* image(s) d'un soir *
Pour s'inspirer, pour écrire, le temps d'une heure...
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Je ne sais pas de quoi sera fait le monde de demain. Je tremble souvent à cette seule pensée : demain… Le courant emporte et brasse un flot d’angoisses, charrie de sombres entités. C’est le vent qui me parvient, qui hurle parfois ou s’éteint, mon corps geint et c’est vrai que m’habitent encore des idées, vivaces fourmis qui parcheminent mon être, me tricotent en tout sens, montent et descendent, me pénètrent, moi, terrible ossature. Je bruisse ; l’air dans mes cheveux que la pluie a rincés. J’aime entendre mes cheveux s’égayer, soupirer et languir quand le vent les balaye. J’aime les voir s’embraser puis s’éteindre avec le grand froid. Et puis je suis chauve. Ce n’est rien, seulement le vent ne s’éprend plus de moi et je demeure dans le silence. Je pense alors à mes frères et mes sœurs qui se meurent, ailleurs. J’étends mes mains souterraines et je sers contre moi celles de mes voisins et ainsi je sais. Je sais qu’il y des terres en feu qui rongent et des terres noires qui obstruent. Je sais qu’il y a parmi nous des démembrés et des estropiés et d'autres contraints de changer de dimension. Je sais que demain nous serons toujours moins nombreux, que nos mains ne se toucheront plus et qu’alors nous ne saurons plus rien de ce qu’il advient, maintenant, avant et après. Nous serons échoués du monde, déracinés.
Je ne sais pas de quoi sera fait le monde de demain, mais il en sera fait de nous, c’est certain. Mes cheveux s’asphyxient et palissent, l’air qui m’entoure a changé. Pullulent sur mon corps des êtres qui m’affaiblissent, qui me dévorent et je suis seule. Mes splendides migrations se sont enfuies pour trouver réconfort ailleurs. Je n’abrite plus personne. Je prends trop de place. J’ai appris qu’on nous rasait pour créer mieux, plus précieux. Les sombres entités, les êtres de bitume s’étalent et je décrois. Il n’y a pas d’ailleurs pour moi. Je suis où mes ancêtres m’ont laissée. Je nourris la terre que mes ancêtres ont gardée. Si le sol m’était ôté, si j'étais jetée au ciel, aux pensées que le vent soulève comme des braises, je finirais creuse, vide et sèche ; tas de cendres qui nourrira l’air d’angoisses. Je deviendrais la gangrène de mes frères et mes sœurs, je deviendrais spectre vorace. C’est ma loyauté qui m’enterre. Je ne peux partir mais rester fait de moi une complice. J’étire mes bras pour creuser des galeries, mon corps tout entier frissonne de fraicheur et de douceur, la chatouille des êtres aveugles, de la multitude laborieuse qui sculpte sous mes yeux l’immensité. J’étire mes bras et je sens au loin, très loin, l’humidité : l’eau souillée qui charrie elle-même son lot d’angoisses, d’immondices. Je suis un être qui ne garde pas mémoire de mots. On fait de moi des parchemins et des ouvrages qui conservent histoire d’hommes, mais je suis faite d’un autre bois. Je n’ai pas besoin de mots pour me rappeler le goût de l'eau.
Je ne sais pas de quoi sera fait le monde de demain. Je geins si fort qu’il se pourrait bien que je craque et cède, que je m’effondre toute entière sur ma terre.
Et alors, il n'y aura plus de demain pour moi.
Et alors...
Merci à vous pour votre passage :)
Luna,
Effectivement, il y a un problème dans cette phrase. Mais il me semble que le "si" induit nécessairement (?) du conditionnel. Peut-être que c'est le présent qui pose problème, j'essaye, tu me diras.
Tes ressentis coïncident avec ce que j'ai voulu véhiculer à travers ce texte. Puis, bon, j'ai sauté sur l'occasion de tourner autour du thème de l'AT ;)
Cendres,
Oui tout à fait, j'étais habitée par ces pensées pendant le Tic-Tac.
Basic,
Gagaïtisé, sympa comme terme, jamais entendu jusqu'ici mais je pense comprendre ce que ça signifie. Heureusement que pas trop en effet, j'essaye d'éviter ça mais effectivement c'est un sujet éculé, difficile de pas tomber dans des banalités, des facilités et du sentimentalisme. J'apprécie le compliment en tout cas :)
Ouais je vais essayer un truc avec cette concordance de temps qui a mal tourné.
à bientôt :)