Cet enfant a entrepris quelque chose d'extraordinaire ou de cruel cet après-midi. Là encore cela dépend d'où l'on se place et avec quelles jumelles nous décidons de lire, d'examiner la crête où affleure le sens des choses, des événements et des situations. Ici une figure de la rétorsion : qui est absence éloigne de lui toute vie.
Il a donc fallu que dans la simplicité de mon existence je m'installe, humide et chaude d'avoir ainsi couru dans le soleil, à mon banc le plus séparé des autres, le plus en retrait, pour songer à ma journée. À l'ensemble des inachèvements de mes gestes, paroles, projets, à tout cela que j'appelle les « mort-nés » – comme on hasarde quelque part une intention et que l'on se ravise, que tout se relâche de lui-même et tombe, épouse le sol, se répand comme un fruit mûr dont la saveur demeure perdue à jamais. Je m'arrêtai quand je remarquais quelque chose d'inhabituel dans le paysage. Une énergie. Un déferlement. Une grande force qui ne savait pas bien de quelle manière ni où se déverser. Cet enfant dans le parc on ne voyait que lui. Agile et comme habité par le vent. Je le voyais caracoler et partir plusieurs fois à la rencontre de sa mère pour lui montrer comme c'est lui la vitesse et comme c'est lui la gloire – cela faisait longtemps que je n'avais pas été témoin de telles rafales dans le corps d'un enfant qui joue seul.
Je pense au feu qui est né de rien, de deux pierres frottées ensemble (on n'a jamais su par quelle intuition, tout ceci). La solitude du feu ne l'empêche pas de remplir ses fonctions. Mais ce feu était différent, il papillonnait autour de sa pierre sans parvenir à l'allumer, en extraire l'attention, ou à peine. Alors il est parti faire le disparu. Parmi les éléments de la nature. Lui et toute sa volonté froissée.
Inquiète, son premier réflexe à la mère fut bien entendu de crier son nom. Mais que cherche-t-on naïvement à obtenir par l'appel d'un nom ? Une présence ?
Il faut comprendre que si tu ne t'appelles pas « maman regarde ! » lui ne s'appellera jamais « Yanis où tu es ?! ».
Je me décollai de mon banc et partai.
Je ne m'en faisais pas pour la suite de cet "incendie".
Yanis allait retrouver sa mère ou peut-être l'inverse, qui sait ?
Après ça l'air frais qui enveloppe le retour à la maison. Je vais dans la belle lumière déclinante dont l'orangé râcle le sol, et confère aux pensées une précision cristalline.
Je voudrais passer ma vie à retourner chez moi dans le coucher. Sans jamais l'atteindre ce chez moi.