Déculturation
Un indien de la tribu Karubos nagit dans la rivière volante qui transportit l’indien Karubos qui se laissa transporter vers les vastes chutes qui s’évaporent librement au sommet des arbres géants qui dirigent le mouvement des rivières volantes qui portaient l’indien Karubos qui se débatta,
alors le ciel se chargit de lourds nuages, alors l’indien Karubos criit, alors le cri de l’indien Karubos résonnit dans la forêt, alors la forêt se blottit le long des rives qui longent la rivière volante qui s’évaporait à la canopée qui absorbit les cris,
alors les animaux coururent, alors les insectes s’échappurent, alors les branches des arbres géants se penchèrent, alors des huttes dans les villages sortirent les femmes qui connaissaient l’indien Karubos qui se noyait dans la rivière volante, alors l’indienne, femme de l’indien Karubos pleura de désespoir, alors d’autres femmes venirent, alors elles consolèrent l’indienne qui se roulit par terre, alors les femmes la relevèrent, alors elles se demandirent combien de distance sépare l’indien Karubos des vastes chutes où s’évapore et se dilue la rivière volante qui allait précipiter l’indien Karubos et l’écraser contre les rochers,
alors la rivière volante transmit sa réponse aux femmes pour qu’elles sauvent de l’indienne son indien Karubos qui criait dans la rivière volante qui faisit vite avancir l’indien Karubos vers la chute, alors les femmes devaient se hâter, se grouiller la fiaque, se magner le train, se secouer la couenne, alors comme ça l’indien Karubos serait sauvé,
alors l’indienne retrouverait le corps vivant de son jules d’indien qui la tapera gentiment, agréablement la bestialera, que l’indienne en oubliera toutes ses pleurs qui eux aussi forment des rivières de larmes qui rejoignent les larmes des autres femmes, pas forcément indiennes, sur la terre des villes pas forcément remplie d’arbres géants avec des rivières volantes,
alors les femmes allumèrent un grand feu dans la forêt pour arrêter, réchauffer les gouttes d’eau de la rivière volante, la faire fondre avant la chute finale, la cascade finale, alors les arbres brûlent, schlinguent fortement le cramé, envoient sous les pieds flottant de l’indien Karubos un rif d’enfer,
alors la rivière volante disperse ses gouttes de condensation, sa mélasse de vapeur, alors ses bras de rivière sur la canopée se disolvent, alors l’indien Karubos s’accrochi à un arbre, conifère visqueux, puis atterrut enfin sur la terre cramée,
alors il cherchit, il galopit, il criit encore pour appeler sa femme qu’il aimait taper d’amour, dans son village qu’il ne trouvit pas, il marchit longtemps la langue pendante de désir, il rencontre des machines qui creusent des trous partout, alors l’indien Karubos s’arrêtit net, ses écoutilles d’oreilles avaient entendu la voix de son indienne de femme, quelque part quelques miches,
dans la terre retournée son indienne de femme, les orteils en éventail, elle gueulait, prenait son taf entre les abattis musclés d’un bucheron dégueulasse, le pire c’était qu’elle était beurrée l’indienne, des bouteilles de jaja roulaient sous ses pieds,
alors l’indien Karubos cherchit un couteau, mais tomba sur un flingue, il tirut, il ne savait plus, il tirut mais il se fit mal au bide, un trou profond dans le mou, il moura, s’allongit et rêvu, il rêvu longtemps, il revit voler la rivière au-dessus des arbres, il revit son indienne de femme qu’il serrit avant tendrement dans ses bras, elle chocotait l’alcool, le bûcheron remontit son falzar boueux, puis s’en allit vers sa déforestation, le passé simple est compliqué, alors le dernier des indiens Karubos perdit la vie.