Des preuves, il y en a de nombreuses : comparons la chanson populaire qui séduisait le français d'entre vingt et cinquante ans dans les années soixante, à celle de cette même tranche d'âge aujourd'hui, on voit qu'il y a un affaiblissement net et de la composition, et des couleurs orchestrales, et des textesQuand bien même il y aurait un affaiblissement de la composition, des couleurs, des textes (ce qui n'est pas sûr, car quand on parle de chanson, de choses populaires écouté par une majorité, que ce soit bon ou mauvais, il s'agit toujours de musique écrite dans les règles rythmiques et harmoniques habituelles, à un degré souvent banal ; les tubes des années 60/70/80 me désespèrent tout autant que ceux d'aujourd'hui, je n'y vois aucune différence, sinon dans la forme, du moins dans le propos ; pour moi la bonne musique est exceptionnelle, c'est rare, c'est comme une anomalie ; il y a toujours eu une très grande majorité de merdoume, et notre époque, comme les années 70, comme l'époque de Beethoven, ne fais pas exception ; seulement comme tu dit le temps à tendance à élaguer, et on garde des époques passées que ce qui arrive à passer le temps, et qui d'ailleurs n'est pas le reflet de ce que la majorité des gens écoutaient)... donc, quand bien même il y aurait un affaiblissement de la composition, des couleurs, des textes, ce n'est pas des critères qui font qu'une musique est bonne : regarde Arvo Part, c'est sublime, c'est transcendant, pourtant tu compares sa partition avec celle d'un Beethoven, elle paraîtra ridicule, sur le plan rythmique ou harmonique - Beethoven 100 ans avant écrivait des choses plus complexes, plus riche, et même si je le préfère à Part, ce dernier m'est vraiment intime, me touche comme peu de compositeur savent le faire – ; pareil pour un Brian Eno, il fait une musique qui est bien plus pauvres rythmiquement, harmoniquement et structurellement que la majorité des choses qui passe sur NRJ aujourd'hui, pourtant je considère qu'il a composé de grandes choses – et accessoirement changé le paysage musical de toute une époque, mais ça on s'en fou, ça ne rentre pas en compte dans le jugement de l’œuvre. Et le texte, c'est bien la dernière chose qui fait qu'une musique est bonne - je ne nie pas les grands textes de nos Brel ou nos Ferré, mais ça n'a jamais rendu leur musique bonne, qui souvent est au second plan, et ne sert qu'à accompagner le texte. Aujourd'hui l'harmonie ou la mélodie est à peu près épuisé ; ce qui se fait de passionnant est la texture, grâce aux machines et aux logiciels qui sont devenus de vrais instruments à part entière, demandant de vraies aptitudes (attention je ne parle pas de David Guetta, mais plutôt de gens comme Another electronic musician (album Patience), qui sont de vrais artisans de la texture, de la matière, qui la modèle pour construire des paysages nouveaux, et déconcertant quelque fois), riches de possibilités à peu près infinies, et c'est de ce côté là que vont les créateurs, notamment les musiciens électro, et généralement les compositeurs de musiques savantes, avec plus ou moins de réussite.
Je suis d'accord qu'il en existe certainement aujourd'hui, quelque grand artiste dans la poésie, mais je crois surtout que l'époque est assez impropre à produire de tels esprits, pour deux raisons majeures : géopolitique d'un monde régi par l'argent et soumis à des intérêts étrangers, où tout destin, donc ferveur des peuples, semble être confisqué ; mort de la spiritualité, injonction au plaisir et à la chair à tous les niveaux (donc à déporter le regard sur le corps et la terre, sur les intérêts et les petits tracas de la vie). C'est un terreau qui suscite un esprit plus ridiculement bas que celui de la France en 1812, par exemplePour ça j'en sais rien, je le prend avec des pincettes, ça m'a l'air d'être un discours rebattu, passéiste, que j’entends souvent chez les conservateurs, mais au final j'en sais rien. J'aimerais bien voir les détails de ces affirmations, les nuances, les contre arguments, les études, etc. Puis les poètes, les vrais artistes sont des marginaux, et toutes les époques ont eu des difficulté à les produire : toutes les époques sont impropres aux artistes, y'a qu'à voir comme les plus grand ont fini dans la misère ; avant certes il y avait plus de gens qui faisait de la poésie, mais c'était des faiseurs, et non des poètes, et ces gens là se moquait tout autant que le reste du peuple des vrais poètes, des vrais obsédé plein d'urgence, d'idées, de rêves, parce que de toute manière c'est et ça restera un comportement marginal incompris par la plupart. Puis déporter le regard sur la terre on en aurait bien besoin je crois, car avant de lever les yeux au ciel faudrait faire gaffe que ça ne brûle pas sous nos pieds...
qu'au demeurant je n'apprécie pas du toutForcément c'est un matérialiste ;D
Mais imaginons l'effet sur les esprits communs, que ces grandes cathédrales qui cherchent toujours à atteindre les cieux, en portant le discours pieux du témoignage du Christ. L'homme se sent appartenir à quelque chose de plus grand que lui, il voit de manière physique un discours qui le somme de rechercher les joies du ciel au lieu de celles de la terre, à se détourner des contingences de la matière pour apprécier les libertés de l'esprit, à effectuer, peut-être, des conquêtes dans ces domaines de l'esprit.On obtient le même résultat avec les choses de la terre : un arbre vieux de cent générations, le bruit d'un ruisseau qui s'écoule depuis des temps immémoriaux, contiennent plus de spiritualité qu'une église stérile faite de choses toutes humaines, avec des défauts humains, des lourdeurs humaines, du sang humain ; je ressent le même sentiment de grandeur quand je rentre dans une église et dans une forêt : sauf que l'intérieur de la forêt vit ! (Attention j'adore les églises, pour ce qu'elles ont d'esthétique justement, mais une forêt me rend mieux vivant, libère les sens, en plus de nous donner à voir le sublime, parfois caché dans les recoins, rarement montré avec ostentation, et rarement dans des proportions affolantes.)
L'homme est rien du tout et n'a pas de destin, c'est littéralement l'axiome de notre temps.Bien sûr que nous ne sommes rien (que ce soit à l'échelle du monde, qui a connu et connaît encore des espèces bien plus malines (rien que les arbres, qui au delà de ne pas détruire leur environnement et eux-mêmes par la même occasion, ont des moyens de communications et d'adaptations qu'on ne soupçonne même pas), et pire encore à celle de l'univers, au fond duquel nous ne sommes même pas des crottes de bébé fourmis, et pour lequel nous n'existons même pas), ça serait faire preuve d'un orgueil absurde et désespéré de dire le contraire. J'suis plutôt ok avec l'idée que le monde n'est pas d'autres sens que celui d'une machine (la nature) livrée à la logique de ses propres rouages, sans but et pas plus faite pour l'humain que pour n'importe quoi d'autre ; je suis suffisamment détendu par rapport à cette absence de sens pour ne pas avoir de préoccupation métaphysique, et trouver un sens beaucoup plus simple, beaucoup moins ambitieux à ma vie : faire et chercher des choses esthétiques. J'fais mon mec mais au fond j'suis un idiot bienheureux ;D (Même si ces préoccupations esthétique m'apportent leur lot d'angoisse, tant ça me tient à cœur, et tant elles sont difficile à réaliser - c'est un cheminement, c'est apprendre à vivre une deuxième fois, déjà que la première n'est pas terminé...)