Tic-tac un peu spécial, le premier jet de l'épilogue d'un bouquin que je galère à terminer. Du coup, pas de couverture avec un titre comme d'habitude...
Au moins, j'ai de la matière pour travailler maintenant. évidemment, pas simple de capter le truc sans voir lu le bouquin, mais des retours sur la forme son bienvenus quand même ^^
Malgré les fenêtres ouvertes, Michèle étouffe. Le sonate de piano légère qui sort de sa radio sonne incongrue dans l’air plombé. L’inspectrice gagne la salle de bain et s’asperge la tête d’eau fraiche. Elle regarde son visage dégoulinant ; elle a trop souvent vu ses larmes couler dans ce miroir, ses yeux défaits, sa crinière grise pleine de nœuds. Depuis la cuisine, la musique s’estompe, remplacée par le jingle des informations.
Ce matin à Orléans, la police a de nouveau arrêté un homme qui diffusait des cassettes interdites contenant les vidéos des crimes atroces de celui que l’on a nommé l’artiste meurtrier, à la fin de l’année dernière. Quatre hommes sont actuellement jugés par la cour d’assise de Douai pour des faits similaires. Le procureur de la république a rappelé encore une fois que…
Michèle se précipite et appuie sur le bouton de son vieux transistor. Elle halète et ferme les yeux. La grande croix apparait derrière ses paupières. Lesaffre criblé de balles suspendu devant. Ça ne s’arrêtera donc jamais ? Elle se masse les tempes, s’allonge sur son canapé et se met à respirer très lentement. Son chat vient s’allonger contre sa cuisse, elle lui caresse la tête du bout des doigts. Mais les images ne veulent pas sortir de sa tête. Et son cœur ne veut pas se calmer, ça cogne derrière son front, ça frappe. Comme des explosions. Michèle entend des coups de feu. Alors, elle se lève. Il faut sortir, voir d’autres lieux que cet appartement dans lequel elle rumine depuis plus de six mois. Avec un peu de chance, Jérémy sera place de la République, avec ses potes. Il y passe toutes ses après-midi depuis la fin de l’année scolaire. Le voir, simplement le voir. Et lui parler, peut-être.
Michèle verse le fond de la théière dans une bouteille en plastique, y glisse quelques glaçons, deux tranches de citrons et complète avec de l’eau. Elle fourre la bouteille dans son sac, s’assure que son chat a encore à boire et sort de son appartement. Dehors, l’air est suffocant, on dirait que plus rien ne bouge. Et pourtant l’odeur d’hydrocarbure lui saute à la figure. Une Renault 16 s’arrête au passage piéton, le vieux type derrière le volant pose ses yeux sur elle. L’inspectrice voudrait le regarder avec moins d’appréhension ; pas de la faute de ce bonhomme s’il est chauve et porte des lunettes comme Lesaffre. Elle accélère le pas et remonte la rue Jeanne d’Arc. Même les arbres ont soif. Sa chemise colle dans son dos, Michèle sort la bouteille de son sac et la passe contre son front. Elle voudrait ne pas cligner des yeux, ne pas laisser le temps aux images ignobles de se frayer un chemin.
Lorsqu’elle arrive derrière le Palais des Beaux Arts, une bourrasque emporte les feuilles d’un journal desseché et la poussière se colle sur ses bras nus. Michèle se sent poisseuse, au moins autant au dedans qu’au dehors. Comment se rincer de cette crasse ? Elle hésite. Faire demi-tour ? Retourner se terrer ? Immobile au croisement de la rue de Valmy, elle lève les yeux vers les statues dorées qui coiffent les dômes du musée. L’art éternel. La vanité. La mort. Des coups de feu qui résonnent, le sang qui gicle. Voilà, même les yeux ouverts, les images la submergent. Elle chancelle mais décide d’avancer. Voir Jérémy, c’est tout ce qu’elle veut. Des semaines qu’elle n’a pas pu dire un mot à son fils, qu’il l’évite et qu’elle aussi, elle n’a pas la force. Il faut mettre fin à cette transe, faire sauter la chape de béton qui les écrase. Et encore les images qui viennent, suggérées par ce « béton qui écrase ». La pierre qui frappe et broie les os ; les tonnes de farine qui étouffent jusqu’au fond des poumons. À nouveau, elle s’est arrêtée. Une rafale soulève un nuage de poussière qui l’enrobe, se colle à sa peau. Une glue minérale se forme sur ses bras, ses chevilles.
Michèle pousse un petit cri rauque et s’ébroue. Elle n’a pas le choix, il faut que ça cesse. Elle se met à courir le long du Palais des Beaux Arts, débouche sur la place de la République qu’elle traverse en diagonale, jusqu’à la fontaine où elle trempe ses bras. Elle se frotte le visage, enlève ses chaussures. Elle n’a pas croisé Jérémy. Tant mieux, vu son état. Un groupe de skateurs est bien là, mais pas son fils. Elle s’assied sur la margelle de la fontaine, hagarde.
Les jeunes ont posé un gros double cassette sur un banc. Check your Head, des Beasty Boys. Michèle reconnaît ce titre, Jérémy lui a passé une copie de l’album, lorsqu’ils pouvaient encore se parler. Avant… À bien y regarder, les jeunes sur leur planche son des copains de son fils, elle a déjà vu ce rouquin et le petit mec avec son survêt. Et, d’un coup, Jérémy apparaît, de derrière un arbre. Il balance son skate sur le bitume, saute dessus et rejoint le groupe. Lorsqu’il fait basculer sa planche pour l’attraper d’une main, il pose ses yeux sur sa mère et se fige. Derrière Michèle, une moto démarre en pétarandant. Quatre détonations puissantes résonnent sur la place. La mère et son fils, en même temps, se plaquent les mains sur les oreilles et ferment les yeux, très fort. Lorsqu’ils les rouvrent, ils se regardent en tremblant. Michèle se lève et se dirige vers son fils, d’un pas mal assuré. Jérémy reste tétanisé quelques secondes avant de jeter son skate sur le côté. Il se retourne et détale. Comme un jeune homme qui verrait la mort face à lui. Comme un gamin face à un cinglé avec un canon scié. Michèle lache son sac et tombe à genoux, la tête entre les mains. De la bouteille percée, le thé glacé s’écoule sur le goudron brûlant.
Bonjour mister Rémi, l'homme qui a vendu son âme au diable pour vendre des tonnes de livres... ton secret est éventé.
Bon, la Michèle, toujours au top.
Je me disais, il va l'amener voir un psy, entre deux bouquins mais non. Démon va !
Bon un commentaire donc
direct sans tergiverser
B
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