(Version 2)
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Sous lui, l'eau se frayait un chemin à travers les minuscules cavités formées par le temps. Les fourmis s'y aventuraient organisées, en quête de territoires et de vivres. Elles formaient une infinité de rangées, chacune dédiée à une tâche spécifique. Certaines entretenaient les tunnels quand d'autres se risquaient leurs antennes à l'extérieur, comme pour sonder les terres inconnues. Dehors, l'herbe dansait la chorégraphie du vent, ondulant, projetant la rosée qui explosait en mille joyaux. Une chorégraphie qui dictait la trajectoire des nuages, des abeilles peinant à butiner, et des longues branches millénaires du vieil arbre couleur feu.
Le chêne s'était développé là, dominant siècles après siècle le paysage de son immensité. Il représentait l'âme et le gardien de ce lieu sacré, et avait su se rendre indispensable aux habitants de son royaume. Il protégeait les insectes des oiseaux, les oiseaux des renards et les renards des humains. Ici, se dressait la limite de son pouvoir, blessant à jamais son écorce.
Il se souvenait d'un jour où ce petit être l'avait approché, s'adossant à lui de longues heures durant. Une douce chaleur en émanait, accompagnée des battements doux et rythmés de l'innocence. Cette expression corporelle imitait parfois l'environnement tout autour, comme une ode à la vie. À mesure que le temps s'écoulait, tous deux apprirent à communiquer. Ils chérissaient particulièrement cette relation si privilégiée. Parfois, son ami s'annonçait accompagné de plusieurs de ses semblables, grimpant de branche en branche à la conquête du royaume des cimes. Une nouvelle couleur s'était ajoutée à ce paysage pittoresque.
Il se souvenait aussi de ce jour où son ami lui avait rendu visite sans même s'annoncer. C'était une nuit agitée. Plusieurs de ses congénères le suivaient, mais seul lui l'escalada sans défier les hauteurs, s'agrippant à sa première branche. Son cœur battait rapidement et des frissons se propageaient le long du tronc. La chaleur monta de plus en plus rapidement, de plus en plus intensément, agressive, envahissante, crépitant, dévorant l'écorce...
"Petit être ?"
[...]
Le calme avait recouvert la prairie depuis longtemps déjà. Autour de lui, l'herbe avait repoussé et les fourmis formaient à nouveau d'innombrables rangées. Son compagnon inerte ne l'avait plus quitté depuis, oscillant timidement au vent. Même si son silence pesait et leurs échanges lui manquaient, ils avaient enfin trouvé le repos, posés au centre du tableau. Une aura de paix les protégeait à jamais. Vînt pourtant le jour où de nouveaux êtres pénétrèrent leur sanctuaire immaculé pour recueillir solennellement son ami. Le ramenaient-ils parmi les siens ?
"Adieu petit être."