Salut !
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En vous souhaitant bonne soirée et bonne lecture !
Avorté.
Je te retrouverai
— Lucas, non !
Je m’éveillai en sueur. Mon cœur battait à s’en rompre. Assise dans mon lit, le bras tendu. Ma tête tourna. Non, non, non ! Ma chambre ? Un garage ? Je ne savais plus. Jour ? Nuit. J’inspirai ; l’épave se brouilla. Expirai ; une commode. Inspirai ; bruit sourd. Expirai ; le tonnerre ? Non. Si ? Un éclair vif. Inspirai ; odeur de sang, disparue. Du sang ? Mon rêve… il fuyait parmi les ombres de la nuit. Expirai.
Engourdie, maladroite, j’attrapai le carnet sur ma table de nuit. Mon réveil tomba, brisa l’instant, s’écrasa dans un bruit sec. Je sursautai et restai un long moment à le regarder, figée. Je déglutis, me rappelai le coup de feu, l’odeur du sang. La main tremblante, j’écrivis. Vite ! Avant… une vibration sur le parquet éparpilla le reste d’images. Elles s’évaporèrent sans un remord.
Je posai le stylo, me pinçai l’arête du nez, essayai d’émerger et récupérai ce maudit réveil. Après l’avoir remis à sa place, je lus les quelques mots qui zigzaguaient sur la page. Le garage, des hommes, deux, peut-être trois ; et nous. Nous : un terme qui revenait souvent dans mes rêves, sans définition claire, juste la sensation d’un toi et d’un moi.
Laissant de côté cette idée un peu folle, je me préparai pour ma journée de travail. Une énième journée remplie de vide, d’inconnus à saluer, de talons aiguilles et de costumes étriqués, de dossiers à traiter, classer, ranger ; encore une journée durant laquelle mes questions resteraient sans réponse.
*
— Mais du coup, c’est qui Lucas ?
Assise en face de moi, ma meilleure amie terminait son diabolo, avec sous les yeux diverses notes de mes derniers rêves. Je l’avais appelée dans la semaine et on s’était donné rendez-vous pour un après-midi shopping. Quelques mèches s’échappèrent de son chignon et torsadèrent autour de son visage effilé. Elle relut les bouts de rien qui se suivaient et hantaient mes nuits sans jamais s’arrêter.
— Je sais pas. Quand je pense à lui, je pense à nous, comme les deux pièces centrales du puzzle. Dans mes rêves, son bonheur dépend du mien, mon bonheur dépend de lui et lui dépend de moi.
Je me mordis la lèvre à cette définition étrange. Mon amie pencha son visage sur le côté, comme on essaye de comprendre de l’art abstrait quand on préfère l’impressionnisme. J’appréhendais un peu sa réponse, son analyse ; son jugement… La gorge soudain sèche, je commandai une autre grenadine.
— Genre : comme un amoureux ?
Je retins un gloussement à ce terme d’ado.
— De l’amour, oui, mais pas un amoureux, pas celui que tu présentes à Papa Maman.
— Un frisson d’interdit ?
— Tu lis beaucoup trop de livres ! ris-je.
Elle répliqua qu’elle devait bien payer les factures, elle aussi hilare. Soudain, je remarquai deux adolescents qui longeaient la terrasse où on était installées. « Grand frère, attends-moi ! » grognait la fille. Un frisson glacé remonta jusqu’au sommet de mon crâne.
Grand frère ?
*
L’odeur de sueur, de métal rouillé et d’huile, ce parfum acide caractéristique qui emplissait la pièce mal aérée, me réconfortait. Allongée sur notre vieux sofa, je t’observais : les muscles roulaient sous ta peau, les cicatrices sur ton dos brillaient et quelques gouttes en suivaient le tracé. Je supportai avec peine la chaleur estivale. Ma robe, même légère, me donnait l’impression d’un étau brûlant. Je t’enviais un peu de pouvoir retirer ta chemise à l’envie. Concentré sur une carcasse de métal, tu ne me prêtais aucune attention, même si je pouvais deviner tes pensées, les sentir s’écouler sur moi. Je les imaginais aussi douces et fraîches que l’eau de la rivière, aussi appuyées que le jet de la cascade. Mon corps frémit à cette image.
Soudain, un bruit sourd. Tu te relevas avec souplesse et je me cachai dans un recoin de la pièce, comme à chacune de leurs visites. Un premier homme entra, immense et massif, suivi d’un plus petit, tout aussi trapu. Les deux dégageaient une aura menaçante, avec leur costume impeccable et la silhouette de leur arme sous leur veste. Un troisième suivit, avec quelques minutes d’écart. Je le reconnaissais : un de tes clients réguliers, qui te demandait trop souvent de faire disparaître des voitures et leurs contenus que tu ne m’autorisais jamais à regarder. Je ne l’aimais pas : il me draguait sans retenue, lorgnait sur mon corps qu’il voulait posséder depuis longtemps. Je préférais le policier, qui enquêtait parfois sur lui et qui se montrait respectueux dans ses avances. Toi aussi, tu te doutais qu’il prendrait soin de moi si tu disparaissais ?
Tu les saluas, ton visage impénétrable. Ils parlaient de choses que je ne devais pas entendre, de sacrifices que tu endurais seul ; pour moi, pour nous, pour notre bonheur, un bonheur que personne ne pouvait comprendre. Le ton monta. Des mains cachées sous les vestes. Tu leur résistas avec de belles paroles. Encore une fois ; une fois de trop.
— M. Hunter…
Je devinai avant toi ce dernier acte. Dans un élan de désespoir, je m’interposai entre la balle et toi :
— Lucas, non !
Ma voix résonna, la détonation dans son écho. La douleur irradia dans tout mon corps, suivi par une horrible sensation de froid. Je tremblai, assaillie par une sensation indescriptible. Je te voyais sans plus te voir. Je sentais tes larmes couler sur mon visage. J’entendais ta voix, brouillée et lointaine. Je te savais parmi les vivants, tandis que je voguais ailleurs.
T’avais-je dit de vivre avant de partir ? T’avais-je demandé de vivre pour moi ? T’avais-je promis de t’attendre pour revenir ensemble, toujours ? Je ne sais plus…
*
Je m’éveillai. Mon ventre se tordit d’une douleur imaginaire, mon estomac me brûla et toutes ces sensations agglutinées au fond de moi remontèrent soudain. Trop vite. La bile s’échappa de mon corps plié en deux sur le parquet de la chambre.
Lucas Hunter.
Je trouve la confusion bien rendue, au début, le côté saccadé du texte.
Ce que j'ai compris c'est qu'un souvenir est revenu à elle comme un cauchemar, ou une rêverie nocturne inspirée de réel, pour donner une autre tournure à une relation qui fait cauchemar. Pêle-mêle mes impressions à la lecture.
"Lucas Hunter" m'a un peu déconcertée... Lucas's hunter ? Dans le texte j'avais compris que c'était lui devant le canon et pas derrière.