Salut !
Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est un trio d'images, donné par Beglous :) merci Beglous ^^
(https://randompicturegenerator.com/img/picture-generator/53e4d2464a56a914f1dc8460962e33791c3ad6e04e507440722d7cd39345c1_640.jpg)
(https://randompicturegenerator.com/img/picture-generator/50e5dc4b4251b10ff3d8992cc12c30771037dbf85257714b752c79dd954b_640.jpg)
(https://randompicturegenerator.com/img/picture-generator/54e6d6474e53ae14f1dc8460962e33791c3ad6e04e5074417c2e7dd19245c0_640.jpg)
J'espère qu'on devine le lien avec l'image qui m'a (en partie) inspirée :-¬?
Je me suis éclatée ici, j'ai peut-être laissé mon univers du moment déborder sur le texte, mais en même temps pas trop, et il reste cohérent seul, sans explication, je trouve. Et j'avoue humblement que la première scène a peut-être aussi été inspirée par une de mes lecture Mammouth du jour, même si pour ma défense, dans mes écrits persos des dernières semaines, mon héroïne traîne beaucoup dans les tavernes... J'ai pas fait gaffe aux fautes sur ce coup, j'ai juste écrit et mis toutes les idées que j'ai voulu. Et je kiffe ma fin, vous ne me verrez pas en changer :mrgreen: C'est bon, je crois que j'ai tout dit !
Je vous souhaite une bonne lecture et une bonne soirée !
La graine
Sur le flanc de la montagne, une cité se profile. Pas tant une vraie grande cité que quelques maisonnées éparses réunies autour d’une église. Le lieu appartient à un seigneur de faible rang et, ici, le serf ressemble au noble. Tous se connaissent et les rares visages étrangers attirent les regards. Celui du tavernier m’étudie avec insistance, si bien que l’humain ne remarque pas qu’il essuie la même choppe depuis plusieurs longues minutes.
— V’nez d’où, v’ m’vez dit ?
Je ne l’ai pas dit. Je lui réponds quelques platitudes pour le convaincre de ma bonne foi. Quand d’autres clients, bien charpentés, le nez rougi par le froid, entrent avec fracas et réclament de quoi les réchauffer, le tenancier se désintéresse de moi. Je ne m’éternise pas, crains presque de le voir revenir avec encore plus de questions.
Je sors une pièce de cuivre de ma besace que je dépose sur le comptoir, réajuste le capuchon qui cache mon visage et quitte l’auberge. Une neige épaisse recouvre les rues pavées et reflète la lueur blafarde du soir. Le temps ne se prête pas au campement de fortune mais je crains de rester plus longtemps dans le village. Les templiers qui en assurent la sécurité ne m’ont pas encore remarquée et je préfère rester discrète. Le guetteur me hèle lorsqu’il me voit dépasser les lourdes portes qui enferment le village :
— Attention aux loups ! Et aux démons, ajoute-il dans un murmure effrayé.
— Je vous remercie de l’avertissement.
Il écarquille les yeux. Je me rends compte un peu tard de mon erreur : afin de passer inaperçue dans les différends bourgs qui parsèment ma route, j’ai pris l’habitude de mâcher mes mots et adopter différents patois. La perspective de fouler l’antique forêt de givre, de retrouver un peu de mes racines, m’a ramenée à une diction proche de mon enfance.
Je le salue et presse le pas. Les humains ne réagissent pas très bien à la vue d’une oreille pointue, comme ils nous appellent. Dans le meilleur des cas, ils nous asservissent. Je ne tiens pas à connaître les dictats en vigueur ici. Bientôt, le village humain disparaît dans la brume hivernale.
La forêt qui l’encercle se compose d’arbres fins à l’écorce nacrée. Pour moi qui suis née dans la Forêt d’Émeraude, cette vision m’enchante. La fourrure des lièvres se mêle au décor neigeux, les oiseaux ne chantent pas et un loup m’observe avec méfiance. Ce calme m’apporte une certaine sérénité et je continue ainsi ma route pendant plusieurs heures.
Le loup me suit, son corps amaigri par la faim. Sensible à sa détresse, je sors de ma besace quelques morceaux de viande séchée et les dépose sur un rocher. L’animal se rue dessus à peine je m’en éloigne. Rassasié pour un temps, il continue de m’épier tout le trajet jusqu’au sommet de la montagne. Lui comme moi nous cachons dans d’épais buissons pour surveiller un bâtiment solitaire.
Il s’agit d’un vestige de mon peuple, un temple à la gloire des dieux détruit depuis longtemps par les oreilles aplaties, comme nombre de symboles de la gloire elfique. Aujourd’hui, j’espère juste que la véritable raison du temple se trouve toujours dans ses décombres.
Furtive et attentive, je m’avance telle une ombre. Nulle âme en ce lieu, les hommes semblent l’avoir oublié. Je l’arpente comme on découvre une partie de soi, avec émerveillement et humilité. Là ! Quelque chose brille. Un bout de miroir brisé. Reconnaissante, j’entame l’incantation qui me permettra de le traverser. L’humain ignore tant les autres races qu’il en ignore leurs cultures profondes lorsqu’il les détruit. Le miroir peut se briser : tant qu’un elfe y voit son reflet, les dieux lui répondront.
Sous mes pieds, un halo de lumière diffuse chaleur et réconfort. Les dieux n’oublient jamais leurs enfants qu’ils ont vus naître et qu’ils aiment. Son flanc collé contre ma hanche, le loup jappe une magie qu’il ne comprend pas. Je passe une main dans sa fourrure, l’apaise grâce à la langue perdue de mon peuple. Tous les animaux réagissent à nos paroles, proies comme prédateurs. Le loup se détend et lèche ma main.
À la croisée des mondes, j’erre sans chemin. Les dieux ne se montrent qu’à ceux qui le désirent et le méritent. Une brume que je n’ai pas eu conscience d’arpenter s’évapore. Je me retrouve encerclée par des statues immenses et immobiles. Les dieux m’ont entendue. Il apparaît, se cache entre les statues, et m’observe. Ombre parmi les dieux, celui que tous craignent et redoutent, il représente nos pensées les plus sombres et cruelles, est synonyme de vengeance, de mort.
Il tend sa main et je la saisis, déterminée. Je sais que mon souhait, la raison même de mon voyage, est né d’une réalité dure et intransigeante, qui ne laisse plus place à la bienveillance.
— Tu désires quelque chose, enfant.
Sa voix d’outre-tombe, susurrée du bout des lèvres, m’arrache un frisson et je m’accroche à ses doigts décharnés.
— Votre dernière enfant, la dernière reine des elfes, est morte. Elle laisse derrière elle des orphelins perdus comme moi, et ses parents éplorés : vous, nos dieux qui nous avez tant offert. Je désire… je désire ramener les elfes, ramener notre peuple, ramener notre gloire ! Je désire voir une nouvelle reine nous guider et anéantir le fléau qui a versé le sang de ses aînées !
— Prends cette graine, enfant. Prends cette graine, plante-là dans la plus pure tradition des elfes, et ton souhait se réalisera.
Il s’évapore dans une brume sombre. Je me sens retourner dans le monde physique quand une main s’accroche à moi. Je reconnais la mère de toute vie. Elle m’adresse un ultime avertissement :
— Prends garde, enfant ! Cette graine te réclamera un sacrifice aussi grand que le souhait que tu lui demandes. Enfant, nous ne sommes pas morts. Les elfes ne sont pas morts. Vous, orphelins, devez trouver la force de vous relever et d’arpenter un nouveau chemin. Nous veillerons toujours sur vous.
De nouveau dans les décombres, j’observe la graine dans la paume de ma main, médite un instant sur le choix que les dieux m’offrent et prends ma décision…
Coucou Luna,
Quelle inspiration encore une fois, et quel suspens à la fin !
J'y retrouve certaines caractéristiques de ton imaginaire que je découvre petit à petit, au gré des Tic-Tac la plupart du temps. Je me demande si tu conscientises tes replis, c'est-à-dire les récurrences dans tes histoires.
Il y a un petit détail qui m'a interpelée : " Furtive et attentive, je m’avance telle une ombre." Je me demande à quel point une narration en première personne peut ainsi, d'elle-même, se qualifier. Cela donne une impression étrange, comme si elle ne se vivait pas de l'intérieur mais s'observait depuis l'extérieur ; tu vois ce que je veux dire ?
Tu m'intrigues, à retrouver des caractéristiques de mon imaginaire ^^
C'est normal après tout, enfin je pense qu'on a tous nos tracés, nos chemins empruntés et qu'on ne débroussaille pas chaque matin notre jungle interne.
N'weti a cette conscience de son propre corps, elle sait ce qu'elle est à défaut de réussir à décider qui elle est et qui elle veut devenir. Elle sait ce que son corps donne à montrer au regard des autres, ses oreilles pointues et leur histoire, ses cicatrices (quand elle en a) et donc, ses mouvements.
Alors qu'elle le sache, le conscientise finement, très bien, mais qu'elle se le dise, c'est autre chose. On peut se savoir souple mais sans pour autant, lorsque l'on bouge, se dire : Agile, j'esquive la balle. Cela me paraît bizarre comme façon de se penser, surtout pour une pensée qui coïncide temporellement avec l'action.
Peut-être aussi que je cherche des excuses à cette formulation, que je la trouve juste jolie et à sa place. Je ne sais pas trop...
Je ne sais pas non plus, c'était juste un ressenti à la lecture. Par contre, si tu souhaites conserver ce genre de formulation, je pense que ce serait bien que tu le clarifies pour toi, histoire de savoir à quel enjeu ça répond.
Coucou Luna,
Je n'ai peut-être pas été très claire. Je ne questionne pas le choix des mots ni le "je m'avance comme une ombre", je ne questionne ni leur sens ni leur esthétisme, je questionne le fait que quelqu'un agissant, à mon sens, ne se raconte pas au moment de l'action : il vit l'action. Si la narration était à la 3ème personne la question ne se poserait pas. Pour moi l'idée n'est pas d'effectuer de changement dans ce texte, tu l'as écrit comme tu le sentais et on est dans une session Tic-Tac, mais plutôt de réfléchir à cette modalité d'écriture d'autant plus si tu me dis l'employer à l'occasion.