Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Arsinor le 14 Octobre 2023 à 00:05:32

Titre: Le Messie aux enfers
Posté par: Arsinor le 14 Octobre 2023 à 00:05:32
Bonjour, pouvez-vous m'aider à changer la fin ?


Le Messie aux enfers


Quand il eut sauvé les Terriens, le Messie se rendit dans les enfers annoncer le début de la fin. Il arborait un rictus de satisfaction, car il était fier de sa réussite personnelle. Une transe s’empara des damnés, placés autour d’un fleuve rouge.
— Damnés de la terre, mes chers semblables, vous voilà sauvés. Votre gentil dieu est venu vous délivrer de vos fers et de vos tourments. Le prince des Ténèbres s’est caché en me voyant arriver et j’ai ouvert les portes du paradis.
— Que se passe-t-il ? Quelqu’un a parlé ! dirent les damnés de la terre.
Le Messie fit ouvrir les portes du paradis et donna signe aux anges de faire sonner les six cent soixante-six trompettes de Jean et les mille trois cent vingt violons de Berlioz.
— C’est moi, le Messie, votre gentil dieu, répéta le Messie. Je suis venu vous sauver.
Tandis qu’il s’amusait à faire le chef d’orchestre comme un petit fou et que les escalators enchantés pénétraient dans l’enceinte sacrée, les damnés s'écrièrent :
— Oh non ! Pas lui ! Laisse-nous tranquilles avec tes histoires ! On s'ennuie au paradis ! Nous préférons la souffrance et la douleur ! Nous aimons nous noyer dans le premier verre d'eau venu afin d'y agripper notre prochain, l'y jeter et l'accuser d'être un fâcheux !
Le Messie prit la parole et dit :
— Damnés, quittez votre folie. Rien ne sert de souffrir, c'est la devise des dieux.
— Satan nous a préparé des jeux pour nous torturer les uns les autres, avec des chaînes, des pics et des roues. Les pansements sont sur les étagères et il y a des seringues de neuroleptiques pour attraper des crises akathisicotasikinésiques.
— Je vous ai préparé des plats du Gers, des confitures de figues, des jolies femmes à conquérir, par trois, des terrains de rugby, des salles de musculation, des piscines olympiques, des bibliothèques de contes et légendes, des rayons entiers de résultats sociologiques pour rigoler le soir ; des romans russes, des opéras italiens, des films hollywoodiens, des océans à traverser, des montagnes à gravir, des idoles à briser et des cathédrales à bâtir. J’organise des concours tous les soirs. Je gagne toutes les épreuves à chaque fois, venez, c’est très amusant !
— Honte à toi ! Tu ne respectes pas les dogmes du féminisme ! Tu n'as pas le droit de réduire les femmes à des objets sexuels ni de suggérer qu'elles n'ont pas à être sauvées au même titre que les hommes !
— C’est moi qui ai fondé le féminisme. Elles se sont réunies spontanément et m’ont élu, émoustillées de m’apercevoir grand et beau, survirilisé par une barbe. Il m'a suffi de remarquer que les femmes étaient parfaites. Je le leur ai dit. Elles ont été heureuses et en échange, elles m'ont demandé de leur fournir les hommes qu'elles voulaient. J’ai transformé des zombis en vrais mecs, qui font le boulot et satisfont les désirs pendant que les femmes font ce qu’elles veulent toute la journée. Elles sont très contentes et viennent me remercier par cars entiers. Les colliers de fleurs ne mentent pas ! Et à chaque premier du mois, j’organise un concours de beauté pour renouveler mon harem et les faire jouir sexuellement une par une. C’est mon job.
—   Nous allons alerter le psychiatre si tu continues !
— Amenez-le moi et je le convertirai. Je suis votre dieu, je suis venu vous sauver la vie.
— Tu l’as déjà dit. Tais-toi et va-t’en, on s'en fiche que tu sois notre dieu ! Nous préférons rester avec le tentateur !
— Mon offre est préférable, objectivement.
— Tu n'as jamais entendu parler de la résistance au changement ni de la subjectivité ? Crois-tu pouvoir mettre le ciel et le sous-sol sens dessus dessous à toi tout seul ? Arrière, mégalo ! Tu nous scandalises !
— J’ai toujours dit que j’étais un mégalomane, répliqua le Messie avec un rictus de satisfaction, car aucun individu n’avait jamais été plus narcissique que lui dans toute l’histoire de l’humanité. Il était sa propre idole et passait son temps à s’admirer chez lui ou sur scène, au théâtre, au cinéma ou dans son appartement géant spécialement tapissé de miroirs.
— On n’aime pas les mégalos ici ! Retourne chez toi avec tes piafs !
— Quels piafs ? Vous n'aimez pas mes petites colombes ?
— Lance-les-nous dans le feu et nous te dirons si nous les aimons une fois croquées !
— Imbéciles ! Vous essayez de me mettre en colère ? Vous vous croyez les plus forts parce que vous êtes méchants et nombreux, mais vous n’êtes pas organisés et à moi seul, je suis plus fort que vous tous ! s’exclama le Messie en fronçant les sourcils.
Les colombes émirent le souhait de ne pas assister au spectacle de boxe et demandèrent à remonter dans le ciel. Le Messie le leur accorda. Les escalators en or massif continuèrent cependant de fonctionner, ornés de néons clignoteurs, rappelant les enseignes de casinos à Las Vegas. Le Messie plia son complet-cravate couleur de temps dans son sac pour enfiler son bermuda sport. Cela lui plaisait d'être seul contre tous comme au bon vieux temps.
Le Messie passa entre les démons et les fit tomber dans leur propre piège, par ruse ou par violence sacrée. Il emmena par nombre de trois ou quatre l’essentiel des damnés pour les poser, enchaînés, sur les premières marches des escalators enchantés, ce qui les faisait changer d’avis sur leur sort automatiquement, prise de conscience rendue possible par des lasers guérisseurs de cerveaux. Il plongea deux ou trois fois dans les fleuves souillés pour sauver des noyés et les porta sur les rives pour avoir une discussion. Ceux-ci, dépressifs, refusaient de prendre les escalators car ils estimaient ne pas mériter le salut. Le Messie les consola et leur donna de la nourriture et du courage. Il les força à faire le premier pas et ils acceptèrent de monter.
Il y avait des millions de damnés et des milliards de démons, autant que de dieux en Inde. La Terre fonctionnait ainsi : quand elle suscitait un dieu en Inde, un démon naissait en Occident. Mais le Messie était un homme dynamique, rapide et en recherche constante de boucles d’apprentissage propres à augmenter son efficience : peu d’effort pour beaucoup d’effet. C’étaient les dernières conclusions de sa réflexion en réunion avec les archanges et avec les personnages des tableaux de la Renaissance. Plus il sauvait de damnés, plus la vitesse de salut augmentait, de sorte qu’on pouvait parler d’accélération avec a > 0, a strictement positif, comme en sciences physiques.
Enfin, il arriva à la caverne la plus dangereuse. Des monstres se jetèrent sur lui mais il leur fit des prises de karaté. Trois dragons se présentèrent. Il jeta le premier dans le précipice, ignora le deuxième qui en conçut un éternel dépit et dompta le troisième, une chimère rouge ornementée d’une bande argentée dans le flanc, qui le conduisit jusqu'au bord du couloir de la mort.
Le Messie donna treize cacahuètes à la chimère pour la récompenser, en avala douze et, guidé par un pépiement, entra dans le couloir de la mort. Il y faisait nuit noire et personne ne pouvait rien y décerner, excepté un bruit de bouches pleines de salive. Le Messie enfila ses lunettes à infra-rouges. Des mâchoires indépendantes et non reliées à des organismes vivants arrachaient la chair de ceux qui s'y aventuraient, comme des pièges à renards.
— Satan l’organisateur ne manque pas d'imagination. Moi non plus, pensa le Messie en sortant ses ventouses d'escalade.
Il frappa son torse musculeux pour annoncer son arrivée et intimider d’éventuels ennemis, et grimpa au plafond non sans tirer fierté de ses performances, ce qui l’encouragea plus encore à faire mieux. Comme le couloir était fermé et n’offrait qu’une issue, il tira de son sac de sport ses gants en diamants pour les chausser et cassa le plafond en le frappant sept fois avec son poing.
Une fois passé par la brèche, il se trouva dans une autre section géographique de l'enfer, réalisant un duodécuple saut périlleux, avant de se réceptionner en fléchissant les genoux. Une telle cabriole était inutile vu l’aménagement de l’espace, mais il plaisait au Messie de se dégourdir et de faire le cabot. Avec un peu de chance, des caméras retransmettaient ses exploits en direct au paradis, pour émoustiller les jeunes filles et susciter l’admiration de ses disciples.
La nouvelle section, déserte, contrastait avec la pagaille habituelle qui régnait aux enfers et sa surpopulation légendaire. Des vers se lovaient dans leurs tuyaux verticaux avec sensualité. Le Messie profondément écœuré se rappela pourquoi il avait chassé les animaux inférieurs de son royaume. Ces gars-là étaient bons pour recycler la matière organique. Pour sûr, il préférait les lions et les chevaux, sans oublier les petites colombes et les meufs. Il se passa la main sur les muscles abdominaux pour vérifier qu’ils étaient toujours à leur place, car il aimait bien l’effet que ça faisait, tactilement, et se mit à bâiller. Il s’allongea par terre, de fatigue, avant de s’endormir pour une sieste d’une durée cosmique.
Quelques années solaires plus tard, il fut réveillé par des cris de douleur et, ayant secoué de la poudre alimentaire dans un thermos avant de l’avaler et de répéter l’opération douze fois, il se mit en route pour sauver le damné. Ce devait être un sacré méchant homme pour mériter un tel supplice, avec section infernale individuelle et distorsions temporelles !
Le Messie gravit une montagne et traversa à la nage une mer intérieure de quelques dizaines de kilomètres. Sur la rive, il aperçut dans les terres un lac de lymphe, de morve et de sperme de différentes espèces animales. Y hurlait de terreur, pendu au plafond, un trentenaire névrosé, car un serpent lui mangeait le pied et qu’une harpie aux serres acérées et aux seins humains allaitait des diploblastiques qui pendouillaient en s’accrochant par la denture. Elle plantait des piques dans la tête du damné, qui émettait des grincements de jouissance à chaque opération. Le Messie chercha son filet, le fit tournoyer, piégea la harpie et la plia dans son sac à dos, dans un dossier en carton, plongea dans le lac et fit un nœud au serpent, qu’il accrocha à une anfractuosité. Il ramena le trentenaire épuisé et le lava avec sa gourde à grandes eaux, puis souffla sur lui pour le sécher en le tenant avec ses mains pour éviter qu’il ne s’envole.
— Ça va mieux ? Tu veux venir avec moi ?
— Es-tu le Messie, le Souffle, le tiers dieu, qui advint par le paysage aplani ? Celui qu’on nomme Esprit Saint, Sauveur et Colosse ?
— La dernière de ces attributions est fausse et conviendrait à un dieu grec, or les païens ont été remplacés, mais il est vrai que je suis colossal, merci. Tu te montres déférent et c’est avec plaisir que je viens te sauver.
— Tu es très bon et très salvifique, Messie, et je ne doute pas de tes bonnes intentions. Mais depuis que tu m’as arraché des horreurs de ma harpie, je m'ennuie.
—   Je te ferai venir chez moi de gré ou de force.
—   Tu ne peux sauver le diable lui-même. Tu es allé trop loin et à ce jeu, je gagne toujours.
Le Messie tapota le dessus de la tête de son nouveau petit protégé comme pour lui suggérer qu’il l’aimait comme un frère.
— Tu t’habitueras à la liberté et au plaisir sain. Je suis le dieu de tous les hommes, même celui des dingues. Tu as le droit de me rencontrer.
— J’en remercie le législateur. Mais rends-moi ma maîtresse ailée.
—   Le veut-elle seulement ?
—   Pose-lui la question.
Le Messie adressa la parole à la harpie :
— Veux-tu retourner au lac pour tourmenter le méchant homme ou préfères-tu venir avec moi ?
La harpie ne répondit pas, car elle ne pouvait pas parler. Elle agita ses os pour indiquer une intention de réponse, sans croire qu’elle pourrait un jour être comprise. Le Messie lui pinça le gosier et le tourna pour le dénouer. Elle émit un râle de mort, dans le grave, car elle souffrait d’un syndrome XXY.
— Parle et réponds à la question, si tu le souhaites, dit le Messie avec attention.
— Sanctus, sanctus, sanctus, dit la harpie de sa voix d’outre-tombe, en détachant de lentes syllabes. Sauve mon corps, héros inconnaissable endiamanté de neuf têtes d’or, arrache-moi des entrailles ensanglantées de ma mère afin que l’air pénètre mes poumons et me tire mon premier cri. Croise le fer et la lumière, éblouis les lucioles et retire le serpent de son trou pour le tuer car il manipule l’homme qui me manipule. L’homme n’est qu’un pantin qui répète ce que le serpent lui dit de répéter. Ne dis pas au serpent que je t’ai parlé. Ne me laisse pas mourir, je t’en supplie. Quand je serai vivante, je laisserai mes plumes et mes serres, et je me mettrai à ton service. Si tu veux bien de moi dans ton pays, je mourrai et me changerai en pierre pour me métamorphoser en cariatide et porter sur mes épaules des temples dédiés à ta gloire.
— Tu seras exaucée, c’est la moindre des choses, dit le Messie.
— Ceci est mon corps, mangez-en, dit la harpie en surjouant la mort.
— Ne répète pas ce qu’a dit le Christ en trahissant le contexte, monstre inférieur, dit le Messie avec sévérité, non sans donner une fessée à la harpie.
Puis il s’adressa au serpent :
— Reptile aptère, veux-tu venir avec moi ? Je t’ai préparé une forêt où tu pourras glisser à ton gré, avec de l’humus, des senteurs fortes, des nids à terre et des rapaces dangereux auxquels échapper par la ruse pour t’exercer les méninges.
— Je suis l’Antique Serpent détecté par le poème, répondit le serpent. J’ai inspiré à la femme le désir indu d’être une déesse et elle a inspiré à l’homme le désir indu d’être un dieu.
— Bien, dit le Messie. Je vais rentrer en mon royaume. Vous me suivrez tout deux. Et toi ? Pour la dernière fois, démon, veux-tu me suivre ?
Le trentenaire, qui n’était autre que Satan, se mit à pleurer :
— Tu rentres chez toi comme ça, après avoir racheté tous mes damnés, tué tous mes démons, récupéré la harpie ? J’étais dans les églises et au Vatican. J’étais dans les accidents et pendant les guerres. J’ai inventé des maladies, j’ai organisé des séances de torture. J’ai endossé le mauvais rôle et réalisé tous les sales boulots. Tout ça pour quelques minutes de conversation ? As-tu seulement pensé à ce que je ressentais ? Pourquoi ne me fais-tu pas sentir ma propre importance, comme dans les coachings de développement personnel ?
Le Messie se gratta la tête. Il voyait bien où se situait le piège car on lui avait dit que le diable était capable de séduire par tous les moyens, y compris en faisant pitié avec des discours plus ou moins cohérents.
— Écoute, tu peux rester ici. Si j’ai besoin de toi pour éprouver la foi de quelqu’un, je t’appellerai.
— Est-il possible de formaliser ça par contrat écrit ? 
Notre héros tira de sa serviette un beau papier. Satan éclata de rire en disant que seule l’intention comptait dans le christianisme et le « Messie » mourut sur le coup. Les harpies excitées se jetèrent sur son corps pour le dévorer de toutes leurs dents. Une fois endommagé, le corps se releva et se mit à s’agiter en tout sens comme un guignol, avant de s’immobiliser et de tomber en poussière. Tous les damnés, tous les justes et tous les Terriens retombèrent en enfer et le royaume demeura vide pour l’éternité.

*****

J'ai pensé à me documenter sur les faux Messie mais par Internet je tombe sur n'importe quoi. Le truc, c'est que ce faux Messie veut sauver tout le monde, alors qu'un saint a écrit qu'il ne fallait pas pardonner à tout le monde, et qu'une des ultimes ruses du diable, c'est de faire croire qu'il faut sauver tout le monde. Comment transformer ça en narratif ?
Comment donner tort à ce faux Messie de façon explicite ?
Son tort, à mon avis, c'est d'envoyer tout le monde dans son royaume alors que les damnés ne le veulent pas.
Qu'il sauve tous les hommes sur terre ok mais pas ceux en enfer... il est allé trop loin, car c'est une caricature et non le vrai Jésus.
Il se rapproche d'une sorte de superhéros grotesque.
Titre: Re : Le Messie aux enfers
Posté par: Arsinor le 23 Juillet 2025 à 00:37:24
J'ai changé la fin. Voici une autre version :
***
Puis il s’adressa au serpent :
— Reptile aptère, veux-tu venir avec moi ? Je t’ai préparé une forêt où tu pourras glisser à ton gré, avec de l’humus, des senteurs fortes, des nids à terre et des rapaces dangereux auxquels échapper par la ruse pour exercer ton réseau neuronal.
— Je suis l’Antique Serpent détecté par le poème baudelairien, répondit le serpent. J’ai inspiré à la femme le désir indu d’être une déesse et elle a inspiré à l’homme le désir indu d’être un dieu.
— Bien, dit notre personnage principal en se levant. Je vais rentrer en mon royaume. Vous me suivrez tous deux, de gré ou de force. Et toi ? Pour la dernière fois, démon, veux-tu me suivre ?
— C’est toi qui me suivras, Antéchrist, dit le diable. Je me demandais si c’était bien toi, et je me réjouissais. Tu es celui qui veut sauver les gens contre leur gré, ce qui est impossible. Tu as même voulu me sauver moi, ce qui n’a aucun sens, et je le respecte et l’apprécie, car la contradiction en soi est diabolique. Que tu désires être le Christ à la place du Christ est une bonne chose. Je t’attendais. La culture moderne et la civilisation occidentale t’ont enfin suscité. Je te propose de rester un peu avec nous, le temps de rapatrier les damnés, puis je vérifierai que tu es le démon le plus fort, et je t’enverrai sur Terre faire semblant de sauver les uns et les autres. Harpies, voici l’Antéchrist.
Les harpies excitées sexuellement se jetèrent sur le corps de l’Antéchrist, et le douchèrent de cyprine. Cela fait, tous les damnés retombèrent en enfer, et le royaume de Dieu demeura désert pendant des siècles.
— Je ne suis pas mécontent de faire partie de tes collaborateurs, et tu m’es plus sympathique que Dieu. Je préfère le jeu et le zèle à la béatitude du salut. Dieu est d’un ennui... Comment dois-je t’appeler ? Mon cher Satan ? Es-tu mon supérieur ?
—   Oh, nous sommes quasiment consubstantiels. Disons que tu suggères aux gens de se poser en victimes pour demander des bénéfices compensatoires, alors que je désigne les boucs émissaires. Sinon, il n’y a pas de supérieur ici, bien que ce soit moi qui commande. Les démons m’obéissent au doigt et à l’œil et ce sont des copains.
—   C’est exactement comme ça que je voulais être managé ! C’est le plus beau jour de ma vie ! s’exclama l’Antéchrist en se jetant dans les bras de Satan.
— Bienvenue en enfer ! s’exclamèrent en chœur les démons qui s’étaient cachés derrière les murs pendant tout ce temps.
—   Est-ce que je peux boxer les démons et les mettre par terre tout seul, s’il te plaît ?
—   Bien sûr, fais-toi plaisir. Ça m’intéresse de te voir à l’œuvre.
Les 36.000 démons se jetèrent sur l’Antéchrist qui mit moins de cinquante ans à les assommer un par un. Ils avaient chacun une bosse ou un bras cassé mais ils rigolaient jusqu’aux larmes. D’un point de vue démoniaque, la souffrance était un plaisir.
—   J’ai gagné ! s’exclama l’Antéchrist.
—   Je suis impressionné, dit Satan. Bon, le vingt et unième siècle ne va pas tarder. Je te propose de te reposer quelques décennies, et je t’enverrai sur Terre.
—   Merci ! dit l’Antéchrist, et il s’endormit.
Titre: Re : Le Messie aux enfers
Posté par: Cendres le 26 Juillet 2025 à 08:55:17
Merci pour ton texte. Il est original, dans son thème et sa construction.

Je n'avais pas compris que c'était le faux messie, mais n'ayant pas tes connaissances théologiques, je pensais qu'il travaillait avec Satan, donc je pense qu'il serait au courant de qui il est lorsqu'il arrive en enfer.

"Je vous ai préparé des plats du Gers, des confitures de figues, des jolies femmes à conquérir, par trois, des terrains de rugby, des salles de musculation, des piscines olympiques, des bibliothèques de contes et légendes, des rayons entiers de résultats sociologiques pour rigoler le soir ; des romans russes, des opéras italiens, des films hollywoodiens, des océans à traverser, des montagnes à gravir, des idoles à briser et des cathédrales à bâtir. J’organise des concours tous les soirs. Je gagne toutes les épreuves à chaque fois, venez, c’est très amusant !"

Dans ce passage, tu suggères que tous les damnés sont des hommes, et vu leur goût, des hommes européens de notre siècle. Mais il se peut que ton "messie" adapte son discours pour plaire au public qu'il vise.


Je préfère ta première fin, car la seconde a plus de détails sexuelle, en plus impossible comme ce passage.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



Je pense que tu as plus réalisé plutôt  un exercice d'écriture qu'une historie. Tu as réfléchi à ton texte, a divers éléments, pour donner un corps a une réflexion, je crois.
Titre: Re : Le Messie aux enfers
Posté par: Arsinor le 26 Juillet 2025 à 23:46:35
Merci Cendres pour ton passage. Oui, côté féminisme, les damnés sont des hommes et ils reprochent au faux messie de réduire les femmes à des objets sexuels. C'est que l'Antéchrist est machiste, outrancièrement fier de lui-même et de sa réussite sociale (?). Et puis, je ne suis pas Baudelaire pour oser dire que des femmes puissent être damnées !


Je n'avais pas compris que c'était le faux messie, mais n'ayant pas tes connaissances théologiques, je pensais qu'il travaillait avec Satan, donc je pense qu'il serait au courant de qui il est lorsqu'il arrive en enfer.
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Tu veux dire que tu croyais dès le début de la nouvelle qu'il travaillait pour Satan ?
Note : le personnage n'a rien à voir avec celui du christianisme, ce dernier est, je crois, à peine évoqué et il désigne le désir d'être Dieu. Il entre en résonance avec le péché originel, qui suppose le désir de pouvoir juger alors que c'est une prérogative divine. Mais il n'y a pas cette mise en scène dans la Bible - que j'ai lue très partiellement.


"Dans ce passage, tu suggères que tous les damnés sont des hommes, et vu leur goût, des hommes européens de notre siècle. Mais il se peut que ton "messie" adapte son discours pour plaire au public qu'il vise."
Européens et même Français du sud ! C'est plus parlant à mon avis que d'utiliser des hyperonymes ou des plats servis partout dans le monde (dans les hôtels internationaux ?). Par ailleurs, le pseudo messie est occidental, l'enfer aussi. On peut voir ça comme ça même s'ils ont été pensés pour l'univers.


"Les harpies excitées sexuellement se jetèrent sur le corps de l’Antéchrist, et le douchèrent de cyprine"
Ce n'est pas un porno et même tu n'as pas de telles quantités.
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Mais si, ce sont des harpies ! Et j'imagine la scène horrifique. Oh, je ne saurais pas faire de pornographie, je laisse ce soin à ceux qui savent de quoi ils parlent. Je préfère les amourettes esquissées.
Titre: Re : Le Messie aux enfers
Posté par: Cendres le 27 Juillet 2025 à 11:00:29
Toutes mes réponses ne reflètent que mes gouts, donc prend toujours mes remarques avec distances.

Tu veux dire que tu croyais dès le début de la nouvelle qu'il travaillait pour Satan ?
non je pensais que c'était le vrai messie, et même que c'était Dieu en personne. C'est ensuite que tu nous l'explique.
Titre: Re : Le Messie aux enfers
Posté par: Arsinor le 27 Juillet 2025 à 23:10:02
C'est ça, le texte a été compris par toi, donc : il se prend pour le messie et apprend qu'il est l'Antéchrist, ce qui le réjouit !

Oh tu sais que toutes les remarques sont bonnes : car parmi elles, il y a des remises en cause et des occasions de corriger et réécrire.
Titre: Re : Le Messie aux enfers
Posté par: Arsinor le 27 Juillet 2025 à 23:17:03
Oui... j'ai voulu illustrer cette idée que Dieu ne peut pas sauver quelqu'un contre son gré. Selon la théologie, il y a une offre faite à l'humanité par Dieu et par Jésus, et il revient à chacun de chercher Dieu, se convertir, adopter ce qui est jugé les bons comportements, etc.

Je trouve que ce texte pourrait être pertinent mais il manque quelque chose... Ce que je trouve pertinent, c'est la critique sociale : dans cette société, la force antéchristique est très forte et tout le monde veut sauver tout le monde contre son gré, c'est-à-dire le faire à son image. C'est une manipulation et une domination déguisées. C'est pourquoi celui qui veut sauver l'autre contre son gré est antéchristique et donc diabolique, paradoxalement.

Faire le bien autour de soi : sait-on vraiment ce que cela veut dire ?

Mais le texte ne dit pas tout cela, c'est moi qui l'ajoute ici...