Interdis le repos, ô léviathan de lumière et de bruit, que le temps ne soit plus à la méditation, que les mains s'affairent et que les yeux se ferment.
Immanence suprême, justifie-toi de l'intérieur, nourris-toi en secret d'artifices, que plus rien ne soit possible hors de toi. Que ton périmètre soit infini !, que nos esprits et les étoiles soient du même sang.
Que tes os soient nos toits, que ta bouche soit nos pensées, ô grandeur, que ton regard donne le paraître de l'incommensurable, et que personne n'ose porter atteinte à ton projet.
Définis-toi par l'insularité et le voilement – que ta peau soit douce et obsédante comme le sein, quand tes entrailles sont cachées de tous.
Fais justice, fais-toi exemple, et décerne affections et récompenses aux dociles. Sors-nous de l'absurdité du sens et des espoirs impossibles.
Que ta main soit le mur qui nous enserre, et ton poing la détermination qui nous rappelle de ne jamais le franchir.
Ô humanité, fais de nous des prisonniers où que nous allions, enseigne-nous le bon sens et la logique pour que la chaîne se tende, sans jamais se rompre.
Sublime nos inventions et grave-les en lettres d'or sur le mur de l'éternité, qu'aucun humain ne puisse plus jamais s'égarer, que la réconciliation avec autre que toi soit l'optimisme des fous, des rêveurs, des idéalistes.
Rends-moi commun, ô machination, fais-moi partager les mêmes espoirs insipides !
La solitude me pèse, l'ataraxie me ronge, et m'éloigne chaque jour de ta vision.
Rends-moi ambitieux et motivé, que mon esprit sache ce qui le réveille le matin, quand ce n'est pas la lumière du jour ou la chaleur de midi.
Fais disparaître cette horrible solitude, qui s'abîme de gris, de ne pas comprendre les joies et les amusements qu'ils partagent avec insouciance, comme si le contact était plénitude, comme si le lien fébrile était salut.
Fais-moi vivre les mêmes mensonges ! Je veux te croire, ô grandeur, je veux t'adorer sans te comprendre, je veux oublier le gouffre qui s'ouvre sous mes pieds chaque fois que je porte le masque de l'indifférence, chaque fois que, déçu, je discute en automate.
Fais disparaître ma fierté, mais redonne-moi confiance, celle qui me donnera la force de vivre dans le mensonge sans m'écrouler. Comble ce vide que tu as créé quand j'ai compris que je devais m'éloigner de toi !
Au diable l'authenticité ! Au diable la perspicacité ! Au diable le monstre qui gît en chacun de nous et au fond de toute chose. Je ne sais pas vivre légèrement l'horreur du monde...
Alors, je t'en prie, ne me laisse plus penser. Donne-moi un nouveau masque, le même qu'eux ; et laisse-moi jouer comme tout le monde, avec au fond des yeux la même cruauté oublieuse, et la même ferveur mythologique...