tour.
— Julia, j’ai bien conscience de tout ce que tu as fait pour rendre ça possible et je t’en remercie. Mais c’est vraiment prendre un très gros risque pour moi, et surtout pour toi.
— Ne t’inquiète pas pour ça, je finis toujours par me sortir de tout. Et puis, il n’y a pas de raison qu’on se fasse prendre. Par contre, toi, tu dois vraiment partir. Rencontrer ta fille et empêcher que ce soit elle qui se mette dans la merde pour venir de ce côté de l’océan.
Je ne peux détacher mes yeux d’elle. Dans la pièce, la voix du chanteur débite des paroles désoeuvrées et je me dis qu’il y a 50 ans, la jeunesse n’avait pas beaucoup plus d’espoir que maintenant. Là-bas, à l’autre bout du monde, la journée bat son plein et ma fille avance dans ce monde brinquebalant en essayant de me retrouver.
— Tu sais que si j’accepte, si ça marche, si je pars, il n’y a aucune chance que je puisse revenir.
— Je sais.
Une fraction de seconde, je vois sa lèvre trembler. Elle prend le verre sur la table et finit le fond de whisky. Tom revient s’asseoir face à moi. Il finit lui aussi le verre devant lui. Je fais de même, en prenant cette fois-ci le temps de savourer cet alcool que j’aime tant.
— Alors, tu t’es décidé ?
— Ouais. C’est d’accord, j’accepte.
— OK. Julia te fera signe la veille de notre prochain rendez-vous. Prépare l’argent et ta valise, s’il te reste de trucs à mettre dedans.
Il me tend la main, je l’empoigne pour sceller notre accord. A nouveau, Julia a rempli les verres. Mais cette fois, le whisky ne parvient pas à m’ôter le goût métallique que cette poignée de main a fait monter dans ma bouche. Après un temps, Julia dit enfin :
— Il est tard maintenant. Tu devrais rentrer chez toi, Eduardo.
Je lève les yeux vers elle, un instant surpris. Je me sens bête encore une fois. Bien sûr que son invité ne va pas rentrer en pleine nuit à Bordeaux, surtout s’il est venu en bus. Bien sûr qu’elle va l’héberger cette nuit. Bien sûr qu’elle va continuer à payer la dette que je viens de contracter. Je me lève, peu fier de ma méprise. Elle m’accompagne jusqu’à la porte. Je me retourne vers elle, elle me sourit. Que pourrait-elle faire d’autre ? Je la prends dans mes bras, la serre fort contre moi. Je n’arrive à formuler aucune phrase de remerciement, ou d’excuse, ou d’amour.
— A demain, murmure-t-elle.
Derrière, Tom est resté assis et a allumé une nouvelle cigarette.
Sur le chemin du retour, j’ai l’esprit confus, entre incompréhension, colère et espoir féroce de rencontrer ce bout de moi à l'autre bout du monde. Je m’effondre sur mon lit. Cette fois, c’est un sommeil lourd et sans rêve qui me prend.
VI -
Le ciel commence à se teinter des couleurs pastel de l’aube. La fenêtre, ouverte toute la nuit pour faire entrer la fraîcheur, laisse passer les bruits du matin. Les chants d’oiseaux, le souffle du vent, les travailleurs matinaux. Je suis réveillé depuis un moment, allongé sur mon lit, la main derrière la tête, je pense à ce jour qui débute. C’est aujourd’hui que je dois retrouver Tom pour aller à l’administration et tenter de faire passer ma demande pour celle d’un autre. Après ça, je pourrai partir et rejoindre mon pays.
A côté de moi, Julia est encore endormie. Résolue à me voir m’envoler, elle a tenu à passer cette nuit avec moi, peut-être une des dernières. Peut-être aussi pour me donner le courage de passer à l’action. J’observe ses boucles brunes, son épaule que le drap a découverte, j’écoute sa respiration apaisée. C’est quand les êtres nous échappent qu’on se rend compte à quel point on tient à eux. A cet instant, je réalise combien je suis attaché à elle.
Mais ma décision est prise. Toute cette machine s’est mise en route, grâce à elle. Je ne peux plus revenir en arrière.
Je me lève aussi doucement que possible pour aller à la salle de bains. Debout devant la glace, je scrute mon reflet et tente d’y trouver suffisamment de détermination pour être sûr de ce que je fais. J’essaie de chasser les doutes qui m’assaillent. Que vais-je trouver là-bas ? Cette Alba existe–elle seulement ? Que reste-t-il de mon passé ? J’ai passé presque plus d’années ailleurs maintenant. Suis-je sûr de vouloir abandonner tout ce que j’ai construit ici ? De laisser derrière moi tout ce à quoi je me suis attaché ?
Le reflet de Julia se joint au mien dans le miroir.
— C’est normal de douter avant de faire basculer sa vie, tu sais.
Elle m’enlace, pose sa tête contre mon dos nu. Je ferme les yeux et imagine, une toute petite seconde, comment notre vie aurait pu être différente, ailleurs, dans d’autres lieux, d’autres temps, quel âge aurait aujourd'hui notre fille.
Puis je me détache doucement de son étreinte, et enfile les vêtements que j'avais préparés hier. Quelques rayons de soleil commencent à illuminer la rue quand je sors. Je veux être le premier à notre rendez-vous.
Je marche vers le lieu que m'a indiqué Tom, derrière la caserne, un peu à l'écart du village, proche d'un accès facile à la route. J'ai préféré y aller seul, je ne veux pas que Julia soit aperçue de jour avec nous. Je suis bien le premier. Dans le pré entre la caserne et la route, quelques animaux paissent dans la fraîcheur matinale. Aux quatre coins de ce champ, des récupérateurs d'eau se chargent des précieuses gouttes de rosée que l’aube fait condenser.
Au bout d'un moment, j'entends le bruit d'une moto. Il arrive. J’ai l’argent dans un sac de papier. Dans ma poche, la lettre de ma fille, devenue presque illisible tant je l’ai manipulée. Sur le dos, un sac avec quelques affaires. Comme la moto se rapproche, mon cœur se met à battre de plus en plus fort. Soudain, un cri couvre le bruit du moteur. Un cri plus proche, un appel essoufflé.
— Eduardo ! Attends !
C’est Leslie, qui court à perdre haleine pour me rejoindre.
— Eduardo, attends, ne pars pas.
Elle arrive enfin à ma hauteur :
— Ta fille… Un avion… Ses mots se mélangent alors qu’elle essaye de reprendre son souffle. Elle a eu un vol. Elle a été choisie, elle arrive.
— Quoi ? Leslie, qu’est-ce que tu racontes ?
— Je ne savais pas où tu avais rendez-vous, c’est Julia qui me l’a dit. Ta fille, je l’ai contactée. Elle a eu sa réponse avant-hier. J’ai reçu son message pendant la nuit. Elle arrive. Faut pas que tu partes avec Tom, faut pas que tu lui donnes l’argent.
Elle se penche en avant, les mains sur les cuisses pour essayer d’apaiser sa respiration. Je vois son dos monter et descendre rapidement. Le bruit de la moto se rapproche.
— Mais, comment tu sais ça ? Comment tu as fait pour la contacter ?
— Moi aussi, je suis pleine de ressources, dit-elle avec un clin d'œil. Viens vite, faut pas que tu restes ici. Si Tom te voit pas, il va attendre un peu mais il repartira si tu ne le rejoins pas.
Leslie me prend par la main, m’emmène à la hâte vers la caserne à l’abri du regard du passeur.
— Écoute, Eduardo, ce serait trop long de t’expliquer maintenant, mais j’ai pu contacter ta fille. Elle devait me tenir au courant dès qu’elle avait une réponse pour l’avion. Je ne voulais pas que tu risques si gros pour rien. Elle a pu avoir une place, dans les règles, et elle sera là bientôt.
Cachés dans la caserne, nous assistons à l'arrivée de la moto. Tom descend tout en gardant son casque. Il regarde sa montre. Pile à l'heure.
Je regarde Leslie, effaré d’entendre sa nouvelle. Tout va très vite et se mélange dans ma tête. Si je pars, je deviens hors-la-loi mais je peux rentrer chez moi. Si je reste, j’acte le fait que je ne rentrerai jamais mais je pourrai rencontrer ma fille malgré tout. Leslie me regarde en trépignant. Je revois en quelques secondes tout ce que j’ai vécu ici. Je prends conscience de tout ce qu’elle et Julia ont fait pour moi et de combien je compte pour elles. De combien elles comptent pour moi.
Alors je me décide. Je prends Leslie par la main et hoche la tête sans un bruit. Je ne reverrai jamais ma terre, mais ce qu’elle porte de mes souvenirs, de mes racines, de mes origines, je le garde pour toujours au plus profond de moi. Ce que sera mon avenir, je le saurai bientôt. Je vais rencontrer ma fille.
J’entends la moto qui redémarre rageusement puis s’éloigne. En haut du chemin, j’aperçois Julia qui marche vers nous. Dans ses bras, les trois chatons. Je sais où je veux être.
FIN
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Bonjour,
les rubriques mi longs et longs sont peu fréquentées parce qu'elles demandent un vrai investissement, je crois que tu as déjà commenté dans ces rubriques, ne lâche pas l'affaire comme on dit, ça marche un peu comme ça, les camarades du court et de la poésie viennent rarement par ici.
Dans le cadre du travail du texte, un commentaire sur ces deux premières parties.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
B
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Bonjour Basic,
Merci pour tes encouragements, je vais continuer à me balader, à lire et à commenter les textes de cette section.
Merci également pour ces retours construits. Pour certains, j'avais effectivement des doutes sur la formulation, pour d'autres, c'est un enrichissement pour moi. Ainsi, je ne m'étais pas rendue compte qu'on ne comprenait pas qu'il avait lu sa lettre dès sa réception. Il faut que je trouve une façon de faire passer cette information.
Je vais retravailler en ce sens.
Par ailleurs, je ne m'étais pas rendue compte non plus de la froideur de la narration.... alors qu'il fait plutôt chaud dans cette histoire ! :D
Je ne sais pas encore comment prendre ce retour, si c'est ce que je cherchais ou pas, ou s'il faut que je reprenne de ce point de vue là aussi. A méditer !
Et merci pour la remarque sur les tirets, je ne connaissais pas la différence, ni le terme.
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Bonjour,
donc la suite de ma visite sur le 3 et 4.
L'intrigant contexte est toujours intéressant. Mais que s'est-il passé ?
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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Aujourd'hui, le 5 et le 6.
En fait, pas mal cette narration un rien friquette. A peine un demi degré de plus... et le lecteur est bien installé.
B
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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Un grand grand merci Basic pour ces retours précis. Cela va beaucoup m'aider à corriger le texte et la structure de l'histoire.
C'est vrai que tout n'est pas très posé concernant les personnages, en fait je ne pensais pas tant développer que ça l'histoire d'Édouardo. Ce texte s'inscrit dans une histoire plus longue qui prend Leslie comme personnage principal. Je vais retravailler en ce sens pour préciser les choses.
Concernant le contexte, je ne voudrais pas trop développer. J'aimerais que ça passe comme un cadre installé, qui n'a pas forcément besoin d'être expliqué. Dans cette nouvelle, je ne le ferais pas mais peut-être que dans l'histoire plus longue, je travaillerai à donner plus d'éléments.
Je vais aussi tenter de rajouter ce demi-degré pour embarquer encore plus le lecteur !
Merci encore !
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Salut à tous,
Je ne suis pas encore bien habituée des subtilités du forum, je prendrai donc tous les retours "techniques" avec grand plaisir !
J'ai modifié le texte initial posté ici en novembre 2023, suite aux retours faits par les membres et à mon travail de ré-écriture.
Seulement, comme j'ai modifié le post initial, il ne ressort pas comme étant modifié récemment et je crois qu'il est donc un peu "invisible". Je me permets donc de le remonter dans la pile avec ce commentaire.
S'il y a une autre façon de faire, plus propre, bien sûr, je m'y plierai !
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Je comprends Esmée, normalement on ne peut pas user d'un UP pour remonter un texte, mais j'avoue que dans ton cas c'est un peu normal de l'avoir fait.
Il y a un fil dédiée pour des demandes de commentaires, mais je sais aussi qu'il n'est pas très visité en dehors de certains anciens membres qui le suivent.
Je te lirai dès que j'ai assez de temps pour m'y plonger sérieusement.
;)
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Coucou Esmée,
D'abord les détails
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Hop, tout lu!
En général, j'ai aimé. Le fil de l'histoire se déroule bien, avec un bon rythme, une écriture plutôt fluide, pas dénotée de jolis passages.
Je trouve que le style pourrait peut-être être retravaillé un peu, nuancé, enrichi de vocabulaire qui pourrait être plus propre à cette période, et de descriptions qui nous plongeraient encore davantage dans cette communauté, ce futur pourtant très proche.
Voilà, merci, et à bientôt peut-être.
dlm
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Chère Dernière Le Miroir
Je te remercie pour ton commentaire très constructif. Il va beaucoup m'aider.
Il est tard et j'ai fermé l'ordi il y a quelques temps mais je ferai une réponse plus élaborée dès demain !
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Coucou Esmée,
J'aime bien ton titre, moi !
Assis dans la salle d'attente, je scrute depuis plusieurs minutes les pales du ventilateur qui tournent sans agitation.
Qui tournent sans agitation, c'est bizarre... lentement?
A ma réponse, elle arrête de pianoter et lève les yeux vers moi.
À
J’ai appris à ne pas y attacher trop d’attention et à renvoyer un signe poli au sourire un peu peiné de l’employé de bureau qui me reçoit.
Je crois qu'il y a un espace en trop.
A la descente du bus, Leslie est là, comme à chaque fois.
À (alt + 183)
A cette heure, les enfants comme les parents finissent la sieste avant de reprendre leurs activités d’extérieur.
À
— Va t'asseoir si tu veux, pendant que je le prépare, reprend Leslie, le moulin à café dans la main.
Peut-être une virgule après "asseoir"
Je continue vers la grande salle à manger et m’installe à une table, celle qui est un peu devenue la mienne au fil des ans.
un espace en trop
Après un temps, c'est un café bien fort que Leslie pose devant moi en s'asseyant à son tour pour me regarder le boire.
Je n'ai pas trop de proposition mais je ne trouve pas cela très joli.
A chaque sélection, il y a des milliers de personnes qui peuvent prendre l’avion.
À
Je repense à la lettre dans ma poche, dont le papier gondole à cause de la moiteur.
J'aurais placé le "dont" après "lettre"
J’en suis là de mes réflexions, à ressasser l’historique de mes demandes de vol, à me demander ce que j’ai bien pu faire pour ne jamais, jamais être choisi.
On l'a compris, tu peux peut-être te passer de cette phrase.
Leslie et ses acolytes s'activent à droite à gauche pour le service, faisant circuler des plats remplis d'épis de maïs ou des carafes d’eau, rapportant les plateaux laissés sur les tables par les familles ayant terminé leur repas plus tôt.
Un espace en trop
A ces mots, la colère me saisit. Je balance le plateau devant moi et me lève violemment. Deux verres se renversent. L’eau se répand sur la table, sur leurs jambes, sur le sol.Je me mets à crier :
À, il te manque un espace après le point.
Tous les regards de la salle se sont tous tournés vers moi, même Leslie au loin.
Je tourne les talons, franchit la sortie de secours et presse le pas.
franchis
Partir vite. Retrouver mon appartement, mon fauteuil, mes illusions.
Espace en trop
— Qu'est-ce que tu viens faire là ? J'aurais aimé avoir un ton plus accueillant.
C'est pas lui qui l'a mal accueillie? Je capte pas, là
A leurs côtés, leur mère n'a vraisemblablement pas résisté à la mise à bas, ou à la sécheresse et la chaleur de ces derniers jours.
À
Le réveil sonne depuis plusieurs minutes quand j’émerge enfin, j’ai l’impression d’avoir remonté depuis une vase dense et profonde.
d'être remonté depuis?
— Ecoute-le, Eduardo, au lieu de faire le malin.
Écoute-le
Evidemment, on ne passera pas par la grande porte.
É
A cet instant, je réalise combien je suis attaché à elle.
C'est redondant avec la phrase précédente
Leslie me prend par la main, m’emmène à la hâte vers la caserne à l’abri du regard du passeur.
— Écoute, Eduardo, ce serait trop long de t’expliquer maintenant, mais j’ai pu contacter ta fille. Elle devait me tenir au courant dès qu’elle avait une réponse pour l’avion. Je ne voulais pas que tu risques si gros pour rien. Elle a pu avoir une place, dans les règles, et elle sera là bientôt.
On l'a déjà compris
Au final : très chouette! J'ai passé un bon moment de lecture !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Merci pour ce texte ! :)
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Bonjour DLM et Aponiwa,
Je vous remercie sincèrement pour vos retours sur ce texte que je vais m'empresser de prendre en compte. Les remarques que vous avez fait sur la structure du texte ou sa cohérence sont raccord avec ce qui me semblait moins clair. Je vois quelques pistes pour essayer de faciliter la compréhension du lecteur. Merci !
Pour plus de détails :
@DLM :
Citer
pourquoi "du haut de"? Je ne comprends pas ce que ça rajoute. J'ai l'impression qu'on utilise cette phrase pour des enfants normalement, non, comme pour marquer le fait qu'en réalité, ils sont très jeunes. Mais dans ce contexte, il n'est pas lui-même beaucoup plus âgé. EDIT - aaah mais purée, pardon, c'est moi qui me trompe. J'ai confondu son nombre de demandes – 26 – avec son âge :D mais peut-être qu'aussi ça manière de s'exprimer correspondait bien avec cet âge que je lui supposait, je ne sais pas. Bon, du coup ça va qu'il dise ça, si en vrai il a genre 60 ans.
Effectivement, je pense qu'il faut que je place l'âge d'Eduardo plus tôt dans le texte, plutôt qu'il y ait besoin de faire des calculs en piochant des indices au fil du texte. Je vais certainement préciser cela dès le dialogue du début.
mmh, je ne suis pas sûre hein, mais il me semble qu'en ce moment, Eduardo recherche une attache, un partage, de la tendresse, et donc ça me semble bizarre que cette félation le satisfasse, et surtout que Julia la propose comme antidote. Mais comme je dis, je ne suis vraiment pas sûre. À moi, en tant que lectrice, ça ma semblé briser un peu l'harmonie ou l'équilibre qui me semble exister entre ces deux persos. Mais en vrai, tu écris qu'il est destabilité. Je ne sais pas, il me manque en tout cas des éléments pour mieux comprendre cette interaction, la considérer comme découlant naturellement de leur relation.
J'avais pensé insérer en début de ce chapitre un paragraphe sur l'histoire de Julia. Je me suis retenue car je préférais d'abord développer sur Eduardo dans le chapitre suivant, mais ta remarque me laisse penser que ce ne serait pas inutile ici.
Je comprends aussi à quel point c'était dur de m'en parler. Elle passe ses mains autour de mon visage et dans mes cheveux. Puis elle prend mes mains dans les siennes.
moi je ne comprends pas vraiment, en revanche, pourquoi c'était aussi difficile de lui en parler.
Là, il y a probablement un peu trop de moi dans le perso ! ;D
quand j'y pense d'ailleurs, je trouve peut-être un peu extrême que cette fille qui ne connait pas son père veuille prendre le risque d'aller le retrouver tout en sachant qu'elle pourrait ensuite rester coincée à vie en France, loin de chez elle. Mais peut-être qu'il y a autre chose cachée dans cette envie.
Je suis d'accord. Je ne suis pas très au clair avec cet élément ou avec la façon dont il est amené. Je vais y re-réfléchir.
J’observe ses boucles brunes,
j'ai un doute, mais ils n'étaient pas noir, initialement, ses cheveux?
Hum, alors là, je t'avoue que je suis chamboulée dans mes convictions les plus intimes. Pour moi, des cheveux bruns et des cheveux noirs, c'était pareil :???:. Je me rends compte que non, pas forcément. Je vais corriger car elle a clairement les cheveux noirs ;D !
@Aponiwa :
Assis dans la salle d'attente, je scrute depuis plusieurs minutes les pales du ventilateur qui tournent sans agitation.
Qui tournent sans agitation, c'est bizarre... lentement?
Tu as raison, j'ai déjà eu des retours sur cette image bizarre. Moi, je l'aime bien, elle me plonge tout de suite dans la torpeur de la pièce. Peut-être faut-il que j'insiste plus sur cette ambiance accablée de chaleur pour que ça passe mieux.
À (alt + 183)
Merciiii ! J'avais celui du É mais pas celui du À ! Je m'y colle de suite ;)
Comme je suis une habituée des fins tristes, je le voyais avoir son vol en même temps que sa fille, quelle cruauté !
Oups ! :s J'avais envie de mettre un peu de lumière dans cette histoire quand même.
Allez, c'est parti pour les corrections ;) !
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Coucou Esmée,
Je passais par là par hasard et j'ai vu ton texte modifié. Je ne sais pas vraiment à quoi il ressemblait avant mais en tout cas je le trouve bien rédigé. Je ne te propose pas de corrections car je ne veux pas faire de doublons. Pour le moment j'ai lu le 1. Ton style est assez immersif, on se sent tout de suite dedans et proche du personnage. En revanche je me demande dans quel pays il se trouve actuellement, j'ai des doutes. Je n'ai trouvé aucun indices sur sa localisation, à part les routes déglinguées, la météo et les épis de maïs. J'ai donc pensé à un autre pays d'Amérique du sud.
J'aime bien les descriptions autour de Leslie, elles nous renseigne autant sur ce personnage secondaire que sur Eduardo lui-même. Pour le moment, ton 1 donne envie de lire la suite. Ce que je ferais prochainement,
A bientôt alors ;)
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Bonjour Matt
Je m'excuse de ce long délai à te répondre.
D'abord merci pour ta lecture et ton commentaire. Tu devrais trouver plus d'indication sur le lieu des événements dans les chapitres d'après ;)
Au départ, c'est une histoire autour de Leslie que je voulais écrire. Peut-être qu'un jour je reprendrai mes notes et les bribes de texte.
A bientôt